CAMBRIDGE
Les collèges de Cambridge, comme ceux d'Oxford, ne sont pas, comme les collèges de France, destinés à ce que nous appelons l'instruction secondaire. Les jeunes gens qui y sont admis ont presque tous l'âge auquel on a , cluv nous , terminé ses classes , et on pourrait plutôt les assimiler aux étudians de nos facultés. Il y a néanmoins celle différence , entre nos étudians et ceux des paWgCS anglais , que les premiers sont censés connaître les langues
grecque et latine quand ils entrent dans les facultés, et que si ces deux langues sont encore étudiées dans une seule d'entre elles, c'est sous le point de vue littéraire et critique, et non plus comme enseignement grammatical ; dans toutes 'es autres facultés il est question, non plus de langues mortes , mais de médecine , de droit , de sciences mathématiques et physiques, etc. , de telle sorte que le grec et le latin n'occupent dans tout l'ensemble qu'une très modeste
place. Dans les collèges anglais, au contraire, le grec et le latin sont le fondement, l'objet principal des études, et pour dire toute la vérité , le grec et le latin eux-mêmes y comptent peu de zélés disciples.
Un jeune homme est-il destiné aux emplois ecclésiastiques , aspire-t-il aux bénéfices ou à un emploi dans les universités , il va à Cambridge ou à Oxford ; y puise-t-il de vastes*onnaissances? telle n'est pas la question ; le titre
honorifique de felloiv , qu'il obtient au bout d'un certain nombre d'années , voilà son bien : avec ce titre il' se fera pourvoir d'une place lucrative , où le plus souvent il n'aura besoin de faire preuve ni d'érudition ni de capacité (1). Les étudians de chaque grade ont un costume particulier, ordinairement noir, composé d'une robe et d'un bonnet carré , avec un gland de soie au milieu. A Oxford, les jeunes gens de la noblesse relèvent ce bonnet par un galon en or, tandis qu'à Cambridge ils portent le chapeau.
(i) Voyez page 218, l'article que nous avons publié sur le clergé anglais.
Soumis à une discipline qui ne garantit que l'ordre général , et qui ressemble beaucoup plus à celle de notre Hôtel des Invalides qu'à la règle des collèges de France, les étudians anglais peuvent en toute liberté se livrer au travail ou au repos ; aussi , pour un homme érudit qui s'y formera r'ans le silence et l'isolement , vous y rencontrerez mille amis de la bonne chère et du far niente.
Si les usages des collèges anglais n'ont pas été changés depuis quelques années, chacun des étudians va lui-même commander son dîner, et désigner par rang d'ancienneté les mets dont le tarif est fixé par les administrateurs. Mais à cet 'ordinaire, déjà fort confortable, il se joint fréquem-
ment un extra , dont les vins et les liqueurs ne sont pas le moindre ornement , surtout quand un étranger est invité par quelque étudiant dans son appartement privé.
Chose remarquable, ce sont des jeunes gens pauvres élevés gratuitement par les collèges , qui font à table fonctions de domestiques , sonnent la cloche, et font même les commissions de leurs condisciples dont ils portent le costume et ont du reste toutes les manières. On évalue à 5,6*0 francs , terme moyen , la dépense annuelle que font dans les collèges , les étudians même les plus pauvres ; les plus riches déboursent quatre ou cinq fois autant.
Nous sommes loin d'avoir indiqué tout ce que présente de curieux l'organisation des universités anglaises ; nous consacrerons àcesujet un second article; terminons celuici par quelques mots sur la ville de Cambridge. Cambridge est située au milieu d'un pays horrible, mais les vieux arbres qui la dominent et ses vastes édifices , lui donnent un aspect pittoresque que relève encore le contraste de cette cité avec les lieux qui l'environnent.
L'université de Cambridge se compose de seize collèges, au premier rang desquels figure celui de la Trinité , dans lequel on montre avec orgueil aux voyageurs une statue en marbre de Newton par Roubillac , sculpteur fort estimé des Anglais; cette statue qui rappelle la manière de Van- Dyke , se fait remarquer surtout par la délicatesse du travail , par le fini des draperies qui imitent d'une manière fort heureuse le tissu, les ombres et les jouis de la soie; c'est là du reste son principal mérite. En fait de beaux-arts, de sculpture et de peinture , comme d'architecture , nos lecteurs savent qu'il faut se défier des jugemens portés par les Anglais ; c'est dans le même esprit qu'ils mettent de très grand sang-froid la chapelle du collège du Roi , au premier rang parmi les monumens les plus beaux de tous les pays.
L'INDE. — ODDIPORE.