‹ Magasin universelChapitre 297 sur 320 · LE CARDINAL DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE RICHELIEU

DoGiiffiens inédits.

La vie politique du cardinal de Richelieu , vie si active , si pleine d'évènemens graves, ne peut être ignorée de personne; le plus mince biographe a enre]£istré avec un soin minutieux les faits et gestes de ce premier ministre de Louis XIII , et nous-mêmes , dans un précédent article (voyez page 72 ) , nous avons tracé rapidement les principaux traits de cette grande figure historique. Notre intention n'est pas de revenir sur un travail déjà accompli ; ce que nous voulons faire connaître , c'est la vie privée du jeuneRichelieu, alors que, rélégué dans te diocèse de Luçon, il se plaignait de la légèreté de sa bourse et de la modicité de son traitement à Mrae de Bourges , sa confidente et son amie d'enfance. Cette partie de l'existence de Richelieu est complètement inconnue; on a négligé jusqu'à ce jour le jeune prélat sans moyens, pour ne voir que le cardinal

puissant et redoutable à la tête du gouvernement de la France. . .

Nos lecteurs savent que Herman-Jean du Plessis était ne le S septembre mï>. Il était fils de François du Plessis , seigneur de Richelieu; pauvre cadet de race, car François laissait trois garçons et des filles , Herman avait été destiné dans sa jeunesse pour l'état des armes ; mais son second frère nommé évêque de Luçon , ayant quitté la mître et les honneurs de l'église , le jeune Richelieu pendit l'épée du guerrier dans la salle d'armes du château de son père , et se mit à étudier la théologie ; à vingt ans il était docteur et à vingt-deux ans il fut sacré évêque du diocèse de Luçon, en remplacement de son frère.

C'est de cet évêché que sont datées quelques-unes de ses lettres encore inédites, et dans lesquelles il déplore ses misères , soit qu'il veuille faire un achat , soit qu'il parle de sa vaisselle , de sa table ou de ses vêtemens. Au mois de septembre 1609 , il écrivait à Mme de Bourges : « Madame, je songe sur ma foi tous les jours à marier ma nièce , mais il ne se trouve ni gentilshommes ni autres qui aient de l'argent ni du drap. Nous sommes tous gueux en ce pays , et moi le premier, dont je suis bien fâché, mais il y faut apporter remède si on peut. Je suis bien votre serviteur, mais si inutile que je n'ose me prévaloir de ce titre. » Quelques jours après iLajoutait : « Je suis ici , aimé, me veut-on faire croire, de tout le monde ; mais je ne puis que vous en dire encore , car tous les eommencemens sont beaux , comme vous savez. Je ne manquerai pas d'occupations , je vous assure , car tout y est tellement ruiné qu'il faut de l'exercice pour le remettre. Je suis extrêmement mal logé, car je n'ai aucun lieu où je puisse faire du feu, à cause de la fumée; vous jugez bien que je n'ai pas besoin d'un grand hiver. Je vous puis assurer que j'ai le plus vilain évêché de France , le plus crotté et le plus désagréable, mais je vous laisse à penser quel est l'évèque ! Il n'y a ici aucun lieu pour se promener, ni jardins, ni allées, ni quoi que ce soit, de façon que j'ai ma maison pour prison. Madame , je vous prie me faire faire un manchon couvert de velours noir , car il fait froid en ces quartiers. Je n'ai pas besoin d'un grand hiver, ma bourse étant fort faible. Donnez- moi de bons conseils , vous m'obligerez fort, car je suis bien irrésolu , principalement pour un logis , appréhendant fort la quantité de meubles qu'il faut, et d'un autre côté, tenant de votre humeur , c'est-à-dire étant un peu glorieux , je voudrais bien , étant plus à mon aise , paraître davantage. C'est grande pitié que la pauvre noblesse ! mais il n'y a remède : contre fortune l'on cœur. »

En l'année 4615, il écrivait encore : « Je vous prie m'envoyer une belle haquenée , mais belle tout-à-fait , s'il se peut. Je voudrais bien aussi que vous pussiez m'envoyer deux petites pièces d'orfèvrerie de cent écus les deux, pour joindre à deux montres et quelques autres petites pièces que je veux donner. Il vaut mieux ne rien donner que de donner un maigre présent; celui que je veux faire ne sera pas grand, mais pour le moins consistera-t-il en diverses pièces. »

Enfin , dans une lettre postérieure , il parle longuement de sa misère, pauvreté et dénuement : « Cependant, ajoute-t-il , je vous prie de me mander ce que me coûteraient deux douzaines de plats d'argent de belle grandeur, comme on les fait. Je voudrais bien qu'il y eût moyen de les avoir pour 300 écus, car mes forces ne sont pas grandes. Je suis queux, comme vous savez, de façon que je ne puis faire fort l'opulent, mais toutefois , lorsque j'aurai des plats d'argent , ma noblesse sera fort relevée. Je vous rends mille grâces de la peine que vous avez eue de vendre ma tapisserie ; par là vous connaîtrez la misère d'un pauvre moine qui est réduit à la vente de ses meubles et à la vie rustique , ne faisant pas si tôt état de quitter ce séjour pour prendre celui de la ville. »

Tels sont les fragmens qu'il nous reste de cette précieuse correspondance du jeune évêque de Luçon. Nous savons toutefois de quelle façon Richelieu s'y prit pour sortir de sa position secondaire. Il mourut en 4642, surchargé d'honneurs , de titres et de pouvoir, en butte à la haine des huguenots qu'il avait domptés à la Rochelle et aux sarcasmes des débris de la féodalité qu'il avait humiliée en brisant ses résistances. Il mourut , disons-nous , cardinal , duc et pair, premier ministre , et il existe un document curieux que l'on peut rapprocher de ces lettres dans lesquelles il se lamente avec tant de persévérance sur sa misère , répétant sans cesse qu'il est gueux. C'est un état de sa fortune fait le -Ier janvier \ 642. A cette époque il possédait les domaines de Richelieu, de Faye , Mirebeau, Ruel, Beaufort, la principauté de Mortagne, la baronnie de Barbezieux, et plusieurs autres seigneuries, dont les revenus, joints aux sommes qu'il touchait de ses bénéfices de Saint-Pierre de Chàlons , de Ham, de Saint-Riquier, de Saint-Lucien de Beauvais, de Marmoutiers , de Cluny , de Citeaux , de Saint- Martin-des- Champs et de Saint-Arnould de Metz , formaient une rente annuelle de 584,977 livres 10 sous 8 deniers. On voit toute la distance qui séparait l'évèque pauvre et nécessiteux du cardinal , homme d'état , opulent et plein de faste.

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(Vue du Pompéï, — Voyez page a, Pojwéî >t HunccuNtfM.)

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