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DUC UESCLIN. -BATAILLE DE COCHEREL

(Dngueiiclin chargeant les Anglais à la bataille de Coclacrcl. )

Nous empruntons aux Mémoires snr l'Histoire de France les détails que l'on va lire sur la bataille de Cocherel :

Les valets et les enfans perdus des deux camps en vinrent les premiers aux mains, et s'acharnèrent les uns sur les autres avec tant de rage et de furie que le sang en coulait de toute part, Cependant les goujats français eurent de l'avantage sur ceu:-: des anglais , ce qui fut un heureux augure pour Bertrand, qui se flatta' de la victoire , voyant de si beaux préliminaires. Après (pie les enfans perdus se furent séparés, il y eut un chevalier anglais qui se détacha de son escadron pour demander à faire le coup de lance contre celui des Français qui serait assez brave pour vouloir entrer en lice avec lui; Roulant Dubois se présenta pour lui prêter collet sous le bon plaisir de Bertrand : le Français eut encore l'avantage sur l'Anglais, car non-seulement il perça les armes et la cuirasse de celui-ci, mais le coup ayant porté bien avant dans la chair , le chevalier anglais fut renversé de son cheval à la vue des deux camps , ce qui fut une grande confusion pour ceux de son parti , qui , de tous ces sinistres évènemens, ne devaient rien présumer que de fatal pour eux.

Cependant le captai de Bue voulant toujours faire bonne mine, s'avisa , pour braver les Français, de faire apporter sa table , au milieu du pré , toute chargée de viande et de vin , comme voulant se moquer de Bertrand qui jeûnait depuis long-temps avec ses troupes. Les archers et les arbalétriers commencèrent la journée par une grêle de flèches, qu'ils se tirèrent les uns les autres , mais qui ne firent pas grand effet des deux côtés. Il en fallut venir aux approches : Tome II.

les gendarmes se mêlèrent et combattirent à grands coups de haches et d'épées ; l'action fut fort meurtrière de part et d'autre ; Gnesclin s'y fesait distinguer par les Anglais qui tombaient à ses pieds et qu'il couchait par terre, partout où il paraissait. Ce fondre de guerre éclaircissait les rangs des ennemis par le fracas qu'il y fesait ; il fut fort bien secondé du vicomte de Jeaumont, de messire Jaudoin, d'Eunequin et de Thibaut du Pont, qui se signalèrent beaucoup dans celte bataille.

Les exploits de Thibaut Dupont méritent surtout une mention particulière: ce chevalier tenait à deux mains une cpée, et frappait sur les ennemis comme un forcené. Son épee se rompit; mais un breton, son serviteur, qui était auprès de lui , lui ayant donné une hache grande , pesante et dure , il en donna un si furieux coup à un chevalier anglais , qu'il lui coupa et abattit la tête jus. Duguesclin animait les siens par son exemple et par ses discours , en criant: Guesclin; puis il leur disait: « Or, avant mes « amis , la journée est à noxis ; pour dieu , souvenez-vous « que nous avons un nouveau roi de France ; qu'au- « jourd'hui sa couronne soit honorée par nous. »

Les Anglais , aussi de leur côté , disputèrent long-temps le champ de bataille , et tuèrent beaucoup de chevaliers français d'une illustre naissance. L'on dit que le baron de Mareuil , qui tenait pour les Anglais, tout fier de ce petit succès , criait à tue tête : Ou êtes-vous , Diiguesclin? comme pour l'affronter, et lui faire sentir que les choses prenaient un autre train qu'il ne s'était imaginé; mais Bertrand, pour lui faire rentrer ces paroles en la bouche, et le punir de sa

témérité, revint sur lui tout en colère, et lui déchargea sur la tête un coup si violent qu'il l'abattit à ses pieds, et Guesclin Fallait achever s'il n'eût été promptement relevé par les siens , qui coururent à lui pour le secourir. La mêlée recommença pour lors avec plus de chaleur , mais les Anglais succombèrent à la fin , quelques efforts que fissent le captai de Bue et le baron de Mareuil pour leur inspirer du courage et leur faire reprendre leurs rangs; et, comme l'avait dit Guesclin, on pût donner au nouveau Roi, Charles V, pour son joyeux avènement, la nouvelle d'une victoire complète. Le fameux captai de Bue y fut fait prisonnier.

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