‹ Magasin universelChapitre 4 sur 320 · REPAS TURC · texte numérisé non relu

REPAS TURC

H y a ordinairement dans chaque maison turque un peu aisée, trois tables séparées, savoir: celle du chef de la famille, qui prend habituellement son repas seul; la table des enfans qui, par respect ponr leur père , ne mangent point avec lui; et celle de la femme, qui vit isolée dans son appartement. Quand il y a plusieurs femmes , chacune a son couvert particulier , et toutes ces tables ne peuvent recevoir plus de quatre ou cinq personnes.

Le turc divise sa nourriture en deux repas , et l'homme puissant, qui vit dans la noblesse, y ajoute, dès le matin, un léger goûter. Comme tous sont dans l'habitude de se lever dès l'aurore , celui-ci, noncha^mment étendu dans l'angle d'un sopha , après son court nam.;;:% ou prière , frappe dans ses mains pour appeler l'esclave qu. lui apporte sa pipe. Il savoure à longs traits la fumée du tabac , qu'il brûle avec des parcelles d'aloès, et reste sans parler, absorbé dans une profonde nullité; on l'arrache à cet état pour lui présenter une légère infusion de café moka bouillant, dans lequel le marc porphyrisé reste suspendu , et il le boit en

aspirant doucement sur le bord de la tasse ; ses jambes

croisées , sur lesquelles il est assis , lui refusent presque leur secours; il invoque les bras de deux domestiques pour se

soulever Il dit comme l'asiatique son voisin :

ne rien faire est bien doux ; mais , mourir pour se reposer , c'est le bonheur suprême.

La matinée de l'homme opulent s'écoule de cette manière, ou en roulant machinalement son tchespi(\). Vers le milieu du jour, on apporte le dîné. La plus grande simplicité règne dans le service ; on ne voit sur la table ni nappe , ni fourchettes, ni assiettes, ni couteaux; une salière, des cuillères de bois , d'écaillé ou de cuivre , et une grande serviette d'une seule pièce, qui fait le tour de la salle forment l'appareil.

On distribue le pain coupé par bouchées, et on garnit le plateau de cinq ou six plats de salades d'olives , de cornichons, de céleri, de végétaux confits au vinaigre, et de confitures liquides. On apporte ensuite les sauces et les divers ragoûts , et le repas se termine par le pilaw. En aucune circonstance on ne fait usage de dessert ; les différentes saisons tiennent lieu de hors-d'œuvres, et chacun mange à son gré pendant le dîner. Quinze minutes suffisent pour se rassassier, et le repas est un travail pour l'indolent , qui semble l'avoir fait en cédant à la nécessité plutôt que par plaisir.

Les boissons, dont on ne fait usage qu'après avoir mangé, sont l'eau et le scherbet, qu'on présente à la ronde dans un verre de cristal , qui est commun à tous les convives; le vin proscrit en apparence, ne se boit que dans les tavernes. Ce n'est pas qu'on ne fasse mention, dans l'histoire turque , de plusieurs sultans qui ont donné l'exemple public de celle violation eu Koran ; mais, depuis lesédits sévères de Mourad IV, ses successeurs ont au moins sauvé les apparences. Il n'y a que les derviches ou moines , les soldats , les marins , une partie de la bourgeoisie et du bas peuple qui donnent le scandale de l'ivrognerie.

L' après-midi , le turc riche passe son temps dans un

(i) Sorte de chapelet.

kiosk bien acre. Celui qui habile les rives du Bosphore aime que sa vue plane sur les sites agréables de l'Asie, où reposent ses pères. Il contemple cette terre , comme celle qui doit un jour servir d'asile aux musulmans, lorsqu'une nation d'hommes blancs les auront chassés d'Europe. 11 s'enivre d'odeurs, des vapeurs de la pipe, et se rafraîchit avec le scherbet parfumé de musc, que ses esclaves lui versent. Eloigné ensuite de toute société, il appelle ses femmes; et, sans déposer rien de sa gravité, il leur commande de danser en sa présence !

Le souper qui est servi sur les tables , au coucher du soleil , est composé avec plus de soin que le dîner, mais il se passe avec autant de célérité. La pipe termine la journée, dont le cercle monotone n'admet presque jamais de variété, ni de ces accessoires qui font le plaisir de la vie , par la nouveauté.

POMPEI(l) ET HERCULANUM.

II y a plus de dix huit cents ans, deux villes d'Italie furent à demi renversées par un tremblement de terre , Pompeï et Herculanum , et enfouies dans les cendres du Vésuve.En 171 5, un hasard ayant fait trouver, à trente pieds sous terre , des colonnes et des statues , on commença des fouilles dont le résultat fut la découverte des deux villes souterraines. Depuis cette époque, les travaux ont été abandonnés et repris à différentes époques. Murât , pendant la courte durée de son règne, y employa une légion de soldats, et fit plus , en peu de temps , que tous les princes qui avaient avant lui , occupé le trône de Naples.

La ville de Pompeï est maintenant révélée à la vue • non plus cachée sous une voûte de cendres et de vignes , et imparfaitement découverte , mais éclairée par ce même soleil qui brillait sur elle, un moment avant le mouvement convulsifqui porta la destruction dans ses murs. Parmi tous les grands monumens de l'antiquité, on ne voit rien de comparable à cet exemple d'architecture domestique , du bien être intérieur , de l'existence civile des anciens. La ville de Pompeï, après environ dix huit cents ans d'inhumation, est ouverte et déblayée , et on y entre comme dans toute autre ville de l'Italie.

On entre à Pompeï par une longue avenue pavée, bordée des deux côtés , de tombes très-serrées; ses rues sont des passages étroits; si étroits, qu'aucune voiture moderne ne pourrait y passer, quoi qu'elles portent les marques de roues ; elles sont bordées par des façades de petits batimens très-simples , exactement semblables aux maisons italiennes du moyen-âge. Quand on a passé la porte qui donne sur la rue , on voit une petite cour (le moderne corlilc de Florence et de Rome ) ; elle est entourée par une rangée d'édifices divisés en petites chambres séparées , généralement moins grandes que les cellules d'un couvent. Les murs de ces petits cabinets sont Irès-souvenl peints à fresques, et lesoiseauv, les quadrupèdes, les fleurs, y sont par fois irès-bien exécutés. Le pavé des plus grandes et des plus belles maisons est en mosaïque de plusieurs couleurs; mais, à l'exception du bâtiment remarquable , appelé maison de Salluste . nous n'avons vu, dans aucune, des chambres assez grandis pour contenir un lit anglais. On voit presque toujours, au milieu de la cour, une fontaine de marbre ou une citerne. Plusieurs des maisons ont des boutiques sur la rue . dont l'enseigne est taillée dans la pierre au-dessus de la porte; dans une boutique de laitage, le comptoir et les places des terrines étaient restées; une boutique d'apothicaire était autrefois désignée par ses contenus , qui ont cte transportes au musée, et un lieu de rafraîchissement public nous fol montré et désigné par l'un tics gardes , sous le nom de café. La conséquence qu'on doit tirer de la petitesse et de l'incommodité des maisons particulières, c'est (pie les

(i) Le prochain nuiiu'i.» contiendra un article, gpéciaj wr le Vénure et sur l'éruption actuelle.

anciens , ainsi que les habitans de Rome et de Naples, vi- | vaient beaucoup hors de cbezeux, et que le Forum, le Temple et le Cirque , les dispensaient d'avoir un- logis agréable. L'existence des Italiens de nos jours se compose également du cours , de l'église et de l'opéra.

Les lieux publics de Pompe ï forment un contraste frappant avec la petitesse et la simplicité des édifices privés ; plusieurs monumens de la première classe, quoique dilapidés et privés de leur toit, donnent une idée parfaite de leur état et de leur arrangement primit if. Dans le temple d'Isis, le sacrifice semble venir de s'achever à l'instant même.

Si l'autel n'est pas taché du sang des victimes , si les instrumens du sacrifice ne sont pas encore épars sur ses marches, si les dieux ne remplissent plus leurs niches, si le candélabre et la lampe ne brillent plus sur les superbes colonnes doriques , ce changement n'est point l'ouvrage du temps ; le temps les avait laissés comme ils ont été trouvés, scellés hermétiquement et parfaitement conservés; même les prêtres étaient à côté de l'autel en habits pontificaux; mais les meubles de la maison m agistrale , les ustensiles sacrés des temples, même les pavés du Forum, ont été enlevés de cette grande et parfaite relique , que le temps et la nature avaient léguée à la postérité. Si l'on eût laissé une seule maison meublée , un seul temple fourni de ses accessoires , une illusion qui, aurait valu mille réalités eût été conservée ; l'imagination aurait pu se transporter à des siècles qui ont passé comme ceu x qui précédaient le déluge, et l'on aurait pu effectivement occuper le siège sur lequel Pline s'était reposé , ou se regarder dans ce miroir qui avait réfléchi les visages des dames de Pompei.

Les enthousiastes des arts et de l'antiquité, ont peu d'occasions d'éprouver des sensations plus agréables que celles que produit après une visite à Pompeï, l'entrée du Musée Borbonico , de cette suite de pièces spécialement consacrées aux reliques des cités, englouties par le Vésuve.

Cette collection présente des séries d'objets dans lesquels l'histoire est enseignée par des formes matérielles , et le degré précis de civilisation auquel les anciens étaient parvenus, indiqué avec bien plus de précision par les détails de leur cuisine , de leur salle de festin et de leur toilette , que par les lettres familières de Cicéron et de Pline, et par toutes les ruines et tous les gravois de Rome ; là , rien ne manque à ',1a suite des renseignemens laissés à la postérité , excepté la génération qui jouissait de ces objets élégans et utiles; une convulsion de la nature, telle que celle dont les malheureux habitans de Pompeï et d'Herculanum ont été victimes , pouvait seule préserver des souvenirs, aussi complets , de leurs mœurs et de leurs habitudes , à travers les dix huit cents ans qui les séparent de nous.

La première pièce de la galerie contient des ustensiles qui paraissent avoir appartenu a des maisons bien montées; la batterie de cuisine française ne semble pas avoir ajouté une casserole à ce magasin gastronomique de l'antiquité. Depuis l'élégante saucière de l'amphitryon parisien , jusqu'à la vaste turbolière de l'alderman anglais , tous les articles culinaires se retrouvent dans ces débris des cuisines de Pompeï. La destination spéciale de ces vaisseaux est évidente, et leur travail laisse bien loin en arrière les efforts du luxe moderne; les passoires , les tamis , les marmites, les chaudrons , les poêles , sont presque tous en bronze et en métal fin; plusieurs paraissent avoir été argentés en dedans , et les anses avaient des formes si parfaites , que chacune d'elles pouvait fournir, à des hommes de goût, la matière d'une dissertation; à la cuisine, succèdent les ustensiles du buffet, les couteaux, les fourchettes, les cuillères, etc.; l'urne qui contenait l'eau , et dans laquelle une place était ménagée pour la chauffer , était d'une beauté inexprimable , et aurait pu embellir la table à thé la plus recherchée; un poêle, véritable anticipation des découvertes de Rumfort, combine la grâce de la forme avec l'économto , et sa construction

est infiniment supérieure au brasier italien moderne; il était probablement placé comme ce dernier , au milieu de la pièce ; la sonnette de la maison est non-seulement d'un travail exquis, mais le son en est clair et argentin; les balances sont précieusement travaillées, et les poids sont des bustes très -beaux; plusieurs plats de bronze, argentés, parfaitement modelés, avec des anses qui s'adaptaient à des ustensiles avec lesquels on pouvait les tirer à soi ou les éloigner , prouvaient l'heureuse organisation d'un peuple qui , jusque dans les détails les plus minutieux de la vie, cherchait à satisfaire sa vive et brillante imagination. La chambre adjacente offrait des objets encore plus somptueux et plus ingénieux, tirés des plus beaux appartenons privé? ou des tempfes. Ceux qui se distinguent , entre les autres , sont des lampes , dont les formes et les ornemens varient à l'infini, quelques-unes, ainsi que d'autres jouets , devaient appartenir à la chambre de poupée d'une jeune Pompéienne; la plupart étaient suspendues par des chaînes délicatement travaillées; d'autres étaient posées sur leurs bases ou accompagnées de branches; plusieurs étaient placées sur de beaux trépieds , comme quand elles éclairaient un vestibule ou une chambre à coucher , et l'un et l'autre étaient si délicats et si petits , qu'une belle dame française aurait pu , après avoir cacheté un billet doux à la flamme de la lampe , mettre la lampe et le trépied dans son ridicule; le plus p and nombre des trépieds est fait pour tenir très-peu de ,jace , la plupart sont portatifs; les vases de bronze et d'albâtre sont dans une quantité prodigieuse, et rien, dans les inventions modernes, ne peut les égaler , soit pour la forme , soit pour les ornemens ; des sièges du plus beau bronze se démontent comme des chaises de jardins ; les tables à écrire pouvaient également convenir à un Pline ou à une Aspasie.

Viennent ensuite les preuves de la dissipation et de la vanité des anciens : les dés, les billets pour les théâtres , dont quelques-uns sans doute avaient appartenu à la beauté à la mode , des boîtes de toilette dignes du trousseau d'une fiancée royale de notre temps, de petits miroirs portatifs en métal poli , des poinçons , des bracelets , des peignes de toutes les dimensions et de toutes les formes , les uns d'une matière précieuse travaillés pour les tresses des beautés patriciennes , d'autres, en corne et plus grands , destinés à relever les boucles négligées des plébéiennes.

Le nombre des vases appelés, indistinctement et vulgairement étrusques , est immense ; plusieurs en terre très-fine, qui présentent de beaux groupes sur leur surface polie, paraissent avoir été la porcelaine de l'antiquité , et d'après les coupes faites de la même matière , on serait tenté d'adopter l'opinion des Cicérone de Pompeï , et de supposer que les dames romaines prenaient le café dans leurs villas , sur les côtes de Portici et de Pausilippe. Une élégante petite couche de bronze donne une idée parfaite du lit domestiqua des anciens , et l'on conçoit qu'il appartenait à leurs petites chambres; il diffère peu de ce qu'on appelle canapé grec dans l'ameublement moderne.

Une collection de vases et de figures égyptiennes qui étaient les antiquités des anciens , donne l'idée du cabinet de leurs antiquaires , et termine convenablement la collection la plus intéressante et la plus curieuse de l'univers. ^

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