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PROGRÈS MORAL. — INSTITUTION DES VOLTIGEURS

En apprenant que l'homme qui avait tenté d'assassiner Louis-Philippe était né dons l'île de Corse , quelques-uns de ces écrivains qui semblent ne tenir aucun compte des immenses changeinens survenus dans les mœurs depuis quarante ans, se sont hâtés d'exhaler leur indignation contre la nature incorrigible , disaient-ils , de ce peuple chez qui l'assassinat est presque en honneur. Ces déclamations pouvaient tout au plusse tolérer dans le siècle passé ; c'est tout simplement aujourd'hui un anachronisme. Sans doute, les mœurs corses, ou si vous voulez mieux^Jes mœurs italiennes, n'ont pu s'identifier complètement avec celles delà majorité des Français; sans doute l'influence de notre exemple et de notre législation n'a pu empêcher que,

dans ces dernières années , des familles corses n'aient continué la terrible guerre que leur avaient léguée leurs ancêtres , et que plus d'un de ces enfans impétueux du Monte Vivo n'ait osé se faire justice par lui-même des prétendues vexations de l'autorité ou de je ne sais quelle offense d'un voisin ; mais ces crimes sont rares comparés à ceux que l'on songeait à peine à mentionner il y a cinquante ans , et l'ordre légal fait aujourd'hui de rapides progrès en Corse. L'emploi de la force armée mise à la disposition de l'autorité; les exemples judiciaires, ont fait quelque bien, et les paroles de paix et de persuasion employées par l'un des derniers gouverneurs a fait mille fois plus.

On aurait en vain attendu des troupes de ligne et même de la gendarmerie française l'arrestation des criminels signalés par la justice. Retranchés dans leurs forêts et au milieu des rochers les plus inaccessibles, protégés par l'esprit.du pays, infatigables, rapides, intrépides, les Corses prévenus d'un crime défiaient le plus souvent les hommes trop lourds et trop mous de la ligne ou de la gendarmerie de la métropole. Pour les poursuivre et faire la guerre de buissons et de rochers , pour lutter corps à corps avec eux, il fallait d'autres Corses, il fallait des hommes de leur trempe, faits à la même vie , familiarisés comme eux avec les ressources du pays, et trouvant dans les familles mêmes quelque appui, grâce à leur origine corse et à leur parenté; et voilà ce qu'on a fait quand on a créé le corps

( Voltigeur corse.)

des voltigeurs corses. Un équipement léger et en rapport avec le genre de vie de cette maréchaussée de nouvelle espèce a ajouté aux avantages de cette sage institution.

Mais , comme nous le disions tout à l'heure, c'était beaucoup sans doute de donner à l'autorité une force bien organisée, mais ce n'était pas assez; et c'est là le meilleur éloge que l'on puisse faire de la population corse actuelle que de constater que les sages conseils de l'autorité ont plus fait sur elle que les baïonnettes et tout l'appareil de la justice. — Il n'y a pas long-temps que plusieurs familles, ennemies depuis des siècles, donnaient à toute la, Corse l'exemple inappréciable d'une réconciliation solennelle et d'une abjuration de leurs préjugés de sang. Les prêtres recueillaient au pied des autels ces religieuses déclarations; les notaires enregistraient ces traités de paix, et ces familles, ennemies la veille, formaient dans les rues de longues processions plus gaies et plus vivantes que les cortèges dos épousées de village.

: MAGASIN;iUNIVERSEL.

LArFONTAlNE.

(L'Ane et le Cheval. — La Fontaine, livre VI.)

Les principales circonstances de la vie de l'immortel fabuliste dont la France s'honore , sont relatées dans presque toutes les éditions qui ont été données de ses œuvres , et il est si peu de Français qui n'aient dès leur première éducation appris par cœur le recueil de ses fables, qu'il semble tout-à-fait déplacé de revenir ici sur un sujet aussi usé. Mais pour avoir été redite par tant d'éditeurs , qui se sont copiés les uns les autres, la biographie de Jean La Fontaine n'en est pas moins entachée de plus d'une grossière erreur. Un des hommes les plus érudits de nos jours, M. Walckenaer a , seul , donné de la vie de ce grand poète une histoire exacte dans laquelle nous choisirons quelquesuns des faits qui peuvent trouver place dans notre recueil ; quelques-uns, disons-nous, car il y a dans cette vie si simple en apparence et au fond si mondaine , une foule de circonstances que, sur le déclin de sa vie, La Fontaine lui-même aurait voulu vouer à l'oubli.

Ainsi, l'on a dit et répété que La Fontaine n'avait pris du goût pour les vers qu'à l'âge de vingt-six ans , et que le secret de son génie lui fut tout à coup révélé par la lecture d'une ode de Malherbe ; et il est au contraire bien démontré que bien avant cette époque il avait composé de petits vers dans le genre de ceux de Marot et de Voiture. La Fontaine le dit lui-même dans une pièce adressée au duc rde Bouillon, au sujet d'une condamnation qu'il avait encourue pour s'être laissé donner, dans quelques actes notariés, le titre A'Ecuyer qui supposait un premier degré de noblesse.

« Que me fait-il de vivre innocemment

a D'èlre sans faste et cultiver les muses?

« Hélas! qu'un jour elles seront confuses,

« Quand on viendra leur dire en soupirant :

« Ce nourrisson que vous chérissiez tant,

« Qui préférait à la pompe des villes,

« Vos antres cois, vos chants simples et doux,'

« Qui dès l'enfance a vécu parmi vous,

« Est succombé sous une injuste peine. »

Nous rappellerons aussi à ceux de nos lecteurs qui tiennent à ce genre de détails, que les plus anciens biographes Tome JI. — Septembre x935.

de La Fontaine, comme les plus modernes ont confondu avec la duchesse douairière d'Orléans ou Marguerite de Lorraine , femme de l'oncle de Louis XIV, qui fut l'une de ses protectrices, et le nomma son gentilhomme servant, Henriette d'Angleterre, femme du frère de ce monarque.

Il ne sera pas non plus sans intérêt de détruire ce préjugé accrédité par La Bruyère, du contraste qui existait , dit-il, entre les écrits si faciles, si enjoués de La Fontaine, et son caraclère que l'on a dépeint comme distrait , lourd , rêveur et silencieux. Il n'était ainsi que dans les sociétés où il s'ennuyait, et partout où il se plaisait, c'était l'homme le plus gai et le plus aimable. ;

Les biographes de La Fontaine, nous ne dirons pas tous , mais un grand nombre du moins, ont mal apprécié le changement qui s'opéra chez lui sur ses vieux jours. Ce ne fut pas pour céder aux obsessions de l'abbé Pouget qu'il abjura les erreurs tde sa vie passée et condamna les écrits de sa muse plus que légère ; sa conversion fut réfléchie, grave, durable. Nous pourrions en donner comme preuves cette traduction des psaumes qu'il avait entreprise dans un esprit de foi, ces privations qu'il s'était imposées, ce cilice dont il s'était revêtu. L'extrait suivant d'une lettre qu'il écrivait à un de ses vieux amis fait assez connaître les sentimens qui l'animaient.

« Le meilleur de tes amis n'a plus à comptersur quinze jours de vie. Voilà deux mois que je ne sors point , si ce n'est pour aller un peu à l'Académie , afin que cela m'amuse. Hier, comme j'en revenais , il me prit , au milieu de la rue du Chantre, une si grande faiblesse, que je crus véritablement mourir. O mon cher ! mourir n'est rien ; mais songes-tu que je vais comparaître devant Dieu? Tu sais comme j'ai vécu. Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l'éternité seront peut-être ouvertes pour moi. »

Il mourut plein de cette religieuse charité bien supérieure à la pitié fondée sur l'intérêt , qu'il recommandait dans la fable que rappelle la gravure placée en tête de cet article. « En ce monde il se faut l'un l'autre secourir; « Si ton voisin vient à mourir, « C'est sur toi que le fardeau tombe, »

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