HYGIÈNE.— DES BOISSONS
L'eau est la boisson la plus générale; elle fait la base de toutes celles.qui sont composées , soit par l'art, soit par la nature- on pourrait dire que, dans ces dernières circonstances elle ne fait que subir des modifications.
Nous ne pouvons parler ici ni des qualités que doit avoir l'eau potable, ni des moyens de les lui procurer, lorsque, par une cause quelconque, elle s'en trouve privée; nous la supposons douce, agréable à boire, et reconnue, par l'expérience , bonne aux différens usages de la vie.
Les propriétés désaltérantes de l'eau varient suivant la température à laquelle elle est amenée; on peut dire, en général que plus elle se rapprochera de la température du corps de l'homme, moins elle sera bonne pour étancher la soif, et qu'on sera obligé alors d'eu boire des quantités considérables pour arriver à ce résultat; il faut donc tacher , chaque fois que cela est possible , de l'éloigner de celte température du corps; car autant est nécessaire à la santé l'introduction, dans l'estomac , d'une quantité de liquide proportionnée aux peïtes éprouvées parle corps, autant devient nuisible une surabondance , dont l'effet est d'arrêter la digestion, de favoriser la sueur et d'énerver les forces intellectuelles et physiques.
On se trouvera donc beaucoup mieux de préférer à l'eau tiède de l'eau aussi chaude que la bouche peut la supporter. Qui n'a pas eu occasiou,. dans les grandes chaleurs, de reconnaître l'effet puissant de quelques cuillerées de potage pour étancher à l'instant une soif que plusieurs verres de liquides ordinaires n'avaient fait qu'allumer? il y a ici . sur les organes où siège la sensation de la soif, une véritable action chimique ou électrique.
Mais quel que soit l'avantage des boissons chaudes pour étancher la soif, elles sont loin de valoir les boissons fraîches ou froides. Etendons-nous un instant sur celte proposition si connue et si simple, qu'elle pourrait paraître triviale.
L'eau fraîche a l'avantage de plaire et d'agir efficacement sous un petit volume ; elle doit alors ses propriétés au changement qu'elle détermine dans l'état et la sensibilité des organes , et sous plusieurs rapports , ses avantages sont immenses.
Mais à côté des avantages que nous présentent les boissons froides, elles ont, dans quelques circonstances, des inconvçniens graves que nous allons indiquer en ne négligeant pas les moyens de les éviter.
Lorsque les boissons très froides sont versées subitement et eu abondance dans l'estomac , au moment où le corps écliauffé, soit par un exercice violent, soit par la chaleur atmosphérique, est couvert de sueur, elles frappent subitement de froid les organes qu'elles touchent , et par là déterminent un saisissement qui amène quelquefois une perturbation dont les résultats varient suivant une foule de circonstances , mais dont l'effet le plus constant est une altération profonde des organes de la poitrine et du bas-ventre.
Une chose digne de remarque, bien qu'inexplicable, c'est qu'il faut des circonslances particulières pour que cet effet fâcheux des boissons froides ait lieu d'une manière générale; nous disons d'une manière générale, parce qu'il n'est pas d'années qu'on n'ait quelque occasion d'en observer chez des individus isolés, mais en si petit nombre, qu'ils ne fixent pas l'attention , tandis qu'ils prennent quelquefois le caractère épidémique.
Une des maladies les plus généralement produites par les boissons froides, est, le choléra-morbus (celui qui est particulier à notre pays, bien différent de celui qui nous vient de l'Inde). Nous l'avons vu souvent, dans notre jeunesse, se développer chez les faucheurs et les moissonneurs, et dans tous les clés, les glaces en déterminent , à Paris, ebez quelques individus. Il y a près <le dix ans que des milliers de personnes en fiircnl affectées dans celle ville,
et cela dans l'espace de quelques semaines. Pourquoi ce singulier phénomène ne s'est-il pas renouvelé depuis sous cette forme épidémique?
Il est un moyen bien simple d'obvier à cet inconvénient d'un liquide introduit trop froid dans l'estomac; c'est de soumettre à l'action de ce liquide une partie quelconque du corps avant d'en faire usage; voyons ce que font les gens de la campagne; lorsque, couverts de sueur, ils viennent se désaltérer à quelques .sources , ils ont soin d'y plonger les mains pendant quelques minutes; d'autres s'aspergent la figure ou se gargarisent avant de rien avaler; répétons ces usages populaires , et profitons des leçons qu'ils nous donnent.
Il faut donc dans les circonstances où la soif est intense le corps chargé de sueur et l'excitation générale portée à un haut degré, ne pas verser à la fois, dans l'estomac, une grande quantité d'eau froide; mais l'y introduire successivement en la conservant et l'agitant dans la bouche dont elle prend la température, et qu'elle tempère par son action spéciale sur la langue et les parties environnantes.
De toutes les boissons connues, l'eau pure n'est pas celle qui élanche le mieux la soif; elle remplit bien mieux cet objet lorsqu'on l'acidulé d'une manière quelconque, avec le vinaigre, avec les acides citrique, tartrique, carbonique,, et autres acides semblables ou simplement avec le jus de certains fruits; de là viennent les grands avantages présentés sous ce rapport , par les vins blancs acidulés et mousseux , par le cidre , le poiré , et surtout par la bierre légère et mousseuse; ces qualités, résultat de la fermentation alcoolique, sont connues de tous les peuples depuis l'origine des sociétés ; tous ont trouvé le moyen , par l'emploi de substances diverses, de modifier leurs boissons , et de leur procurer quelques-unes des qualités dont nous venons de parler-
Non-seulement l'eau froide et acidulée diminue la soif bien plus facilement que l'eau pure; elle agit encore comme tonique, non-seulement de l'estomac, mais de l'organisme tout entier; de là les grands avantages qu'elle procure chaque fois qu'il faut résister à l'influence débilitante de travaux pénibles, exécutés à l'ardeur d'un soleil brûlant, d'une atmosphère lourde et orageuse, dans des éluves sèches et humides, ou mieux devant des foyers de certaines usines, par exemple, les forges et les verreries.
La manière d'introduire, dans l'économie, la quantité de liquide qui lui est nécessaire, n'est pas tout-à-fait indifférente pour prévenir la soif qui survient à la suite de travaux exécutés en plein air, aux rayons du soleil; des observations nombreuses nous prouvent que le besoin de boisson se fera sentir d'autant plus tard, que les alimens auront été pris plus trempés; en d'autres termes, qu'il est bien plus avantageux d'avaler les alimens saturés de liquides, si on peut s'exprimer ainsi, que de les manger secs, et de boire ensuite à la fin du repas; dans ce dernier cas l'absorption du liquide est faite à l'instant; tandis que lorsqu'il est intimement uni à la masse alimentaire, celte masse ne le lâche que successivement, à mesure que se fait la digestion et que le réclament les besoins de leconomie.
Dans les temps froids , dans les pays humides et marécageux, dans les travaux qui se font sous terre ou qui nécessitent que le corps, ou simplement quelques parties du corps, restent dans l'eau pendant un temps plus ou moins long, et surtout lorsqu'on n'a à sa disposition que des ouvriers phlegmatiques, il faut substituer aux boissons , précédemment indiquées, les boissons Ioniques et spiiilueuses. comme les bierres fortes, les vins épais et généreux . les infusions qui excitent la transpiration , comme celles de thé, de menthe, desauge, d'oranger, et auxquelles on ajoute une certaine quantité d'alcool. On sait (pie les liabilans du nord de l'Europe se trouvent très bien d'avaler de, la biene chaude dans laquelle on délaie quelques jaunes d'œurs; ils font également un grand usage de polies pre-
parcs avec de la bierre. Au rapport de ceux qui ont parcouru ces pays , il n'est pas de boisson et de nourriture meilleures pour résistera l'influence débilitante du froid.
Quant aux alcooliques purs, on ne peut les employer que pour tromper ou pallier la soif; il suffit alors de s'en gargariser; si on les avalait ils ajouteraient à l'ardeur et au malaise intolérable que cette soif détermine : la menthe , le nitrate et le sulfate de potasse, quelques autres sels, cet jusqu'à la pyrètre jouissent de la même propriété.