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LES REPTILES

C'est une vérité maintenant hors du domaine de toute contestation, que tous les êtres qui partagent avec nous les bienfaits de l'existence n'ont pas toujours existé à la surface du globe ; tandis qu'il fut des créatures qui en ont disparu.

Divers modes d'animalité se sont successivement développés et supplantés. Les reptiles, quels qu'ils soient, n'apparurent pas les premiers : avant eux, il y jeut des crustacés, des polypiers, des mollusques, des concbifères, et probablement des poissons ; mais ils durent précéder les mammifères, et furent peut-être l'essai par lequel la nature passa des formes propres aux créatures des eaux à celles qui devaient caractériser les vertébrés de la terre. Beaucoup de reptiles vivaient sur cette terre , que l'homme n'y aspirait point encore à la domination.

La Genèse introduit les reptiles en deux fois dans ce pompeux ensemble de l'univers. C'est à la cinquième époque que l'Éternel commande auxj eaux de produire en toute abondance des reptiles qui aient vie, avec des oiseaux qui volent vers l'étendue des cieux. Puis Dieu dit : « Que la terre produise des animaux selon leur espèce , les reptiles et les bêles de la terre, et il fut ainsi du sixième jour. » Il est essentiel de noter que les reptiles des eaux précèdent ici ceux de la terre d'un de ces laps de temps dont la durée ne doit pas être présumée sur la qualification que lui ont donnée d'infidèles traducteurs de la parole inspirée. A peine les îles et les continens , encore tout bourbeux, se distinguent-ils des mers, « qu'aux grandes baleines et à tous les animaux se mouvant , lesquels les eaux produisent en abondance, selon leur espèce» (ce sont les paroles du texte sacré ) , viennent se mêler les reptiles aquatiques de nature amphibie, auxquels les nouveaux rivages offrent une patrie convenable. Aussi, dans les dépôts où les traces delà création de la cinquième époque se sont accumulées , ce sont les ossemens de gigantesques reptiles , évidemment aquatiques, qu'on retrouve en abondance. Leurs formes étaient les plus bizarres; il fallait à leur masse des vases profondes, à travers lesquelles ils se pussent ébattre ; le sol alors délayé que nous fertilisons depuis qu'il s'est assaini , est demeuré dépositaire de leurs empreintes ; ils périrent sans doute à mesure que l'humidité leur manqua sur un globe en évaporation, et que la fureur des tempêtes les venait jeter contre des côtes abruptes ou sur des plages désormais trop durcies pour qu'ils s'y pussent enfoncer. Alors disparurent ces prodigieux gavials, ces immenses monosaures, ces ichthyosaures, encore plus grands, au corps de lézard, aux nageoires de tortues marines , au cou de serpent \ dont les formes , les proportions réaliseraient celles du dragon mythologique , si des ailes en eussent complété la singularité. Cependant de telles ailes n'étaient pas alors plus étrangères aux formes de reptiles qu'elles ne le sont dans le monde actuel à divers mammifères. Le ptérodactyle , maintenant perdu, et dont on a pris d'abord l'empreinte pour celle d'un oiseau , n'était qu'un reptile puissamment ailé , pourvu d'organes qui lui permettaient de rivaliser dans les airs avec les chauves-souris. Ces reptiles volans, qui, dans l'apparition des êtres créés , précédèrent les oiseaux , ne furent-ils pas la première nuance par où la nature passa des formes caractéristiques propres à la natation, à la rep-

tation, ainsi qu'à la marche, à celles qui caractérisent les tribus essentiellement volatiles; tandis qu'à l'autre extrémité de l'échelle, les manchots , les macareux et les pingouins liaient les poissons aux oiseaux par une autre combinaison organique. Ce ne fut donc que lorsque la croûte du globe fut bien consolidée, et devenue suffisamment solide par le dessèchement qui la tirait de son état marécageux , que se développa cette autre série de reptiles dont l'Éternel commanda l'apparition au commencement de ce grand jour dont la naissance de l'homme est le dernier chef-d'œuvre.

Créatures d'essais , s'il est permis (Je s'exprimer ainsi , et formées, comme on le verra tout à l'heure, sur divers modèles , en des âges différens de la création , les reptiles devaient porter dans leur ensemble certains caractères disparates communs à d'autres séries d'animaux très différentes, comme pour en établir la liaison : aussi voyonsnous que, malgré les analogies qui ne permettent pas d'éloigner les uns des autres, dans une méthode naturelle, les reptiles qui sont demeurés nos contemporains , il n'existe guère entre ceux-ci de ces grands caractères communs qu'on voit dominer l'ensemble des autres classes , et les asservir pour ainsi dire à des types assez bornés dans leur physionomie générale. Ainsi , quand la plupart des reptiles sont ovipares, il en est qui produisent leurs petits vivans. Les uns ont quatre pattes comme la généralité des mammifères ; d'autres deux seulement , quand les serpens n'en ont pas du tout. Ceux-ci ont le cotps couvert d'écailles ; ceux-là d'une boîte ou de boucliers osseux; les batraciens l'ont nu , avec la surface de la peau muqueuse. La plupart ont unequeue,d'autres enmanquentabsolument. Ils vivent, ou sans cesse dans l'eau, ou seulement dans leur premier âge, ou à certaines époques de leur développement; ou bien ils fuient l'humidité, se plaisant dans les expositions les plus sèches. Quand la moindre lumière fatigue le protée et que l'ombre est favorable à beaucoup d'espèces , les rayons du plus ardent soleil semblent ranimer divers lézards. Il en est qui marchent, rampent, sautent ou qui nagent ; il en est aussi qui voltigent à l'aidé d'espèces d'ailes. On en connaît de fort venimeux et de parfaitement innocens; de féroces et de familiers; de carnivores et d'herbivores; d'agiles et de lourds; d'élégans et d'horriblement laids; d'ongulés et de totalement privés d'ongles ; de munis de dents et d'autres qui en sont tout-à-fait privés ; de bons à manger, et d'autres qui ont la chair détestable. Enfin les uns naissent sous des formes qui ne font que se développer en grandissant, sans s'altérer beaucoup; d'autres, sans qu'ils cessent jamais d'être des reptiles , sont sujets à des mues où changemens de peau , comme on en voit chez lés chenilles , tandis qu'il en existe qui passent par des métamorphoses aussi complètes que celles des insectes , étant pour ainsi dire poissons durant une partie de leur existence. Le squelette varie particulièrement d'une manière étrange.

« C'est surtout dans la production des reptiles , dit le grand Cuvier, que la nature semble s'être jouée à imaginer les formés les plus bizarres , et à modifier, dans tous les cas possibles , le plan général qu'elle a suivi pour les animaux vertébrés. L'absence de plumes et de poils est la particularité qui les singularise peut-être le mieux; » et c'est d'après cette considération que M. Blainville proposait de substituer le nom de nudipellifères à celui de reptiles : il n'en est pas non plus qui couvent leurs œufs, ou témoignent le moindre intérêt à leur progéniture. Privés de mamelles , et conséquemment de lait, les reptiles ont, comme les poissons , le sang froid , quoique rouge , et ceci tient à la manière dont s'exerce chez eux la respiration. « Ces animaux, dit encore M. Cuvier, ont lé cœur disposé de manière à ce qu'à chaque contraction il n'envoie dans les poumons qu'une partie du sang qu'il a reçu des diverses parties du corps , et que le reste de ce fluide retourne aux parties sans avoir été respiré; il en résulte que l'action de l'oxigène su»

le sang est moindre que chez les mammifères , et surtout que dans les 'oiseaux. Comme c'est la respiration qui donne de la chaleur au sang, et à la fibre la susceptibilité de l'énervation, outre qu'ils ont le sang froid , les reptiles n'ont pas la force musculaire très développée ; aussi n'exercentils que des mouvemens de reptation ou de natation; et quoique plusieurs sautent et courent vite dans certaines circonstances , leurs habitudes sont généralement paresseuses, leur digestion .lente, leurs sensations obtuses; et dans les pays froids ou seulement tempérés , ils s'engourdissent presque tous durant l'hiver ; leur cerveau, proportionnément très petit, ne paraît pas être aussi nécessaire qu'il l'est chez les mammifères ou chez les oiseaux, à l'exercice des facultés animales et vitales, les reptiles continuant d'agir durant un temps assez considérable quand on le leur enlève. On connaît l'expérience de M. Redi , qui , ayant extrait cet organe chez une tortue déterre, celle-ci vécut encore pendant six mois, sans avoir éprouvé d'autre accident que la perte de la vue. On sait aussi que des grenouilles , à qui l'on avait coupé la tête durant leur union , n'ont pas cessé de poursuivre l'acte commencé , en couvrant jusqu'à la fin d'un liquide fécondant les œufs qu'émettaient leurs femelles ; enfin des salamandres, auxquelles on avait fait la même opération, ou coupé les pattes , ont reproduit promptement ces parties pourtant si importantes , comme les lézards et les orvets reproduisent leur queue quand celle-ci vient à leur être enlevée par quelque accident. Comme il n'est, pour ainsi dire, pas de formes qui soient communes à tous les reptiles, et que les habitudes varient considérablement, nonseulement selon les ordres , les familles et les genres , mais encore selon les espèces, elles sont en général solitaires, tristes et suspectes» Aussi les reptiles inspirent en général

(Serpent à sonnettes saisissant un écureuil.)

une horreur profonde, d'ailleurs motivée par le venin dont plusieurs sont munis. Partout on les redoute ; mais cette terreur qu'ils inspirent, et qui leur attire une guerre acharnée de la part des hommes, leur valut quelquefois des autels, comme nous le dirons plus tard en parlant des crocodiles, et de certaines espèces de serpens.

\ Le nombre des espèces de reptiles augmente vers l'cquateur, où l'élévation de la teini>érature supplée, pour ces

animaux, à la chaleur qui ne leur vient point de la circulation : ils y sont d'ailleurs incomparablement plus grands et plus agiles; ceux qui ont du venin l'y possèdent dans toute l'énergie propre à ce singulier moyen de nuire. C'est jusque vers les tropiques, même un peu au-delà, et non loin de la ligne , que se voient les crocodiles , les tupinambis et les boas , véritables géans entre les races rampantes; là sont aussi les cérastées et les najais , qui sont les plus redoutables des vipères ; c'est toujours dans les zones chaudes, soit à la surface des terrains arides, soit dans la bourbe des marécages , soit enfin dans l'étendue des mers tièdes , qu'on rencontre les plus grands des chéloniens ; il paraît qu'il n'existe de ceux-ci ni d'eau douce ni de terre au-dessus du 46e degré nord. Quant aux reptiles fossiles , nous nous bornerons à remarquer que c'est entre les chéloniens ou tortues , les crocodiles , les sauriens et les batraciens , qu'on a découvert les plus reconnaissables. Ce qu'on avait regardé comme des serpens pétrifiés au temps où l'anatomie comparée n'était pas une science , s'est trouvé n'être que des empreintes de poissons anguiformes ou de cornes d'ammon. Il n'y a de constaté en fait de restes d'ophidiens , que quelques vertèbres isolées qui se sont rencontrées dans les brèches osseuses des bords de la Méditerranée, avec des restes d'animaux dont les analogues vivent encore à la surface du sol qui sert de tombeau à leurs devanciers. Les couches les plus anciennes qui nous offrent des débris de reptiles, appartiennent à ces formations de calcaire compact que plusieurs géologues ont appelé jurassique, ou calcaire à caverne; la formation des schistes métallifères en présente aussi. La craie surtout en contient de parfaitement caractérisés ;"le calcaire à cavités n'a guère offert encore que quelques restes de tortues ; mais il y en a fréquemment dans les gypses des environs de Paris. Les côtes de la Manche et de l'Angleterre, où on les recherche depuis quelque temps avec zèle , ont fourni les espèces les plus remarquables, qu'on crut d'abord être propres à cette localité, mais qu'on commence à retrouver dans plusieurs autres lieux de l'Europe. Plusieurs sites de la Belgique, le plateau calcaire de Maestricht , entre autres, elles schistes d'OEningen, en Suède, en conservent des espèces très curieuses : les ptérodactyles, reptiles ailés, dont on ne trouve plus d'espèces vivantes , sont la plupart de ce dernier site, où ils furent découverts.

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