FRANKLIN
Il y a cinquante-sept ans environ , un député de ces colonies anglaises de l'Amérique du nord qui venaient de secouer le joug de la Grande-Bretagne , arrivait à Versailles pour solliciter de Louis XVI l'appui de la France. Cet homme attirait la curiosité de la cour et du public par la réputation que lui avaient faite ses découvertes brillantes sur l'électricité de l'atmosphère, et par la simplicité de ses manières et de son extérieur qui contrastaient étrangement avec les dehors du grand monde de cette époque; cet homme était Benjamin Franklin.
L'accueil fait par les savans français à l'inventeur des paratonnerres contribua puissamment au succès du député de la Nouvelle-Angleterre. La haute société en France subissait alors , beaucoup plus qu'aujourd'hui. l*influence des hommes marquans dans les sciences et dans les lettres ; et la physique, cette fois, vint en aide à la politique révolutionnaire.
Le sentiment de rivalité qui animait la cour de France contre l'Angleterre, et l'intervention de h reine qui prenait beaucoup de goût aux conversations de Franklin, contribuèrent bien plus puissamment encore à la conclusion du traité ^laquelle l'habileté du négociateur ne fut pas non plus inutile. Louis XVT éprouvait , disent les mémoires contemporains, une répugnance personnelle] pour Franklin, à l'image duquel il prodiguait , a t-on pretenda, un
outrage qu'il nous est impossible d'admettre; mais la direction de seside'es politiques le poussait à saisir cette occasion d'abaisser l'orgueil anglais et de favoriser le développement d'une puissance maritime rivale ; et le 6 février 4788,
( Médaille de Franklin.)
Franklin signa le traité d'amitié, d'alliance et de commerce entre la France et les Etats-Unis.
Tous nos lecteurs savent sans doute les secours que la France prêta aux Américains , les sacrifices personnels que fit le marquis de Lafayette et le succès qui récompensa la persévérance de celte nation. Cinq ans après la conclusion du traité d'alliance avec la France , Franklin, qui dans l'intervalle était resté parmi nous, eut le bonheur de voir terminer la guerre entre l'Angleterre et sa patrie , et le 21 janvier 4785, il signa le traité définitif qui proclamait l'indépendance des Etats-Unis.
Deux ans plus tard , Franklin rentra en triomphe à Philadelphie , où les suffrages de ses concitoyens le portèrent deux fois à la présidence de leur assemblée provinciale. Puis l'âge et les souffrances le forcèrent à se retirer des affaires, et à attendre dans la retraite la fin d'une vie si pleine et si utile à son pays.
Nous n'avons voulu que rappeler brièvement à nos lecteurs les circonstances principales de la vie politique de cet homme célèbre , pensant bien qu'ils connaissent assez sa vie racontée par tant d'auteurs, pour qu'il soit superflu de la leur raconter de nouveau. Nous reviendrons plus tard sur Benjamin Franklin , mais pour voir en lui le physicien , le partisan des découvertes industrielles. Ce sont là des titres de gloire que nous ne mettons pas sur la même ligne que les titres politiques, mais que nous aimons beaucoup mieux à discuter.