LES COLONS FRANÇAIS ET LES INDIENS
Dès les premiers temps de l'établissement des Français dans la Guyane, on a essayé de réduire les Indiens à l'esclavage, on a voulu exploiter les richesses qu'on pouvait tirer de ce vaste pays aux dépens des peuplades indigènes qui couvraient entièrement ses côtes ; aussi ont-elles fui les blancs, abandonné leurs villages, pour s'enfoncer dans l'intérieur, et maintenant nous, Français, qui aurions dû porter la civilisation dans un pays qui aurait tant rapporté à la France, nous n'avons plus de communications qu'avec quelques Indiens , qui s'enfuiraient indubitablement si on essayait d'attenter à leur bien le plus cher, la liberté , et qui vivent tout-à-fait en sauvages , sans qu'on avise au moyen de leur porter la civilisation.
Sous ce rapport, il est évident qu'on ne doit rien attendre des colons : comment pourraient-ils l'étendre et la propager chez les peuplades voisines de leurs habitations, puisque leurs nègres vivent tous, sous leurs yeux, dans un état d'abrutissement tel , par toutes les souffrances qu'ils ont endurées, qu'ils semblent avoir tout perdu de leurs facultés intellectuelles. C'est une des raisons qui ont le plus contribué à éloigner les Indiens des parages habités ; les nègres, loin de les séduire par leur existence et leur bien-être, dans les fréquentes relations qu'ils avaient avec eux et que les maîtres auraient voulu faire tourner à leur avantage , leur dépeignaient ce qu'ils avaient continuellement à souffrir avec tant de force et de chaleur qu'ils ont craint pour eux notre domination et qu'ils nous ont fui avec horreur. - Quand un explorateur , un naturaliste ou un voyageur s'avance dans l'intérieur, il est presque toujours bien reçu, s'il ne manifeste aucune crainte , aucune défiance en les approchant. Dans nos yeux , ils lisent ce qui se passe en nous ; si nous hésitons et tremblons, ils nous refusent l'hospitalité qu'ils nous destinaient , et nous privent du bon accueil qu'ils nous préparaient. Il faut entrer^ dans leurs
icarbels , leur sourire , et regarder à peine leurs femmes et leurs filles, prendre de leurs mains la calebasse qu'ils nous présentent, ne marquer aucune répugnance en la viciant, et leur donner en reconnaissance quelques flacons de liqueur de cannes, car ils sont avides de spiritueux; alors nous devenons leurs bannarès (amis); ils nous pressent les mains nous conduisent , nous escortent , nous aident à nous procurer ces beaux oiseaux qui abondent dans les forêts pour orner nos collections, et nous protègent contre toute attaque ; dans l'intérieur, chez les peuplades éloignées , il faut surtout de la bonne foi dans les relations, si on veut leur asistance , car leurs pères leur ont légué leur haine et leur aversion pour les blancs.