‹ Magasin universelChapitre 32 sur 320 · LE JAGUAR · texte numérisé non relu

LE JAGUAR

Cet animal long-temps confondu avec la panthère et le léopard , n'en a bien été distingué que dans la Ménagerie du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Le hasard l'avait fait placer à côté d'une panthère , et l'on fut si frappé de la différence de la voix de ces deux animaux à peu près de même taille , qu'on dût conclure qu'ils n'étaient pas de la même espèce, et par un examen plus attentif, on les distingua compleltement l'un et l'autre.

Le jaguar appartient à l'ordre des carnassiers, à la famille des carnivores ; cette famille comprend les mammifères les plus carnassiers , ceux dont l'appétit sanguinaire est eu harmonie avec la force des organes qui doivent lui servir d'instrument. Chez les carnivores, en effet, chaque mâchoire est armée de deux dents canines grosses, longues el écartées, entre lesquelles sont six incisives; la seconde incisive de la mâchoire inférieure a sa racine un peu plus rentrée que les autres. Les dents molaires sont tranchantes OU mêlées seulement de tubercules mousses et non hérissées de pointes coniques. Les habitudes carnassières de ces animaux sont liées à la forme plus ou moins tranchante des dents , et Ton peut juger de l'aptitude qu'ils ont à se nourrir exclusivement de chair , par la disposition plus ou moins tuberculeuse de leurs dents molaires qui servent à les faire distinguer. \ cet appareil de mastication si redoutable, la plupart des carnivores joignent des pattes armées d'ongles plu-; ou moins crochus et qui, chez quelques-uns , sont rétractiles, Tels sont les traits les plus saillans de l'organisation de ces animaux (pie leur naturel ardent pousse à tous les genres

de luttes, ei dont la vie presque toute entière se consume

dans les combats qu'ils engagent ou qu'ils oui a soutenir,

Toutefois , la nature n'a pas doué tous les animaux carnivores d'un égal degré de force et d'énergie : à ceux-ci elle a accordé largement l'audace et la violence ; pour d'autres , elle a trouvé un dédommagement à leur faiblesse relative dans l'instinct adroit et rusé dont elle leur a prodigué les ressources : aussi l'absence ou la présence de certains organes , le développement excessif ou modéré de certains caractères ont-ils contraint les naturalistes à former des groupes secondaires clans la famille des carnivores et à les répartir en trois tribus.

L'une de ces tribus , les digitigrades, est celle où doit être rangé le jaguar qui appartient au genre chat , l'un des genres de cette tribu ; il acquiert une taille qui approche de celle du lion , sa longueur est d'environ quatre pieds , sa hauteur de deux pieds et demi , sa queue a trente pouces. Son pelage est d'un fauve jaunâtre sur toutes les parties supérieures du corps; le dessous du cou , le tour de la gueule , le ventre, l'intérieur de la cuisse et des jambes sont d'un beau blanc. Ses taches sont noires , pleines , en forme de rond avec un ou plusieurs points au milieu ; sa voix ressemble à une sorte d'aboiement rauque , et lorsqu'il menace , il souffle à peu près comme le chat domestique. Cet animal a les mœurs de tous les autres chats ; lorsqu'il n'est pas poussé par une faim violente, il est d'une défiance extrême, et n'attaque sa proie que par surprise , et surtout la nuit. Sa force est prodigieuse ; les voyageurs prétendent qu'il peut emporter un cheval et traverser à la nage, av«c cette proie, une rivière large et profonde. Il habite les lieux couverts et les grandes forêts de l'Amérique , il se cache dans les cavernes, et n'est pas effrayé par le feu; car plus d'une fois les Indiens qu'environnaient de grands brasiers ont été attaqués par lui. Il se nourrit de toute espèce de gibier, et s'avance dans l'eau pour attraper le poisson , qu'il aime beaucoup. Les Espagnols et les Indiens chassent le jaguar avec des lacets, qu'ils lancent si adroitement en courant à toute bride , qu'à cent pas ils l'enlacent et le mettent hors d'état de se défendre. Ils le chassent aussi avec des meutes nombreuses ; alors l'animal monte quelquefois aux arbres pour se soustraire à leur poursuite , et s'élance sur le chasseur. Les Indiens sont assez hardis pour attaquer le jaguar corps à corps ; le bras enveloppé d'une peau de mouton , ils évitent la première atteinte de ses morsures , et au moment où il s'élance, ils lui enfoncent leur arme dans la poitrine.

(Le Jaguar

Les peaux de jaguar sont assez recherchées ; long-temps elles ont fait l'objet d'un commerce très-considérable , mais le nombre de ces animaux a diminué , et l'on n'en tue que rarement.

SENEGAL. J|

SUPERSTITIONS DES NÈGRES DE SAINT-LOUIS ET DE GORÉE. — GRIGRIS. — MARAEOUTS.

La religion des nègres du Sénégal est un mélange d'idolâtrie et de mahométisme : mais les objets de leur culte diffèrent plus ou moins de peuple à peuple. Leurs prêtres forment une caste extrêmement respectée ; ils sont les dépositaires de la science et des livres sacrés. Cette classe d'hommes a seule le privilège de ne pas travailler à la terre; les lévites qu'ils initient dans la reconnaissance de leurs mystères vont de case en case ramasser le couscous nécessaire à l'existence de leurs maîtres ; ce casuel n'est jamais contesté. Pour être marabout , il faut être fils de marabout et savoir , bien ou mal , lire et écrire l'arabe. Un bouquet de barbe au menton, un air toujours grave , l'assiduité à la prière matin et soir, au soleil levant et au soleil couchant , sont les signes distinctifs du prêtre. Le marabout n'a qu'une femme et ne boit jamais de liqueurs fermentées. Pour prix de cette régularité, il a reçu du prophète le privilège de lire dans l'avenir , de faire trouver les objets volés , de jeter sur une ou plusieurs personnes des sorts qui les font périr misérablement, à moins qu'elles ne se rachètent par des présens ou ne se mettent sous les auspices d'un autre marabout plus puissant et qui daigne les protéger. Mais ce qui fait la principale industrie du marabout, c'est la confection des grigris, espèces de reliques plus ou moins efficaces , suivant le degré de sainteté de celui qui les vend. La forme de ces reliques varie selon le génie ou le caprice de l'artiste ; il y en a pour tous les maux et pour tous les actes de la vie. Le chasseur est à l'abri du boa et du tigre avec son grigri qu'il porte suspendu à son cou ; le guerrier peut défier le poignard et les flèches ; le pêcheur n'a rien à craindre du requin ni du crocodile , grâce à ces amulettes ; les sorciers ne peuvent rien sur la femme protégée par le grigri , et ses enfans grandissent et prospèrent en dépit des maléfices de ses voisines.

La crédulité de ces pauvres nègres est telle qu'on en a vu s'exposer, de gaîté de cœur, aux plus grands dangers, pour éprouver la vertu de leurs grigris. Il y avait à Saint- Louis une vingtaine de nègres au service des hôpitaux ; la supérieure des religieuses qui soignaient les malades envoyait journellement au magasin général deux nègres pour aller chercher le vin et le sucre nécessaires à l'établissement : la livraison de ces objets se faisait sur le vu du bon si<me par la supérieure; les nègres chargés de prendre les denrées ne pouvaient comprendre comment on leur donnait tant de choses pour un petit morceau de papier , qui sûrement était un grigri puisqu'il opérait tant de merveilles. Le dévoûment des pauvres religieuses pour le service des malades et le respect que tous les Européens avaient pour elles recommandaient encore à l'admiration des nègres les grigris de la supérieure. Tous les petits morceaux de papier qu'elle jetait ou qu'on pouvait lui surprendre étaient à l'instant renfermés dans des bourses de cuir qu'ils suspendaient à leurs cous. Ces grigris ne leur ouvraient pas à la vérité les portes du magasin général ; mais quand ils allaient à la grande terre pour faire du bois, ils étaient sûrs de rapporter une bonne et belle provision.

Le séjour des Européens sous un soleil brûlant et leur contact avec les nègres finissent peu à peu par les dégrader au point de les rendre esclaves des mêmes préjugés. J'ai vu entre autres deux négocians de Bordeaux qui , après trente ans de séjour en Afrique , avaient fini par adopter les grigris des marabouts du pays. J'ai fait la même remarque presque sur tous les mulâtres de Saint-Louis et de Gorée; quoique élevés dans la religion catholique, dont ils suivent la pratique extérieure , la plupart des négocians consultent les marabouts avant de jeter un navire à la mer , et cachent sous leur chemise, avec le soin que commande le respect humain , les grigris qui décorent la poitrine de leurs esclaves. Un Français, maire de Gorée , nourrissait dans sa

cave un serpent qui était l'ame de son grand-père ; il n'au- | rait mangé, pour rien au monde , du poisson certains jours de l'année , attendu que les nègres de Dacar avaient remarqué que les poissons pris à ces époques étaient les génies de leurs ancêtres. Le maire de Saint -Louis , autre mulâtre, était tout au moins aussi superstitieux; et cependant ce n'était pas un homme ordinaire, on en jugera par le, trait suivant :

| Un marabout de Saint-Louis fut convaincu de vol et condamné par la police de la ville à être fouetté sur la place publique : grande désolation dans tout le pays : fouetter un marabout ! jamais un pareil scandale n'avait affligé les enfans du prophète. Un soulèvement épouvantable allait avoir lieu , lorsque le maire , revêtu des insignes de l'autorité, parut dans l'assemblée des marabouts, où il fut résolu qu'on se rendrait en députation chez le commandant , pour lui demander la grâce du condamné. Au jour indiqué, deux au trois cents nègres, conduits par leurs prêtres, se rendent au domicile du maire , leur protecteur naturel et chargé de porter la parole. Celui-ci met son écharpe et marche à la tête de la députation. Quelques réflexions pé- 1 nibles l'agitaient en chemin. Le gouverneur ne sera-t-il pas offensé de sa démarche ? Celte grande cohue , qui se grossissait en route, n'a-t-ellepas plutôt l'air d'un attroupement que d'une modeste députation ? et enfin les 5,000 francs qu'il reçoit du gouvernement ne sont-ils pas compromis par cet acte de condescendance ? Pendant qu'il était préoccupé de ces réflexions, un trait de génie vint tirer le maire de tant de dangers. Arrivé à la porte du palais , il fit faire un cercle autour de lui et harangua son escorte dans les termes suivans : « Enfansdu prophète, valez-vous plus que vos pères? Répondez ! — Non , non ! s'écrie-t-on de toutes parts. — Eh bien ! vos pères étaient fouettés , pourquoi ne le seriezvous pas? La cause d'un homme qui a dégradé son ministère mérite-t-elle une faveur que n'ont pas exigée vos pères dans une semblable occasion? Croyez-moi, retirons-nous, et laissons fouetter le marabout. Le prophète est plus puis- ' sant que nous auprès du commandant , ne lui enlevons pas la gloire de le délivrer , s'il le juge convenable. » Cette allocution calma la foule irritée, qui se dispersa, et la sentence fut exécutée. La suite à un prochain numéro.

MOEURS DES SUEDOIS. (Suite.) Nous avons donné, dans un précédent numéro (I), sur les mœurs du peuple suédois, un premier article emprunté à la Revue Britannique , recueil mensuel où l'on trouve non seulement des extraits et des analyses faites avec talent des publications les plus remarquables de l'Angleterre, mais encore des articles originaux d'un haut intérêt. Nous communiquerons aujourd'hui à nos lecteurs , avec l'autorisation du directeur de cet te Revue, un second extrait de la Notice si exacte et si pleine de faits qu'il a donnée sur le même sujet.

i La contrée la plus curieuse à observer de toute la Suède, c'est la Dalccarlie, pays sauvage où peu de voyageurs pénètrent , et que les Suédois eux-mêmes connaissent mal. Un caractère franc , hardi , énergique , une force athlétique, un grand respect pour la loi et le magistrat, respect qui n'est mêlé d'aucune servilité, distinguent le Dalécarlien. L orsqn'un gouverneur passe , tous les habitans des villages qui connaissent les endroits qu'il doit traverser la nuit, ont soin d'éclairer sa route avec des torches allumées ; cependant leur esprit d'indépendance est extrême. Ils sont industrieux, et la plupart des villages de la Dalécarlie possèdent quelque genre d'industrie qui est propre à Chacun d'eux. Ainsi les paysans de IVIora et Dornocs, fabriquent de jolies pendules; ceux d'Ilemora sont célèhres pour leurs ustensiles de fer; ceux d'Elfdal exportent d'excellens peignes à tisser. Quoiqu'une population trop abondante occupe un espace de

(i) Voyez page 22.

terrain aride , qui souvent se refuse à donner les produits nécessaires , l'économie laborieuse de ce peuple et sa fru galité le soutiennent au milieu des rigueurs du climat. Aucun paysan Dalécarlien n'a recours au cordonnier, au tailleur ou au maçon ; chacun fabrique de ses mains tout ce qui lui est nécessaire, et, cependant, quand la saison est mauvaise , quand arrivent les jours de disette , le paysan est obligé de pétrir et de broyer l'écorce d'arbre à laquelle il mêle un peu de farine , et qui compose son pain. On cite des traits charmans d'hospitalité qui n'appartiennent qu'aux peuples primitifs. Un Dalécarlien qui sort de sa cabane pour aller aux champs , pose , sur une tablette placée en dehors de la porte, la clef de son garde-manger, afin que le voyageur puisse , pendant l'absence du maître , trouver les alimens qui lui sont nécessaires.

Ce peuple singulier se distingue par une physionomie spéciale , par un costume brillant et bizarre qui n'a pas changé depuis cinq siècles, et par un attachement aux vieilles mœurs qui ne se retrouve dans aucun pays d'Europe ; il parle encore le vieux Scandinave , la langue des Russes. Il y a beaucoup de paroisses où les mœurs primitives se sont conservées dans toute leur pureté : ainsi dans le village de Mora , les jeunes gens et les jeunes filles se rassemblent deux fois par semaine dans une grange , sans que les païens assistent à ces soirées ; des morceaux de sapin résineux éclairent le salon rustique; les jeunes filles tricotent et tissent pendant que les jeunes gens causent , et la réunion se prolonge très-avant dans la nuit. On assure que les ménages dalécarliens sont excellens , et que cette liberté des mœurs en protège la pureté.

En 1715, les habitans d'une des parties les plus sauvages et les plus stériles de laDalécarlie, de la paroisse d'Elfdal, ont découvert une source , non de richesse, mais d'aisance; les pauvres gens que leurs nuits froides , leur sol pauvre , leurs rochers sans terres végétales exposaient si souvent à la famine , et qui dépouillaient leurs arbres de leur écorce pour nourrir leurs femmes et leurs eufans , ont enfin trouvé une mine de porphyre dont les produits magnifiques sont exportés dans toute l'Europe , et mériteraient d'obtenir une circulation plus étendue. Les laiteries, les pharmacies, les fabriques d'horloges et de pendules devraient employer plus fréquemment cette matière dont la dureté résiste aux liqueurs les plus corrosives, tandis que le marbre se laisse entamer , non seulement par le vinaigre , mais par le lait. Les pilons des pharmaciens , leurs mortiers , les dessus de tables et de cheminées , gagneraient beaucoup à ce que l'on fit usage de cette pierre si brillante à l'œil , si belle par son poli et ses vives arêtes, si forte contre l'action du temps. Les crimes contre la vie des hommes sont presque inconnus en Suède , et la vue d'une paire de pistolets, instrumens que presque tous les voyageurs d'Europe regarderaient comme indispensables , porterait la terreur dans un village. Cependant le Suédois est naturellement brave , il est poli quoique rustique , il s'étonne beaucoup des manières anglaises, qui, depuis environ cinquante ans, se sont empreintes , comme on sait , de morgue, de froideur et de dureté. Un voyageur anglais qui entre dans un lieu public sans se découvrir , est regardé comme une espèce d'animal farouche qui n'est point fait pour la société. La lenteur naturelle des Suédois s'accomode très- bien de cette grave politesse et de ce sang-froid qui ne les quitte jamais. La douceur des jurons et des malédictions en usage parmi le peuple, contraste étrangement avec l'énergie et l'impureté des malédictions dont les autres peuples sont prodigues. A mesure que l'on avance vers le midi , l'impiété , la colère, le cynisme , marquent ces expressions d'un sceau de violence et de fureur souvent révoltant; un Anglais appelle le l'eu du ciel sur vos yeux . sur vos jambes , sur votre corps , sur votre âme ; un Italien vous interpelle en termes de débauche mêlés d'impiété. Le plus gros juron qu'un Suédois puisse prononcer, c'est tusandjcflar (mille diables) Des mœurs paisibles, un grand amour de la vie de famille, peu de

fêtes bruyantes , peu de galanterie , des rapports sociaux qui n'ont ni cette activité, cet éclat, cette étourderie de l'ancienne France , ni cette ostentation , cette étiquette pompeuse, et cette vaniteuse prétention de l'Angleterre; tels sont les signes spéciaux d'une civilisation très-paisible, et qui , si elle n'est pas agitée par le génie dramatique des passions , offre du moins beaucoup de chances pour le bienêtre et le bonheur.

Les femmes, dès leur jeunesse, sont employées comme facteurs de postes, commissionnaires, postillons, garçons de cafés , garçons de bains. Vous arrivez à minuit à un relais : une jeune personne blonde, de la plus jolie figure, très-légèrement vêtue, et qui a rattaché son jupon à la hâte , vient se placer à vos côtés dans la voiture , prend les rênes , dirige les chevaux , et s'enfonce avec vous dans les forêts les plus solitaires.

Une grande réserve, et une douceur constante, caractérisent les dames de la bourgeoisie et des classes supérieures ; de toutes les femmes du nord , ce sont celles qui possèdent le plus d'attraits et de grâces. Sveltes et légères, elles n'ont rien de ces formes massives et épaisses , que l'on trouve souvent dans les contrées septentrionales, leur taille est mince , leur chevelure magnifique et blonde ; leur teint éclatant, et leur tournure d'une élégance qui rappelle celle des polonaises ; ajoutons que les femmes du peuple sont en général plus jolies encore que les dames et les bourgeoises.

L'art gastronomique , sans avoir atteint en Suède une haute perfection , y est du moins très-honoré , comme dans la plupart des pays du nord ; avant de se mettre à table , on va chercher sur un petit buffet, couvert de nappes blanches , un petit repas préparatoire composé de horsd'œuvres, d'anchois, de radis, de caviar; préface toujours accompagnée de quelques verres de cognac et de rhum. Le dîner est disposé d'une manière qui semblera fort originale aux étrangers : le potage , qui se compose tout simplement d'eau chaude dans laquelle la viande a bouilli , parait non au commencement , mais au milieu du festin; on y voit nager des feuilles de fenouil et du raisin de corinthe ; ensuite défile une longue liste de mets qui tous sont accommodes au sucre ; on met du sucre dans le potage , dans la bière , dans la salade ; on le mêle au poivre , au vinaigre , aux sauces les plus épicées ; enfin l'Européen méridional , qui voit au milieu de la table le sucrier en permanence et dans lequel on puise continuellement , regrette , je vous assure , de tout son cœur , les dîners de Paris et de Londres.

La vie des Suédois semble partagée en stations gastronomiques. A votre réveil , vous trotivez sur votre lit une petite table qui supporte du café , du beurre et du pain ; à onze heures, on déjeûne avec des tartines de beurre, du jambon , du poisson salé et de l'eau-de-vie ; on dîne à deux heures; à quatre heures, on sert du café; à six heures, vient le goûter, espèce de collation légère; enfin, à neuf heures, on soupe, et presque toujours le mets principal de ce dernier repas est un mélange de lait, de bière et de sirop, qui ne ressemble à rien de ce qui se mange ou se boit dans nos contrées. L'habitude des toasts s'est conservée en Suède dans sa simplicité patriarcale ; toutes les fois qu'un convié boit à votre santé , il est absolument nécessaire que vous vidiez votre coupe jusqu'au fond. Aussi comme disait le jeune Hamlet : « Supposez que vingt convives renouvellent la même politesse, à moins d'être très-exercé à cet usage, vous vous trouverez très-embarrassé , d'autant plus que les verres des Suédois sont larges et profonds. » Souvent, dans les classes bourgeoises, on pratique l'ancienne coutume, qui ordonne à chaque convive de baiser la main à la dame placée près de lui.

ÉPHÉMÉRIDES

Faits et événemens remarquables du 6 au 3l octobre. 5 et 6 octobre 1789. — Massacre des gardes-du-corps à Ver-

sailles par les bandes venues de Paiis; retour du roi et de la famille royale ramenés par le peuple dans la capitale.

7 octobre 1765. - — Premier congrès national à New-Yorci déclaration des droits des Américains. — 1826. Traité d'Acker» mann par lequel la Russie force la Porte à reconnaître les privilèges de la Valachie et la Moldavie , et l'existence civile et religieuse des Serviens.

8 octobre 45r. — Le concile général réuni à Calcédoine , condamne deux évêques qui soutenaient qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule nature. — 1804. Un nègre échappé à l'esclavage lors de la révolte de Saint-Domingue ; Dessalines est proclamé empereur d'Haïti.

9 octobre 1793. — La ville de Lyon , que les excès de la ré* volution avaient soulevée contre la convention , forcée de se rendre parla famine, est livrée à la commission composée de Couthon, Fouché , et Collot d'Herbois. On sait quelle férocité déployèrent ces triumvirs dans l'accomplissement de leur mission. — 179^ Joseph-le-Bon , d'ignoble et sanglante mémoire , le bourreau des habitans d' Arras , tombe à son tour sous la hache de la révolution.

— 1799. Bonaparte , à son retour d'Egypte, débarque à Fréjus,

— 1818. Le congrès d'Aix-la-Chapelle arrête que Jes armées alliées évacueront le territoire Français. 1

10 octobre 1785. — Les Prussiens s'emparent de la Hollande ; le stathouderat triomphe de la république.

i3 octobre 1641. — Les catholiques irlandais, soulevés pour la défense de leurs libertés religieuses et civiles , massacrent un grand nombre de protestans. — i8i5. Murât, ex roi d'Italie, après avoir abandonné follement son trône , opère une descente sur la côte de la Calabre , est saisi et fusillé.

14 octobre 1066. — Bataille d'Hastings ( voyez page 2 1 ). — 1806. Bataille d'Iéna qui soumit la Prusse à Napoléon.

16 octobre 1793. — Exécution de la reine Marie-Antoinette.

17 octobre i8o5. — Les Autrichiens, entassés dans TJlm,se rendent à l'empereur; cet anéantissement de leur armée prépara le succès de la bataille d' Austerlitz. i

1 8 octobre 1 8 1 5. — Napoléon débarque à Sainte-Hélène.

19 oct. 181 3. — La France perd à Leipsick le sceptre de l'Europe!

20 octobre 480 av. J.-C. — Les Perses sont vaincus par les Athéniens dans les eaux de Salamine. — 1827. Bataille de Navarin;

26 octobre i83o. — Bombardement d'Anvers. <\

27 octobre i553. — " Calvin fait brûler, à Genève, Michel Servet , comme hérétique.

3i octobre 1787. — Création de l'école normale:

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