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LE RHIN WALD

Le pays des Grisons est une des parties de la Suisse que le voyageur parcourt avec le plus d'intérêt. La nature y déploie d'aussi grands et d'aussi sublimes spectacles que dans l'Oberland Bernois , et l'on y trouve une solitude majestueuse et sauvage , que ne présente pas cette dernière contrée , sillonnée en tous sens par une foule de touristes fashionables et d'oisifs de tous les pays. De plus, les Grisons ont conservé une partie de leur originalité primitive , et l'étude de leurs mœurs , simples et douces , off. e, à l'observateur , le plus puissant attrait. L'historien trouve aussi chez eux de quoi satisfaire ses goûts de science et de recherches ; car il y a peu de pays où l'on rencontre un aussi grand nombre de châteaux , de donjons et de ruines du moyen-âge , monumens curieux auxquels se rattachent une foule de traditions , de légendes et de chroniques intéressantes.

Le canton des Grisons est fort étendu et fort peuplé : il ne renferme pas moins de soixante quinze mille habitans, dont les deux tiers environ professent le culte réformé , et le reste le culte catholique. Les Grisons sont loin d'imiter 1? tolérance religieuse de quelques cantons de la Suisse , où l'on voit souvent les catholiques et les protestans célébrer tour-à-tour , dans le même temple, les mystères de leur foi.

La population , presque entière , se livre aux soins de l'éducation des bestiaux ; l'autre partie s'occupe du commerce de commission , qui ne laisse pas d'avoir une cer-

taine importance , car ce canton est traversé par un des plus ! anciens passages des Alpes, servant de communication entre l'Allemagne et l'Italie.

Parmi les belles vallées de ce pays , celle du Rhinwald se fait surtout admirer par ses sites pittoresques. Elle est entourée de tous côtés par de hautes montagnes , dont quelques-unes élèvent leurs cimes , couronnées de neige!, à onze mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Ces montagnes sont couvertes d'énormes glaciers , et la vallée est exposée à d'affreuses avalanches.

On sait que les chûtes de neige , connues sous le nom de lavanges ou d'avalanches , offrent un des phénomènes les plus terribles, et en même temps les plus extraordinaires de la nature dans les Alpes. Pendant le cours de l'hyver , d'énormes masses de neige s'amassent et s'avancent au-delà des parois de rochers , de manière à surplomber au-dessus du sol ; aux mois d'avril et de mai, quand le soleil a pris un peu de force , et qu'il survient un dégel subit , ces masses se

brisent et s'écroulent par l'effet de la pesanteur , entraînant avec elles des quartiers de pierre, des arbres et des terres, et ensevelissant , sous leurs ruines , des maisons et des villages. C'est au printemps que ces sortes d'avalanches ont le plus souvent lieu , et qu'elles rendent si dangereux le passage des Ha u tes- Alpes. Comme le moindre son est capable de déterminer une avalanche , il faut , dans quelques contrées périlleuses, ôter toutes les clochettes des chevaux, partir dès le grand matin , avant que le soleil ait amolli les neiges , et marcher vite et dans le plus profond silence On peut aussi prendre la précaution de tirer un coup de pistolet avant de traverser les endroits les plus dangereux ; car l'ébranlement de l'air , causé par ce bruit , entraîne la chute des masses les plus disposées à s'écrouler, et le passage n'offre plus ensuite aucun péril.

Les avalanches d'été ne sont à craindre ni pour les hommes ni pour les bestiaux, parce qu'elles ne tombent que sur les parties élevées des montagnes , sans descendre dans

les vallées. On croirait voir une rivière d'argent , entourée d'une nuée de neige extrêmement subtile , se précipiter du haut des rochers; la masse augmente de gradins en gradins, elle roule avec un bruit semblable à celui du tonnerre, et qui se prolonge , à la faveur des échos , au milieu du silence sublime des Alpes. Malgré les ravages que les avalanches ont tant de fois causés dans la vallée du Rhinwald ; malgré les nouveaux malheurs dont elle est sans cesse menacée , on est étonné de voir souvent des habitations situées précisément dans les endroits les plus périlleux. C'est ce qui prouve que la présence continuelle d'un grand danger en diminue et en détruit même la crainte.

Au fond de la vallée, au milieu des horribles rochers de l' Avicula et du Piz-Val-Rhein , se trouve le glacier du Rhinwald , qui donne naissance au Rhin postérieur : ce fleuve, qui n'est encore qu'un torrent, en sort sous une voûte immense de glace transparente et azurée. Après avoir quitté la gorge profonde qui lui sert de berceau, il reçoit,

(Vue de la vallée du Rhinwald ,en Suisse.)

dans ses ondes , un grand nombre de ruisseaux, avant d'arriver à Spliigen ; de là il parcourt le ravin de Rofflen , s'en» gouffre dans les abîmes de la Yia-Mala , s'enrichit encore , dans la vallée de Domleschg . du tribut de plusieurs rivières , et se réunit enfin à Reichenau , avec le Rhin antérieur. De Reichenau au lac de Constance , il tombe encore dans le Rhin une trentaine de lorrens.

L'hyver dure neuf mois dans la vallée du Rhinwald ; à la fin de juin , l'herbe ne fait que poindre , et avant le commencement du mois de septembre, il faut que les foins soient rentrés.

Ce pays est habité par les descendans des Allemands de la colonie de Souabe , que l'empereur Frédéric Ier envoya sur la fin du \ic siècle, pour s'assurer à jamais du passage} du Spliigen.

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