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LYON

( Vue de l'Eglise Saint-Nizier. )

Cet en examinant Lyon et le pays environnant du haut lu lour Pitra , qu'on peul se faire une idée de la granur de celte ville et de son influence sur le pays tout en- :r.

Le sommet du Mont-Blanc qu'on découvre sur la gauche, ; glaciers delà Savoie qui se dressent à l'horizon attirent i vain les regards; l'œil abandonne bientôt celte perspece lointaine et nébuleuse, pour s'arrêter sur lemagnifi- 1e spectacle qui se déroule aux pieds de l'observateur; va plaisir à suivre le cours de ces fleuves majestueux qui mnent, à droite et à gauche, élreindre Lyon la superbe, qui, après l'avoir baignée de leurs eaux, après avoir Lé dans ses murs leur abondant tribut de productions dirses , se réunissent au sortir de la ville , et fuient dans îe vallée sans bornes, tout droit vers le soleil du Midi. Vous pouvez suivre long-temps des yeux les deux fleuves core distincts après leur réunion. La Saône semble quitr à regret ces bords enchanteurs, et les nombreuses mains de plaisance, el les îles couvertes de verdure qu'elle ligne en passant. Elle chemine lentement; elle parait îmobile à côté de son impétueux compagnon , qui l'enaîne dans sa course rapide vers les champs de la Pro- :nce.

Si vous baissez encore les yeux , il vous semblera que ces ints hardis et nombreux, ces ponts qui joignent quatre lies en une seule , sont à vos pieds. Les quais immenses îi bordent la Saône et le Rhône, les nombreux monu- Tome II. — Novembre t834.

mens dont on domine le faîte, l'hôpHal dont le dôme s'élève avec majesté, el ces bateaux à vapear qui s'éloignent avec la vitesse de l'oiseau, et celle population qui se presse dans ces rues pavées des cailloux roulés du Rhône, et ces maisons si élevées qu'elles semblent se joindre par le sommet pour intercepter les rayons du soleil; tout cela forme un des panoramas les [dus riches et les plus animés que l'on puisse concevoir.

La partie la plus éloignée des hauteurs qui bordent les faubourgs de la rive droite de la Saôm' , a été autrefois occupée par les armées de la Convention.

Ces beaux peupliers qui s'élèvent majestueusement le long de celle langue de terre qui termine la ville au confluent des deux rivières , montrent encore les blessures que leur ont faites les boulets républicains.

La partie de ces hauteurs qui avoisine la ville , et le faubourg Saint- Jean qui les joint à la Saône, ont encore été le théâtre de luttes aussi sanglantes et aussi déplorables; car Lyon semble destinée aux guerres civiles. C'est là, près de l'archevêché , presque en face du pont qui mène à Bellecour, qu'a commencé la guerre Pas mntuellistes; c'est là que la résistance a été si long.iei; si opiniâtre; c'est là qu'a commencé aussi le système de destruction des habitations dont un jour plus tard la ville elle-même devait être victime. L'église représentée dans la gravure qui accompagne celle notice a aussi été témoin de scènes désastreuses : quelques insurgés s'y étaient enfermés lors des der-

niers évènemens ; cet asile de paix a vu le trépas sanglant de ces victimes de nos dissensions politiques.

Dans une lettre adressée à un de nos amis, un voyageur étranger décrivait en ces termes l'aspect de Lyon pendant les évènemens de l'hiver de 1851.

« L'impression que je ressentis en pénétrant dans cette ville si fameuse ne s'effaeera jamais de ma mémoire. C'était en 1851 , en hiver, après l'arrivée à Paris de la nouvelle terrihle , imprévue , extraordinaire , d'une population qui venait de chasser de ses murs l'armée du. souverain dont , quelques mois auparavant , elle avait célébré la fête avee l'ivresse de l'enthousiasme. Je pensais trouver sur la route , campée autour de la ville, la cernant par un cordon formidable, l'armée qui l'avait évacuée; mais le grand mouvement de troupes qui depuis Moulins se faisait remarquer, l'encombrement qui dans toutes les villes et sur tous les chemins avait retardé notre voyage, cessaient tout à coup aux approches de Lyon. Là tout était morne et silencieux : le faubourg était désert; à peine une lanterne isolée jetaitelle une faible clarté sur nous. Notre voiture fut arrêtée aux portes de la ville. Ce n'étaitpas, comme jel'avais pensé, un poste royal qui venait inspecter nos passeports : nous étions arrivés à la grille, et là l'autorité royale était méconnue; une sentinelle isolée, en chapeau rond, en veste courte , sans sabre et sans giberne , semblable en tout aux insurgés de juillet, se promenait en silence. L'employé de l'octroi fit son inspection avec soin , comme si la ville eût été dans son état habituel. Les soldats-ouvriers semblaient ne pas même s'apercevoir de notre passage. Nous eûmes bientôt franchi la barrière, et la ville se développa successivement à nos yeux.

J'ai lu souvent les chroniques du moyen-âge; j'ai tressailli au récit de ces guerres des rois contre les villes, de la résistance souvent si opiniâtre de ces cités nouvellement affranchies, qui avaient arrêté devant leurs murs des armées disciplinées, et les avaient vaincues dans leurs rues. Nancy, Beauvais , une autre Lyon, se pressaient à ma mémoire : et bien , rien, rien au monde, ne me frappa plus que l'aspect de Lyon pendant cette nuit obscure; c'était la réalisationcomplète, exacte, des récits des chroniqueurs. De temps en temps, un factionnaire à demi armé nous regardait passer en silence , à travers ces étroites ruelles dont tes sinuosités prudentes rappellent les temps de l'arquebuse et les précautions des bourgeois contre les gens d'armes. A Lyon , les barricades ne sont pas pour le peuple une nécessité première ; les tmirnans des rues les rendent inutiles. C'était le surlendemain seulement que les troupes, sur l'invitation des habitans, devaient faire leur rentrée en ville. On attendait l'arrivée du maréchal Soult et du prince royal pour cette espèce de prise de possession.

J'eus donc encore le temps de contempler, tout un grand jour, l'aspect d'une ville conquise par ses propres enfans. Déjà la victoire leur était à charge; ils avaient abandonné les postes principaux. Les métiers battaient dans tous les quartiers. Le soir, ces hautes maisons, bâties aux moindres fiais possibles , et louées, bien cher hélas ! en dclsril à la population ouvrière, étaient éclairées à chaque fenêtre. Dans chaque chambre, une modeste lampe, de la forme la plus simple, une mèche brûlant dans un vase plein d'huile, éclairait le travail du canut, travail si délicat, si minutieux par les soins de propreté qu'il exige, et qui cependant est souvent exécuté |rar de pauvres êtres , salis par la misère , transis par le froid , affaiblis par l'abstinence , et dont on pourrait penser que les facultés morales sont anéanties. Il n'en est rien cependant: l'ouvrier lyonnais, assis tout le jour devant un travail qui bientôt pour lui est une habitude, a tout le loisir d'occuper son esprit par les tristes pensées que fait naître sa malheureuse condition.

Je me dirigeai vers la Croix-llousse, ce quartier-général d<; la fabrique. En gravissant, ces collines escarpées, ces rues loiiios couronnées de rampes inaccessibles, je n'étais plus surpris des succès des ouvriers; il faut s'étonner même

de la victoire que depuis les soldats ont obtenue : il n'y que des soldats français qui puissent surmonter de tell difficultés. Pourquoi faut-il que tant de courage soit ci ployé dans des luttes qui ne laissent au cœur de tous q d'amers souvenirs !

La rue principale de la Croix-Rousse , la Grande-Cô , semble abandonnée aux classes les moins aisées. L'aspU de cette rampe longue et pénible a. quelque chose qui rs pelle le supplice de Sysiphe. Les malheureux qui la grav sent, chargés de leurs provisions du jour, du pain, des [ gumes, du charbon,, néeessiiés de leurs petits ménage doivent être accablés de fefjgaeà h fin de leur course joinalière. Autrefois, Pexemption de l'octroi devait composer leur pénible tâche dit raistin; mais à présent la Cro- Rousse est soumise à l'octroi comme tout le reste dm ville.

Quand on a jeté un eoup dfœil attentif sur cette, ville e travailleurs, si bien placée pour ses opérations industriel! on ne s'étonne pins des quarante-cinq mille métiers i parfois, mais parfois seulement, battent dans ces nombren 5 demeures. On comprend que, dans cette immense fabriq quatre-vingt-dix mille personnes, sur cent cinquante m habilans, soient occupées à la fabrication des tissus soie. »

Lyon touche au nord et an midi de la France à la fi Elle tient par ses habitudes de l'une et de l'autre contr elle reçoit les productions de toutes deux Lyon devi J être prospère, car elle contribue pour une forte part , t prospérité générale : elle exporte en effet à elle seule p * 425 millions de produits par an.

(La&nite à un prochain numéro)

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