CHEZ LES ANCIENS
Les historiens et les poètes de l'antiquité parlent du vin, et cette liqueur paraît être presque aussi anciennement connue que les autres productions végétales ; mais on ne peut pas assigner l'époque précise où les hommes commencèrent à en faire avec le fruit de la vigne. Les ouvrages des écrivains les plus anciens prouvent non seulement que le vin était connu de leur temps, mais encore qu'on avait déjà des idées saines sur ses diverses qualités, sur ses vertus et sur ces préparations. Les poètes de l'antiquité font l'éloge de cette liqueur, et la regardent comme un présent des dieux : Homère, qui vécut 884 ans avant l'ère chrétienne, l'a qualifiée de divin breuvage; il parle des différentes espèces de vins elde leurs qualités, comme en ayant souvent éprouvé les heureux effets. Les législateurs et les philosophes euxmêmes font son éloge. Le patriarche Melchisédech offrait à Dieu du pain et du vin en sacrifice. Platon, tout en blâmant l'usage immodéré que l'on en faisait de son temps ( 450 ans avant Jésus-Christ), le regarde comme le plus beau présent que Dieu ait fait aux hommes. Caton, né 532 ans avant Jésus-Christ; Marcus-Varron , né \ 6 ans plus tard; Dioscoride, Pline, Athénée, qui récurent dans le commencement de notre ère , et beaucoup d'autres, ont écrit sur la vi"-ne et sur les procédés employés de leur temps pour la préparation des différens vins.
Il paraît que les Egyptiens donnèrent les premières notions sur la culture de la vigne et la préparation du vin aux peuples de la Grèce , qui portèrent cet art à un très haut degré de perfection. Les Italiens l'apprirent des Grecs , et leur sol étant très favorable à la vigne , cet arbuste devint en peu de temps un objet important de la culture de toute l'Italie.
Les anciens préparaient leurs vins de différentes manières : les uns étaient légers et délicats; d'autres étaient plus ou moins colorés , corsés et spiritueux. Ils faisaient sécher en partie les raisins au soleil pour obtenir des vins liquoreux. Les vins faibles étaient conservés dans des celliers frais , tandis que les vins forts étaient placés dans des endroits chauds , et même dans des étuves , afin d'accélérer leur maturité et de les rendre plus spiritueux ; ces étuves se nommaient fumaria. Celles des Romains étaient d'une construction fort simple; mais celles des Grecs étaient disposées pour recevoir de grandes quantités de vins précieux que l'on préparait avec soin, et dont on avançait la maturité à l'aide d'une température maintenue toujours au même degré. Ignorant l'art d'extraire l'alcool du vin par la distillation, ils ne pouvaient pas employer celte liqueur pour augmenter la force de leurs vins; mais ils y ajoutaient, pour remplir ce but, beaucoup d'autres substances. On répandait sur le moût de la poix ou de la résine en poudre pendant la fermentation , et quand elle était terminée , on y faisait infuser des fleurs de vigne, des feuilles de pin ou de cyprès , des baies de myrte broyées , des copeaux de bois de cèdre, des amandes amères, du miel et beaucoup d'autres ingrédU'ns; mais le procédé le plus ordinaire parait avoir été de ntêler ces substances dans une partie de moût, de fa hr bouillir le tout jusqu'à épaisse consistance, et de le verser ensuite à diverses proportions sur les vins. Pour empêcher la dégénération de cette liqueur, on employait les coquille.' pulvérisées, le sel grillé, les cendres de sarment, les ;iohj rie galle ou les cônes de cèdre rôtis, les glands et les ik /aux d'olives brûles , et diverses autres substances. Quelquefois on plongeait dans la liqueur des torches allumées ou des fers rougis. Il est incertain que les anciens aient connu le soufrage. Cependant Pline, qui vécut dans le premier siècle de notre ère, parle du soufre comme étant employé pour clarifier les vins; mais il ne dit pas si on remployait solide, ou en vapeur. L'emploi des blancs d'œufe parait avoir fréquemment eu lien pour eetlo opération. Galien,né à Pergame, en Mysie, vers l'an 151 de l'ère
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chrétienne, parle des vins d'Asie, qui, mis dans de gran des bouteilles que l'on suspendait dans les cheminées , ac quéraient par î'évaporation la dureté du sel. Aristote , m 584 ans avant Jésus-Christ, dit que les vins d'Arcadie s> desséchaient dans les outres, dont on les tirait par mor ceaux ; qu'il fallait les délayer avec de l'eau chaude, et le passer ensuite dans un linge pour en séparer les impuretés Celte filtration étant susceptible d'altérer leur goût et leùj saveur , les personnes soigneuses les laissaient reposer, ex posés à l'air pendant la nuit. Baccius dit que par ce demie; procédé ils acquéraient la couleur, la transparence et la ri chesse de nos meilleurs vins de Malvoisie ; ils pouvaien être limpides et d'un fort bon goût; mais la dessiccation di moût s'opposait à la formation de l'alcool , et la liqueur dé layée, étant exposée à l'air, devait perdre le peu de spiri tueux qu'elle pouvait contenir.
Comme les vins ainsi délayés étaient souvent bus chauds l'eau chaude était un article indispensable dans les festins Les Romains avaient des lieux publics nommés thermopû lia , dans lesquels on en trouvait toujours, et où l'on allai boire les liqueurs préparées, chaudes ou froides, comme dans nos cafés. L'appareil dans lequel on faisait chauffei l'eau, tel que l'ont décrit Vilruve et Sénèque. qui vivaient dans les premiers temps de l'ère chrétienne, se composait dt trois vases placés au-dessus les uns des autres, et communiquant entr'eux par des tuyaux : celui du bas fournissait de l'eau bouillante; celui du milieu de l'eau tiède, et celui du haut de l'eau froide ; ils se remplissaient l'un par l'autre. Les anciens avaient aussi l'habitude de rafraîchir leurs breuvages avec de la glace ; ils conservaient la neige dans des glaciers. Quand Alexandre assiégea Petra , il fit creuser des trous profonds qui furent remplis de neige et recouverts \ avec des branches de chêne. Plutarque, vers l'an 66 de Je- > sus-Christ, indique le même procédé; seulement il propose *: la paille et de grosses toiles pour couvrir le trou. Les Ro- i mains adoptèrent cette méthode pour conserver la neige I .; qu'ils faisaient venir des montagnes , et qui , du temps de Sénèque , donnait lieu à un commerce assez considérable. Galien et Pline décrivent le procédé qui est encore employé entre les tropiques pour rafraîchir l'eau en la faisant évaporer, pendant la nuit, dans des vases poreux.
Les plus grands vases employés dans les premiers lemps> pour contenir le vin, étaient des peaux d'animaux rendues imperméables avec de l'huile . de la graisse ou des gommesrésines. Quand Ulysse alla dans la caverne des Cyclopes, il avait une peau de clièvre pleine de vin que lui avait donnée Maron, prêtre d'Apollon. Athénée nous apprend que dans la célèbre fêle processionnaledePtolomée-Philadelphe, qui régnait 52 ans avant Jésus-Christ, un char de 55 coudées (environ cinquante-deux pieds) de longueur, sur 1 4 (21 pieds) de largeur, portait une outre faite avec des peaux de pan thères, contenant 3,000 amphores ou 76.980 litres de. vin. Ces vases , que l'on emploie encore aujourd'hui dnlu toute la Grèce, dans quelques parties de l'Italie, en Espa gne, dans la Grucinie et dans plusieurs autres vignobles de la Russie méridionale, servaient pour transporter les vins, et pour conserver ceux destinés à être bus prompte-] ment; mais, dès le temps «l'Homère, les meilleurs vins étaient mis dans des tonneaux , où ils restaient jusqu'à ce qu'ils eussent acquis leur maturité. On les menait alors; dans des vases de terre enduits intérieurement «ver de la cire et extérieurement avec de la poix. On employait aussi pour l'enduit intérieur des compositions crasses . îmMéesde: substances aromatiques.
Les Grecs, quoique très policés , «aient généralement accusés d'aimer beaucoup le vin cl d'en boire avec excès;, ils permettaient à leurs femmes d'en faire usage en parlieulier, mais ils ne les admettaient jamais dans leurs festins. Les dames romaines, au contraire, étaient admises dans les repas les plus somptueux ; mais le vin leur était interdit, quoique les hommes en fissent une ample consommation en leur présence.
RUgSIE.^LES OSTIAKS.
(SuiU) (i).
Les Ostiaks , et surtout ceux qui demeurent au-dessous Je Bérézof, sont encore païens; ils ont autant de femmes qu'ils en peuvent nourrir : ils épousent la veuve de leur rrère, leur belle-mère, leur belle-fille, ou toute autre parente du côté des femmes ; ils se marient de préférence avec es deux sœurs, dans la conviction où ils sont que cela porte bonheur à leur ménage ; ils regardent comme une grande faute et même comme une tache d'épouser une femme de leur famille et de leur nom- Us comptent seulement leur généalogie suivant la ligne masculine. Au surplus, tous les nariages sont bons , pourvu que les pères des deux époux :oient de races différentes. Une fille mariée évite autant ju'il lui est possible la présence du père de son mari tant ju'elle n'a pas d'enfant , et le mari , pendant ce temps, n'ose >as paraître devant la mère de sa femme. S'ils se rencontrent par hasard, le mari lui tourne le dos, et la femme se couvre le visage, On ne donne point de nom aux filles osliakes; lorsqu'elles sont mariées, les hommes les nomment Uni (femme); les femmes, par respect pour leurs maris, ne les appellent pas par leur nom , elles se servent du mot \haè (homme). Les Ostiaks ne regardent pour ainsi dire leurs femmes que comme des animaux domestiques nécessaires ; ils leur disent à peine une parole de douceur, quoiqu'elles soient chargées de tous les travaux pénibles du ménage; ils ne leur infligent cependant aucun châtiment corporel sans le consentement du père, quelque grave que puisse être leur faute. Si la femme est maltraitée, elle se sauve chez ses parens; elle oblige alors son père de rendre à son mari le présent de noces que ce dernier lui a donné et de lui faire épouser un autre homme.
Les Ostiaks enterrent leurs morts dès qu'ils ont rendu le lernier soupir; une personne morte le matin est déjà enterrée à midi : on fait une fosse de deux pieds de protondeur au plus, parce que le sol, qui est gelé presque partout , ne permet pas de pénétrer plus avant. On revêt, le mort de ses meilleurs habits; on l'expose, en mettant à côlc de lui un couteau, une hache, une corne remplie de tabac. Lorsque c'est un homme, on fait suivre le convoi par ies quatre plus beaux rennes que possédait le défunt , bien harnachés et attelés à des traîneaux. Après que le mort est enterré, on attache une courroie à chaque pied de derrière 3e ces rennes ; deux hommes les tirent ainsi en avant, taniis que quatre autres les suivent avec des pieux épointés, en les enfonçant de tous côtés dans le corps de ces animaux! Quand le mort est riche, on en tue plusieurs autres, en leur passant des cordes au cou et aux jambes , et en les Frappant avec des perches sur le dos, jusqu'à ce qu'ils tombent morts sous les coups. Ces animaux immolés aux mânes du défunt restent sur la tombe.
Les Ostiaks ont recours à leurs prinees, ou bien ils se choisissent parmi eux des juges pour terminer leurs disputes. Si le procès passe à un tribunal russe, et que l'affaire soit tellement embrouillée, qu'elle ne puisse être jugée on a recours à la prestation de serment : on apporte une' de leurs idoles de bois; on fait sentir à l'accusé ou à celui que l'on croit coupable le danger auquel s'expose celui qui prête un faux serment; on l'oblige de prendre une hache ou un couteau pour couper le nez à l'idole, ou du moins l'endommager, en récitant le serment usité, qui est lu par m interprète : « Je veux que mon nez périsse de cette ma- « mère que cette haehe me coupe, qu'un ours me dévore « dans la forêt, et qu'il m'arrive enfin tous les malheurs « possibles, si je ne dis pas la vérité dans la cause pour la- « quelle je comparais ici. » Les croyances de ce peuple le font obéir à de pareils sermens et il est fort rare d'en voir fttêter de faux à un Ostiak.
(i) Voyez page 5o.
Une grossière idolâtrie est encore la religion dominante de ce peuple. Les Ostiaks, qu'on a baptisés, ne sont chré • tiens qu'en secret; les païens ont des idoles particulières dans leurs cabanes , et sont dirigés par des devins. Les femmes ont aussi leurs idoles ; ce sont des statues à figure humaine, ou, pour mieux dire, des poupées grossièrement taillées en bois, dont plusieurs sont revêtues de chiffons. On les place dans un des angles de la yourte ; on met un petit coffret devant cette poupée pour y déposer les offrandes de celui qui lui rend un culte. Il y a toujours près de ce coffret une corne remplie de tabac en poudre et de minces copeaux d'écorce de saule , pour que l'idole puisse en prendre et se boucher les narines comme les Ostiaks. Us ont soin de barbouiller souvent la bouche de l'idole avec de la graisse de poisson , et de lui rendre toute sorte d'honneurs. Malgré la vénération el le respect qu'ils ont pour leurs idoles , malheur à elles lorsqu il arrive quelque désagrément aux Ostiaks, et que l'idole n'y remédie pas : ils la jettent alors par terre, la frappent, la maltraitent et la brisent en morceaux; cette correction arrive fréquemment: les mêmes accès de colère sont communs à tous les peuples idolâtres de la Sibérie.
L'idole pour laquelle les Ostiaks ont le plus de vénération estdans la contrée des Voksarskoié, à soixante-dix werstes au dessous d'Obdorsk. Elle est placée dans un vallon boisé, et soigneusement gardée par les Ostiaks , qui cherchent à en cacher aux Russes toutes les avenues. Us s'y rassemblent fréquemment en grand nombre pour y faire leurs offrandes. Cette idole représente deux personnes; l'une est habillée en homme, et l'autre en femme, à la mode des Ostiaks. Leur vénération pour elle s'étend même jusqu'à la contrée; ils n'y fauchent aucune herbe, n'y abattent aucun arbre; ils n'y chassent point; ils n'osent pas même y boire de l'eau des ruisseaux qui les arrosent, de peur de déplaire à leur divinité.
Leurs chamans ou devins sont les seuls qui les dirigent dans leur croyance. Lorsque ceux-ci exercent leur ait, us se mettent dans la cabane devant un grand feu; ils font des grimaces et des contorsions horribles jusqu'à ce qu'ils aient renvoyé le diable qu'ils ont cité , et obtenu réponse de lui-même. Tous ceux qui assistent à cette cérémonie font un bruit épouvantable, en battant sur des chaudrons, de la vaisselle, et d'autres objets, et en jetant des cris jusqu'à ce que leur imagination leur fasse voir une fumée bleue s'élevant au dessus de la tête du devin. Celui ci fait alors semblant d'être hors d'haleine et épuisé de fatigue.
Les danses des Ostiaks sont remarquables et particulières à ce peuple; on ne peut mieux les comparer qu'à des pantomimes burlesques, à cause du grand nombre de figures risibles. Les hommes et les jeunes garçons sont les seuls qui dansent. Ces danses, très pénibles et très fatigantes, demandent beaucoup de souplesse et d'agilité; elles représentent , par les diverses positions , par les pas et les gestes du danseur, les allures des différens oiseaux et animaux lorsqu'on les chasse, et ceux des poissons lors de la pêche. Dans d'autres danses, ils contrefont adroitement leurs voisins, en conservant toujours avec exactitude la cadenee, que le musicien a soin de varier d'après les sujets que le danseur veut représenter ; ils rendent la chasse de la zibeline, les allures de la grue et du renne , le vol de la bondrée et la manière dont elle saisit sa proie , la posture et les gestes des femmes russes, lorsqu'elles lavent à la rivière , et diverses actions plaisantes.
Les Ostiaks sont très hospitaliers envers les étrangers , et font tout leur possible pour les bien traiter; ceux qui ont des rennes en tuent un sur-le-champ, et servent à leur hôte la langue , la cervelle , la poitrine et les filets de l'animal, mets qu'ils estiment être les plus délicieux. Us bu font des présens après le repas, selon leur fortune. Us ni *c I conduisent pas ainsi dans une espérance de récipra&téi leur libéralité, est parlement désintéressée.