‹ Magasin universelChapitre 62 sur 320 · SECTES RELIGIEUSES AUX ETATS-UNIS · texte numérisé non relu

SECTES RELIGIEUSES AUX ETATS-UNIS

IÎN EKVIVAL DANS UNE ÉGLÏSE PRESBYTÉRIENNE.

Les sectes américaines, n'ayant point, comme la plupart de nos religions d'Europe, l'avantage d'être nationales, ont besoin, pour se soutenir, de ranimer de temps en temps le zèle et l'exaltation de leurs partisans. Tous les ans, à des époques fixes , les membres les plus ardens du clergé se mettent enroule à cet effet, et parcourent le pays. On voit ces missionnaires arriver dans les bourgs et dans les villes, par douzaines ou par centaines, selon l'importance du Keu, et y planter leurs lentes, tantôt pour huit jours, tantôt pour quinze, et quelquefois même pour un mois, i la population est considérable. Durant cet intervalle, des joui necs entières , et souvent la plus grande partie dei nuits, sont consacrées ;i Cwa prédications et à des

prièrei dans les différentes 4glfees et chapelles ^\u lien. —

C'esl l.i ce qu'on appelle un icvïval.

Ces prêtres amhulans appartiennent à toutes les eroyan-

eaa, excepté à celles des nnitairiens, dos catholiques , des

épâKopanji 81 'les quakers. Presbytériens de toutes les es-

, anabaptistes de toutes les vari thodistes de

toutes les dénominations, participent à cet usage. II n'y a pas de mémoire assez bonne pour retenir les simeles noms de toutes ces sectes , et l'on n'en finirait pas si l'on voulait expliquer toutes les nuances de ce christianisme à mille faces. Quoi qu'il en soit, ces missionnaires visitent successivement toutes les cités, tous les bourgs, tous les villages de l'Union. Ils logent en général dans les maisons de leurs coréligionaires, et tant que dure leur station dans un lieu , toutes les soirées qui ne sont point employées à des prédications dans les églises et maisons publiques d'assemblées , il les consacrent à ce que d'antres appelleraient des parties de plaisir, mais à ce qujils appellent eux des réunions de prières; ils y passent leur temps à manger, à boire, à prier, à chanter , à entendre des confessions et à convertir.

Les plus beaux appartemens , les plus belles toilettes, les raffraîchissemens les plus délicats , rien n'est épargné pour rendre le meeting aussi brillant que possible. Pendant que les personnes invitées arrivent , des conversations à demivoix abrègent l'ennui de l'attente. Les personnes qui entrent sont saluées du nom de frères et de sœurs, et les démonstrations de bienvenue sont très tendres. Quand la chambre est pleine, la compagnie, qui est toujours composée, en très grande majorité , de femmes, prend place et s'assied. Alors commence, de la part des ministres , les invitations tour à tour les plus véhémentes et les pins douces, les plus sévères et les plus caressantes aux frères et aux sœurs de confesser devant leurs sœurs et leurs frères toutes leurs pensées, toutes leurs fautes, toutes leurs folies.

Ces confessions sont d'étranges scènes; comme les fautes avouées en font l'intérêt , plus on en avoue , plus on est encouragé et caressé. Lorsqu'elles sont terminées, tout le monde s'agenouille, et le prêtre improvise une prière; après quoi on mange et on boit; les chants, les hymnes, les prières recommencent de nouveau ; puis viennent les exhortations, puis encore la prière et le chant, jusqu'à ce que l'exaltation des assistans atteigne enfin le plus haut degré d'énergie. Telles sont les scènes qui- se pas sent chaque soir, tantôt dans une maison, tantôt dans une autre, aussi longtemps que dure le revival ; souvent même, elles ont lieu simultanément dans plusieurs, car les églises ne peuvent donner de l'occupation à la moitié des missionnaires, bien qu'elles demeurent ouvertes toute la journée et une partie de la nuit, et que les ministres s'y succèdent l'un à l'autre sans interruption.

L'auteur des Mœur$ domestiques des Américains , raconte, en ces termes, la scène dont il lut témoin dans une église presbytérienne.

« Nous étions au milieu de l'été, mais le service auquel on nous avait priés d'assister ne devait pas commencer avant la nuit. Le temple était bien éclairé , et il y avait un concours de inonde à n'y pas tenir. Nous aperçûmes , en entrant, trois ministres debout et ranges côte à côte, dans une espèce de tribune élevée à l'endroit où se trouve ordinairement l'autel.

« Le ministre qni était au milieu priait ; la prière était d'une extravagance véhémente et d'une familiarité d'expressions choquante. Après la prière , il chanta un hymne , et ensuite un autre ministre se mit au milieu, et commença à prêcher : il déploya dans son sermon une éloquence rare, mais le sujet, qu'il avait choisi était affreux. Il décrivit, avec une excessive minutie, les derniers et tristes momens de la vie humaine : ensuite il peignit les changemens affreux que le corps subit graduellement après la mort . et il arriva an tableau de la décomposition, puis, il fil de l'enfer une affreuse description. Il suait à grosses gouttes; ses yeux roulaient avec horreur, ses lèvres étaient couvertes d'éoome, et chacun de ses traits respirait i.i pio

fonde terreur qu'il aurait ressentie s'il eût été réellement témoin de la scène qu'il décrivait. Pois les deux autres ministres te levèrent et entonnèrent un hymne; tous les assistans , le visage couvert de la pâleur de la mort, étaient

frappés de stupeur, et ce ne fut que quelques instans après qu'ils purent unir leurs voix à celles des ministres. Lorsque les chants eurent cessé, un autre ministre occupa la place du milieu, et d'une voix douce et pleine d'affection, il demanda aux fidèles si ce qu'avait dit son frère était arrivé jusqu'à leur cœur, s'ils désiraient éviter l'enfer qu'il leur avait fait voir. S'il en est ainsi , venez, continua-t-il, en étendant les bras vers les assistans; venez à nous , nous allons vous ouvrir le chemin.

« Les bancs destinés aux pécheurs inquiets vont vous être ouverts; venez donc, venez vous asseoir sur le banc d'anxiété ( anxious bench ), et nous vous ferons voir Dieu : venez , venez , venez !

« On entonna un hymne ; alors un des ministres fit évacuer un ou deux bancs qui longeaient la balustrade , et renvoya au fond de l'église ceux qui s'y étaient assis. Les chants ayant cessé, un des trois ministres exhorta encore les assistans à venir prendre place sur le banc d'anxiété , et à reposer leurs têtes sur son sein. — Nous allons encore chanter un hymne, continua le ministre, afin de vous donner tout le temps de vous résoudre. — Et, les chants recommencèrent. En ce moment, dans toutes les parties du temple, il se fit un mouvement, léger d'abord, mais qui prit par degrés un caractère plus décidé. De jeunes filles se levèrent, s'assirent, et puis se levèrent de nouveau : alors les portes des bancs s'ouvrirent, et l'on vit s'avancer, en chancelant, plusieurs jeunes filles, les mains jointes, la tôle penchée sur la poitrine , et tremblant de tous leurs membres. Les chants continuaient toujours; ces pauvres créatures approchèrent des bancs, et leurs sanglots et leurs gémissemçns commencèrent à se faire entendre; elles s'assirent sur les bancs d'anxiété: l'hymne fut suspendu, et deux ministres, descendant de ia tribune, s'avancèrent, l'un à 'droite, l'autre à gauche du banc, et murmurèrent des paroles à. l'oreille des jeunes filles qui tremblaient toujours. Ces paroles n'arrivaient point jusqu'à nous : mais en ce moment , les cris et les sanglots s'accrurent d'une manière horrible. Ces faibles créatures, les traits altérés et couverts de pâleur, tombèrent à genoux sur les dalles, et bientôt leur visage alla frapper la terre. Des cris et des gémissemens extraordinaires se faisaient entendre, et de temps en temps, une voix s'écriait , avec des ac- *cens convulsifs : Oh? mon Sauveur ? venez à mon secours ? Un grand nombre de ces créatures étaient en proie à d'horribles convulsions; et quand le tumulte fut parvenu à son plus haut point, le ministre, qui était resté à la tribune, entonna un hymne d'une voix forte, comme pour essayer de couvrir les cris des pénitentes.

« C'était un spectacle horrible , de voir ces jeunes filles, à peine au matin de la vie, frappées de terreur, livrées à d'affreuses convulsions, affaiblies et énervées pour toujours. Je remarquai une de ces pauvres créatures, qui ne devait pas avoir plus de quatorze ans , soutenue dans les bras de ses compagnes plus âgées; son visage était couvert de la pâleur de la mort , ses yeux hagards étaient privés de tout sentiment , et des flots d'écume ruisselaient sur son menton et sa poitrine. Sur tous ses traits , étaient empreintes les apparences d'un idiotisme complet; un ministre s'approcha , et prenant la main délicate de cette convulsionnaire : Dieu est avecelle! Dieu soit béni! dit-il froidement; et il passa.

« Les femmes seules obéirent à l'appel des ministres, et vinrent s'asseoir sur les bancs d'anxiété; la plus grande partie d'entre elles étaient de très jeunes femmes. La congrégation avait revêtu ce jour-là ses habits de fête, et les dames les plus jolies et les plus élégantes de la ville assistaient à cette cérémonie. Pendant toute la durée du r-evival , un immense concours de monde afflue toujours dans les temples.

« Tels sont les plaisirs des dames de Cincinnati. Il est défendu d'aller an spectacle; les jeux de cartes sont inter-

dits; elles travaillent assiduement dans leurs maisons; elles ont cependant besoin de distractions ! »

Page 1