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PRUSSE

Près du quart de la population de la Prusse est répartie dans les villes , dont le nombre s'élève à mille vingt-et-une, et parmi lesquelles vingt-six ont plus de dix mille habitans ; le reste occupe deux cent quatre-vingt-douze bourgs et trente-six mille sept cent quatre villages et hameaux.

La nation est divisée en cinq classes bien distinctes : les nobles , les ecclésiastiques , les bourgeois , les militaires et les paysans. Les nobles forment environ vingt mille familles, les ecclésiastiques sont au nombre de près de cinquante mille.

Les divers cultes jouissent en Prusse de la plus grande liberté. Chaque citoyen est admissible à tous les emplois , quelle que soit d'ailleurs sa religion; mais celle de l'Etat est le protestantisme , et l'on comprend sous ce nom la confession d'Augsbourg et la communion réformée. Les deux cultes y sont unis et presque confondus. Les habitans qui les professent forment près des deux tiers de la population, et le catholicisme est professé par plus d'un tiers de celle-ci. Les deux principaux cultes ont chacun leurs prélats et leurs ministres. L'Eglise évangélique n'a que deux évêques, l'un à Berlin et l'autre à Kœnigsberg ; mais elle a ses surintendans , ses archiprêtres , ses inspecteurs, ses doyens, ses prévôts et ses pasteurs. Chaque province et chaque cer- ' cle a son synode ; il y a en outre un consistoire par province , et Berlin est tous les cinq ans le siège d'un synode général. L'Eglise catholique a deux archevêques, celui de Cologne et celui de Gnesen et Posen , et six évêchés , dont les sièges sont, Breslau , Culin, Ermeland , Munster, Paderhoru et Trêves.

Le gouvernement prussien est une monarchie absolue ; le pouvoir du souverain est à peine limité par les étals provinciaux. Ces états , qui existent maintenant dans toute La Prusse , n'ont presque aucune inlluence dans les affaires du gouvernement; ils ne s'assemblent que pour régler ce qui concerne la perception des contributions et les imisscs du crédit que possèdent plusieurs provinces. En générai, quoiqu'il n'y ait pas en Prusse de véritable liberté politique) on peut dire (pie la liberté civile y est tout aussi respectée que dans les monarchies constitutionnelles.

( À't, esprit de liberté, qui anime le public et qui se montre dans Ions les écrits, a commencé à dominer dans le code prussien, publié en 4794 , cl qui régit encore le pays, à l'excepliou des provinces occidentales, dans lesquelles , à quel"

nues modifications pies, on a conserve le code français. Le

code prussien consacre le système delà féodalité, qui règne surtout dans les campagnes; mais il eu interdit les abus, il

en allège le fardeau ; en un mol , il le régularise , ce qui elait

beaucoup a L'époque on il fui promulgué , mais ce qui n'est déjà plus en rapport avec les lumières qui se sont répandues en Prusse. L'administration judiciaire se partage en trois

degrés : le premier consiste eu juridictions patrimoniales

pour les paysans, en justice urbaine et territoriale pour les bourgeois , et en quelques cours de baillages héréditaires pour les nobles; le second degré comprend les cours supérieures : il y en a une par régence ; le troisième degré appartient à la cour suprême d'appel , qui siège à Berlin.

Le roi est assisté dans l'exercice du pouvoir législatif par un conseil-d'état composé de quinze membres. Le ministère est divisé en neuf départemens : t° les affaires étrangères ; 2° le trésor et le crédit national ; 5° la justice ; 4° les affaires ecclésiastiques , la médecine et l'instruction publique ; 5° le commerce , l'industrie et l'agriculture; 6° l'intérieur; 7° la police; 8° la guerre; 9° les finances. Chaque province est administrée par un président supérieur, et chaque cercle par un collège de régence et par des conseils composés des employés supérieurs. Sur le pied de paix , l'armée est composée de cent vingt-deux mille hommes ; mais en temps de guerre, la Prusse peut mettre facilement cinq cent mille hommes sous les armes. L'armée permanente se compose de volontaires qui s'équipent et s'entretiennent à leurs frais pendant un an ; d'enrôlés volontaires soldés et âgés de dix-sept à quarante ans ; d'une partie de la jeunesse, requise, de vingt à vingt-cinq ans; de vétérans qui se vouent au métier des armes au-delà du temps prescrit par la loi; enfin des jeunes gens de famille qui sont nommés officiers après avoir subi des examens. La réserve comprend les corps de la Landwehr, espèce de milice qui forme trentesix régimens , et qui se divise en deux bans : tous les jeu-

nes gens qui n'ont pas servi pendant cinq années dans l'armée active font partie du premier ban jusqu'à trente-deux ans accomplis; le deuxième est formé d'hommes plus âgés. En temps de paix, les deux bans restent dans leurs foyers, où ils sont régulièrement instruits au métier des armes. En cas de guerre , le premier ban est destiné à renforcer l'armée permanente , et le deuxième à former la garnison des places fortes , quelquefois même à compléter aussi les cadres de l'armée. La landwehr se compose d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie. Dans les momens de danger imminent, le roi appelle à la défense du pays la levée en masse des hommes de dix-sept à cinquante ans ; c'est ce que l'on nomme la Landsturm. Tout citoyen prussien est astreint au service militaire depuis vingt jusqu'à cinquante ans; mais il n'est tenu à un service régulier que pendant les cinq premières années ; il ne passe même que trois ans sous les drapeaux , après lesquels il est renvoyé, en temps de paix . dans ses foyers, d'où il ne sort que pour un service temporaire, jusqu'à la cinquième année, après laquelle 11 est inscrit sur les contrôles du second ban de la landwehr. Les provinces sont divisées en huit circonscriptions territoriales, qui fournissent chacune au recrutement d'un corps d'armée. Les remontes de la cavalerie ne coûtent rien à l'état : tout individu qui possède trois chevaux est tenu d'en fournir un à l'escadron de son cercle ou canton. Si celle réquisitionne suffit pas, les autorités locales obligent les propriétaires fonciers de les fournir, ou se Chargeât ellesmêmes de cette fourniture, qu'elles font payer ensuite aux contribuables. Les seuls chevaux de cuirassiers sont achetés à l'étranger, c'est-à-dire dans le Ilolstein et le MecMcnbourg. L'avancement dans l'armée n'a lieu que par rang d'ancienneté. Bien que la discipline avilissante instituée par Frédéric-Guillaume ait clé abolie en ISIS, ou infligeait encore en S 832 la punition humiliante des lattes; aujourd'hui celle-ci n'existe plus ; les autres sont la prison . les arrêta et la corvée. Le contingent que la Prusse fournit à la confédération germanique est de cent mille ln'mir.es.

Puissance entièrement militaire, la Prusse est, après la France, celle qui possède le plus grand nombre de places de guerre. Les armes ro\ales sont une aigle noire couronnée, portant le Chiffre 1'. R. sur la poitrine. Le pavillon prussien est noir et blanc, de manière que deux bandes noi

ros sont séparées par une banne blanche. Le pavillon royal

est blanc, auv l'aigle royale au milieu , cl sur la partie gauche du haut , est une croix de 1er.

Le roi de Prusse n'a point de liste civile; l'état lui fait i une dotation. Ce souverain , le plus puissant de l'Allemagne après celui de l'Autriche, se plaît à éviter l'éclat qui ] entoure la plupart des tètes couronnées. Cette simplicité n'a point sa source dans une avare parcimonie , mais dans une sage économie , et dans le caractère du prince , ennemi du faste et de la représentation. Le roi dîne à une heure, comme le simple citoyen , et tout excès t,! banni de sa table et de la cour. Lorsqu'il sort , rien ne distingue sa voiture de celle d'un particulier; elle est attelée dedeux chevaux seulement. Lui-même est ordinairement habillé d'une simple redingotte, sans aucune marque de sa haute dignité, et il traverse le plus souvent les rues de Berlin sans se faire remarquer : son exemple est suivi par les princes de sa maison , qui, en général, se distinguent très peu, quant à l'extérieur, des riches particuliers. Tout le personnel attaché aux princes du sang mariés se réduit à trois dames pour une princesse, et à trois grands officiers pour un prince; mais cette économie dans les équipages , dans le service domestique , dans la table, n'exclut pas la bienfaisance : jamais l'infortune ne s'adresse vainement à la munificence de la famille rovale ; le roi l'exerce surtout pour l'embellissement de la capitale.

Les fêtes de la cour ne sont ni nombreuses ni brillantes; elles se bornent ordinairement à quelques bals donnés par le roi et les princes; mais dans les occasions extraordinaires, on a vu la cour de Prusse déployer une pompe vraiment royale : telles furent les cérémonies qui eurent lieu lors du mariage de la princesse Charlotte avec le grand-duc Nicolas , aujourd'hui empereur de Russie.

Dans des occasions solennelles, à l'arrivée de quelque prince étranger, aux fêtes publiques , il y a réunion générale à la cour. Ces cercles n'ont jamais lieu à la demeure du roi , dite le palais , mais au château. Tous les employés de l'administration et de l'armée, depuis le simple référendaire et le lieutenant , peuvent s'y montrer sans être invités , et le roi aime à les y voir affluer. Les clames doivent être présentées , mais sans avoir besoin de faire preuve de noblesse. Il y a, en général, peu de cérémonie, et l'ancienne étiquette est entièrement tombée en désuétude; elle ne s'est conservée dans toute sa rigueur que pour les mariages des princes et princesses de la famille royale.

Si nous considérons que l'ensemble des provinces soumises à celle puissance présente , de l'orient à l'occident , depuis les bords du Niémen jusqu'aux rives de la Sarre, une étendue de près de trois cents lieues; que du midi au nord, sa plus grande largeur est d'environ cent trente lieues; que, dans sa largeur moyenne , elle n'en a pas qua- • rante; que plusieurs princes étrangers possèdent des territoires plus ou moins considérables enclavés dans ses Etats; . qu'elle-même a plusieurs possessions au milieu d'autres terres étrangères, nous ne craindrons pas de dire un territoire si démesurément alongé, si irrégulièrement découpé; des terres éparses, si inégalement réparties relativement à l'influence que, d'après la civilisation moderne, la métropole doit exercer au sein d'un empire; enfin une superficie aussi considérable que la sienne, puisqu'elle s'élève à treize mille neuf cent trente-six lieues carrées,- sont plutôt des élémens de faiblesse que de puissance.

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