‹ Magasin universelChapitre 70 sur 320 · LA VIA- MAL A · texte numérisé non relu

LA VIA- MAL A

On appelle Via-Mala ou défilé des Roffles , un chemin , situé en Suisse dans le canton des Grisons , et qui mène de Tusis à la vallée de Schams. Celte gorge effrayante, qui s'étend entre les monts Béverin et Mùtlerhorn , surpasse tout ce qu'on peut voir de plus extraordinaire dans cet admirable pays , tant par la coupe hardie des rochers et leur élévation perpendiculaire, que par la manière bizarre dont ils sont entassés. Une végétation sauvage ajoute encore à l'effet de celle nature imposante. Des sapins , d'une taille gigantesque, descendent le long des parois les moins rapides des montagnes , couronnent 1-es sommités de la gorge , ou croissent isolés au milieu d'énormes blocs de granit couverts d'une mousse épaisse. On ne peut se défendre d'une vive émotion en s'enfonçant parmi ces ruines croulantes des Alpes , surtout quand on côtoyé les effrayans abîmes qui bordent la route , et qui , en certains endroits , n'ont pas moins de trois ou quatre cents pieds de profondeur; mais la frayeur involontaire , qu'on éprouve d'abord , ne tarde pas à faire place à l'admiration produite par ce sile pittoresque. D'ailleurs le danger est plus apparent que réel : la route est assez, bien entretenue , et l'habileté des ingénieurs l'a prémunis contre toute espèce d'accidens. En élé surtout , 01) n'a aucun péril à redouter, et ce n'est guère qu'en hiver et au printemps, lorsqu'il y a beaucoup de neige, qu'on y est exposé ;nix avalanches.

Le Rhin, torrent déjà large et impétueux, occupe le fond îles précipices, forcé d'engouffrer ses eaux dans une

crevasse ou , pour parler plus exactement , dans une tissure, qui divise ces prodigieux rochers. Le lit de ce fleuve y est extrêmement resserré , et du haut du chemin , c'est à peine si on le distingue à la blancheur de son écume, sans pouvoir entendre le fracas de ses ondes. Des troncs d'arbres brisés , des quartiers de rocs ont roulé dans cet étroit abîme, et sont restés suspendus au-dessus des eaux. De nouveaux débris, successivement accumulés, formeront à la longue une voûte naturelle, sous laquelle le Rhin disparaîtra tout-ù-fait, et l'on viendra un jour contempler en cet endroit nn phénomène bien plus remarquable que la perte du Rhône.

On traverse le Rhin sur trois ponts. Pour les construire , il a fallu , du haut des parois du défilé, descendre avec.des cordes , des sapins hauts comme des inàu de vaisseau , dont on fixait l'un des bouts a une rive, avant d'établir l'autre sur la rive opposée : ces ouvrages sont d'une hardiesse vraiment merveilleuse; on les dirait posés là tout exprès pour concourir ;\ l'effet sublime du paysage. L'un des pouls, formé d'une seule arche, a quarante pieds de longueur, et s'élève de cent cinquante mètres au-dessus du fleuve. A quelque distance de là, le Rhin forme une chute, OÙ brille de mille couleurs un iris magnifique, lorsque le soleil donne dans la gorge. bientôt on arrive dans la riante et gracieuse vallée de Schams , dont les sites enchanteurs présentent le plus séduisant contraste avec les horreurs de | la Via-mUt.

Si

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