‹ Magasin universelChapitre 79 sur 320 · RUBENS · texte numérisé non relu

RUBENS

Rubens naquit à Cologne, le 29 juin 4577, d'une famille noble, originaire de Styrie, qui vint s'établir à Anvers à l'époque du couronnement de Charles-Quint. Jean Rubens, son père, exerça dans celte ville les premières magistratures ; mais les troubles , excités par les sectaires du xvie siècle, l'ayant dégoûté du séjour d'Anvers, il transporta sa résidence à Cologne. La mère de Rubens eut sept enfans , dont Pierre-Paul fut le dernier. On le destina d'abord à la robe, et il se faisait déjà remarquer par son intelligence, lorsque son père mourut en 1587. Sa mère étant alors retournée habiter Anvers , il y continua ses études , et fit sa rhétorique d'une manière si distinguée , qu'il parlait et écrivait le latin aussi facilement que sa langue maternelle. Il fut alors placé, en qualité de page, chez la comtesse de Lalain , d'une des plus nobles familles de Flandre; mais il ne se plut pas dans cette condition, et obtint de sa mère, à force d'instances, la permission de s'adonner à la peinture. Il fut admis dans l'école d'Adam Van-Ort, qu'il quitta bientôt pour travailler sous Otto Vœnius , peintre fort estimé à cette époque. Après quatre années d'études, il se montra supérieur à ses deux maîtres, et partit pour l'Italie en 1600. Il se rendit d'abord à Venise pour y étudier les chefs-d'œuvre du Titien , du Tintoret et de Paul Véronèse. Le duc de Mantoue, informé de ses succès, l'attira à sa cour, et lui confia une mission auprès du roi d'Espagne, Philippe III. Rubens s'en acquitta à l'entière satisfaction des deux princes, et revint à Mantoue, d'où le duc l'envoya à Rome pour y copier les plus beaux tableaux de l'école romaine. De Rome il alla à Florence et y étudia les grands ouvrages de la sculpture antique et ceux du célèbre Michel-Ange; puis il se rendit à Bologne, pour y voir les peintures des Carraches : après quoi il retourna à Venise, guidé par la prédilection qu'il avait pour les grands coloristes de cette école. Après un assez long séjour dans cette ville, il alla de nouveau à Rome et y fit, pour le pape et les cardinaux , une foule de tableaux qu'il serait trop long d'énumérer. Quoiqu'il fût en Italie depuis sept ans, il n'avait vu ni Milan , ni Gènes. Il résolut de visiter ces deux villes. A Milan, il dessina la fameuse Cène de Léonard de Vinci ; et c'est d'après ce dessin, rapporté par lui en Flandre, (iue Witdoock en exécuta la gravure au burin. Sa réputation l'avait devancé à Cènes;' aussi y reçut-il l'accueil le plus Batteur , ce qui l'engagea à y séjourner assez longtemps. Parmi les tableaux qu'il lit pour celte ville, il en est deux que les Génois regardent comme ses chefs-d'œuvre. Au milieu de ses travaux , il apprend tout-à-coup que sa

mère est dangereusement malade. Tout cède à cette considération : il prend la poste; mais en route il reçoit la nouvelle qu'elle a cessé de vivre. Il se retire alors dans l'abbaye de Saint-Michel , auprès de Bruxelles , pour s'y livrer sans distraction à sa douleur, occupé uniquement d'élever un monument à sa mère. Lorsqu'il reparut à Anvers, chacun s'empressa de le combler d'honneurs : toutefois il songeait à retourner en Italie, dont le climat convenait mieux à ses goûts et à sa santé ; mais l'archiduc Albert et son épouse Isabelle ne voulurent pas laisser partir un artiste qui faisait la gloire de son pays : ils l'appelèrent à la cour de Bruxelles, lui donnèrent une pension considérable et le litre de chambellan. Rubens ne résista pas à tant de faveurs; mais il obtint la permission de résidera Anvers, où il pouvait se livrer à ses travaux favoris, sans être distrait par le tourbillon de la cour. Il acheta dans cette ville une maison spacieuse , qu'il fit rebâtir à la romaine, et où il déploya la magnificence d'un prince : il orna d'une collection de belles peintures et de précieux morceaux de sculpture antique , une rotonde qu'il avait fait élever exprès entre cour et jardin, et qui était percée de grandes fenêtres ceintrées et surmontée d'un dôme. En 1610, il épousa Isabelle Brant, nièce de la femme de son frère aine, Philippe Rubens, secrétaire de la ville d'Anvers. Le duc Albert voulut tenir sur les fonts de baptême le premier enfant de Rubens, et lui donna son nom.

Doué d'une prodigieuse facilité, ce grand peintre exécuta, pendant son séjour à Anvers , une multitude innombrable de tableaux de tous genres , dont la plupart, après avoir fait partie du musée du Louvre, ont été rendus aux Pays-Bas en 1815. Parmi ces admirables peintures, nous devons citer la fameuse Descente de croix.

Rubens était aussi habile architecte que grand peintre. C'est lui qui présida à la construction de la superbe église des jésuites à Anvers. Il en fit tous les plans , et pour achever d'embellir cet édifice , il y peignit trente-six plafonds, qui ont été reproduits deux fois par la gravure sur ses dessins originaux. Malheureusement un incendie, causé par la foudre, en 1718, dévora tout l'édifice, à l'exception du grand chœur, de deux chapelles et du portail.

La réputation de Rubens, répandue dans toute l'Europe, attira l'attention de Marie de Médicis, qui résolut de lui confier l'embellissement de son palais du Luxembourg. En 1620, elle le fit inviter à se rendre à Paris. Il y fut reçu avec distinction. Après avoir pris les ordres de la reine, il retourna à Anvers pour y exécuter les tableaux qu'on lui avait commandés, et ne revint à Paris que lorsqu'il les eut terminés. Ce sont tous ces tableaux allégoriques qu'on admire dans les galeries du Louvre : il' les fit en vingt mois. Ici commence pour Rubens une nouvelle carrière, où il se distingua par les brillantes qualités de son esprit. Marie de Médicis, s'étant brouillée avec son fils, élait venue chercher un refuge à Bruxelles, et réclamer la médiation de l'infante et archiduchesse Isabelle , et du roi d'Espagne. L'archiduchesse, qui connaissait la capacité de Rubens, et qui savait le cas particulier qu'en faisait la reine-mère , le choisit pour conduire celte négociation. S'il ne réussit pas, c'est qu'il rencontra des obstacles insurmontables ; et la reine, quittant alors la Belgique, trouva un asile à Cologne, où elle mourut de misère , en 1645 , dans la maison même où Rubens élait né.

Pendant son séjour à Paris , Rubens avait fait connaissance avec le duc de Buckingham, qui était venu chercher la princesse Henriette de France, destinée à Charles Ier. Ce seigneur lui témoigna le désir de voir cesser la mésintelligence qui régnait, depuis long-temps entre les cours d'Espagne et d'Angleterre. Rubens lit part de celle ouverture à l'archiduchesse, et en reçut l'ordre d'entretenir un commerce de lettres avec le duc, tandis qu' elle prendrail de son côté les ordres de la cour d'Espagne. Ces diverses négociations , qu'il menait de front avec ses travaux, lui Valurent les plus grandes marques d'estime.

Ayant perdu sa femme, en 1026, il résolut de parcourir la Hollande, pour faire diversion à sa douleur. Pendant tout ce voyage , il ne traversait jamais une ville sans visiter les artistes, laissant partout des preuves éclatantes de son amour pour les arts , de sa générosité et de son affection pour ses rivaux. Il s'acquitta en même temps , avec zèle et talent, d'une mission, dont l'avait chargé Isabelle auprès des états-généraux de La Haye. A son retour, il avait repris ses pinceaux , lorsque la politique vint encore l'arracher aux arls. Il fut envoyé à Madrid pour suivre les négociations qu'il avait déjà entamées avec le duc de Buckingham. Le roi d'Espagne s'entretint souvent avec lui en particulier, et conçut une opinion si avantageuse de ses rares lalens , qu'il n'hésita pas à lui faire délivrer les patentes île secrétaire du conseil privé de l'archiduchesse. Pendant qu'il était en Espagne, le roi de Portugal, désirant connaître un artiste d'une.si grande renommée, lui fit dire de se trouver, sur la frontière , à sa maison royale de Villa- Viciosa. Rubens se rendit à cette invitation avec un grand nombre de seigneurs espagnols, curieux de voir la cour portugaise. Mais le roi

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