DE L'ORIGINE DES ÉTRENNES
La coutume de donner des étrennesest fort ancienne ; on a prétendu qu'elle remontait au temps des premiers rois de Rome : on lit dans quelques auteurs que Talius ayant reçu, ]e 1er janvier, comme un bon augure, quelques branches de palmier couples dans un bois consacré à la déesse Sirenua, cet'.e coutume fut dès lors autorisée, et porta le nom de strenœ (élrennes), à cause de la divinité qui présida depuis à ces sories de cérémonies.
Les Romains firent de ce jour-'à un jour de fête, qu'ils dédièrentau dieu Janns, représenté avec deux visages, l'un devant, l'autre derrière ; symbole du passé et de l'avenir, et qui semble regarder en même temps une année qui finit et l'autre qui commence. Le mois de Janvier était dédié à Janus ; ce fut Numa Pompilius, deuxième roi de Rome, qui l'ajouta au calendrier. Le premier jour de janvier, on revêtait ses habits les plus beaux, on se souhaitait une heureuse année les uns aux autres, et il n'était pas permis de prononcer aucune parole de celles qu'on croyait être de mauvais augure. Les présens ordinaires étaient des figues , des dattes de palmier et du miel , et chacun envoyait ces douceurs à ses amis, pour témoigner qu'on leur souhaitait une vie douce et agréable. Les cliens offraient en outre à leurs patrons une pièce de monnaie. Avec le temps, l'or finit par remplacer la modeste pièce d'airain. Sous le règne d'Auguste, le peuple, les chevaliers et les sénateurs, venaient offrir des élrennes à l'empereur.
Tibère avait désapprouvé cette coutume , et de son autorité despotique, il avait défendu, sous des peines sévères, l'usage de faire des présens ; cette défense ne subsista pas long-temps; car, sous Caligula, unédit spécial fit savoir au peuple et aux chevaliers que l'Empereur recevrait à l'avenir tous les cadeaux qu'on voudrait bien lui faire, suivant les usages anciens.
Dans les premiers siècles de l'Eglise, on continua à offrir des présens non-seulement à l'empereur, mais aux magistrats ; les pères et les conciles s'élevèrent contre cet abus, qui a fini par disparaître. Mais du moment où les étrennes n'ont plus été que des témoignages réciproques de bienveillance et d'amitié, et qu'elles ont été purgées de toutes les cérémonies païennes, l'Eglise a révoqué sa sentence de proscription.
Tous les anciens historiens de la monarchie de France , Grégoire de Tours , le moine de Saint -Denis, Monstrelet, Froissart, Alain Chartier, Juvénal des Ursins, détaillent avec un soin particulier les divers présens que faisait le seigneur au roi , les somptueuses étoffes qu'il envoyait à ses alliés et confédérés : « Le roi Charles sixième surtout ne manqua jamais l'observance d'icelle cérémonie, et, suivant l'ancienne coutume de donner une marque de son affection , mandait une fois chacun an de riches étrennes, soit joyaux
et pierreries , soit certaines pièces de velours cramoisi , au roi et à la reine d'Angleterre. »
Et quels beaux présens ne faisait pas la reine Marguerite, sœur de François Ier! Au commencement de chaque année , eût-elle jamais manqué d'envoyer pour élrennes à son frère une épîlre genlimenl tournée envers gracieux et élégans? Rien n'égala sa générosité à l'égard des seigneurs de la cour : Branlôme, avec sonslyle louangeur pour tous les personnages dont il nous a décrit la vie, raconte que «Madame Marguerite était toule bonne, toute splendideet libérale, n'ayant rien à soi, donnant à tout le monde; tant charitable, tant aumônière à l'endroit des pauvres! Aux plus giands, elle faisait honte en libéralités, comme je l'ai vue, au jour des élrennes, faire de si riches présens à toute la cour, que le roi , son frère, s'en étonnait et n'en faisait jamais de pareils. »
Peu de personnes ignorent que, sous le règne de Henri IV, le ministre Sully ne manquait jamais, à chaque renouvellement d'année, d'apporter au roi pour ses élrennes deux bonnes bourses de jetons d'or « et le félicitait et complimentait gracieusement sur l'année qui allait se commencer. »
Cet usage des cours se reproduisait dans les villes : le Ier janvier, les bons bourgeois enchaperonnés se rendaient des visites en grande cérémonie ; chacun portait son petit cadeau , lequel consistait souvent en dragées et confitures sèches ; ils se faisaient mutuellement de belles harangues , se souhaitant bonheur et prospérité. De nos jours, l'époque des étrennes est, en quelque sorte, un moment de crise sociale; toutes les populations s'agiient; le monde est en mouvement ; et ce qui est encore un plaisir pour quelques-uns, est devenu pour le plus grand nombre un rigoureux devoir.
Voltaire se fit une réputation précoce par une pièce de vers qu'il composa pour un invalide du régiment Dauphin. Ce vieux soldat avait servi sous le fils deLouis XIV, le père de l'élève de Fénélon , et les récita à ce prince à l'époque du jour de l'an. « Celte bagatelle d'un jeune écolier, dit Vollaire, dans son Commentaire historique , fit quelque bruit à Versailles et à Paris. » Ninon voulut le voir et lui fit peu de temps après un legs de deux mille livres.
Parmi les traits plaisans auxquels le jour de l'an a donné naissance, on a souvent cité celui-ci :1e cardinal Dubois avait un intendant dont les friponneries lui étaient connues. Au jour de l'an , cet intendant venait rendre ses devoirs à son maître : au lieu de lui donner ses étrennes, comme aux autres personnes attachées à son service, le cardinal se contentait de lui dire : « Monsieur je vous donne ce que vous m'avez volé. » Et l'intendant se retirait après avoir salué bien respectueusement son maître , comme un pénitent que la parole du prêtre a lavé de ses péchés.
En Angleterre les étrennes se donnent au 25 décembre, jour commémoralif de la naissance de Jésus -Christ, et époque à laquelle plusieurs peuples de l'Europe commençaient l'année , dans le moyen-âge. En Russie les cadeaux se font plus particulièrement à Pâques.