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L'INSTITUT. — LE PONT DES ARTS

Le palais de l'Institut de France était autrefois le collège des Quatre-Nations. Le cardinal Mazarin avait ordonné par son teslament ( 6 mars 1661 ), qu'il serait fondé un collège , sous le litre de Mazarini, destiné à soixante gentilshommes ou principaux bourgeois de Pignerol et de son territoire, d'Alsace, de Flandre et de Roussillon, pays alors nouvellement conquis ou réunis à la couronne. Comme il fallait être originaire de l'une de ces quatre contrées pour être admis dans cet établissement , on le nomma Collège des Qualre-Nalions.

Ces soixante jeunes gens devaient y être gratuitement logés , nourris , instruits dans la religion et les belles-lettres ; on devait leur apprendre en outre l'escrime , l'équitation et la danse. Pour subvenir à cette éducation , Mazarin laissa

une somme de deux millions et sa riche bibliothèque. Par lettres-patentes du mois de juin 1663 , Louis XIV ordonna l'exécution de ce testament , et voulut que ce collège fût réputé de fondation royale.

Les exécuteurs testamentaires , ayant acheté une partie

des bàtimens de l'hôtel et séjour de Nesle, ainsi que plusieurs maisons voisines, firent jeter les fondations de l'édifice , destiné à ce collège , qui fut élevé sur les dessins de Leveau.

La façade est située sur le Quai Conti , et forme une por-

(L'Institut. — Le Pont des Arts. )

tion de cercle , terminée à l'une et à l'antre extrémité par un pavillon. Au centre est le portail de l'église , faisant avant-corps, composé d'une ordonnance corinthienne et couronné d'un fronton. Au-dessus s'élève un dôme , dont une lanterne forme l'amortissement. Dans l'intérieur du dôme sont pratiqués des escaliers à vis , conduisant à des tribunes. Cette église était décorée avec soin de statues et de tableaux remarquables. A droite du sanctuaire était placé le tombeau du cardinal fondateur. Sur un sarcophage de marbre noir, orné de supports de bronze doré, on voyait la figure de Mazarin en marbre blanc : il était représenté les mains jointes et dans l'attitude d'un homme en prière. Le monument s'élevait sur deux marches , aussi de marbre blanc: trois ligures allégoriques en bronze, la Prudence, l'Abondance et la Fidélité , reposaient sur ces marches. Ce tombeau , l'un des beaux ouvrages de Coizevox , fut transféré , lors de la suppression de l'église , au Musée des Monumens français , rue des Pelits-Augustins.

La bibliothèque du Collège des Quatrc-Nations avait été composée par le savant Gabriel Naudé. Située d'abord au palais Mazarin , où est actuellement la bibliothèque du roi , elle fut dispersée , pillée ou vendue pendant la Fronde. On la recomposa dans ce collège. On y compte cent quatrevingt-quinze mille volumes, dont trois mille quatre cent trente-sept manuscrits , disposes dans les trois étages de ses galeries. Dès l'an 1688, elle fut ouverte au public.

Outre celle bibliothèque, il en existe une autre dans le même édifice; c'est celle de l'Inslilut, placée au dessous du local de la première. Quoique moins nombreuse , elle est précieuse, surtout a cause des ouvrages modernes qu'elle renferme.

Bu 18(16, les bàtimens du collège furent destinés aux sennes de l'Institut , et r< eurent le litre de Palais des

Beaux-Arts. On transforma à cette époque l'église en une

salle , propre aux séances publiques. Plusieurs autres parties

de l'édifice durent recevoir des changemens , qu'il serait inutile de détailler ici.

Deux fontaines furent établies aux deux côtés de l'ayantcorps placé au centre de la façade : chacune est composée de deux lions en fer fondu et de grandeur colossale , qui jettent de l'eau dans un même bassin.

Il est à remarquer que le plan du Louvre est en harmonie parfaite avec l'Institut, et que l'axe de l'ancienne église des Quatre-Nations est le même que celui qui traverse les portes latérales du Louvre. Cette correspondance n'est point l'effet du hasard : elle a été combinée. Ou a voulu donner à ces deux édifices, séparés par le cours de la Seine, une perspective agréable, et en effet ils se prêtent un mutuel secours. Du reste , celte correspondance a été d'autant plus facile à établir, que les deux monumens ont été commencés en même temps et sur les dessins du même architecte (Leveau). On a complété celte harmonie en établissant le pont des Ails , qui met les deux façades on communication. Ce pont , qui ne sert qu'aux piélons , fut commencé en 1802 et terminé en 1804. Il a été construit aux frais d'une compagnie, à laquelle le gouvernement a donné le droit d'y percevoir un péage. Ses culées et ses piles sont J fondées sur pilotis. Il a neuf arches en fer fondu , suppor- I tant le plancher, qui sert de route et qui est bordé par une ' balustrade également en fer. Le coup-d'œil dont on jouit sur ce point , est vraiment magnifique : la vue embrasse d'un côté la pointe de l'ile de la Cité, le môle du Poht-Neuf, et les deux bras de la Seine ;l) : de l'autre rote, (lie s'étend le long des quais , embellis de somptueux édiliees . jusqu'aux hauteurs verdoyantes de Chaillot. 11 est difficile de trouvée un plus beau panorama.

(î) Voyez la figure qui représente eette vue, pnge l6l, première punie.

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