LES DÉBUTS
La pureté du dessin, L'élévation des pensées, le sens philosophique, tout charme dans son œuvre, tout ravit le spectateur.
Les lamentai ions du prophète Jérémie constituent une page d'une saveur biblique franchement exprimée qui fait bien augurer de l'avenir du jeune peintre. Les {{estes du prophète, le désordre des personnages, la diversité des attitudes y sont marqués avec une précision saisissante. Auhert s'en montra très fier et manifesta son contentement en termes flatteurs pour Magaud. Il lui écrivait, en effet, à la date du 1\ janvier 1853 : « Le prophète Jérémie offre le style que j'aime el j'y ai remarqué des parties fort hien traitées el en particulier une exécution Large et facile qui caractérise votre talent. Vous sa\ez que, dès vos débuts dans la peinture, je n'ai pas tardé à reconnaître en vous cette rare qualité qui □ est dédaignée que par ceux qui n'ont pas le bonheur de La posséder. »
Oui pourrait voir, d'autre part, sans un sentiment attendri, sa Mater Dolorosa, conçue dans le goût des maîtres italiens et que la Lithographie a popularisée (1),
La Vierge a fléchi sous ses {jenoux. Saint Jean lui prend le bras droit où repose sa tête. Sainte Marie Sidoine La soutient par derrière en tournant ses regards vers le sommet delà croix dont, le peintre ne nous laisse voir que la hase sur laquelle Marie-Madeleine a{;ite ses bras dans un élan lyrique, tandis que, Là-bas, de lourds nuages noirs s'amoncellent...
La facture est Large, la couleur simple. Les draperies sonl arrangées avec une ampleur magistrale. La douleur est peinte
(1) Mater Dolorosa a été lithographiée par A. Taniisier, élève de Magaud.
sur tous les visages, mais une douleur fatale qui ne crie pas, surtout celle qui se manifeste chez Marie Salomé, dont l'âge n'est peut-être pas suffisamment différencié de celui de saint Jean, malgré la féminité du visage de Tévangéliste. Mais quelle belle expression de lutte vaincue sur celui de Marie et quelle sérénité dans la souffrance s'exhalant de ses lèvres entr ouvertes! Le drame qui vient de se dérouler devant elle et qui se joue encore au fond de son cœur n'a pas réussi à altérer la pureté de ses traits.
Chez Magaud, la femme — qui est le type le plus répandu dans son œuvre — est peu souvent une créature malléable aux vulgaires passions humaines. Son pinceau l'ennoblit toujours et la hausse sur un piédestal rarement accessible à la main de l'homme. Elle parle à notre esprit plus qu'à nos sens; elle semble appartenir à une race supérieure à la nôtre et, comme dans la statuaire antique, rayonner et répandre autour d'elle une atmosphère de respect. Le sang ne parait pas circuler dans ses veines, sa chair ne palpite pas. Mais que de pensées dans ses yeux et derrière son front! On a reproché aux classiques de sacrifier le sentiment à la forme, de rester indifférents en face des spectacles qui devraient les troubler et de demander au dessin seul ce qu'il faudrait exiger du coloris. Ce reproche n'est fondé qu'en partie pour ce qui concerne Magaud, car si un analyste aigu ne veillait pas toujours chez lui, on peut dire qu'il ne restait pas insensible aux manifestations de la vie. Il les traduisait avec une sérénité olympienne, il les maîtrisait par une forme savante, évitant la déformation qui, à ses yeux, comme à ceux des artistes de son temps,