F. F. S DÉBUTS
compromettait la dignité de la peinture. Cette théorie est discutable; mais elle est L'indice d'une nature d'élite pour qui L'idéal et le style sont le luit suprême de L'art, et, dés lors, il convient de la respecter, quelque éloignée qu'elle puisse être de nos préférences personnelles et si désireux (pie nous soyons de voir le beau s'imprégner d'humanité.
Ses cartons le renferment tout entier. C'est là, clans ces sanctuaires intimes, que son âme d'artiste repose, les ailes fermées. C'est là qu'il m' apparut grand et parlait. D'autres artistes marseillais ont exécuté des dessins plus émouvants, plus énergiquement expressifs, aucun ne s'est montré aussi parfait, ni aussi fidèle à lui-même. Les moindres fragments sont des morceaux achevés. En parcourant les esquisses des grands peintres, on trouve des défaillances, des notes incorrectes et hâtives, des taches et des barres dont il est difficile de démêler la contexture et le sens. Chez Magaud tout est ordre et précision, tout se présente aux yeux de noire esprit avec une clarté saisissante, tout explique ses belles compositions décoratives et son système pédagogique.
Même dans ses albums crayonnés au cours de ses voyages en Italie, au hasard de la route, les premières pensées sont exprimées avec méthode, et pourtant ces impressions étaient fugitives; elles naissaient des incidents de la journée et ne pouvaient être traduites que par un crayonnage sommaire. C'est que Magaud n'entendait rien laisser au hasard et que
toute sensation était pour lui un problème destiné à être solutionné.
Lorsqu'il pénètre clans un musée ou dans un palais, il éprouve le besoin de copier les types que la peinture et la sculpture offrent à son admiration, et il procède avec le même sentiment, la même recherche de la perfection. Pour avoir une idée de ses travaux préparatoires, pour connaître le souci qu'il apportait à l'élaboration définitive de l'œuvre, il faut avoir parcouru, étape par étape, sa carrière de dessinateur, c'est-à-dire sa vie entière, car il ne cessa d'être dessinateur au sens complet du mot. Ici, ce sont des pensées en germe, des projets de décoration qui, peut-être, ne se réaliseront pas, mais qu'il entend fixer sur le papier, afin de satisfaire son esprit. Là, ce sont les éléments d'un tableau, figures isolées ou morceaux d'ensemble, les poses diverses d'un personnage, les expressions multiples de la Vierge tracée, tantôt à la mine de plomb avec les mystérieux effleurements d'une caresse ailée, tantôt au conté avec des rehauts de blanc qui illuminent et transfigurent le visage.
Il est des figures qui révèlent l'enflure d'une vision bolonaise; il en est d'autres dont la finesse argentée s'estompe dans une ombre mystique, souple, profonde; d'autres encore dont la froide correction et la souveraine assurance du trait leur donnent l'apparence de la lithographie, et l'on ne sait alors ce qu'il convient de louer de la pureté de la conception ou de la perfection du rendu. Nul écrasement de plume, pas de lignes capricieuses, rien qui rappelle l'agitation manuelle ou le trouble des sens. Si, d'aventure, il s'ingénie à faire pla-
fonner une figure au moyen de combinaisons trop compliquées, l'acrobatie linéaire à laquelle il se livre — délassement d'un esprit supérieur préoccupé d'améliorer sa technique — conserve encore une tenue conforme aux lois de la construction humaine.
Plus loin, apparaissent des têtes de chevaux, puis une multitude de mains reproduites au moyen de raccourcis difficiles, dans les positions le plus propre à exercer la sagacité d'un artiste qui s'attaque franchement à la nature et qui recherche les difficultés pour avoir le plaisir de les vaincre. Partout enfin, on assiste au développement et à la maturité des l\ |>cs et des scènes que son imagination, associée à ses souvenirs classiques, enfanta au cours de son existence féconde, si féconde qu'il serait impossible de trouver un artiste local dont l'oeuvre put contre-balancer le sien.