‹ MagaudChapitre 6 sur 15 · LES PORTRAITS · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS

une âme ardente, un cœur généreux et ennemi de s manifestations tapageuses, ne recherchant que la satisfaction du devoir accompli, connue nous aurons l'occasion de Le constater quand nous étudierons l'homme au point de vue moral.

Quoique personnel et accidentel, ce portrait, éclairé parla crudité d'une lumière qui en contrôle le caractère, revél également une expression permanente, résumant les joies artistiques du passé, l'état physique de L'heure présente et les perplexités que font naître chez les esprits sérieux les incertitudes de l'avenir. Pour ma part, je sais un gré infini a I artiste d'avoir ainsi prolongé sa vie en saisissant son image au coin s de sou envol vers l'éternité. Il a été, en quelque sorte, son propre biographe, et pour quiconque a pu apprécier sa probité esthétique, nul doute qu'il ne se soit raconté avec toute l'exactitude d'un historiographe scrupuleux. lia ainsi satisfait le désir de ceux qui l'ont connu el comblé les voeux de ceux qui n'eurent pas cet honneur.

Son effigie est bien celle d'un artiste inspiré que féconde l'étude et qui a choisi l'heure la plus favorable, celle qui lui permet de recourir à des effets difficiles de lumière et de se mettre à nu. C'est le soir, en effet, qu'après un travail ininterrompu, le penseur se reposait des falijjucs du peintre en demandant aux recherches historiques le complément nécessaire à ses travaux picturaux, paraissant réparer ses forces par le travail même. C'est là, dans l'intimité, que viendront le surprendre ses disciples favoris et puiser au contact du maître, toujours obsédé par un fier idéal, 1 exemple salutaire ci réconfortant, la contagion du travail, de L'opiniâtreté

et de la foi, vertus qu'il transmettra à la génération qui, à l'heure actuelle, tient haut et ferme le drapeau de l'art marseillais.

Les portraits furent la monnaie courante de son art ; il les a semés, de loin en loin, sur sa route brillante, sans s'y attarder outre mesure. C'est surtout au début de sa carrière, qu'il s'est exercé dans ce genre tantôt d'après nature, tantôt en s'inspirant de la fantaisie.

« J'ai fait quelques portraits, écrivait-il à son père, le 15 mars 1842, qui fort heureusement m'ont beaucoup servi, bien que les tableaux de cette catégorie deviennent toujours coûteux à cause de la toile et surtout des modèles et de la bordure. »

Il dut l'abandonner, en partie du moins, lorsque, parvenu à la renommée, il eut son temps absorbé par les vastes compositions décoratives et les préoccupations de son apostolat de chef d'Ecole. Néanmoins, dans le domaine de la portraiture, il est indispensable de ne point passer sous silence quelques morceaux qui se distinguent autant par la ressemblance que par l'enveloppe, sans oublier l'exactitude rigoureuse des accessoires entrant dans la composition de quelques-uns d'entre eux. De ce nombre sont les effigies de M. J.-A. Armand et de Mlle Eugénie Armand, léguées par cette dernière au Musée de Marseille. L'artiste a peint Mlle Armand, dans une gamme simple, comme il convenait à l'austérité du modèle, la tête ornée d'une couronne de myosotis et de roses, ayant à la main un livre d'heures, assise devant une table où s'estompe l'image de la Vierge. M. Armand, dont l'anguleux visage d'ascète

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