‹ MagaudChapitre 8 sur 15 · LES PORTRAITS GO · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS GO

Deux ans avant sa mort, L'auguste prélat ne parvenait à s'animer qu'au moment où il donnait sa bénédiction. C'est à eette date et à cet instant précis que l'artiste l'a saisi et l'a placé devant son tronc. Le pouce et les deux premiers doigts, symboles de la Trinité, sont ouverts, tandis que L'annulaire et le petit doigt restent fermés. La main gauche pend sur le nœud de la ceinture. 11 y a infiniment de souplesse dans le ;;este qui bénit et un naturel parfait dans la pose mal assurée de I auguste vieillard dont le front toujours proéminent abrite des yeux aux lueurs crépusculaires.

C'est une pure symphonie en blanc majeur, lia calotte, les cheveux, Le visage aux rides molles, le camail, la soutane et les boutons qui la ponctuent, la ceinture sur laquelle se détache la croix pectorale, toute sa Sainteté est immaculée. Devant celte expression lentement formée par l'accumulation des années de luttes morales, nous nous plaisons à songer au pontife débonnaire dont les rues de Rome connurent la popularité ; nous évoquons les faits mémorables qui marquèrent son règne la définition de L'infaillibilité papale, la dépouille des États du Saint-Siège, et, par-dessus tout, la proclamation du dogme de L'Immaculée Conception dont Magaud s'est inspiré pour exécuter, en 1X71, les peintures murales de Notre-Dame Immaculée de Sainle-Kspt'vance (Toursainle) .

Ce beau morceau, exposé au Salon de Paris en IN7<>, valut la croix de Saint-Grégoire le Grand à son auteur dont les échos de la Renommée avaient porté le nom jusqu'au Vatican.

Enfin, il faut signaler pour mémoire le portait de Mgr de

Foresta, à l'église d'Apt, deux portraits de présidents décédés de la Caisse d'épargne de Marseille, ceux du cardinal de Ber nis, du maréchal et du duc de Villars, protecteurs de l'Aca démie de Marseille dont Magaud fut élu membre le 19 avril 186G et nommé directeur en l'année 1886.

La Chambre de commerce de Marseille est l;i plus ancienne de France. Sa fondation remonte à L'année 1599 et son rôle, dans L'histoire locale, a été considérable, tanl au point de vue de son action sur les destinées du commerce marseillais, notamment dans ses rapports avec Le Levanl et les États barbaresques, qu'à celui de L'influence qu'il exerça sur La prospérité commerciale de La France.

A peine Magaud eut-il terminé les peintures mu ru les de la préfecture qu'il entreprit la décoration de la salle d'apparal de la Bourse, travail qui lui avait été commandé en l<S(i(î, mais (pie des circonstances indépendantes de la volonté de L'artiste ne permirent pas de commencer avanl I ST.'i . Magaud eut conscience de L'importance de L'œuvre; il la voulut digne de la splendeur du passé de la Chambre de commerce, et, pour atteindre son but, il n'y eut pas de document qu'il ne consultât ni de personnage à qui il ne s'adressât, dût-il s'imposer les plus grands sacrifices. Lorsque l'on soii{je que la frise qui ceint la salle n'a p;is moins de cinquante mi tres et

que le plafond mesure neuf mètres, sans compter les deux immenses médaillons dont il est flanqué, on a une idée du travail matériel auquel il lui a fallu se livrer, mais on a une opinion très imparfaite de l'effort intellectuel tenté si l'on ne détaille pas la longue théorie de personnages et de faits se déroulant avec une imperturbable sérénité sur les murs de cette salle dans laquelle j'ai été saisi d'un profond sentiment de respect et d'admiration.

L'œuvre de Magaud parle autant aux yeux qu'à l'esprit, et elle parle un langage instructif où la véracité du document le dispute à l'éclat de l'imagination; l'artiste l'a peinte avec une palette de mots tantôt sonores et tantôt apaisés, toujours vrais, toujours traducteurs d'une pensée ou d'un acte, toujours sincères dans leur expression concrète.

Le plafond représente l'Apothéose des grands hommes de la Provence. S'estompant dans un clair-obscur indécis et mystérieux, la perspective correspond au recul du temps; les personnages sont indiqués non d'après leur importance propre, mais suivant l'ordre chronologique, en tenant compte de l'époque à laquelle ils ont appartenu. Sur les hauteurs de l'histoire et du temps où l'artiste les a placés, ils prennent avec une empreinte effacée une figure impersonnelle dans ce pêle-mêle grandiose et plein de mouvement. En dépit de la vérité de leur image corporelle, ils deviennent des personnifications; ils incarnent la science, l'art, le commerce, l'industrie, le génie de la guerre, et s'ils se pressent les uns contre les autres, c'est que les siècles, sous le pinceau d'un artiste et devant l'admiration publique, se correspondent et se confon-

dent, les grands hommes étant les contemporains de tontes les époques.

L'Apothéose des grands hommes delà Provence aux contours cernés, aux ombres vigoureuses, est une des plus vastes compositions de Magaud. Assise à gauche, sur on trône, la Provence ne ment pas à ses origines grecques avec son ample chlamyde, son profil de camée antique, sa couronne d'olivier et d'épis. Elle tient le trident auquel s'enroule le caducée, emblème du commerce, tandis qu'à ses pieds un enfant Laisse échapper d'une corne d'abondance les produits de la terre. Devant elle, une femme, poussant une charrue et un enfant accroché à une ancre, représentent l'agriculture et la marine, à côté de trois figures féminines symbolisant les Sciences, les Lettres et les Arts. Auprès d'elle, son génie, évoqué sous la forme d'une Renommée aux ailes frémissantes, a la tête étoilée, tient, un (lambeau d'une main et montre, de l'autre, dans la gloire, les plus illustres enfants de la Provence. En commençant parla gauche, nous apercevons Denis Lanciner, le bénédictin historien, et Raimond Gaufredi, général des franciscains, placés l'un devant l'autre, les yeux baissés <t paraissant se chuchoter de mystérieuses paroles; Les poètes Élyas et Pétrone, qui se laissent bercer aux accords d'une

lyre tenue par La Muse; Marseille d'AltOVÎtis et Lame de Noves, les yeux levés vers Le ciel, un livre sur les genoux; Le prophète Michel Nostradamus ; un peu plus bas, un groupe composé de Pythéas, d'Euthymènes, d'Honoré d'Urfé, Gassini, l'abbé Barthélémy; puis Pierre d'Hozier et llouehe, Pierre Puget sculptant Le Milon, Antoine Duparc et sa fille

Françoise qu'il tient dans ses bras; en suivant vers l'extrême droite, Sébastien Bourdon, Joseph et Carie Vernet, Baléchou et Barras, les Parrocel, Carie et J.-B. Van Loo, Guillaume et Claude; en continuant vers la gauche, Lesporius, moine de Saint- Victor, le roi Bené, Philippe de Cabassol, cardinal, Jean de Matha, fondateur d'ordres, Mgr de Belzunce, Mascaron; au bas, Dieudé, de Grozon, grand maître de Malte, le brave Crillon, et, immédiatement au-dessous de ce groupe, Sainte-Bossoline de Villeneuve, Hermeline des Baux, abbesse qui fit bâtir l'église des Accoules, et Marguerite de Provence; au-dessus du groupe, André Campa, auteur du Carnaval de Venise, Michel Gantés, musicien, et Pons de Caduel, troubadour; en se dirigeant vers la gauche, Decormis, de Foresta, jurisconsulte, Massillon, Mirabeau, Henri de Vento, chef d'escadre, Constantin le Jeune, Agricola, consul, CruiasDémosthènes, Adam de Crappone, Tournefort, deux médecins et divers hommes célèbres; plus loin, des évoques et des martyrs noyés dans les brumes lointaines de l'anonymat; au fond, se détachant sur le ciel, le temple de la Gloire, au bas duquel sont assemblées les Muses que préside Apollon.

A la partie supérieure du tableau, Minerve, armée d'une pique, s'élance de l'empyrée, pareille à une figure de la fresque d'Orcagna et, aidée de Mercure et d'Hercule, terrasse tous les mauvais génies, tels que la Discorde, l'Hypocrisie, l'Avarice, ainsi que toutes les passions qui déshonorent le genre humain. Enfin, au sommet, planent deux Benommées, aériennes et gracieuses, malgré leur attitude mouvementée; elles apportent aux génies bienfaisants des couronnes et des

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(Médaillon <lc la salle d'apparal de la Chambre de Commerce dr Maisrillcj

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