Les collaborateurs de Magellan, Faleiro et de Haro
Ruy Faleiro.
L’asserlion (|ue les iMoluques élaient siliiées dans le domaine delà (bastille et le projet de les alleindre par l’ouest, nous l’avons vu, n’avaient pas pris naissance avec Magellan. Les plus grandes autorités, de Solis et Améric Vespuce, anciens pilotes portugais, .s’élaient prononcés clairement dans le même sens; .Magellan n’avail donc pas besoin de « souffler » ces idées dans Toreille des marins à Lisbonne, puisqu’elles y étaienl connues depuis longtemps. Les meilleurs cartographes lusilaniens, les Heinel, marquèrent franchement les .Moluques dans l’hémisphère espagnol, sur des mappemondes aniérieures à 1519. Magellan, il n’y a pas de doute, avait libre accès aux archives royales et au dépôt hydrographique, où il pouvait étudier les routiers de d’Abreu et de 31iranda et contrôler les affirmations de Serrào. Là se trouvaient déposés tous les portulans des pilotes de l’Inde, d’après lesquels travailla l’école cartographique de Vasconcellos. Cet office ne publiait que des itinéraires destinés aux expéditions portugaises, sous l’obligation, pour les commandants, de les rendre à leur retour à Lisbonne. Celui des Moluques fut tenu particulièrement secret. Magellan y a probablement eu sous les yeux la grande carte des mers de .lava qu’avait copiée Francisco Rodrigues, d’après un portulan original indigène, envoyé au roi par Alpb. d’Albuquerque ; les cartes officielles de ce Rodrigues, compagnon de d’Abreu et de Serrâo jusqu’aux iles de Banda, n’ont pu échapper non plus à sa connaissance.
.Nous ne savons point avec quels pilotes il entretint des relations suivies au Portugal; on cite le nom de .loào de Lisbonne, le plus fameux de tous. Les renseignements que Magellan aurait pu obtenir de lui ne se rapportent pas à l’Inde, mais au cap ^ainle-.Marie ou à l’embouchure du Rio de la Plata; ce i)ilole avait séjourné au Brésil depuis l’année 1506, d’après .\lex. de Gusmào (').
(q Vaunhagen, Diario de Souza, p. 87; appendix, p. 30. — J. I. de Riiito Rkbei.i.o, loc. cil.
iMAGKLLAN. LA QUKSTION DLS iMül.UQULS
Ses recherclies snr la délerminalion des longitudes en ph'ine mer devaient amener Magellan à enirer en contact avec Huy et Francisco Faleiro. Les lettres de Senào proclamaient bien (pie les Moluques appartenaient à l’Kspagne en vertu du traité de Tordesillas; cette assertion, peut-être intéressée, ne sutïisail pas, et il fallait la consécration des hommes de science. Les connaissances astronomiques de Magellan étaient en outre de date trop récente pour convaincre les princes aux<iuels il allait exposeï' S(‘S projets (*).
On n’a pas assez insisté sur la part qui est due à lUiy Faleiro dans r(euvre de Magellan. Nous constatons cependant que dans certains documents, par exemple dans le pacte décisif du 2:2 mars 1518 avec le roi de Castille ("’), le nom de Faleiro est cité en premier lieu. En plus d’une occasion, nous verrons combien Magellan dépendait réellement de ce personnage, trop peu connu malheureusement, et dont le savoir a été loué par ses amis et ennemis. Sa renommée a été attribuée par les contemporains à un démon familial (') qui lui aurait suggéré, entre autres, quatre méthodes diiïérentes pour fixer la longitude de n’importe quel point du globe. Lorsque, plus tard, les oficiales de la Casa de Séville et le roi ordonnèrent que Faleiro n’irail pas dan.s la première armada aux Moluques, Magellan déclara qu’il ne consentirait à aucun prix à ce que son compagnon restât à Séville, à moins de lui remettre les livres du cosmograplie sur les longitudes et tous les rensei gnements que comportait cette science (^).
P) D. DE Goes, Chronica, t. tV, cap. XXXVII : « pera mais contirmar isto levou comsigo hum Rui faleiro Porlugues ».
C^) V. L. Asensio. La primera vuelln al Mundo. Sevilla, 1903, p. !23.
(3j Heurera, lac. cil., dec. It, lib. II, cap. XIX.
C‘) A titre documentaire, nous reproduisons l’avis d’un auteur espagnol, D. Cisneros, qui voit dans Ruy Faleiro rien moins que le découvreur spirituel de l’Amérique tout entière: « ... attrihuyéndose i si la gloria Americo Vespucio, no habiendo la (America) hallado él, segun la mas cierta opinion, sino Ruy Faleiro, portugues ; y que fueron suyas las descripciones con que el Almirante Colon se determind à hacer cierto este descubrimiento y nuevo mundo ». — Diego Cisneros, Sitio, iiaturaleza y propriedades de la ciiidad de Mexico. Mexico, 1618, cap. XIV, fl. 74; d’après Gallardo, Ensayo de una Biblioteca Espaiiola de libros rares y curiosos. Madrid, 1883-89, l. Il, p. 466.
Rny Faleiro élait natif de Covilha (Cubilla en espagnol), c’est-à-dire qu’il était originaire, comme Magellan, de la partie montagneuse du Portugal. Dans certaines pièces, il est (jualilié de bachelier, ce (|ui semble indiquer qu’il avait étudié dans une université. On n’apprend nulle part qu’il aurait fait des voyages; cela ne l’empêcha pas de demander, dans le document du 28 mars lo2B, de pouvoir conduire comme capitaine général une nouvelle expédition aux Moluques. Hurnboldt (*) avait déjà émis l’hypothèse qu’il était un des médecins royaux (|ui lirent partie, avec Martin Behaim, de la « junte de l’astrolahe » et qu’il se confond avec mæstre P»uy ou Rodrigo. Barros (-) assure (|ue le roi Joâo 11 consulta notamment mæstre Rodrigo sur le côté mathématique des questions nauticjues, principalement sur la détermination de la hauteur du soleil au moyen de l’astrolabe. Si le cosmographe fut réellement une autorité incontestée dans le domaine de l’astronomie pratique, il est surprenant de ne pas le voir siéger dans la junte royale. Rappelons qu’après le problème de la détermination des latitudes, facilité par la communication de Behaim concernant le « baculus Jacobi » et les Ephémérides de Regiomonlanus, la savante assemblée a dù s’occuper avant tout de la question des longitudes (-^), à la solution de hu|uelle Faleiro apporta précisément une contribution des plus intéressantes. Le roi, pour encourager et vulgariser les éludes mathématiques et nautiques, avait créé une chaire d’astronomie à l’université de Coïmbre (M; Faleiro se vit préférer un autre titulaire, le médecin royal Philippe, l’année après son départ pour Séville (1518); cette nomination ne fut peut-être pas étrangère à l’expatriation du cosmographe.
Vu ces connaissances spéciales, il n’est pas impossible que Faleiro ait suggéré à Magellan l’idée d’atteindre les Moluques |)ar l’ouest; Faleiro assu-
P) Examen crilique, t. f, p. 276, note 1.
(2) Loc. cit., dec. 1, lib. IV, cap. II. De même dans Valentin Fern. Alemans Beschreibnng von Aft'ika.
(3) SiGM. Günthek, Martin Behaim, p. 2ü.
(i) Ensaio historico sobre a origem das Mathemalicas em Portugal, p. 26; d’après Ign. DA Costa Qüintella, Annaes da marinha portiiguesa. Lisboa, 1840, p. 224.
MAGKLI.AN. LA OUKSTION DLS MOLIJQULS
rail (Ml ('(Tel qu’il pouvail ('nlrc'premlre ccMIe naxii^alion (,mi loule sûreté, qu’il pouvail s’éloigner sans crainle des côles de la terre ferme, puis(ju’il lui fournissait les moyens d’idenlifier facilement le point de l’océan où se trouverait le navire; ainsi s’expliquent les rapports intimes qui ont dû naître entre Magellan et le savant théoricien. On n’ignore pas (jue, pendant très longtemps, l’astronomie pratique resta un mystère pour la plupart des pilotes et capitaines de la péninsule. La ténacité de Magellan à exiger (jue Faleiro l’accompagnât, montre quel prix il attachait à avoir à hord un homme compétent dans la matière.
Il serait intéressant de savoir comment l’enseignement des sciences nautiques et astronomiques était organisé à répo(|ue qui nous occupe : en 1518 seulement, nous venons de le voir, le roi établit une chaire de mathématiques appliquées à la navigation; quant à l’école des pilotes de Vasconcellos, nous ne possédons que quelques maigres renseignements sur la façon dont fonctionna son office cartographï(|ue. En dehors de ces institutions et du dépôt hydrographique des archives royales, on vit se répandre un certain nombre de manuels manuscrits et traités de raiguille aimantée, dans le genre de celui de .loâo de Lisbonne, publié par de Brito Hebello. Il existait, depuis 4 496 au moins, des almanachs et « répertorias dos tempos », tous dérivés de r « Almanach perpetuo » d’Âhraham Zacuto (') Ce fut l’imprimeur allemand Valentin Fernandes ou de .Moravie, établi à Lisbonne, qui publia le premier traité nautique, antérieurement à 1S21 (“^); Magellan a très bien pu le connaître.
Les de Haro.
La difficulté de la détermination des longitudes en pleine mer étant aplanie grâce à Faleiro, il restait à élucider le problème géographique; Magellan, avant de loucher aux Moluques, avait à parcourir plus d’un quart de la circonférence terrestre, sur lequel on n’avait aucune donnée. Partageant la
(1) Imprimé en 1496, on ne sait en première ou en seconde édition. — J. I. de Biuto Hebello, Livra de marinharia, p. xxxii.
(2) 11 fui dédié à I). Manuel, qui mourut en celte année. Ibid., p. xxxin.
ET LA PREMIÈRE CIRCD.VINA VRÎATION OU GLORE.
foi de tous les pilotes et cartographes de son temps, il admit sans restriclion l’exislence d’une voie navigable à travers ce segment inconnu du globe. Si la dernière expédition de J. ]). de Solis, de 1516, avait prouvé que le Rio de la Plata ne constituait pas le détroit souhaité, il y avait toujours le mystérieux golfe à 10 degrés de latitude sud du voyage de la Copia, que le pilote avait signalé comme livrant passage vers les 3Jolu(iues; ensuite la ligne de côte sud-américaine, lléchissanl sans cesse au sud-ouest, ne devait-elle pas inévitablement rencontrer la côte du Pacificpie qui courait droit au sud?
Le souvenir de l’expédition de 1513-1514 ne s’était pas perdu; ses principaux armateurs, les de Haro, s’intéressaient toujours à la question du passage ouest et sud-ouest. Nous savons que Magellan a connu les de Haro à Lisbonne avant son passage à rEsjtagne. Lorsqu’il eut exposé son projet, dans les grands traits, au facteur Juan de Aramia, de la Casa de Contratacion de Séville, celui-ci chercha à se renseigner sur Magellan. Il ne put mieux faire que de s adresser a d(Hix rnarchands de Rurgos, « de gi*ande considération », qui se trouvaient en ce moment à Lisbonne : à Diego Cobarrubias et à Diego de Haro, chef de la firme de ce nom, frère ainé de Christobal. Nous ignorons malheureusement de quelle nature étaient les rapports entre Magellan et la puissante maison d’Anvers (‘) ; furent-ils d’ordre purement commercial et datent-ils peut-être de son séjour dans l’Inde où les de Haro avaient eu des représentants et agents?
Nous avons dit un mot, à propos des expéditions de Juan de Solis, de l’important rôle que jouèrent dans l’entreprise de Magellan les de Haro. Ils avaient dirigé de très grosses affaires à Lisbonne, où des membres de leur famille résidaient depuis l’année 1503. En s’y établissant, ils n’avaient fait que répondre a I appel de I), Manuel, qui invita les grandes compagnies financières et commerciales étrangères à prendre une part dans l’équipement des flottilles de l’Inde; on vit se fixer alors à Lisbonne, en dehors des grandes maisons Ilorentines qui y possédaient depuis longtemps des succursales, les Fugger, les Welser, les Hochstetter, les Hirschvogel, plusieurs
0) Médina, Coleccién, t, I, p. 27 « que (de Haro et Cobarrubias) tenian conocimienio deste tpsligo (.Magellan) ».
iU
MAGKM.AN. I,A QUESTION DES MOEUQUES
firmes génoises el lucquoises, et aussi (juel(|ues marchands espagnols^ parmi lesquels Nicolas el Clirislohal de Haro. Le chef d(> la maison, Diego, habilail Anvers. Celte ville, après le Iransferl de la nation portugaise de Ih uges, en 1503, était devenue une seconde Lisbonne pour la vente des produits de rinde; la môme année, la facloreiie royale portugaise de Flandre y avait été installée, à l’arrivée des |)remières cargaisons d’épices |)ar des navires portugais. Clirislohal de Haro, représentant d<* la maison à Lishonne, conclut avec I). Manuel des traités personnels pour l’imporlalion de certains articles de l’Inde et de la Guinée, ([ue son frère Diego se chargerait d’écouler sur le marché mondial d’Anvers.
La part (jue l’œuvre de colonisation du Dortugal doit au concours de ces étrangers n’a pas encore été sulïisamment mise (>n lumière. La parlici|)ation des compagnies de marchands aux armadas de l’Inde, désirée d’abord par le roi lui-même, fut soumise, à partir de 1503, à de plus lourdes conditions. Malgré cette réglementation, malgré la perte de nombreux navires, les guerres avec les Aralx's et la longueur du voyage, les capitaux dont il axait besoin se présentaient toujours. Nous avons mentionné la part active des de Haro aux entreprises du Brésil ; dans des proportions beaucoup plus considérables cependant, ils s’intéressèrent au trafic dans les pays d’Orient, trafic qui devint la véritable source de leur grande fortune. Maximilien Transylvain assure que leurs navires traversèrent avant 1518 les mers de la Chine el des Moluques. Nous n’avons pas trouvé aux archives de Lisbonne ni d’Anvers des témoignages qui corroborent celle assertion. Mais il n’est pas impossible cependant que leurs capitaines aient exploré ces parages en même temps que l’Italien Perestrello, qui avait reconnu le Siam avant la mission officielle d’Andrade; rien ne nous empêche d’admettre que, en 151 T, les expéditions privées avaient remonté la côte de la Chine beaucoup plus loin que ne le rapportent les documents portugais (*). Le Gouver-
(1) Cartas de A/f. de Alhuquerqiie, t. 1, p. 433, dans une lettre de l’année 1511, apportée à Lisbonne par Gonç. Sequeira : « homens que emvia nas naaos de mallara, que vaâo aos chyns ». — La première expédition otticielle vers la Chine ne quitta Malacca qu’en 1515; da Empoli l’accompagna; l’année précédente, une ambassade portugaise avait été chargée d’une mission analogue, mais elle n’avait osé atterrir.
nemeiil portugais entourait ses découverles en Asie d’un si profond mystère, que celles-ci n’élaient connues en Europe que par les letlres des commerçants ilaliens qui y avaient résidé; Caslanheda n’exagère pas lorsqu’il prétend qu’on aurait finalement ignoré le voyage de Vasco de Gama, s’il ne se fut pas donné la peine d’en rédiger l’histoire et de la publier (^).
Dans l’Inde, le contrôle de l’Étal sur les expéditions privées n’était guère rigoureux, ne pouvait pas l’élre. Des plaintes fréquentes parvinrent bien à la Cour de Lisbonne; mais les actes déloyaux, les trahisons de sujets portugais, leurs marchés secrets avec l’ennemi allèrent se multipliant toujours. Les archives portugaises, italiennes et esjiagnoles nous réservent, à ce point de vue, bien des surprises encore, et plus d’un chapitre sur les premières relations des Européens avec l’Exlrême-Orienl au XVI® siècle est complètement à refaire. A I’ « Archivio de India », à Séville (-), dans la même liasse qui comprend une des rares pièces authentiques de la main de Magellan, nous avons trouvé une relation sur les pays au delà de Malacca jusqu’aux îles Riu-Kiu, reproduite dans le Livra d’Odoardo Barbosa (’). Comme les deux manuscrits ne forment qu’un seul dossier, on est en droit de se demander si Magellan ne les a pas présentés ensemble au roi, pour que ces renseignements, « que nul ne possédait en dehors de lui », ne soient pas perdus à sa mort ('^).
Le navigateur attachait, comme Colomb, une importance égale à atteindre la Chine, les archipels côtiers jusqu’au Japon, et à reconnaître les Moluques. Magellan identifia sans hésiter Formose et Kiu-Kiu, les îles Lequios de Barbosa, avec l’Ophir et Tharsis de la Bible; il réussit sans doute plus tard à faire partager ces vues par les conseillers espagnols. Ce ne fut toutefois qu’en loi 7, trop tard probablement pour que Magellan en ait eu connais-
('•) Préface de VHistoria do descobrimento y conquisla da India.
(2j Estante 1, cajon 1, togajo 2 f/|, num. 13.
(3) J. Denl’cé, Les des Lequios (tormose et Hiu-Kiu) et Ophir. Bull. Soc. koyale belge DE GÉOGR. Bruxelles, 1907, n° 6, p. 43o.
('t) Le troisième et dernier document qui fait partie de la liasse en question est, d’après 0. Nachod, I éminent connaisseur de 1 histoire du Japon, la traduction espagnole d’une description assez détaillée du Japon, par le capitaine portugais Jorge Alvarez, de l’année 1548, dont l’original se trouve à l’Académie royale des sciences de Lisbonne.
MAdKI.LAN. LA QLLSTION DES MOLUQUES
sauce, que Jorge de MascarcMihas, un des capitaines de Pore/ de Andrade, débarqua aux îles précitées et qu’il y recueillit par ses pilotes chinois des inforinalions authenti(]ues sur l’archipel japonais. Ne serait-ce point par les de Haro (|ue Magellan aurait été renseigné ou renforcé dans ses idées sur le pays de l’or, situé au nord des MoliKjues, et dont la possession reviendrait également à la (Couronne de Castille? Ou le soi-disant séjour de Magellan dans des îles à 600 lieues à l’est de Malacca serait-il en rap|)orl plus direct avec l’allégation exprimée dans le document de Séville?
Ouel fut le motif pour lequel Christohal de Haro abandonna le parti du l‘ortugal, renonçant en môme temps à sesall'aires commerciah'S si |)rospères, pour venir de Lisbonne coopérer en Espagne à l’entreprise de Magellan? Une flottille marchande de seize navires, dont il fut de nouveau le principal armateur, avait été attaquée dans le golfe de Guinée, à la hauteur de Sierra- Leone, par les vaisseaux d’un pirate portugais, Insart, et sept des bâtiments marchands avaient été coulés à fond. Diego de Haro, invo(|uanl les contrats conclus avec la Couronne, réclama de D. Manuel la valeur des navires perdus et de leur contenu, estimée à 16,000 ducats, outre 2,000 ducats de frais; le roi ordonna des mesures énergiques contre Insart, mais il n’entendit pas dédommager les marchands de leurs pertes. Plusieurs requêtes produites par les de Haro ont été conservées; ils y rappellent les importants services rendus précédemment au roi dans des moments de crise; le Gouvernement des Pays-Bas, le roi d’Espagne, la ville d’Anvers (^) prièrent 1). Manuel de faire justice aux réclamations de leurs « fidèles sujets ». Diego de Haro fil l(‘ voyage de Flandre au Portugal pour venir plaider en personne sa cause à la Cour de Lisbonne : c’est à cette occasion que son concitoyen Juan de Aranda, facteur de la Casa de Séville, s’adressa à lui pour demander son avis sur Magellan (“^). Mais le procès avec le fisc portugais traîna en longueur, le roi ne se laissant fléchir par aucune considération.
(1) Ahjims docim. de la Torre do Tomba, p. 397 : lettre des bourgmestre et échevins de la ville d’Anvers, du 26 février 1517. — Navauretë, Colecciôn, t. IV, p. 155, note 1.
(2) P. P. Pastili.s, Miujellan, p. 567 : « pregunlado a quien escrivio el dicho juan de Aranda a pui tugal, para se ynforinar deste testigo (Magellan), dixo que el dicho juan de Aranda dixo a este testigo (Magellan) que avia escripto a cobarruvias mercader e a diego de faro mercader que residian en lisboa que tenian conoscimiento deste testigo ».
En ce momenl, Faleiro et Magellan négociaient avec l’évéque Fonseca, président du Conseil des Indes, sur les moyens de réaliser le projet de leur voyage aux Moluques. L’évêque invila Christ, de Haro à venir à la Cour pour le consulter au sujet de « cerlaines affaires » Irés importantes; Fonseca connaissait donc également le marchand, ne fùl-ce que parcerlains démêlés avec les navires de l’armaleur aux Antilles (^); il se pourrait aussi que ce fùl sur l’insligation de Magellan que Christobal lui appelé en audience spéciale à Valladolid. Nous ne connaissons pas robjel véritable des négocialions enlre l’évêque et le commerçant opulent; fut-ce à la suite de ces délibéralions que de Haro vint s’élablir en Espagne, où il se consacra à partir de ce momenl à l’organisalion de l’expédilion de Magellan qu’il équipa sur le modèle des armadas portugaises? Ayant rompu avec D. Manuel, les de Haro ont dû désirer ardemment que l’entreprise projetée réussît le plus complètement possible. En omettant même l’idée de représailles envers le Portugal, ils attendaient de l’heureuse issue de la navigation de Magellan la reprise de leurs relations avec l’Extrôme-Orienl, dans des conditions bien plus favorables même qu’auparavant : les épices et les autres produits de rinsulinde arriveraient en Europe, sans passer par les marchés intermédiaires de Malacca, de Cochin et de Lisbonne, « plus facilement, à moins de frais, presque au même prix que dans les pays d’origine », dit Maximilien Transylvain. C’est cette perspective qui engagea de Haro à sacrifier son comptoir de Lisbonne et à faire de si fortes avances en argent aux explorateurs castillans, notamment aussi à Andres Garcia Nino qui, également sur ses indications, allait tâcher d’atteindre la Chine et les Moluques par l’isthme de Panama, au moyen de navires construits sur la côte du Pacifique. Les de Haro avaient donc tout intérêt à pourvoir les expéditions espagnoles de tous les renseignements dont ils disposaient sur les mers inconnues et de toute l’assistance financière dont ils étaient capables; à Magellan, ils auraient proposé de fournir, à eux seuls, tous les fonds
P) Nous résumons brièvement quelques résultats de nos recherches sur les de tiaro, opérées principalement aux archives de Lisbonne et d'Anvers.
nécessaires; Fonseca n’accepta finalement (pie le quart des frais prévus. Parmi les documents qu’il communi(jua au capitaine j^énéral, se trouvait sans doute le rapport sur l’expédition de .1. de Solis, <*n loi 4, au golfe de San-Mathias, ainsi que des routiers de l’Inde et de l’Extrême-Orient. Au l*ortugal, on cria à la trahison; on rompit assez hrutalernenl les relations avec l’agent que Christ, de Haro avait laissé à Lishonne pour gérer les affaires pendantes, et l’on confisqua tous ses biens.
Celte anticipation sur la marche des événements qui vont suivre était nécessaire pour montrer jus(ju’à quel point il est permis de parler d’une collaboration du marchand avec Magellan et Faleiro. Il ne faut pas envisager, croyons-nous, celte entente comme un complot prémédité contre les intérêts du roi I). Manuel; les trois hommes ont été amenés à joindre leurs efforts vers un but commun : atteindre les Moluques par l’ouest, indépendamment du Portugal qui avait dédaigné leurs offres; ce but, nous le répétons, était exclusivement mercantile et ne visait en fin de compte qu’une baisse des prix des épices d’Orienl.