Magellan à Séville ; la Casa de la Contrataciôn
Ruy Fîil(‘iro arriva à Séville un mois el demi après Magellan ; il élail accompagné de son épouse et de son frère Francisco. Avant de quiller Lisbonne, les deux Porlugais avaient conclu un pacte, par leijuel ils s’etaient engagés formellement à ne communi(|uer leurs projets à personne avant de s’être rejoints en Espagne ; le contrat stipulait que, dans le cas où l’un d’eux aurait l’intention de s’en écarter ou de rentrer au service du Portugal, il devrait en avertir l’autre dans les six heures; toute modification au plan primitif serait déposée devant l’alcaïde Diego Barbosa et le bachelier Buy Lopez, facteur du seigneur Jorge de Portugal, à Séville. Ces indications montrent que les deux contractants étaient parties égales et que Magellan avait dû avertir de bonne heure les Barbosa de sa prochaine arrivée en Espagne.
Le capitaine général avait (|uitté sa patrie avec plusieurs autres gens de mer qu’il était parvenu à gagner à ses idées, rapporte Barros (^). Ces exodes de marins et de |)ilotes n’avaient rien d’extraordinaire; on peut même dire que depuis trente ans, il existait, entre Lisbonne et Séville, un véritable échange de navigateurs et d’hommes compétents en l’une ou l’autre question nautique. Comme la capitale portugaise était le centre du mouvement maritime avec l’Inde, Séville constituait l’unique port pour toutes
anciens auteurs arabes? Ce nom aurait désigné le Japon et les îles Riu-Kiu, d’après I*.-.\. Van de» Lith, Merveilles de l'bide, et J. De Goeje, Arabische Be7'ichten over Japati. Verslagrn en MEOEnEEUNGEN DER K. Ak. V. Wet. Afd. Letterk., 2« reeks, X (1881). Amsterdam, p. 187. Par contre, G. Ferrano, dans le Journal Asiatique, série 10, t. lit (1904), p. 489, et t. X (1907), p. 433, identifie Wàkwâk avec l’île de Madagascar. On n’ignore pas que l’océan Indien avait été transformé par Ptolémée (à qui les Reinel empruntent leur Magnus Sinus) et Edrisy en une espèce de Méditerranée, où voisinaient les îles africaines et les îles malaises; si l’on admet la reclitication de la carte du géographe arabe que propose G. Ferrand et qui consiste à ouvrir le bassin fermé de l’océan Indien, il n’y aurait rien d extraordinaire à rencontrer chez Reinel un nom, appartenant à l’Afrique, qui se trouve appliqué à la côte orientale du Grand golfe chinois.
(^) Loc.cit,, dec. III, lib. V, cap. Vlll.
IGG
MAGKLLAN. LA QUESTION DES MOUJOUES
les cominunicalions de l’Espagne avec les Aniilles : la ville andalouse élail le siège de la « Casa de la Coniralaeiôn de las Indias », appellalioii qu’on ne pourrait mieux traduire aujourd’hui que par Chand)re de commerce de rinde ou par « India Ollice » de l’Espagne; elle est parfois citée sous le nom de « Casa de las Anlillas » ('), « Domus Indica » et « Casa del Oceano » (-); au fond, c’élail un ministère des affaires d’outre-mer.
Le rôle qu’a joué celte institution dans l’histoire de l’expansion coloniale de la Castille a été récemment mis en évidence par de la Duenle y Olea ("). (]réée par cédule royale du 14 janvier iri03 (^), la « (.asa y Audiencia de la Coniralaeiôn » avait pour hul d’encourager les rapports avec le Nouveau- Monde. Après les découvertes de Colomb, la direction des affaires d’Amérique avait été confiée à des commissions, à des particuliers pour ainsi dire, parmi lesquels il convient de citer au premier rang Juan Rodr. Fonseca, doyen de la Sainte Église de Séville, devenu successivement évêque de Radajoz, de Valence et de Burgos (■’). L’organisation définitive de la Casa fut inspirée par celle de la « Casa da India e da Cuinea » de Lisbonne, où le facteur et le trésorier-écrivain étaient les fonctionnaires essentiels. Factorerie, en ce sens que toutes les marchandises importées ou exportées devaient passer sous son contrôle, la Casa cependant constituait un tribunal, d’après ses attributions et son organisation. Elle perdit de sa compétence administrative à mesure (jue le Conseil des Indes s’érigea en cour suprême et fut installé, en 1324, à la Cour, sur le même pied que les Conseils de Castille, de Flandre et d’Italie; mais elle conserva intégralement la juridiction maritime et les affaires qui se rapportaient à la navigation proprement dite. Son audience avait dans son ressort la juridiction de tous les pays trans-
("i) Lettre de Vasconcellos, 1512. Voir plus loin.
(2) Pierre Martyr, De Orbe Novo. Plusieurs passages.
0) M. DE LA PuENTA Y Olea, Los Trabqjos (jeografteos de la Casa de Contrataciôn. Sevilla, 1900, p. 3.
Q) Documentos inédilos. Madrid, t. XXXI (1879), pp. 13!*-156 : « Ynstruccion para facer una Casa de Contratacion en Sevilla, para la negociacion de las Indias ».
(8) D. Joseph de Veitia Linage, Norte de la Coniratacion de las Indias. Sevilla, 1672,
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU CLORE
atlantiques, jusqu’au jour où fonctionnèrent les Âudiencias en Amérique même. La Casa possédait un service hydrographique permanent, sous la direction de Juan de la Cosa, son premier préposé; le piloto-mayor y donnait également l’enseignement nautique et cosmographi(|ue aux marins qui se destinaient à la carrière de pilote.
Au moment où Magellan se trouvait à Séville, Sébastien Cabot remplissait le double office de pilote-chef et d’intendant supérieur des travaux géographiques de la Casa (du 5 février 1518 au mois d’octobre 1525) Andres de S. Martin, le successeur de Ruy Faleiro dans l’armada aux Moluques, avait vainement sollicité ces fonctions depuis l’année 151C (-). Nous n’avons rencontré aucun document d’où l’on puisse conclure que le capitaine général a eu des relations personnelles avec Cabot ('^) ; dans la cédule seulement du 18 avril 1518, Charles prie les oficiales d’informer Sébastien de sa décision de réaliser l’expédition de Magellan (^). On ne retrouve non plus la trace de rapports entre Magellan et Juan Vespuce, nommé dès 1512 avec J. Dias de Solis en qualité d’inspecteur des cartes marines, puis de piloto mayor. Les trois oficiales qui dirigeaient les affaires de la Casa en ce moment, étaient le docteur Matienzo, trésorier, qui jouissait de la confiance particulière du roi; Pedro de Isagaga, contador ou secrétaire, remplacé à sa mort par Juan Lopez de Recalde; le chevalier
(1) Il se trouve inscrit comme pilote ordinaire, le 15 août 1515. H. Haurisse, John and Sebast. Cabot, p. 73. Il séjourna à Séville jusqu’en 1518; en 1519, il se trouva à Londres pour être de nouveau à Séville de 1521 à 1525. — H. Exhhisse, Sébastien Cabot, pilotemajor de Charles-Quinl (1512-1547). Revue historique. Paris, 1909, septembre-octobre.
("^) La liste des pilotes-chefs, donnée par Humboldt, présente une lacune de 1516 à 1518. Kritisclie Uîitersuchiimjen, t. III, p. 120.
(3) Officiellement, Magellan aurait dû demander la licence à Cabot. Dans Ramusio, l’auteur anonyme définit comme suit les attributions et l’autorité du Vénitien, vers 1518 : « Sébastien Cabot, si renommé et si expert en fait de navigation et de cosmographie, qu’en ce moment, il n’a pas son pareil parmi tous ceux qui vont aux Indes occidentales, et que sans son autorisation, nul voyage vers ces régions ne peut être entrepris; il savait faire les meilleures cartes marines et s’entendait mieux à l’art nautique que tout autre ». D’après Cesareo Fern. Duro, Los Cabotos. Bol. de la Real Ac. de la Historia. Madrid, 1893, p. 265.
(4) Arch. de Indias, 139, 1, 5, lib. Vil, 51. Inventaire d’AsENSio, n” 140.
MAGKLLAN. I.A QUGSTION DKS .MOLUQUKS
Juni) de Aranda, faetor, natif de Burgos et en relations avec les de Haro; il n’exerçail ses fonctions que depuis un an.
iMagellan a sans doute été introduit auprès de ce corps administratif par Pintermédiaire d’un des Portugais de distinction qui résidaient en ce moment à Séville et qui avaient réservé un accueil très bienveillant à leur compatriote : I). Alvaro de Portugal, frère du duc de Hraganee qui avait péri sur les ordres de Joiio II; il fut Alcaïde-Mor ou chef de l’arsenal de Séville; puis surtout, Diogo Barbosa, le futur beau-père du capitaine, lieutenant de Palcaïde de PAIcazar et Atarazanas ou magasins de Séville, pour Don Jorge de Portugal (^).
Nous avons émis antérieurement Phypotbése que Magellan peut très bien avoir fait la connaissance de Duarle Barbosa, « sobrinlio del alcalde de Barbosa *> , neveu et non fils de Diogo, pendant son séjour aux Indes. On a prétendu, mais sans apporter des preuves sufïisantes, (pie des liens de famille unissaient les Magellan aux Barbosa, avant le mariage de Ferdinand ('"). Arrivé à Séville le 20 octobre 4517, le capitaine on chef épousa Beatriz, la fille de Diogo Barbosa, commandeur de l’ordre de Santiago, avant la fin de l’année (^); le mariage fut célébré à la chapelle de PAIcazar Le père, qui était à ce moment un des personnages de marque de Séville, avait commencé par servir le Portugal dans PInde et avait, entre autres, pris part à la découverte des îles Sainte-Hélène et Ascension, en 4 504, sous les ordres de Joao da Nova il y avait quatorze ans qu’il était venu s’établir en F^spagne; il y est resté jus(|u’à sa mort, en 4 525 ('). Comme dot, Beatriz apporta à son mari 600,000 maravedis (”), c’est-à-dire
(O M. DE LA PüEME Y OlEA, loc. CÜ., p. 184, n“ 1.
(2) Arcli. de Indias, 41, 6, tnvenlaire (I’Asensio, n° 102.
(3) Barros Arana, loc. cit. Traduction portugaise par Villas-Boas, p. 26.
(^) Médina, Colecciôn, (. 11, p. 307, autos-fiscales do Jaime Barboso : « y se casd y veto con la dicha doila Beatriz Barbosa en esta ciudad de Sevilla, en un dia del dicho ano loi 7) ».
(8) M. DE LA PuENTE Y OlEA, loC. CÜ., p. 184, 11“ 1.
(*>) Barros, loc. cil., dec. lit, lib. V, cap. VIH.
(’') Médina, loc. cil., t. Il, p. 308.
(8) Testament de Magellan, du 24 août 1319.
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE. 1G9
environ 8,300 francs, somme à quintupler toutefois si Ton veut se représenter sa valeur actuelle. D’après une légende, on aurait conservé longtemps aux Archives des Indes, dans une armoire soigneusement fermée et recoiiverle d’une double garde de maroquin rouge, la « lettre dans laquelle Magellan supplie son souverain de lui choisir une femme, dont son âge lui permet encore de désirer la société! (') »
La sympathie que le navigateur rencontra dans la famille des Rarhosa dés son entrée en Espagne, son mariage très peu de temps après son arrivée et la participation de Duarte Harbosa à l’expédition aux Moluques, indiquent suffisamment que les relations entre les deux familles étaient probablement de date plus ancienne que le mois d’octobre 1517. Duarte Harbosa étail-il un des Portugais qui avaient quitté leur patrie avec Magellan dans la conviction que les Moluques appartenaient à l’Espagne, et est-ce lui qui aurait introduit le capitaine général dans sa famille à Séville?
L intention première de Magellan aurait été de s’adresser au roi et d’entamer directement avec lui les négociations au sujet de son projet de \oyage; avant de partir pour la Cour, il aurait cependant voulu savoir si la Casa n’avait pas la faculté de traiter l’affaire à elle seule (2). Correa raj)porte qu’il exposa devant ce corps le plan de son entreprise dans les grands traits; les oficiales auraient bien voulu reconnaître que les Moluques appartenaient au domaine de la Castille, mais la navigation dans ces mers, disaient-ils, était interdite aux navires de ce pays, puisqu’ils ne pouvaient pas franchir la ligne de démarcation par l’est ! Les délibérations en seraient restées là. Or, ce que Magellan n’avait eu garde de communiquer à la Casa léunie en corps, il le confia à un de ses facteurs, Juan de Aranda; nous
(^) A. Demersay, Missmi géographique dans les Archives d’Espagne et de Porluaal Bull Soc. DE GÉOGR. Paris, 1861, p. 4S4.
(^) Areh. deindias, 1, 2, i/^, num. 3. - Médina, Coleccion, t. I, p. 21. - Navarrete Colecciôn, t. IV, p. HO. - D’après la cédule royale du 8 janvier 1504, Magellan devait s adresser d abord à la Casa : « vos (les Oficiales de la Casa) mandamos que si algunas personas quysieren yr a descobrir, siendo personas tiables e dando la syguridad que para
Nuestro Nombre lycencia ». Üocumentos inédilos, t. XXXI,
loit/) p. ZiZ*
MAGELLAN. LA QUESTION UES MOLUQUES
verrons, en elïet, la Casa protester pins lard conire le fait (jue l’expédilion avait élé décidée par le roi et l’évêque Fonseca, sans ()ue l’on eût pris préalablement son avis. Ce fut sans doute une des causes du peu d’enibousiasme qu’elle montra juscpi’à la fin pour la réalisation du voyage aux Moluques.
Magellan initia donc .luan de Aranda au secret de l’entreprise, contrairement à la convention avec Faleiro ; commerçant de profession, le facteur entrevit du coup l’importance du problème et les a\antages (|ue lui-même pourrait tirer de la bonne issue de la grandiose' entreprise. Avant d’engage'i* sa |)arole, il s’adressa à Diego de Haro et à Cobarrubias, ses concitoyens, pour s’informer des litres de Magellan. Les renseignements obtenus ayant été satisfaisants, il se mit corps et âme à l’œuvre et voua aux deux Portugais un attachement indéfectible.
Dans une première lettre qu’il adressa au chancelier de Castille, il recommanda très vivement les projets de Magellan et de Faleiro, deux Portugais « (jui pouvaient rendre des services insignes à Son Altesse». L’initiative du facteur a été sévèrement blâmée dans la suite par le Conseil des Indes, réuni en séance plénière â Barcelone, le 29 juin ldl9; on lui signifia assez durement qu’il n’avait pas le droit de négocier des alTaires de pareille importance à l’insu des autres membres de la Casa et surtout des pilotes olïiciels, â qui revenait la tâche d’examiner des propositions de l’espèce.
Buy Faleiro rejoignit Magellan à Séville au commencement du mois de décembre; ayant été mis au courant de ce qui s’était passé a\ec de Aranda, la « légèreté » de Magellan suscita à tel point son mécontentement, qu’il rompit toute relation avec son collègue; c’est le premier de ces accès de colère violente, si caractéristiques de l’astronome et qui présageaient la terrible maladie à laquelle il devait succomber plus tard. Magellan dépendait trop de son compagnon pour ne pas essayer de le ramener à lui. il y réussit enfin, et ils renouvelèrent le contrat primitif, stipulant plus expressément encore de ne rien entreprendre sans accord mutuel et d’être tous deux sur le même pied en toutes choses, baleiro s était surtout emporté contre de Aranda, parce (|ue celui-ci avait écrit au chancelier sans l’avoir averti; le facteur eut beau s’excuser, le prier de vouloir attendre au moins la réponse à sa lettre, enfin, de se rendre ensemble à la Cour; l’astronome
ET LA PREMIÈRE CIRCCMNAVIGATION DU GLOBE
refusa net d’entretenir encore des rapports avec lui. Il dut finalement consentir toutefois à lui donner rendez-vous à Médina del Campo, et à le retrouver à Valladolid, siège de la cliancellerie de la Vieille Castille; mais Magellan et Faleiro partiraient seuls de Séville, par Tolède; Aranda prendrait le chemin de la Plata, par l’Estramadoure.
Le 20 janvier, les deux Portugais se mirent en route; ils étaient accompagnés de Francisco Faleiro, de l’esclave Enrique, acheté par Magellan à Malacca et natif des îles aux épices, et d’une autre esclave, originaire de Sumatra, qui comprenait les langues de plusieurs peuples d’Insulinde (^). Ils rejoignirent bientôt la suite de Dona Bealriz de Pacheco, duchesse d Arcos; I expérience avait prouvé la quasi nécessité de voyager en caravane, autant j)our la sécurité que pour mieux se protéger contre les intempéries qui sont propres à cette région de l’Espagne. Au passage de la Sierra de Guadarrama, à Puerto del Herrado, un messager de Juan de Aranda atteignit Magellan et Faleiro, et leur fit part de ce que la réponse du chancelier lui était parvenue, en môme temps qu’une lettre du roi, invitant les Portugais à venir à la Cour; de Aranda les ()ria de nouveau de vouloir bien l’attendre à Médina del Campo.
Arrivés dans cette ville, ils passèrent tous les trois la nuit dans la même posada; l’accord semblait rétabli et l’on continua le voyage en société (usqu’à \ alladolid. A Puente del Duero de Aranda proposa à ses compagnons de lui promettre une certaine part dans les bénéfices éventuels de l’expédition piojetée, il désirait un cin(juiéme des profits dans le cas où le roi se chargerait de couvrir tous les frais d’équipement; sinon il renoncerait volontiers à toute rémunération (^). Faleiro s’emporta contre les prétentions excessives du facteur ; lui et son frère n’entendaient rien lui accorder. Magellan, alors, proposa de lui donner un dixième des bénéfices; cette complaisance porta I irritation de l’astronome à son paroxysme et amena
(^) Gomara, loc. cit. Traduction Fumée, p. 140.
(2) V. Llorens Asensio, La primera vnella al Mundo, p. 38. (3j Médina, Colecciun, t. I, p. 21.
MAr.ELLAN, I.A QUESTION DES MOLUQUES
une nouvelle rupture; de Âranda abandonna prudemment les Portu^içais à Simancas et continua seul le chemin vers la capitale (*), Dans ses déclarations postérieures devant le Conseil des Indes, il assura, pour motiver sa demande d’indemnité, (pi’il avait déjà l'ait plusieurs avances en arj>ent à ses protégés et qm* ses démarches |)ersonnelles à la (]our lui avaient causé de sérieuses dépenses. A la suite de hien des discussions, orageuses sans doute, Faleiro finit par accorder à de Aranda un huitième des profits totaux, peutêtre avec rarricre-pensée de dénoncer plus lard la convention au Conseil des Indes. Trois jours après, ils entrèrent à Valladolid, où le facteur les reçut dans son hôtel ; le lendemain déjà, les Portugais préférèrent occuper un autre logis.
Le 3 février (-) fut signé, devant notaire, le contrat exorbitant qu’avait exigé de .\randa : Magellan et Faleiro lui abandonneraient la huitième partie de tous leurs bénéfices et droits, sauf ceux sur les iles et terres à découvrir; en retour, le facteur s’engagea à faire tout son possible pour la pleine réussite de l’entreprise auprès du roi, de la Cour, de la reine, des conseils et de la chancellerie, auprès de la justice, enfin n’importe dans quelle ville où la Cour se trouverait (^). En apposant sa signature sur l’acte, le navigateur changea, pour la première fois que nous sachions, l’orthographe portugaise de son nom en celle de Fernando de Magallanes
('*) iMedina, Coleccum, t. I, p. 21.
(2) Arch. de Indias, 1, 2, i/i. nuin. 3. — Médina, loc. cit , t. t, |>. 32, donne te 23 février.
(3) Si les deux Portugais avaient dû équiper les navires, de .4randa aurait mis à leur disposition une somme de (teux mitle ducats; dans le contrat du 3 février, it n’est ptus question d’une avance de fonds. — P. P. Pastills, Magellan, p. 566. — Les pourparlers entre Magettan et (te Aranda rappettent de façon singutière les instances d’un certain Luys, «escribano de Kacion» des nouvelles découvertes, précurseur du secrétaire de l’Inde, en laveur de Christoplie Colomb. Luys avait également fait la connaissance du Génois avant son entreprise, lorsque celui-ci était en route pour la France; il garda Colomb longtemps dans sa maison et l’introduisit à la Cour de Castille. — G. A. Bergenkoth, Calendar o) lelters, desgatches and Siale Papers, relating to négociations between England and Spain, preserved in lhe ArcMves al Simancas. London, 1842, t. I, p. cxxxv.