PREFACE
glorieuse entreprise ne se serait pas réalisée si aisément, est étudiée à la lumière de documents qui n’avaient été mis au jour que fort incomplètement; dans le matériel documentaire, nous comprenons en premier lieu les sources cartographiques, trop dépréciées, nous semble-t-il, de nos jours, car, mieux que les rapports des agents officiels portugais, les caries des Ueinel, par exemple, nous indiquent la situation du mystérieux Perioco, vaguement connu par ceux qui, comme Magellan et Harbosa, avaient fait un séjour à Malacca; la présence des Lequios sur telle autre carte de l’époque nous explique peut-être pourquoi l’itinéraire de l’armada de 1519-lo22 s’écarte brusquement vers l’ouest de l’île de Bornéo, au lieu de prendre la route directe vers les Moluques.
Le renom du grand navigateur n’a rien perdu à ce travail d’analyse, qui n’a fait qu’éclaircir, l’un après l’autre, plusieurs points restés obscurs dans l’bistoire de la mémorable entreprise. Le mérite supérieur du capitaine» général consistera toujours à avoir fait converger vers son but les éléments qu’il trouvait dispersés autour de lui : la théorie de la navigation hauturière, les présomptions sur l’existence d’un passage sud ouest, soit au Rio de Solis, soit au golfe de Saint-Mathias, ou plus au sud encore; enfin les preuves formelles de la situation des Moluques dans l’hémisphère réservé à la couronne de Castille; ce dernier point était inexact, mais il fut la cause occasionnelle de l’expédition. La mort inopinée de Magellan fut désastreuse pour ses adversaires portugais; si l’amiral était revenu de sa mission, il n’aurait jamais souscrit aux exagérations de Fern. Colomb et de Séb. del Cano, dix fois plus fortes que les siennes, par rapport à la démarcation des domaines portugais et castillans en Extrême-Orient.
Avec le retour de la Vicloria, la querelle des Moluques ne fut pas terminée; nous avons continué à passer en revue les tentatives espagnoles suhsécpienles pour atteindre l’Asie orientale par la voie de I’oik'-sI, et à
montrer l’évolution (|u’elles amenèrent dans la cartographie des nouveaux continents; notre exposé s’arrête à l’année 4 529, date de la transaction de Sara gosse, par laquelle l’Espagne vendit au Portugal tous ses droits sur les Moluques.
Il semhie indispensable d’éludier, dans une introduction l)ibliograplii(jue, les sources criticpies de cette périod(> de l’Iiistoiia' des décou\ertes.
INTHODIJOTION BlBLIOGRArHlQUE
Première catégorie de sources.
Les sources qui sont à consulter pour l’histoire des découvertes de l’époque de Magellan n’ont pas encore fait l’objel d’une bibliographie critique; c’est à peine si les auteurs qui ont traité celle seconde phase des grandes explorations du XVI'"® siècle consacrent quelques pages à l’examen de la valeur respective des documents qui en sont restés.
Depuis une vingtaine d’années, grâce aux travaux publiés à Toccasion du quatrième centenaire de la découverte de l’Amérique, et parmi lesquels les Raccoha délia R. Cominissioiie (Jolombiaiia (^) méritent une place à part, plusieurs relations importantes de l’expédition de Magellan ont fait l’objet d’excellentes monographies. Elles doivent fixei* l’attention; il en est de même des diverses sources (archives, etc.) relatives au grand Portugais, qu’il nous a été donné de consulter et que nous indiquons ici d’une manière raisonnée, sans prétendre que l’énumération en soit complète. Nous les avons classées en deux catégories : l’une comprend les documents émanant des participants à l’expédition ; l’autre, les récits d’auteurs contemporains ou quasi contemporains.
Le principal fonds de documents publiés relatifs au premier périple du monde se trouve dans le quatrième volume de la collection de Martin
(■>) Raccolta di documenti e studi pubblicati délia R. Commissione Colombiana pel Quarto Centenario délia Scoperta delV America. Ronia, Auspice il Minislero délia t'ubblica Istruzione, 1894, in-fol.
INTKODDCTION l{||{UOr.HAI‘HI0l]i:.
Fernando/ de Navanele, des années 4825-1837 ('); ce rocnoil conlient plus de ciiuj eenls pièees datées de 1 4d)3 à 4 540; ell<‘S sont <mi ^M’ande partie reproduites dans les d(‘ux premiers tomes de la Colecciôn de Dorumeiitos inéditos jmra la Hisloria de Chile de José Toril>io de Médina (-). On a ^oulu amoindrir h* mérite de l’importanl recu(‘il de Navarrete (•"), en alléguant (ju’il avait simplement repris des documents que Mufio/ avait réunis dans sa précieuse collection de manuscrits, déposés aujourd’hui à la hibliothèque de l’Académie d’histoire de Madrid; or, il est de notoriété à présent que c’est à Navarrete que, en plus d’um* occasion, Munoz a dû la connaissance de pièees qu’il fit copier ensuite. Le manuscrit de la ilolecciôn de los Via/es de Navarrete a été acquis en grande [>artie par le Department of Manaseripts du Musée hritannicjue de Londres; nous y avons relevé des pièces qui n’ont point, ou ont incomplètement paru dans l’édition de Madrid (^).
Depuis que les archives des Indes ont été transférées du château de Simancas à la « Lonja » de Séville, il n’existe plus (lue d(>ux principaux dépôts de documents pour l’histoire du voyage de Magellan ; celui de la « Torre do Tombo », à Lisbonne, et 1’ « Archivo general de Indias», à Séville. Toutefois, par suite de l’organisation défectueuse qui caractérisait, il y a quelques années, son dépôt d’archives, Simancas doit contenir encore des richesses inestimables relatives à l’Inde et à Magellan.
Nous avons eu l’avantage de visiter plus spécialement les dépôts de Lisbonne et de Séville; grâce à l’amabilité de la direction et d’érudits dont
(>) Colecciôn de los viajes y descrubimientos que liicieron por mar los Espaùoles, desde jines del siylo XV. Madrid, Imprenta Nacional, 5 vol., pet. in-4».
(2) Santiago de Chile, 1888, in-8°.
(3) Diego de Baukos Auana. Vida y viajes de Hernando de Mayallanes. Santiago de Chile, Imprenta Nacional, 1864, in-8“. - Traduction portugaise par F. de Magalhaes- Villas- Boas. Lisbonne, 1881, in-8'>; Adverlenda preliminar, p. 10.
(4) Navarrete, en dehors de sa Noticia bioyràlica de Magellan, en tête du quatrième volume de sa Colecciôn, est l’auteur d’autres contributions importantes à l’histoire de l’expédition de Magellan. Voir sa Colecciôn de Opusculos, 1844, t. I, p. 143, publiée par son fils; la liste complète de ses ouvrages est insérée dans la Colecciôn de Docnmentos inéditos para la Hisloria de la Espaha. Madrid, vol. VI, in-8°.
INTRODllCHON BIHLIOGRAPHIOUE.
nous nous honorons d’avoir fait la connaissance aux mêmes tables de travail, une ample moisson de renseii>nements de valeur a été le prix de nos investigations (’). Néanmoins, en l’absence d’inventaires récents, soit sommaires, soit analytiques, les recherches sont parfois bien pénibles dans ce chaos de liasses et de dossiers de toute provenance, réunis souvent confusément. Pour les documents relatifs à Magellan qu’on conserve à Séville, il existe un excellent guide, dû à l’initiative de M. L. Asensio, placé à la tête de cet établissement et à qui l’on doit plusieurs inventaires analytiques spéciaux (*).
Les départements de manuscrits des grandes bibliothèques de Madrid et de Lisbonne ont certainement reçu des épaves des plus anciens fonds d’archives coloniales; Madrid a hérité des dépouilles du château de Simancas, Lisbonne de celles de la « Casa da Mina e da India », qui furent déplacées après le tremblement de terre qui détruisit la capitale portugaise (’). Une légende rapporte que Philippe II aurait fait enlever dans cette ville toutes les pièces qui se rapportaient aux entreprises maritimes et qu’il les aurait fait déposer à Simancas. Nous avons pu constater, pour ce qui concerne Magellan, que peu de documents portugais se trouvent à Séville, que la « Lonja » renferme seulement des renseignements sur la seconde pha.se de l’activité du capitaine général, celle qui commence à son établissement en Espagne. Tous les dossiers ont été conservés presque intacts depuis les premières pièces ofTicielles ordonnant aux oticiales de la « Casa de la Contratacion » de préparer l’Armada, jusqu’aux comptes les plus minutieux concernant l’équipement des navires. Quant à la période de la vie de Magellan avant son départ de Lisbonne, on ne sera fixé à ce sujet qu’après
(^) J. Denücé, Une visite aux archives de Lisbonne et de Séville. Revue de l’Insthuction [•uiîLiQUE DE Belgiuue. BruxclIes, 1906, in-8", p. 94.
(2) ViCENTE Llode.ns Asensio, Im primera Vuella al Mnndo. Relacion documentada del viaje de Hernando de Magallanes y .Imn Sébastian del Cano 1519-1522. Sevilla, 1903.
(3) Alguns Documentas do Archiva nacional da Torre do Tomba àcerca das Navegaràes e Conquislas Dortugnezas, avec préface de M. Ramos Coeliio, Lisbonne, 1892, in-4“, publiés
l’occasion du quatrième centenaire de la découverte de l’Amérique, mais renfermant plusieurs pièces importantes relatives à la découverte des iVlolu(|ues et è Magellan.
INTHODIJCTION HIUUCMÎIUIMIIQllK.
connaissance plus complèle du dépôl de la « Tom* do Tomho», des archives des consulats étrangers, d(‘s corporations religieuses el des grandes familles avec lesquelles Magellan a élé le plus en contacl.
Nous mentionnerons également ici nos recherches aux archives communales d’Anvers, dans l’Inlenlion de trouver des donrjées précises sur le principal financier intéressé à l’entreprise de Magellan, le commerçant Chrislohal de Haro. Contrairement à une opinion courante depuis Alexandre de Humholdt et de Navarrete, ce marchand n’a jamais résidé dans la cité flamande, qui fut toutefois le siège de la célèbre firme des de Haro dotit Diego, frère aîné de Christobal, fut le chef.
Nos \isitesaux archives impériales de Vienne (d à celles des princes de Fugger, à Augshourg, ont fourni, en outre, plus d’un détail intéressant sur le rôle des financiers du nord dans les premièies entreprises coloniales, faites pour le compte de l’Fspagne.
Si des recherches systématiques d’archives nous réservent nécessairement plus d’une surprise encore, on peut dire cependant (ju’un certain nombre de documents sont définitivement perdus aujourd’hui : il y a peu d’espoir, par exemple, de retrouver jamais la corres|)ondance qu’échangea Magellan avec son ami Francisco Serrào et qui, seule, aurait pu nous renseigner de façon non équivoque sur la période la plus obscure de l’activité du grand Portugais, c’est-à-dire sur les années 1511 à 1517. Ces lettres, confisquées en 1522 par le facteur portugais de Ternate, Duarte de Rezende, el envoyées à Lisbonne, ont probablement été détruites par ordre du roi, en raison des informations contraires aux intérêts portugais qu’elles renfermaient. Joào de Rarros est seul à en fournir quelques passages dans la troisième décade de sa chronique du Asiu. Dans bien des cas malheureusement nous devrons nous contenter uniquement des relations des historiens officiels qui, moins encore que dans les autres pays, ne furent pas initiés aux secrets de la Cour et ne pouvaient divulguer les délibérations des conseils royaux; l’expédition de Magellan, qui fut projetée dans des circonstances particulièrement mystérieuses, a toujours été mal interprétée par ces chroniqueurs.
Le matériel littéraire sur l’époque de .Magellan peut être divisé, comme nous disions plus haut, en deux grandes catégories de sources : les relations
INTRODUCTION RIHUOIIRA CHIQUE.
|)i()venat)l des parlicipanls à rexpéditioii, et celles d’autres auteurs, coulemporains des événements (^).
La première classe de docamenfs comprend trois rapporls imporlants : la description d’Antonio Pigafetia, le journal de bord du pilote Francisco AIbo, et leroulierdu pilote génois Pancaldo.
Antonio Pigafetia, connu sous le nom de Lombarde dans la liste officielle de ceux qui ont fait partie de la flottille, nous a laissé le récit le plus circonstancié de l’expédition. Chevalier errant (^), né à Venise ou à Vicence, il faisait partie de la suite de l’ambassadeur Francesco Chiericato que le pape Léon X avait envoyé, en 154 9, au roi Charles; il se trouvait à Barcelone lorsqu’il demanda l’autorisation d’accompagner Magellan dans son voyage aux Moluques. Depuis le jour où les navires appareillèrent de Séville jusqu’au retour de la Victoria, il tint soigneusement note de tout ce qui se passa au cours de l’expédition. Rentré en Espagne, il offrit à l’empereur une copie de son journal; puis, à son retour en Italie, il se mil, à la demande du duc de Manloue, à rédiger ses Notizie del Mondo Novo, utilisant, outre ses notes personnelles, les récits de voyageurs contemporains, comme Odoardo Barbosa et Giovanni da Empoli. Invité à venir à Rome par le pape Clément VII, Pigafetia interrompit temporairement la rédaction et arriva dans la Ville Éternelle au mois de décembre 1523 ou de janvier 1524-; il avait rencontré en chemin le grand-maitre de l’ordre de Rhodes, Philippe Villiers de l’Isle-Adam, auquel il dédia son livre, au mois d’août de cette dernière année, après avoir obtenu préalablement du Sénat de Venise le privilège exclusif de sa publication. Plusieurs copies du
(9 Cf. Henry Harrisse, Bibliotheca Americana vetustimma, a description of Works rela- Img to America, publislied between the years 149S and tSSt. New-York, 1866. — Additions. Paris, 1872. — Pour les historiens portugais de l’Extrême-Orient, voir Henri Cordier, Biblioteca Sinica. Dictionnaire bibliographique des ouvrages relatifs à l'Empire chinois. Paris, 1904-1908, 2® édit. — Citons, pour être complet, la notice bibliographique dans Justin Winsor, Narrative andcrilical history of America. London, 1886-1889, vol. 2, p. 613 : Critical essay on the sources of information, by Edward E. Hale and the author. — Louis Vivien de Saint-Martin, Ilistoij'e de la Géographie et des découvertes géogi'aphiques. Paris, 1873, p. 370. — Ed. Th. Charton, Voyageurs anciens et modernes. Paris, 1834-1837, p. 333.
(2j Marino Sanüto, Diarii. Venezia, 1882-1884, in-4”, vol. 33, p. 173 : Di Bergamo, fo leltere di 3 nov. 1323 ; vene in Collegio uno vioentino nominato il cavalière errante, ferier di Rhodi, quai è stato 3 anni in India...
INTHODIICTION mi{U()(;i{AI>IIIC)l]K.
maiiuscril avaient été prises anlérieuremenl et offertes par Pij^afelta, eiilre autres, à Alarie-Louise de Savoie, mère d(* François I®'', roi d(* France. La récente, ne comprenant pas le langai^e bizarre de la narration, rédigée en italien mélangé de dialecte vénitien et d’espagnol, ,Iac(|ues Antoine Fal)re fut prié de la traduire en français; il n’en fit (|u’un abrégé qui fut longtemps regardé comme b* récit original.
Il exist(‘ quatre manuscrits et trois éditions imprimées de la relation de Pigafetta ('). L’édition française est la plus ancienne, la plus complète et la plus correcte; les autres n’en sont probablement que des traductions; elle n’est pas antérieure* au mois d’août 4 5!2I ni postérieure à 153(), l’année où parut, vraisemblablement à Venise, la traduction du texte de Fabre, sous le titre : // vioggio falli da gli Spagn/uoli a lorno a 7 mondo. Cou gratia jK‘T annt XIII. Un second texte italien parut dans les Savigationi e \ iaggi, (le Ramusio, Venise, 1530 et 15(13, volume I, page 3i(3; il ne constitue pas une nouvelle traduction de l’abrégé de Fabre, c’est une simple reproduction de l’édition de 1536 (^).
Des quatre manuscrits, trois sont en français et un en italien; tous appartiennent au XVI"’® siècle ; le dernier se trouve à la bibliothèque Ambrosienne (^) et a été publié en 1800, de façon défectueuse, par l’abbé Carlo Amoretti ('*). Cet auteur avait cru devoir corriger l’original, en se servant
(1) Andre.\ RA Mosto, Il primo Viappio inlonio al Globo di Antonio Pigafetta e le sue Itegole snir Arte del navigare. Iîaccolta di Üoc. e Studi della K. Commissione Colombiana. Iioma, 1894, parte V, vol. Ut. — i\J. J. M. Uobertson a publié le même manuscrit (celui de la bibliothèque Ambrosieniie), avec traduction anglaise en regard : Magellan's Voyage roimd the World by Antonio Pigafetta. The original texl of the Ambrosian MS. with English translation, notes, bibliograpliy and index. Cleveland fOhio), 19ü(i, 3 vol.
(2) G. Harhisse, Bibliotheca Americana vetnstissima. New- York, 1866, p. 249.
(3) MS. Ambrosiano L. 103 Sup.
(•♦■) Primo viaggio intorno al globo terracqueo, ossia ragguaglio della navigazione aile Indie orientali per la via d’oeddente, fatta dal cavalière Antonio Pigafetta patrizio vicentino snlla squadra del capitano Magaglianes, negli anni 1519-1522... Con un tranunto del Trattato di Navigazione dello stesso autore. Milano, 1800. — Premier voyage autour du monde par le chevalier Francesco Antonio Pigafetta sur l'escadre de Magellan, pendant les années 1519-1522, suivi de l'extrait du Traité de navigation du même auteur et d'une notice sur le chevalier Martin de P>elialm, avec la description de son globe terrestre, orné de carU'S et de tigures. Paris, l’an IX (1801).
INTRODUCTION mRIJOClHADHIQUE.
du lexie de Ramusio et de l’ancienne édition française. Deux des manuscrils français, qui sont en général plus concis que le manuscrit italien, se trouvent à la Ribliothèque Nationale à Paris, où ils sont cotés IVISS français S050 et 24,2:24; le premier est le plus complet et le plus ancien, et appartint à la Bibliothèque du Roi; Amoretti le confondit avec le sommaire que Fabre avait rédigé à la demande de la régente Marie-Louise, de Savoie. Le troisième manuscrit en langue française, connu sous le nom de manuscrit de Nancy parce qu’il s’est trouvé longtemps en possession de M. Beaupré, de cette ville, a été examiné par Tbomassy; il Mie s’agirait, d’après cet érudit, que d’une copie revue du MS. 56S0 à Paris. Vendu, en I85i, à un libraire parisien, le manuscrit de Nancy passa à la collection Solar; revendu en 1861, il entra l’année suivante à la bibliothèque de Sir Thomas Phillips (^), à Cbeltenham, Angleterre. Robertson (-) estime que ce manuscrit se rapproche plutôt du n“ 24,224 de Paris et a été présenté par Pigafelta au duc de Lorraine; ce serait le meilleur des trois manuscrits français; les opinions sont plus divergentes encore quant à la date des diverses traductions ou recensions.
Tbomassy (^) a émis le premier l’hypothèse que la relation originale avait été rédigée en français. Il se basait sur le fait que cette langue était celle de l’ordre de Rhodes et que le livre avait été dédié à son grand-maître. On a fait remarquer que Pigafetta ne fut reçu chevalier de l’ordre qu’en lo24 et que le style correct du récit français se rapproche de celui des meilleurs prosateurs du XVI"’“ siècle. Tbomassy prétendit encore que l’influence française était prépondérante en Toscane à cette époque;
U) En possession aujourd’hui de M. T. Kilz Roy, Fenwick, d’après Oscar Koelmkkr, IHc ente i’msegeliiny (1er Erde durch Fernando de Magallanes und Juan Sébastian del Cano 15 19-1 S 22. lJar(jeslellt nach den Quellen. München und Leipzig, 19U8, p. 276, note 82.
(-) Magellans’s Voyage, vol. Il, p. 260.
(3) La relation du premier voyage autour du monde a-t-elle été composée en français par Antoine Pigaphèle, compagnon de la navigation de Magellan? Bull, de la Soc. de ckocit. de Paris, 1843, t. XX, p. 165.
liM’KOhlJCTION mmJOCKANlKMJK.
(Miliii, la maison de Pijîal'ella à ViccMice portail une devis(* (raneaise ('). La plupart (le ces ari»umenls ont ét(‘ réfutés par Morselin ('^) et le comte (Jiovanni da Scliio (^). Lord Stanley of Alderley, dans rinlroductiou de son lra\ail sur Magellan (*), et P. Amal di S. Filippo( ’) ont adopté une opinion transactionnelle : Pigafella aurait écrit sa description (*n français el en ilalien à la fois; ces érudits rappellenl (pie le manuscrit français, remis par Marco Polo au sire de Cepoi, était égahunenl plus correct (jue la version (|u’il olïril à Kusiicciano da Pisa.
A. da Mosto, ayant examiné av(*c l(‘ plus grand soin les dilTéreiiles thèses, a collationné le manuscrit de Milan av(*c les écrits authenticpies de la main de Pigafetla (jui nous ont été conservés, c’est-à-dire avec les deux lettres adressées au Sénat de Venise ('*). Il a constaté une ressemblance indéniable de style et de langage, bien que récritur(* ne soit pas la même cl accuse des mains différentes. Comparant (Misuit(‘ les manuscrits français et italien, il déclare que le texte de Milan n’est pas une des meilleures recen-
('!) Se sont exprimés égalemcul en laveur du texte original français ; H. IlAituissE, liihlio- Iheca Amevicana vetusiissima, Additions, t^aris, 1S72, p. 28. — tiiEM, Ihe Discovery of Norlh- .America. Paris, 1892, p. 438. — F. il. H. Guii.lkmahd, The lif'e of Ferdinand Mayellan and tlie first circumnaviyation of lhe ylobe i 180 1521. The Woiîld’s Gkeat Explorers am) Explorations. London, 1890.
(2) Elogio de Antonio Pigafetla. tl y estdit, entre autres, i|ue le pape ClémentVIl sollicita l*igafetta d’écrire une relation dans sa propre langue; Hamusio assure que le récit de Kal)re avait été composé d’après la version incompréhensible que posséda Marie-Louise de Savoie.
("*) It’après Andréa da Mosto, les principaux motifs du comte da Schio pour prouver (|ue l’italien fut la langue originale du Premier voyage, sont les suivants : le manuscrit italien est le seul des quatre qui soit écrit dans le dialecte de l’auteur; Fabre n’aurait pas dû traduire la relation si l’original existait en français; la devise française de la maison de Pigafetta est antérieure à la naissance du navigateur. A. da Mosto ajoute que l’influence allemande était en ce moment plus puissante en cette partie de l’Italie que celle de la France.
{■'*) The (irst voyage round lhe world by Magellan, Iranslated from the accounts of Pigafetta and other conlemyorary wrilers, accompanied by original documents with notes and an introduction. London, prinled for the Hakiuyt Society, 1874.
i’i) Sludi biografici e bibliogi'afici sulla geografia in Italia, vol. I. Bibliogralia dei viaggialori italiani colla bibliogralia delle loro opéré. Societa geoiîrafica itamana. Homa, 1882.
C'J P>accolta Commiss. (lolombiana. I*arte lit, vol. 1, p. 178.
INTRODlK/rrON BIBLIOGRAPHIQUE.
sionsel qu’il a dû en exister, en ilali<‘ii, de plus complètes, qui ont servi de prototype aux récits français. Ceux-ci présentent, en effet, certaines lacunes qui ne se rencontrent pas dans le manuscril de l’Ambrosienne; par contre, les détails qu’ils renferment en plus ne constituent que des paraphrases sans importance, faites par un traducleur français qui connaissait très bien sa langue, mais s’est parfois trompé sur le sens des termes italiens (*). Robertson se rallie en général aux vues de A. da Moslo.
Résumons : le livre de Pigafelta a été originellement écrit en italien, en partie à Vicence, en partie à Rome, en accomplissement d’une [)romesse faite au duc de Mantoue; il a été composé d’après les notes et le journal dont l’auteur avait offert une copie à Charles V, et non à la régente Marie- Louise de Savoie; il est question de ce journal dans la lettre que l’ambassadeur de Mantoue en Espagne, Antotiio Bagarotto, adressa de Valladolid à son maître, le 21 août 1522 (-). Ayant dédié son œuvre au grand-maître de l’ordre de Rhodes, au mois d’août 1524, Pigafetta réussit à la faire imprimer, cette année-là, grâce à l’intervention de son protecteur, le duc de Mantoue; il ne jouissait personnellement que de ressources modest es ; le Sénat de Venise lui accorda le privilège de la publication, à titre exclusif, pour une période de vingt ans ('). Pigafetta ou son éditeur consentirent cependant à laisser paraître l’édition de Venise de l'année 1536, faite sur l’abrégé de Fabre.
(Q Voir (les exemples dans da iMosto, loc. dt.
(-) Raccolta Commiss. Colomhiana, parle Ht, vol. I, p. 172 : « Quelle che al présente sono vegnuti, che hano girato il mondo a tondo a tondo, hano portato un libro*molto bello, che de zorno in zorno li è scritto el viagio e paese che hanno ricerchato. S’el sen'i possibile haverlo, ne farô fare una copia e la mander(^ a vostra Signora illustrissinia ».
1.,’arrivée du manuscrit en Italie est annoncée dans une lettre de Francesco Chiericalo, de Nuremberg, le 26 décembre 1522, à la marquise de Mantoue : (( El mio servitore vicentino che mandai de Spagna in India, è ritornato in Spagna... e tio portato uno ilinerario dal iorno che parti de Spagna sino a quel del ritorno, che è cosa divina; et vostra Signoria illuslr. fra pocho tempo sarà participe del tuto... » Ibiil., p 175.
(3) Marino Sanuto, Diarü, vol. XXXVl, p. 499 le 28 juillet 1524. La requête elle-même porte la date du mois d’août; voir la traduction du texte dans le Biiu,. dr i.a Soc. dk céO(;it. DR l*Aitis, 1869, I. XVII, p. 516, .5* sr'r.