Christobal de Haro; les premiers préparatifs
Les 5,000 pesos d’or que le roi avait ordonné d’employer à l’équipement de l’armada, ne constituèrent qu’une première avance faite à la Casa; la somme fut insulïisante pour couvrir même la moitié des frais nécessaires. Le manque de finances fut le premier |)iétexte pour remettre le départ des navires à la fin de l’année.
La veille du :20 juillet, date à laquelle Charles avait fait savoir aux oficiales qu’il était résolu à réaliser les projets de Magellan, il avait invité Christobal de Haro, résidant à Lisbonne, à se tenir à sa disposition; « l’évêque de Burgos, écrivit le roi, vous a déjà prié de vous rencontrer avec lui pour parler de certaines affaires (|ui touchent à notre service; comme nous souhaitons vivement vous voir ici, je vous invite et
(1) Arch. de Indias, 41, G, Inventaire d’Asensio, n“ 82. — Navarrete, Coleccum, t. IV, p. 122.
(2) Arch. de Indias, 2, 5, i/g, nuni. 9. tnvenlaire d’Asensio, n“ 7 : « Hecibimos (les oficiales) la de V. A. de 20 de julio con el comendador Magallanes ». — Navarrete, Colecciôn, t. IV, p. Ixxvi. — P. Pasitlls, p. 569.
(3) Arch. de Indias, 41, 0, Inventaire d’Asensio, n“ 83. — Valladolid, le 20 juillet 1518.
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE
et vous (lis d’aller, aussitôt que cette lettre vous atteindra, au lieu de réunion que nous vous indiquerons; donnez à votre voyage toute la rapidité possible (*) ».
Nous pouvons déduire en premier lieu de celle missive, qu’avant le 19 juillet 1518, Fonseca avait déjà eu des relations avec Chr. de Haro à propos de l’expédition de Magellan. A quelle date et dans quelles intentions, nous n’avons pas réussi à le découvrir dans les docunients de Séville. Nous rappelons simplement les paroles de Max. Transylvain, relatives à la proposition du plan de l’expédition par de Haro et Magellan.
Quoi qu’il en soit de celte collaboration du marchand et du navigateur, l(‘s termes vagues de l’invitation royale à de Haro font suffisamment entendre qu’il s’agit d’un message secret ; on devine pour quels motifs Christobal et Fonseca désiraient que le roi de Portugal ignorât les négociations entamées; le procès de l’armateur avec le fisc portugais, traînant en longueur ou ayant reçu peut-être une solution désavantageuse |)our la grande firme (ce serait I’ « injustice « de la lettre de Transylvain), de Haro se serait déterminé à accéder aux instances de Fonseca et du roi Charles. L’évêque ne sollicita pas seulement l’appui financier de Christobal, mais le pria de prendre en mains la direction pure et simple de l’équipement de l’armada, comme s’il s’agissait dTine lloltille portugaise pour l’Extrême-Orient; le marchand serait nommé secrétaire et facteur des marchandises du roi, et il se chargerait de l’organisation d’une « Casa de Contralaci()n », exclusivement destinée au commerce des épices.
Le rôle prépondérant qu’il joua dès ce moment à Séville pour préparer l’expédition de Magellan, est attesté par les personnes les moins suspectes de partialité; Pierre Martyr et le fiscal Villalobos l’appellent F « initiateur du commerce des épices et l’inventeur de la navigation aux Moluques ! »
P) Arcâ. de Indias, 139, 1, 5, libro 7, fol. 67. Inventaire d’Asensio, n® 143.
(2) Médina, Coleccxôn, t. Il, p. 340 : « fué inventer de la diclia especen'a y navegacion delta ». Procès des Fugger avec le fisc espagnol, 1543. — P. Martyr, De Orbe Novo, dec. X, lib. X (traduction Gaffarel, p. 737) : « Christophe de Haro était, sous le nom de facteur, le directeur général de cette entreprise pour l’achat des épices. C’est un homme auquel notre conseil accorda une grande confiance ».
iMAGKLI.AN. LA ULESTION DES MOLIJQUES
Les (le Ilîiro avaient (‘videmmcnl en vue la reprise de leurs aiïaiiMiS, très rémuiu'ralrices, avec l’Inde el la (diine, mais également rex|)loilalion syslémati()ue de la navigation de l’Extréme-Orienl pour le compte de l’Espagne, dans de meilleures conditions seulement (pie par la vole du Portugal.
L’agent portugais Alvarez parle d’eux en ces termes : « Cliristohal de Haro donne ici les instructions des armadas de Voire Alt(‘SS(*, (ju’il se procure par l’intermédiaire d’un de ses serviteurs; si l’on interceptait sa correspondance, Votre Altesse pourrait savoir par quelle voie il obtient ces secrets (’) ».
Magellan et Faleiro se trouvèrent délinilivemeni installés à Séville vers la fin de juillet ou au commencement d’août, puisque à cette époque ils remirent aux facteurs de la (^asa les ordres du roi, aux(piels il a été fait allusion plus haut. Les oficiales, dans une lettre du 10 août 1518, répondirent cette fois qu'ils avaient appris avec vive satisfaction la décision royale et l’arrivée de Magellan; le nom de Faleiro n’est pas mentionné. Trouvant les 5,000 pesos d’or tout à fait insulïisants pour l’acquisition de cinq navires et des articles du capitaine de Artieta, le trésorier Malienzo demanda s’il pouvait prendre une partie des 27,000 pesos (|ui venaient d’arriver pour le roi; il disait avoir obtenu de Fonseca tous les renseignements désirables, et la Casa convenait maintenant que rex|)édition projetée était en effet très recommandable et très avantageuse pour Son Alies.se et le royaume (-). Par cédule du 1®^ septembre, le prince décida que sur la quantité d’or venue des îles de San Juan et Fernandina, bien que destinée aux dépenses de sa maison, on prélèverait 5,000 ducats pour l’armada (');
(1) « Elle (de Haro) daa caa os avissos darmada de Vosa Alteza, asy da feita, como da que se faz, soube que por huum criado seu que la tem ; avendo se as carias desles poderja Vosa Alteza saber por que via sabia estes secretos. » — Lettre du 18 juillet 1519. Alguns dociim. da Torre do Tomba, p. 434.
(2) Arch. de Indias, 2, 5, 'i/o, nuin. 9. Inventaire d’Asensio, n® 7. — Navarkete, Colecciôn, t. IV, p. Ixxvi.
(3) Arch. de Indias, 139, 1, 5, libre 7, fol. 84. Inventaire d’Asensio, n" 144. — P. Pas- TiLLS, loc. cil., p. 570.
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU CLORE
le 13 octobre, un autre ordre royal autorisa les oficiales à disposer encore de 5,000 ducals sur une somme de 30,079 pesos, récemment arrivés des Aniilles ('); enfin le 22 du même mois, une troisième cédule décida que la Casa pourrait uliliser 5,400 ducals, que lui fourniraient des navires rentrés de rinde, pour compléter les 16,000 ducats que le roi s’était obligé à consacrer à l’armada, « parce que son désir était que rien ne manquât au bon équipement des navires (“^) ».
Le différend avec la Casa semblait donc définitivement aplani ; dorénavant Magellan trouva chez les oficiales un appui vraiment sincère. Juan de Aranda resta l’ami dévoué de la première heure; le docteur Matienzo, nous le verrons bientôt, délendit les capitaines généraux contre la populace de Séville et les menées des agents portugais; le troisième facteur de la Casa, F^edro de Isagaga, signa encore avec les précédents le document du 16 août ; il céda ensuite sa place à un certain J. I.opes de Recalde. L’obstruction que Magellan rencontra au dernier moment de la part de la Casa, [)arait uni(juement due à ce personnage; c’est lui ([ui contraria rc'nrôlement des équipages, en s’o|)posant à la publication des lettres de son collègue .Matienzo, par lesquelles étaient demandés des gens capables pour l’armada de Magellan, avec indication des soldes et de différentes faveurs (■^).
Juan de Aranda avait finalement acquis les cinq navires à Cadix ('*) ; l’agent portugais Alvarez les décrit comme très vieux et si usés, qu’il n’oserait pas s’embarquer à leur bord pour un voyage aux Canaries; « leurs quilles sont tendres comme du beurre », ajoutait-il avec une exagération presque comique; les faits devaient démentir ses assertions trop visiblement intéressées. Alvarez se trompa encore dans le tonnage des bâtiments; le plus grand, d après lui, aurait 1 1 0 loneladas ; deux étaient de 80 et les autres de 60 loneladas. b]n réalité, le San Antonio avait une capacité de 120 toneles.
0) Arcfi. (le Iiidias, 41, 6, ‘-2/23. Invenlaire d’Asonsio, n° 84.
(2) Arch. de litdias, 13ü, 1, 5, libro 7, fol. 122. Inventaire d’Asensio, n»146. — P. Pas- TiLLS, loc. cil., p. 570.
(3) Médina, Colecciôn, t. 1, doc. XIII, p. 91.
(^) Navakrete, Colecciôn, t, IV, p, 163.