‹ Magellan; la question des Moluques et la première circumnavigation du globeChapitre 23 sur 37 · MAC.ELLAN. LA OCESÏION DES MOI.ÜQUES · texte numérisé non relu

MAC.ELLAN. LA OCESÏION DES MOI.ÜQUES

la Trinidad cio 110, la Concepcion de 90, la }'icf07-ia de 85 el le plus pelil, le Santiaf/o, de 75. Les prescriplions du roi avaieiil élé exécutées pour ainsi dire à la lettre, le tonnage total de la flotte n’étant inférieur que de 20 toneles à celui qui avait été ordonné. Les tonnes |)orlugaises d’Alvarez cependant étaicuit proDahlement plus grandes que celles de Séville; en Espagne nièiiK*, on disliiigua toujours entre « toneles » et « toneladas » ; 10 toneles équivalaient en général f'i 1 2 toneladas; la piaunière mesure était en usage à Séville; à Biscaye on employait la seconde (^).

Notons que les 120 « toneles de porte» (ou 102 toneladas) du San Anionio correspondent à 143 tonnes actuelles, et qu’en général les mesures (le capacité de l’époque doivent être estimées plus grandes qu’on ne le fait communément ('^).

Le léger tonnage des navires de Magellan ne doit pas nous surprendre ; pour certains voyages lointains, d’après l’avis de l’ambassadeur vénitien Cà Masser, de petits bâtiments étaient préférables aux gros N aisseaux, en ce qu’ils permettaient d’examiner de plus près et avec facilité les anfractuosités de la c()te et les emboucbures des rivières. Le plus grand navire de l’expédition de J. Dias de Solis, en 1515, ne mesurait que 72 toneladas de Séville, c’est-à-dire 101 tonnes modernes, et les deux autres n’en avaient que 35, ou 50 tonnes de nos jours. Pinzon, lorsqu’il découvrit le Brésil, ne disposait (|ue d’un vaisseau de 56 toneladas, ou 78 tonnes actuelles. Des navires de Cbristopbe (Colomb, d’après E. d’Albertis, la Nina jaugeait 92 toneladas (130 tonnes modernes), la Pinfa 108 toneladas (152 tonnes modernes); le plus grand, la Santa Maria, mesurait 210 toneladas ou 280 tonnes modernes; ils étaient donc supérieurs en capacité à ceux de Magellan, (’e qu’on a dit de l’insuflisance des vaisseaux

(9 D. Juan iik Escalante y Mendoza, Uinerario de la navegacion par el Veintc y cualro (regidor liereditario) de SevUla. Sevilla, 1575. — D’après M. de la Puente y Olea, loc. cil., p. 71, n. 4.

(2) E. Alb. d’Albertis, L'Arle nautica ai teinpi di Crisloforo Colombo. Raccolta Commiss. Colombiana, 4« l\, t. t, p. 82.

de l’époque est en |)arlie exagéré (’); la plupart des marins de nos jours oseraient sans Irop de crainle enireprendre, surtout avec les navires de Colomb, la traversée de l’océan (^).

13. — Nouvelles difficultés suscitées par les Portugais; seconde

remise du départ.

Magellan ne se conlenla pas de donner des ordres et de surveiller les préparalifs de l’expédition; il mil encore la main à l’œuvre comme le plus simple de ses hommes, à en croire l’agent Alvarez qui le surprit un jour à emballer des conserves. De Faleiro il est de moins en moins question dans les lettres royales; il faut admettre qu’il s’occupa plus spécialement de la construction d’instruments nautiques et astronomiques. Magellan tint l'évéque Fonseca au courant de la marche de l’équipement; le roi de Portugal, de son côté, fut soigneusement renseigné sur l’armada par Sébastien Alvarez. Cet agent fut mêlé au pénible accident qui faillit avoir une issue fatale pour le commandant et toute l’entreprise.

Le 21 octobre 1518, la Trinidad avait été tirée sur le rivage pour subir des réparations à la carène; il était convenu (jue, le lendemain, le facteur de la Casa hisserait le pavillon portant les armes royales au grand mât, et que Magellan m(‘ttrait le sien, fidèle à la tradition espagnole, aux autres mâts. S’étant levé le lendemain de bonne heure, le capitaine, croyant que le facteur avait déjà arboré l’écusson royal, bissa ses propres armes, l'n agent du lieutenant de l’amiral de Séville |)rit ces bannières pour les enseignes du roi de Portugal et en fil la remarque à Magellan; celui-ci lui expliqua son erreur, mais, sur l’invitation de Matienzo et pour éviter des difficultés, il descendit son pavillon. En ce moment, il reconnut dans

P) F. J. De Salas, Discurso sobre Colon y Juan Seb. de Elcano. Bol. Soc. Geogr. Madrid, t. VI,. p. 399.

(2) Rappelons que le Gjoa, avec lequel le capitaine norvégien Roald Amundsen accomplit, en 1903-190o, le passage du nord-ouest, n’était qu’un voilier de 47 tonnes.

MAGEI.LAN. LA QUESTION DES MOI.UQUES

l’ailroupemeni qui s’élail lornu* sur la rive un envoyé de I). .Mamud (*); il dut loul comprendre. Quehpies individus avaieni (‘nlr(‘-lemps cherché (jiierelle au pilote Juati Uodr. Mafra, IravaillatU également à hord du navire; une rix(* s’ensuivit au cours de laquelle Mafra fut hh’ssé à la main. L’agent de l’amiral, dans l’intervalle, était allé dire à son chef et le cahilde de Sév ille, que .Magellan avait arboré les couleurs de Portugal! Tout était donc apaisé, lorsque le lieutenant de l’an)iral accourut, suivi d’une foule tumultueuse, pour mettre la main sur le capitaine. Celui-ci avait déjà repris sot) travail (“^). Le teniente s’adre.ssa brutalement à lui et exigea la remise des drapeaux portugais; .Magellan trouva que l’incident était clos et (ju’il ne devait plus d’explications; l’autre s’emporta et ordonna d’arrêter le commandant. En ce moment réapparut Matienzo; le facteur avertit le teniente ([u’il aurait à répondre devant le roi s’il osait toucher à la personne de Magellan. Les hommes de l’alcalde met)acèrent alois le vieillard de leurs épées. « A cet instant, rapporte le capitaine, ceux des assistants (pii avaient été payés pour fomenter ces bagarres se retirèrent prudemment, pour ne pas être pris comme témoins desévénementsqui pourraient suiv re (’). » L’aiïaire en resta là heunuisemeni, Magellan ayant menacé d’abandonner le navire, en déclinant toute responsabilité de ce qui allait arriver.

Le 21 octobre, le commandant adressa au roi un long rapport sur la journée du 22; il se plaignit particulièrement du peu d’aide qu’il avait rencontrée de la part de l’asistente de Séville et de ses lieutenants (^); « riiumiliation, dit-il, n’atteint pas tant sa personne que le capitaine de Son Altesse ».

(>) ItKituiiHA, lue. cil., liée. Il, lit). tV, eiip. IX : « cl (.Magellan) lo hiço, aun<iuc se luvo pur afreiilado, pur liallarse iireseiilc uiia persoiia einbiada cun secretu por el Itei de Portugal, à rogarle, que se bolviese à su servicio ».

(“^) Arch. de hidias, 139, 1, S, libro 7, fol. 140 v®. Inventaire d’Asensio, n° 148.

(3) Navarrete, Coleccion, t. IV, p. 125.

(4) Arch. de Indias, 1, 2, Vi- num. 2. Inventaire d’Asensio, n® 8 (Séville, le 24oct. 1518). — Navarrete, Coleccion, t. IV, |). 123. — Médina, Coleccion, t. 1, p. 18. — Kôlliker, loc. cil , p. 58.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION ÜU GLOBE

2üo

Le roi (il parvenir à la fois au cabilde de Séville (^) et à l’asistenle (^) une énergique proleslalion contre la déplorable conduite fie ces deux fonctionnaires; il exigea de sévères puiiilions pour les coupables et une enquête rigoureuse; à cet effet, il accorda plein pouvoir à l’asistente de Séville. Malienzo avait dressé également un rapport de la journée; le roi l’en remercia en termes affectueux par cédule du 11 novembre, signée à Saragosse ('^), en même temps qu’il exprima à Magellan ses regrets et lui promit d’ouvrir une instruction minutieuse pour faire découvrir les instigateurs des troubles (^).

Faut-il voir une allusion à ces faits dans les paroles du Portugais Alvarez : « que la population sévillane ne portail pas Magellan et son expédition dans son cœur? »

L’état-major nautique et les équipages en général furent recrutés lentement et avec beaucoup de difficulté; les pilotes de la Casa ne se montrèrent pas enibousiasles d’un voyage si nouveau pour eux et ils refusèrent de s’enrôler; on leur promit alors des rémunérations extraordinaires; enlin, lorsqu’ils se furent fait inscrire, il fallut user de menaces pour qu’ils ne rompissent pas en niasse leurs engagements.

L’office hydrographique de la Casa, en cette occasion, ne put pas rendre à l’expédition ses services ordinaires, puisqu’il s’agissait d’un voyage que ses pilotes n’avaient jamais fait. Les deux Faleiro et Magellan eux-mêmes construisirent un certain nombre de cartes; ils firent en outre appel aux l^ortugais Pedro et Jorge Reinel. Jorge, le fils, construisit entre autres un globe et une mappemonde que Sébastien Alvarez avait examinés; ces ouvrages n’étaient pas achevés à l’arrivée du père. Pedro, qui y mil la

(q Arch. de Indias, 139, 1, 5, libro 7, fol. 140. Inventaire tl’Asensio, n® 150. Saragosse, le 11 novembre 1518.

(2j Ibid., 139, 1, 5, libro 7, fol. 140 v°. Inventaire cTAsensio, n® 148. Même date. — P. Pastilus, loc. cit., pp. 570-571, note.

(3) Arch. de Indias, 139, 1, 5, libro 7, fol. 141. Inventaire d’Asensio, n° 149. Même date.

(q Ibid., 139, 1, 5, libro 7, fol. 138. Inventaire d’Asensio, n® 147. Même date.

MAGKLLAN. LA QUESTION DES MOLUQUES

dernière main et y silua correclemenl les )lolu(|ucs. Le ii;lol)e el la carie des Heinel servirent de modèle à tous ceux que fournil ensnile un autre Portugais, allaché également à la Casa de Séville; c’était un parent des Ealeiro, Diego Ribeiro, le premier cosmographe olïiciel de la Casa, dès lo23. Il fournil aussi les aiguilles aimantées et les sphères pour l’expédition; il avait d’ailleurs déjà contribué d’une autre façon à faire adopter les idées de Magellan par les autorités castillanes, en traduisant en espagnol le précieux Livra d’Odoardo Harhosa. Vingt-quatre autres portulans (*) furent livrés par Nuno Garcia de Turin, le premier « maître des caries de la Casa »; il fut nommé en celle (lualilé par cédule royale du 3 seplconbre 1319, signée de Barcelone, probablement en récompense de sa coopération à l’expédition de Magellan (-). En dehors de ces cartes, dont treize furent construites par ordre de Faleiro et onze par ordre de Magellan, Nutio Garcia fut l’auteur de six quadrants, de quatre boussoles et d’un astrolabe, tous en bois; Magellan, en personne, fournit six astrolabes en métal el quinze quadrants en bois; il ordonna également de faire un planisphère, destiné à être présenté à Charles

Ces caries, soi lies de mains si ditïérenles, ne concordaient pas toujours dans la délei rninalion astronomique des principaux points du globe. Le fait a été relevé par un des capitaines de l’expédition de Loaisa aux Moluques, en 1526 : llernando de la Torre attira en effet l’attention sur une divergence de quatre lieues pour un point de Sierra Leone, sur un écart de vingt-cinq lieues pour le cap Deseado (à l’entrée du détroit de Magellan),

(^) Médina, Colecciôn, t. I, p. 138 : « 1,123 maravedis que se dieron il Nuno Garcia para comprar pergaininos para hacer las carias; 900 por una docena de pieles de pergamino que se dieron al dicho; 864 maravedis que costaron otra docena de pieles que se dieron al dicho Nuno Garcia; 13,12o maravedis por siete carias de marear que hizo por la drden de Ruy Falero à cinco ducados; 11,250 maravedis que se pagaron â Nuno Garcia de once carias de marear que hizo por la ôrden de Fernando de Magallanes; 13,503 maravedis por otras seis carias de marear que hizo liacer Ruy Falero, con una que envié 4 S. A. »

C'^) .\rch. de Indias, 139, 1, 6. — M. de la Puente v Olea, loc. cit., p. 286.

entre les cartes de Nufio Garcia et celles de Diego Ribeiro; tous les deux étaient cependant attachés au même bureau hydrographique (^) !

Duarte Barbosa prit également une part très active aux préparatifs de l’armada : il s’était rendu à Bilbao pour s’y procurer des articles, venus probablement de Flandre, et dont on trouve l’énumération dans les listes d’armement, publiées par Navarrete (-) Il acheta entre autres 5,600 livres de poudre à canon, 20,000 sonnettes de différente grandeur, un nombre considérable de cristaux, de petits miroirs, de bracelets en métal, des étoffes à couleurs vives et du velours, en un mot, des articles qu’on emporte encore de nos jours pour faire le commerce d’échange avec les populations indigènes d’Afrique et d’Asie.

A la date fixée pour le départ de l’armada, l’équipement était loin d’être terminé; nous ne savons pas quel fut le motif de ce nouvel ajournement; sans doute, l’Impossibilité de remplir les cadres de bons éléments en fut la cause principale. Quoi qu’il en soit, on fixa le mois de mai prochain comme terme extrême pour l’achèvement des navires. L’intervention de la diplomatie portugaise fut-elle étrangère à celte mesure?

On ne retrouve pas de trace de l’activité d’Alvaro da Costa à Barcelone, où Charles arriva le 15 février 1519. Au lieu de l’ambassadeur portugais, nous rencontrons ici Joao Mendez et surtout Nutio Uibeiro, envoyé de D. Manuel à Cartagène, d’où il tenait son roi au courant des événements qui se passaient en ce moment entre la France et l’Espagne (^). Ces deux agents continuèrent dignement la mission de leur prédécesseur ; ils allèrent rendre visite à Magellan à Séville et essayèrent par de grands et de petits moyens de le faire rentrer en Portugal ; à la Cour de Barcelone, ils agirent par contre par des remontrances continuelles. Nous possédons le rapport

P) NAVARitETE, Colecciôn, t. V, pp. 24o et 27t.

(2) Colecciôn, t. IV, p. 179. — Güillemard, loc. cil., p. 331 : payés 84,144 niaravédis pour dépenses faites par Barbosa à Bilbao. — Arch. de Indias, 32, 3, Inventaire d’Asensio, n” 85.

(3) « Nuno Ribeiro, feitor en Andaluzia », depuis au moins le commencement de 1513. Archivo hislorico portuguez. Lisboa, 1906, p. 445; 1907, p. 157.

MAr.KLLAN. I.A QUESTION DES MOLUQUES

qu’envoya A. Dibeiro à son roi le 10 mai 1519. Moins inléressani (|ue celui de da (’iOSla, nous en reproduisons néanmoins b* principal passage :

« Prince. .le ne rendrai pas comple ici des négocialions avec Magellan avant et après l’arrivée de .Joào .Mende/,, parce (pie j’ai amplement fait part à celui-ci de lout ce que j'ai appris et (pielle est mon opinion. Magellan m’avoua en dernier lieu que, si ce n’élait pas lui (jui partait pour celte découverte, d’autres seraient envoyés à sa (ilace ; il me jura ensuite avec de grands sermenis ipie c’était pour Votre plus grand service (pi’il a préféré accomplir l’enlreprise projetée, pour Ix'aucoup de raisons ipie je ne répéterai pas ici, parce (pie je les ai communicpiées à .loào Mendez (|ui Vous en informera en détail (*) ».

I). Manuel n’adrnil pas cette explication trop diplomatiipie de la conduite de Magellan; le roi ne pouvait se résigner à aucun prix à une expédition espagnole aux MoIuqu(‘s, qui lui enlèvcrail le monopole commercial le plus lucratif de sa couronne. N’ayant |>as réussi à faire échouer l’entreprise lout entière, il aurait envoyé, d’après Uigafelta, des navires au cap de Bonne-Espérance et au Rio de la Plata, pour barrer le chemin à Magellan. Les documents ofliciels nous font connaître un ordre royal qui fut adressé en môme temps à Diogo Lopes de Sequeira; ce commandant devait partir de suite avec six navires de Cochin à la rencontre de la Houille esjiagnole; à cause du manque de bâtiments disponibles, la mesure ne put pas être exécutée immédiatement.

P) Arch. de la Torre do Tomba à Lisbonne. Corpo chronologico. P. 1®, maço 10, doc. 31 : Sentior — nam don nesta conla a vosa alteza do que com fernando de magalhaees hey pasado antes he despoys que Joaanne mendez vyese porque a ele dyxe muy targamente todo ho que dyso tynha sentydo he sabydo que nada nom quedo por fazer nem dezer do que a servyço da vosa alteza compria he por ho que ele emvya he escpreue a vosa alteza ho vera hc açerca dyso nom malargo mays de fazer saber a vosa alteza que por deradeyro heu apertey cem ele que çerto me dyxese se ele ysto nem fose a descubryr se outros ho açerlaryam a fazer dyxe me com grande juramento que sy he que lhe parecya que era mays servyço de vosa alteza que ele o fyzese (|ue outra pesoa por muytas razoes que nesta nam dygo porque heu as dyxe a joane mendez pera mas largamente as hescprever a vosa alteza. — Barcelone, le 10 mai 1519.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU CLORE

14. — Concours des marchands à l’expédition; de Haro, Gutierrez, Fugger.

Frais de l’armada.

Par ses lettres du 15 (^) et du 24 octobre, Magellan avait demandé au roi de pouvoir emporter en tout pour 3,000 ducals d’articles d’échange, ou l’autorisation pour des marchands de faire embarquer cette quantité de marchandises à bord des navires. La somme fut augmentée graduellement jusqu’à 4,000 ducats. Mais la Casa ne parvint pas à intéresser les maisons de commerce de Séville à l’entreprise de Magellan, malgré les appels pressants de la Cour. Les compagnies de marchands furent-elles donc vraiment prévenues contre les promoteurs de l’expédition et considérèrent-elles .Magellan comme un traître, un lâche et de « sang impur » (-)? Certains Portugais résidant à Séville ne répandirent-ils pas le bruit que le roi de Castille perdrait navires et biens à lentreprise ? Le commandant, d’après eux, était un \ain hâbleur, « hombre hablador », de peu de persévérance, qui ne tiendrait pas ses promesses (^).

« A cause des grandes dépenses qui ont été nécessaires pour notre maison, dit le roi aux oficiales le iO mars 1519, nous n’entrevoyons pas la possibilité de fournir 4,000 ducats pour les marchandises d’échange (^) ». il avait prié l’évêque de Burgos de chercher des négociants qui voudraient s’intéresser à l’entreprise pour la somme précitée. Fonseca lui avait répond»! qu’il s’était déjà concerté avec certains représentants de maisons de commerce, ceux-ci acceptaient bien de mettre a sa disposition les sommes demandées, mais aux conditions suivantes : les intéressés supporteraient en commun les risques de l’entreprise ; les bénélices seraient répartis en proportion de la somme engagée par chacun, déduction faite de tous les frais

0) Médina, Coleccum, t. I, p. 18. — P. Pastills, loc. cit., p. 570.

(2) Lettre d' Alvarez : « treedor, homem vyll e de niaao sangue ».

(3) Herkeka, loc. cit., dec. II, lib. IV, cap. X. — La même chose chez Oviedo, loc. cit,, P. II, lib. XX, p. 9 ; « homo verhoso y desasossegado ».

(■^) Arch. de Indias, 139, 1, 6, libre 8, fol. 38, et 41, 6, Inventaire d’Asensio, n«‘ 87 et 152.

MAGELI.AN. LA QUESTION DES MOLUQUES

et d’un vitïglième pour le radial de captifs chréliens ou d’autres œuvres pieuses; le droit d’einliarquer la môme (pianlité de marchandises dans les trois expéditions suivantes, aux mêmes conditions.

(’i(‘S stipulations étaient prescpie la copie des contrats en vigueur en l^ortugal pour la participation aux expéditions des Indes orientales. Le bénéfice de ce genre d’atfaires était évalué, au commencement du XVI* siècle, à 400 °/o, du moins pour les premières armadas de Calicut ; (]lirist de Haro, à l’époque dont il s’agit, estima les profils encore à i50 “/o (^); plus lard, les documents fixèrent rinlérèl d(*s capitaux engagés dans le commerce des épices à 14 °/o par an; en 1o38, de Haro réclama encore 20 °/o, conformément, paraît-il, à un article de l’accord conclu avec le roi (-).

Les marchands (|ue Fonseca recommanda aux oficiales de la Casa, furent Christ, de Haro et Gutierrez, nommés bientôt, de ce fait, les secrétaires de l’armada. Outre ceux-ci, il n’y eut que le veedor de l’escadre, .luan de Cartagena qui y mil de ses propres fonds (^). Alonso Gutierrez, de Madrid, « veintequalro » ou conseiller communal de Séville, l’unique marchand en dehors de Chr. de Haro qui profila de la licence du roi (^), est surnommé dans certaines pièces un des « quatre évangélistes (^) du trésor du roi ». Comme articles d’échange, il fil embarquer dans les navires quatre quintaux (®) de

(U Médina, Colecciôn, t. Il, p. 246 : procès avec le fisc, le 19 février 1638.

(2) Ibid., pp. 246 et 324.

(•^) Une somme de 48,217 maravédis. — Â7'ch. de Iiulias, 148, 2, 3, libro 6, fol. 273, et 39, 3, Libro de cuenta y razon, data, fol. 266. Inventaire d’Asensio, n®‘ 129 et 206. (Lettre à la fille de .1. de Cartagena. Valladolid, 19 octobre 1637.)

éé II est vaguement question d’une légère contribution d’un certain Christoval de Ferrara. Voir plus loin, p. 216.

(5) A. R. Villa, El emperador Carlos V y su Corte. Madrid, 1903, p. 166 : « S. M. recogo todo el mas dinero que puede haber para esta guerra; y las personas que entienden en su hacienda son los quatre Evangelistas ; el Arzobispo de Granada y el Obispo de Burgos y Alonso Gutierrez el contador y Juan de Vozmediano, tesorero que fué de V. A., los cuales tienen cargo de vender juros y tercios y componer los ecetados y buscan todas las vias y maneras que se pueden tener para haber dineros ». — Lettre de D. Martin de Salinas à l’infant Ferdinand. Pampelune, le 16 décembre 1623.

{*>) D’après les Cornmenlaries of Albuquerque, t. 111, p. 160, note 1, le quintal équivaut à quatre arrobes ou 68,7428 kilo. — Ravenstein, Vasco da Gama, p. 104, note 1, l’évalue à cent livres anglaises.

vermillon et seize de mercure, d’une valeur de /^20 ducats d’or; il considérait comme une faveur spéciale de pouvoir loucher la moitié des hénélices qui résulteraient des opérations d’échange de ces articles, l’autre moitié revenant au roi et aux armateurs de l’expédition (‘). Le choix de ces marchandises montre quels étaient les articles les plus recherchés en Inde; c’est en effet de drap, de mercure et de vermillon qu’il est constamment question comme matières d’échange, dans les lettres d’Aph. d’AIhuqueruue à D. Manuel (^).

Christ, de Haro ne fournil pas immédiatement le restant des 4,000 ducats au roi. Par cédule du 6 avril 1519, signée à Barcelone {-), il est fait part à la Casa que le marchand mettra pour 2,000 ducats d’articles dans l’armada de Magellan, ainsi que dans celle d’Andrez Nino, pilote royal, qui partirait sous les ordres du capitaine Gil.-Gonz. Davila, contador de Hispaniola. Cette dernière expédition fut donc équipée simultanément avec celles des deux Portugais; un ordre spécial adressé à Chr. de Haro l’engagea à s’occuper de 1 entreprise de Nino, à une date même où le nom du marchand n’est pas encore cité en corrélation avec le voyage de Magellan. « Nous avons besoin, est-il dit à de Haro le 10 mars 1519 (le même jour que furent envoyées les instructions pour la participation des marchands à Tarmada de Magellan), de votre présence à Séville, afin de nous y fournir certaines choses pour la flottille que nous avons ordonné d’envoyer à la 31ar del Sur sous le commandement de G. -G. Da^ila; nous connaissons voire compétence et vous pourriez nous conseiller utilement dans le choix des articles à emporter; nous vous chargeons, en recevant la présente dépêche, d<‘ partir pour Séville et de vous y occuper des affaires de Notre service ('‘) ».

De Haro recommanda donc au roi d’établir un dépôt de marchandises, dans le genre des factoreries portugaises, sous la garde d’un fonctionnaire

• È *'hro 8, fol. 101 V». Barcelone, le 20 juillet 1019. Duplicata

inachevé, 41, 6, 2 2„. Inventaire d’Asensio, n“ 106.

(2) Carias de Aff. de Albuquerque, t. I, pp. 168 et 204; t. III (1903), pp. 12, 70, 99, 390.

(3) Arch. de Indias, 41, 6, 2)2y. Inventaire d’Asensio, n® 103.

Arch. de Indias, 139, 1, 6, lihro 8, fol. 41.

MAf.KU.AN. LA QULSTION DES MOLUQUES

royal, dans les îles el terres qui seraieni découvertes; il oLtint le droit, comme il était également de tradition dans les expéditions portiijj^aises, d’envoyer à ses frais un facteur, uniquement chargé de contrôler les opérations d’échange aux pays d’Insulinde.

Le marchand toutefois ne paraît |)as avoir ré|)ondu tout de suite à l’appel du roi du iO mars; dans une lettre du 6 avril, de Barcelone (’), Charles B' lui lappelle l’invitation de l’évécjue de Burgos; il insiste pour qu’il parte le plus tôt possible pour Séville, et qu’ il réalise ce que Fonseca, en son nom, l’a prié de faire, immédiatement après la réception de la cédule. Otte fois-ci, Christohal n’hésita plus et se mit à l’entière disposition de son roi. Mais il n’a pas dû se faire illusion sur ce qu’allait lui coûter cette décision ; en effet, à peine parti de Lisbonne, les autorités portugaises ordonnèrent à l’agent laissé là pour gérer les alîaires de la maison, de (juilter la ville; elles |>assèrent ensuite à la conliscation des biens (pie la (inné possédait sur le territoire portugais ; il fut interdit aux facteurs de la Casa da India de signer encore des contrais avec l’agent des de Haro et les marchands de la place ne pouvaient plus négocier avec lui. (æs mesures exceptionnelles indiquent assez (|ue l’on regarda au Portugal la collahoration des de Haro à l’entreprise de Magellan comme une véritable trahison. En somme, il faut l’avouer, le marchand vendit à la Casa de Séville les secrets commerciaux de la (’asa de Lisbonne, se rapportant à un trafic dont elle entendait garder jalousement le monopole.

Christobal supplia le roi d’intervenir pour lui auprès de I). .Manuel et de faire cesser les injustices dont il était l’objet au Portugal ; Charles aurait difficilement pu se soustraire à cette obligation. Dans une missive personnelle à son beau-frère, puis dans une seconde lettre, adressée à sa sœur, l’épouse de I). .>lanuel, il les pria avec instance de mettre fin au tort considérable qu’on causait à un de ses sujets les plus méritants. « Christobal de Haro, écrivit-il de Barcelone, le 17 juillet loi 9 (-), qui a résidé longtemps

(9 Ardi. (le Indias, 139, 1, 6, libro 8, fol. 53. Inventaire d’Asensio, n° 153. (2) Ibid., 139, 1, G, libro 8, fol. 131 v". Inventaire d’Asensio, n“ 158.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION OU GLOBE

au Porlügal, où il a ac(|uis une grande expérience dans le commerce tant avec l’Inde qu’avec d’autres pays, a été invité par moi, il y a quelque temps, à venir dans ce royaume, parce (|ue je voulais m’assurer de ses services; il s’est rendu à la Cour où il se trouve encore en ce moment et il s'occupe des atTaii 'es que je lui ai ordonné de diriger. » Le roi exprimait le ferme désir, qu’on ne recommençât plus ces « nouveautés »> avec le facteur de Cliristobal, qu’on l’aidât au contraire à recouvrer les sommes qu’il avait perdues; en un mol, il exigeait qu’on traitât de Haro de la façon dont lui, Charles, traitait les sujets portugais en Castille.

Si D. Manuel avait attaché jusqu’ici peu d’importance aux projets de Magellan, il dut changer d’avis lorsqu’il eut connaissance de l’empressement avec lequel de Haro s’employait à en assurer la réalisation : il dut pressentir que le marchand allait être le véritable organisateur de l’expédition. Des documents portugais rapportent nettement que de Haro et Fonseca furent les seuls armateurs de l’escadrille, contrairement à l’opinion courante qui voulait que le roi de Castille l'eùt équipée (’).

Le 18 avril 1319, Magellan se trouva à la Cour, à Barcelone, où il était venu pour recevoir de Fonseca les dernières informations concernant les préparatifs de l’expédition; s’il n’y rencontra de Haro, l’évêque de Burgos dut parler au capitaine de l’arrivée prochaine du marchand à Séville. Dans une cédule datée de ce jour, le roi annonce à la Casa que Magellan lui a communiqué (|ue la lloltille était achevée en tous points et prêle à mettre à la voile; il n’y mampiait plus rien que les articles d’échange, comme la Casa l’apprendra par les lettres que le capitaine général apportera avec lui. Il recommanda aux oficiales de réserver un bon accueil aux personnes (jui

(') Alguns docum. de la Torre do Tomba, p. 467. Lettre d’Antonio de Brito à Joâo lit, de Ternate, te 6 mai lo23 ; « Ü aly a dez ou doze (lias mamdey chainar ho capitam e lio meslre, e os tomey huum e huum ; e Ihes pergumley quem armara esta frota... ; e eles me dixeram, que os omens (|ue armaram era o byspo de Burgos, e Crystovam de Aram ; e ysto me descobryram ainedromtados, porque sempre dyseram, e dyzem, que et rey de Caslela a armara; e ysto quys saber d eles pera ent'ormar Vosa Alteza na verdade. » — Castanheda dit également que « pera este descobrimento, se concertou ho Emperador com certos mercadores que lhe armassen cinco naos em Sevilla ». Luc. cit., liv. VI, cap. VI.

MAC.ELLAN. IA QUESTION DES MOEUQUES

avaient bien voulu fournil- pour lui les rnarebandises indispensables, « la caisse du trésor étant conipléternent vide » ; si (|uel(|ue chose faisait encore défaut, la Casa devait se le procurer tout de suite, car « ma volonté est, et ainsi je l’ordonne, que l’armada quitte Séville au mois de mai procbain, avec ou sans objets d’écbange (') ». Le 4 5 avril précédent, les oficiales avaient été sollicités de rendre compte des I (>,000 ducats, fixés pour l’équipement de l’escadre et de toutes les dépenses qui avaient été faites jusqu’à ce jour (“^).

Bien qu’il faille anticiper un peu sur la marcbe des événements, il vaut mieux acbever ici ce qui reste à dire de l’armement et des dépenses faites pour l’expédition. Par Navarrete ('^), on savait déjà que les frais totaux s’élevèrent à 8,751,125 maravédis; déduction faite de 41 (>,790 maravédis, représentant la valeur des articles resiésà Séville, on arrive à 8,334,335 maravédis, ou 123, ()()() francs, somme qui peut paraître minime aujourd’bui, mais qui est à quintupler si l’on veut avoir une idée de sa valeur à l’époque.

Dans ce total, Chr. de Haro intervint pour 1,880, 12fi maravédis ou 5,418 ducats (^), à raison de 347 maravédis le ducat.

Les comptes détaillés (^) de VArchivio de Indias renseignent sur la nature des dépenses elïectuées; en voici les principales d’après le relevé général du coût de l’armada, ou « Belacion de todo el gasto de la armada (*’) » :

6,809,909 maravédis -== coût des na\ires, y compris instruments, provisions, quatre mois de solde payée par anticipation, marcbancliandises du roi;

(1) Arch. de Indias, 41, 6, Inventaire d’Asensio, n“ 93. — P. Pastills, loc. cil., p. 372.

(2) Arch. de Indias, 41, 6, 2/25. Inventaire d’Asensio, n“ 92.

(3) Colecciôn, t. IV, p. 181.

(t) Médina, Coleccian, t. tt, p. 233, fixe sa part à 1,010,781 maravédis, mais il n’y a pas compris les 263,343 maravédis, montant de certaines dépenses énumérées plus loin.

(5) On les possède en double exemplaire, grâce au procès de Clir. de Haro avec le fisc espagnol, dans les années 1336-1338.

6) Arch. de Indias, 41, 6, 2/25, num. 63 et copie conforme 1, 2, 2/g, num. 9.

ET Lk PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE.

41(),790 maravédis = à relranclier, valeur des munitions et provisions restées à Séville et qui avaient été commandées par cédjile du 4 5 avril 154 9;

6,454,209 maravédis = part nette du roi;

263,345 maravédis === somme payée par de Haro en dernier lieu, à la demande du roi, pour faciliter le départ des navires. Un relevé spécial très détaillé se rapporte à cette dernière avance en argent ('); on y trouve l’énumération de différents payements pour le riz, l’acier, le plomb, le fei*, la réparation du 5. Antonio; des prêts en argent à des marins, entre autres à Espinosa, au pilote Andrès Nino, à Magellan même (2,000 maravédis); frais pour la chambre du cosmographe Andrès de S. Martin; salaire pour les pilotes qui ont conduit les navires à la barre de San Lucar; pour le courrier qui apporta la nouvelle de l’appareillement de l’escadre des (Canaries et qui remit les dernières instructions de la Casa à Magellan; avance d’argent à Geron. Guerra, à Sanclio de Heredia, à XanU da Costa, à Juan de Cartagena; 4,000 maravédis que prit Luys de Mendoza sur les marchandises de (’diristoval de Ferrara; 5,000 maravédis pour la personne qui vint du Portugal avec la réponse et les lettres du comte de Cayamonte, qui était allé rendre compte de l’expédition à la Cour de Lisbonne.

4,616,781 maravédis = valeur des marchandises de Ch;-, de Haro.

Total : 8,334,335 maravédis ou 24,018 ducats; l’apport des de Haro s’éleva à 5,448 ducats ou 28,000 francs, contrairement donc à des témoignages qui fixent sa contribution à 2,000 ducats sur un total de 22,000 ducats (-). Alonso Gutierrez s'engagea pour une somme de

0) Arch. de Indias, 1, 2, num. 25.

(2) Ibid., 139, 1, 6, libro 9, fol. 27. Valladolid, le 4 novembre 1522. Le facteur portugais Alvarez l’estima à 4,000 ducats.

MÆGKLLAN. \A QUESTION l)i:S MOLUQIIES

420 (lucals; il y oui enfin des coniribulions beanconp moins (;onsidérables de .Inan de Cai*lai>ena et de (dirisl. de Kerrara(’).

Le roi, on l’a vu précédemmeni, aulorisa la Casa à disjjoser en son nom d(> i (),00() dncals. Or, dans un procès (pie les bampiiers allernantls des Fngger intentèrenl plus lard au fisc, on apprend cpi’ils réclamèrent le payement de sommes (pie la compagnie avaient engagées dans r(‘xpé(Jilion de I\lagellan.

La Casa prolesta vivement contre celle prétention, comme elb' l’apiuda, et assura (pie les Fugger n’avaient mis des fonds (pie dans les ex|)édilions suivantes de Loaysa, etc. (-), el elle invita les marchands à ne plus répéter leur plainte. On a cru à une erreur des Fugger : ils auraient copié simplement la suppli(pie des de Haro (pii avaient réussi à se faire dédommager après la vente des 31olu(pies, et leur copie aurait été faite avec si peu de soin qu’ils auraient négligé d’omettre le nom de ^Jagellan dans l’énumération des expéditions auxquelles ils avaient collaboré financièrement (3).

D’abord, il est peu admissible que les agents de la puissante maison allemande auraient commis l’erreur qu’on veut leur attribuer ; nous inclinons plutôt à mettre en doute la véracité des déclarations de la Casa.

Des plaintes de non-payement de sommes avancées à la Casa, n’étaient pas rares à l’époque, surtout lorsipie celles-ci étaient formulées par des sujets non espagnols. Pour ne citer qu’un exemple des mêmes années, rappelons le cas, en 1522, du Génois Nicolas de Grimaido, qui prit dans la suite une part si active à l’équipement des armadas vers les Moluques; ce financier dut s’adresser pareillement au roi pour rentrer en possession de

('*) Herhera, loc. cil., dec. il, lib. IV, cap. IX ; « porque faltaba el dinero, pusieron (de Haro et Gulierrez) parte de ello por su cuenta ; i por respeto del Obispo de Burgos, pusieron algunos mercaderes de Sevilla lo que faltaba ».

(2) Médina, Colecciûn, t. II, p. 338, réponse du fiscal Villalobos, Valladolid, le 15 novembre 1543 : « en la cual primer armada (de Magellan) ninguna cosa pusieron las partes contrarias (les Fugger) ».

(3) K. Habler, Die Fugger und der Spanische Geivürzhandel. Zeitschr. d. hist. Ver. k. Sciiw. U. Neüburg, 189i2, XIX, p. 37.

ET LA PREMJÈLE CIRCUMNAVIGATION DU CLORE

6,000 ducals d’or qii’oii ne voidall pas lui rembourser, bien que la Casa disposât alors de capitaux suffisants.

Aux archives impériales à Vienne (^), nous avons trouvé un document dans lequel le conseil de I Inde exhorte l’empereur, par l’entremise de Christ, de Haro, à ne pas payer une somme de 5,500 ducals que les Fugger lui avaient avancée. « Christohal de Haro, disent Fonseca et l’archevêque de Grenade, nous a fait j)arvenir, au nom des Fugger, une lettre de

Al. par laquelle nous sommes invités à reconnaître un mémoire signé par votre secrétaire, et par lequel V. .Al. doit à ces marchands une somme de cclv ducats ^5,500) ; nous prions V. AI. d’ordonner (jue nous n’avons rien à voir dans cette affaire et de la considérer comme classée. » Cette affaire du « temps passé » ne se laisse nullement identifier avec celle de Diego de Haro et de Jacob Fugger, du 14 mars 1523, se rapportant à une livraison de huit navires, chargés de cuivre et d’autres articles, achetés à Lubeck à destination des Aloluques la pièce de Vienne, si elle se rapporte à la Casa de la Contratacion de las Especerias, dont de Haro fut le facteur jirincipal, parait singulièi ement confirmer la plainte des Fugger précitée. Les banquiers allemands, on ne I ignore pas, étaient entrés en Espagne, non par Lisbonne, mais par les Pays-Bas, en 1517 avec Charles F', lorsque ce prince vint prendie possession de ses nouveaux l’oyaumes Le trésor royal se trouva constamment épuisé, mais le prince pouvait compter sur ses amis les Fuggei, dont les agents voyageaient avec lui ^ remarquons (jue leur nom ne se rencontre pas non plus dans les comptes de Chr. de Haro, relatifs aux expéditions suivantes aux .Aloluques et où leur participation n’a pas été contestée (^).

L’omission systématique du nom des Fugger dans les pièces officielles

(U K. und K. Hans-, Hof- und Staatsarchiv, Span. Varia, I, pièce concernant les finances de Castille, 1523 signée par Fonseca et l’archevêque de Grenade.

(2j K. Habler, Die überseeischen Unternehmungen der Welser und ihrer Gesellschafler. Leipzig, 1903, p. 43.

(3) Idem, Die Geschichte der Fuggerschen Ilandlung in Spanien. Zeitschr. e. Soc. und WiRTSCHAKTSGESCH. Weimar, 1897, Erganzungsheft, p. 42.

(4) Arch. de Indias, 1, 2, 2/^, num. 9, le 24 octobre 1538.

MAGELLAN. I.A QUESTION DES MOLUQUES

poiin-ail |)(Mil-ètro s’ex|)li(|uer do celle façon : ne voulanl pas froisser le roi (le Porluiïal, pays où ils faisaient des affaires plus importantes encore (pi’en Espagne, ils auraient désiré (jue leur participation à l’entreprise de Magellan ne fût pas divulguée; ils n’auraient donc pas prêté leur appui ouvertement comme les de Haro, mais n’en auraient pas moins avancé an roi les sommes dont celui-ci avait besoin pour achever l’écjuipement des navires. La lettre du 19 novembre 1523 se rappoi lerait à l’emprunt en (|uestion, (pii avait été traité avec la (]asa des épices, fondée par Cbr. de Haro; le marcband en aura saisi le conseil des lnd('.s, représenté par Fonseca et rarcbevc(pie de Grenade. Pour le moment, il n’est pas permis de tirer d’autres conclusions des faits exposés au sujet d’une collaboration plus intime des Fugger à la grande expédition de 1519.

Au cours du long procès avec le fisc espagnol, à propos de la vente des Moliupies, Cbristobalde Haro fil valoir (pi’il avait payé bis soldes et (piintaladas à un certain nombre des participants au voyage; (|uoi(pie la Cour prétendit (pi’il n’était pas intervenu pour un maravédis dans ces payements ('), les documents de Séville attestent (|u’il paya un jour à Magellan seul, la somme de 11 (>,533 maravédis, et une autre fois, à San Lucar, peu avant le départ, 27,090 maravédis (“^). Ajoutons encore qu’au retour de l’expédition, le produit des épices rapportées des Moluques fut exclusivement partagé entre le roi et le marchand.

Lors(jue, en 1529, l’arcbipel des Moluques fut abandonné au Portugal pour 350,000 ducats, « cette somme, déclara de Haro (■^), constituait le bénéfice et les intérêts des armadas projetées et envoyées aux iles des épices par l’Espagne; je supplie donc V. M. de me considérer comme héritier, au même titre que V. M. et (jue les autres armateurs, parce que nous avons été la cause de la découverte des Moluques ». — « J’ai subi de

(1) Médina, Colecdôn, t. tt, p. 242, jugement du licencié de Villalobos, « promotor fiscal » du Conseil des Indes, le 1"'- février 1539.

(2) Idem, ibid., t. I, p. 178.

(3) Idem, ibid., t. II, p. 219; acte du 13 septembre 1537.

grandes pertes du côlé du Porlugal, dil-il dans une aulre déposilion, pour avoir servi d’inslrument à la dite découverte et pour l’avoir organisée (^). »

15. — Recrutement des équipages; les instructions du 8 mai 1519.

La remise du départ de la flottille n’avait pas eu poui* unique cause le défaut de marchandises d’échange; la visite de Alagellan à la Cour, au mois d’avril 4 54 9, avait été amenée en outre par le refus des pilotes de la (]asa, au dernier moment, de partir avec l’armada. « Ayant appris, écrivait le roi le 4 5 avril, de Barcelone à la Casa (-), que certains |)ilotes veulent se soustraire à l’obligation d’entrer dans notre escadre sous dilTérents prétextes, je vous ordonne de les rappeler à l’obéissance par toute la rigueur de vos lois et conformément à leurs engagements; vous leur payerez régulièrement leur solde, de façon (|u’ils ne puissent pas invociuer ce motif; je vous accorde plein pouvoir 'de les traiter comme rebelles s’ils devaient persévérer dans leur refus. » Dans une lettre du 49 avril, adressée aux ca|)itaines, pilotes et marins, le roi leur rappela formellement le devoir, « à tous et à chacun en particulier, de suivre, au cours du voyage, l’avis et la décision de Magellan, afin d’aller en premier lieu et avant toute autre chose, aux îles des Moluques, sous peine de perte des biens et des personnes (') ». Ilerrera fait observer que les pilotes étaient mécontents de ce qu'on ne leur avait pas communiqué le plan de l’expédition, comme cela se faisait habituellement (i) ; c’est une raison admissible, mais à laquelle il aurait été dilïicile de donner satisfaction. Le jour même où parut la cédule du 4 9 avril, le roi promit d’accorder des primes aux marins (|ui accepteraient les conditions de Magellan ; pendant toute la durée du voyage, ils ne payeraient pas de frais

p) Médina, Colecciôn, t It, p. 240; acte du 49 février lfi38 : « por haber sido ministro é ynstnimenlo de) diclio dcscubrimienlo ».

(2) À7'ch. de Indius, 41, 6, Inventaire d’Asensio, n° 91.

(•^j Ibtd., 41, 6, 2 2„. lijvenlaire d’Asensio, n" 94. — Alt/, doc. du Torre do Tomba, p. 430. (4) Loc, vit., dec. Il, lib. IV, cap. IX.

(le logis à Séville et ou ne mcTtrail pas la main sur leurs immeubles, si ce n’esl par ordre spécial du roi, de la reine ou des infants ('). Quant aux pilotes et maitres, un décret du 5 mai 1519 leur assura les insignes de chevalerie au retour de l’expédition c’est Magellan lui-méme (]ui avait sollicité ce privilège pour ses compagnons de voyage.

Les capitaines des différents navires de l’armada avaient enfin été nommés l’un après l’autre par ordre royal; le 50 mars 1519, Luis de Mendoza fut désigné comme trésorier général, au traitement de 60,000 maravédis par an (^) ; le 6 avril, une cédule royale appela Gaspar de Quesada, « criado » ou attaché (serviteur) de la maison de l’archevôtjue de Séville, au poste de capitaine du (jualriéme navire (*) (Magellan, Faleiro et Carlagena étaient les commandants des trois premiers vaisseaux). Le cin(|uième navire de l’armada resta longtemps sans chef ; en réalité, il se trouva sous les ordres du [)ilote Carvalho ; mais « Magellan, assure l’agent portugais Alvares, garda cette place pour son cousin Alvaro da Mez(juita d’Estremoz », qui arriva seulement en juillet à Séville.

Une longue lettre, du 6 avril également, est adressée à .luan de Cartagena et précise ses attributions en (|ualité d’intendant général (■’) ; il toucherait 70,000 maravédis par an, indépendamment des 4-0,000 maravédis comme capitaine et de ses émoluments comme « conlinno » de la maison royale ; la solde de Magellan, on s’en souvient, ne s’élevait qu’à 50,000 maravédis par an, en vertu de la cédule du mois d’avril 1518, outre les 8,000 maravédis par mois pendant le voyage, d’api'ès la dépêche du 17 avril. Nous avons déjà dit un mol des raisons qui peuvent être invoquées pour motiver la nomination de Juan de Cartagena. Par les nouvelles instructions, il fut invite à se rendre à Séville et à montrer aux

(9 At'ch. de Indias, 41, 6, 2/23. Inventaire d’Asensio, n“ 9o.

(2) Ibid., 41, 0, 2/25. Inventaire d’Asensio, n° 98.

(3) Ibid., 41, 6, 2/23. Inventaire d’Asensio, n« 88. — Navaubete, Colecciôn, t. IV, p. 127.

(4) Arch. de Indias, 41, 6, 2/2-. Inventaire d’Âsensio, n“ 90. — Navarrete, loc. cil., t. IV, p. 128.

(3) Alg. docurn. da Torre do Tomba, p. 423.

oficiales les droits spéciaux dont il avait été investi et qui différaient notablement de ceux du 22 mars. Le roi y stipulait que de Cartagena ferait dresser l’inventaire de tous les articles et marchandises qui se trouvaient à bord des navires ; le trésorier et le conlador devaient distinguer soigneusement la part du roi et celle des marchands, indiqués par Fonseca et le conseil royal, car les bénéfices devaient être répartis sur cette base ; suivent alors plusieurs mesures pour sauvegarder les droits de la couronne dans les profits. Il résulte de ce document que de Cartagena fut en réalité le facteur des marchandises royales, fonctions qu’on ne pourrait mieux comparer qu’à celles de Giov. da Empoli dans plusieurs expéditions portugaises ; dans beaucoup de pièces, ce titre figure d’ailleurs à côté de ceux de veedor et de capitaine (^). De Cartagena fut prié en outre de donner son avis dans tout ce qui concernait la colonisation des nouvelles terres, le traitement des indigènes et leur conversion, « qui est notre principal désir ». Par une cédule postérieure, ces attributions furent encore renforcées par sa nomination au poste d’ « alcaide » ou commandant de la première forteresse à construire, ou de celle que l’on trouverait dans les nouveaux pays; cet emploi répondait probablement mieux à ses aptitudes que la haute inspection d’une escadre.

Par lettre royale du 6 avril, il fut en outre invité à tenir un journal de bord, dans lequel il noterait tout ce que le trésorier et le contador itiscriraient dans leurs livres ; en général, la présence de Cartagena sera réclamée à tous les actes qui se passeront dans l’armada. A l’arrivée aux terres nouvelles, il dressera un rap|)ort circonstancié de ce (ju’il y aura vu et appris ; il en fera prendre cinq copies, pour le cas où les navires seraient dispersés et ne reverraient pas tous la patrie.

Une cédule du même jour, adressée aux contadores du royaume de Castille, leur ordonna de continuer à payer à de Cartagena son ti’aitenient comme garde du corps du roi, (|uoiqu’il eût quitté la Cour, pour aller à

(M Arch. de Indias, 89, 3, 3/^, libro de cuenla y razon. — Data, loi. 265; 148, 2, 3, libro O, fol. 273. Inventaire d’Asensio, n‘* 129 et 2ü5.

MACÆU.AN. LA QUESTION DES MOLUQUES

« certaine découverte />, comme inspecteur général à bord d’une « certaine armada (*) » .

Le 4 9 avril, un décret royal nomma Gonz. Gomez de Esj)inosa aux fouclions d’ « alguazil mayor » ou officier préposé au mainlien de l’ordre (-); le 30 du mois, Antonio de (iOca fui désigné comme conlador de la Houille ('^) ; le môme jour, une cédide accorda à Francisco, frère de lUiy Faleiro, une somme de 35,000 maravédis par an, à condition de s’établir à Séville eide s’y occuper de l’équipement des navires qui partiraient pour les Indes à la suite de ceux de Magellan (^‘). Le 20 juillet (•’), le roi invita Geronimo (iuerra, parent de Gbristobal de Haro (•’) et (pii avait acquis beaucoup d’expérience dans les affaires de navigation, à entrer dans l’escadre, à 30,000 maravédis de salaire par an ; Magellan le nomma plus lard trésorier du .S. Antonio.

Dans plus d’une des instructions précédentes, le roi avait insisté sur l’enlente parfaite entre les capitaines, le veedoi*, le trésorier et le conlador de l’expédition ; « que cbacun, dit-il, remplisse son poste avec conscience et en rende compte aux autres » ; celui de «. veedor general »

; vaut tout est un poste de confiance, écrivit-il à de Cartagena dans la cédub* du 6 avril, car de lui dépendent « tous » les autres; il convient donc de s’en acquitter avec beaucoup de tact ; si vous faites bien votre devoir, le mal sera moins grave, dans le cas où vous vous apercevriez de quelque négligence, si la clairvoyance et la prudence des autres venaient à faire défaut ! »

Magellan et Faleiro se sentirent blessés par les allusions contenues dans

(P Arch. de tndias, 139, 1, G, libro 8, fol. 54. Inventaire d’Asensio, n° loi. Barcelone, 6 avril.

(2) Ibid., 41, 6, 2/2g. Inventaire d’Asensio, n“ 96. Le dictionnaire de la Real Acadeinia stipule encore parmi les différentes acceptions du mot alguacil : celui qui est chargé, à bord des navires, des approvisionnements d’eau.

(3) Ibid., 41, 6, 2/2g. Inventaire d’Asensio, n® 97.

P) Ibid., 40, 4, V30- fol. 54 v°. Inventaire d’Asensio, n“ 150.

(3) Ibid., 41, 6, 2/23. Inventaire d’Asensio, n® 101.

(6; Lettre de Becalde. Navahhetb, loc. cit., t. IV, p. :201 : « pariente y criado de Lristobal de Haro ».

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE

ce dernier parajçraphe. L’agent portugais Alvares pensa en tirer parti pour faire renoncer le capitaine à l’entreprise ; mais le commandant « ne sentait pas l’alTront qu’il recevait de la part du roi môme ».

Les cadres des équipages se remplirent petit à petit, la Casa ayant accepté sans beaucoup de dilïiculte tous ceux qui s’étaient présentés. Au moment du départ seulement, on s’aperçut (ju’on avait enrôlé un nombre considérable de Portugais ; ce fut la cause du troisième retard du voyage. Le 5 mai (*), le roi déclara (pi’il ne pouvait entrer plus de :23o personnes dans l’armada, et il pria lesoliciales de diminuer encore ce nombre si possible; Magellan avait la faculté de désignera son choix les hommes de sa suite. Avant de partir, ajouta-t-il, les capitaines en chef seront obligés d’indiquer aux pilotes l’itinéraire qu’ils comptent suivre, ainsi que leurs méthodes pour lixer les longitudes et latitudes, conformément aux mémoires signés par eux et par les oficiales. Il parait que Magellan ne tenait pas à exécuter ce dernier ordre, du moins aussi longtemps que les navires étaient à Séville, puisque le roi dut revenir jusqu'à trois reprises sur sa recommandation.

Une autre cédule de la même date (5 mai 1519, Barcelone) ordonna de payera Beatriz Barbosa, l’épouse du capitaine général, le traitement de son mari pendant toute la durée de son absence

Trois jours après, le roi promulgua les instructions définitives pour le départ, pour la navigation proprement dite et pour la prise de possession des terres qu’on allait reconnaître. Elles ne comprennent pas moins de soixante-(|uatorze articles, formant un dossier de trente-cinq pages infolio {^); nous reproduirons seulement les stipulations qui nous font mieux connaître l’organisation de la grande entreprise.

Dès que les navires auront quitté le (iuadalquivir, Magellan réunira les capitaines, les pilotes et les maîtres, et leur distribuera les portulans, faits expressément pour le voyage ; il leur indiquera où s’opérera le premier

P) Arcfi. de hidias, 41, 6, ^/gg. Inventaire d’Asensio, n“ 99.

(2j Ibid., 46, 4, Vso» fol. 66 v®. Inventaire d’Asensio, n“ 167.

(3) Ibid., 41, 6, '^1.2^, et 1, 2, i/^, num. 8. Inventaire d’Asensio, n°* 100 et 11. — Navarrete, Colecciôn, t. IV, p. 130.

MAf.KLI.AN. LA QUl^STION DLS MOMIQIJLS

nllorrissît^p, nfin <lo sVnlendro sur le choix do la inoillome ronlo. [.os oapilainos (‘ommiiiii((uoronl Ions los jours avoc lo vaissoau-amiral, si le lomps le pormel; la nuit, il y aura uu système do lumières bien delermiuè. Plusieurs paragraphes oui Irait à la dispersion èvoutuelle de l’escadre par les lompêtos. Lu touchant à dos îlos ou loi*res habitées, on essayera d’onlror en relations amicales avec les chefs dos tribus, de gagner los gens plutôt par dos présents (pie par la force des armes; dans ce but, les capitaines auront soin de s’attacher dos interprètes (pii comprennent h's langues derExIrémeürient;des punitions sévères seront infligées à (piicompio insultera los femmes. En cas de rencontre a\ec les Arabes on pleine mer, on leur enlèvera leurs marcbandises ; sur terre, au lieu de h^s tuer, on lâchera de los vendre comme esclaves ! S’il est jugé nécessaire cependant de faire un exemple, on ne reculera pas devant los mesures les plus énorgi(|ues. Eue stipulation non moins intéressante se rapporte à la présence de Portugais ou d’autres Chrétiens dans les terres découvertes; Magellan tâchera d’apprendre d’eux quels sont les meilleurs procédés pour réussir auprès des populations indigènes que ses coreligionnaires auront connues, et il léunira le plus de renseignements possible sur les régions d’Asie que l’on ira ensuite reconnaitre.

Plusieurs prescriptions règlent le chargement des navires; les chefs auront soin de tenir les bouches des pompes au-dessus du niveau de l’eau et ils n’embarqueront pas trop de marchandises; les prix d’achat et de vente (par écliange) sont strictement fixés; le partage du butin se fera en tenant compte du grade et du rang de chacun des hommes. Les capitaines traiteront l(?ur équipage avec douceur; ils iront visiter les blessés et les malades et défendront aux médecins d’accepter des gratifications; la ration des hommes sera rigoureusement réglementée et sera fréquemment contrôlée. D’autres articles ont trait aux mesures à prendre en cas d’incendie; quant à la construction de maisons dans les pays tropicaux, il faudra éviter les terrains marécageux et les vallées, mais recberclier au contraire le flanc des montagnes et les endroits où l’air est pur.

Un point sur lequel le roi ne cessa d’insister, consiste dans la défense d’ex|)lorer le domaine du Portugal; si l’on tombait sur un navire portugais

dans les eaux espagnoles, on le sommerait de quitter les parages, après avoir confisqué la cargaison. Le long document se termine par une liste de quinlaladas ou marchandises libres de droits et de péages (excepté du vingtième pour le roi) que tout le monde, du simple mousse au veedor général, était autorisé à embarquer dans les navires; elles variaient de 75 à 8,000 livres (^).

31ais on cbercbe vainement dans la longue énumération des stipulations, une définition de l’objet même de l'expédition et des zones d’influence portugaise et espagnole, séparées par la ligne de démarcation pontificale. Le roi attachait toutetois à la solution de ce problème une importance primordiale, comme nous le prouve la mesure suivante : lorsque, pour des motifs de santé, Ruy Faleiro fut empêché d’accompagner Magellan, Charles 1°^ nomma à sa place Andres de San Martin, le meilleur astronome de Séville, muni, bien entendu, des instruments et méthodes du Portugais.

16. — De Haro et de Cartagena à Séville; agissements du facteur Alvares;

procès de Juan de Aranda.

Juan de Cartagena a dû atteindre Séville, peu après le fi avril, date à laquelle il fut nommé inspecteur général de l’armada; il y arriva en même temps que Cbristobal de Ilaro. Liés d’ailleurs par une communauté d’intérêts, ils présentèrent ensemble, à la Casa, les pouvoirs étendus dont le roi les avait investis. Les oficiales s’aperçurent immédiatement que certaines de leurs attributions étaient en contradiction avec les pouvoirs de xMagellan et de Faleiro, et n’en cacbèi*ent pas leur surprise; de Cartagena et de Haro leur communiquèrent alors sans doute les motifs (jui avaient engagé Fonseca à prendre les mesures de prudence de l’espèce.

De concert avec le veedor et le marchand, les facteurs invitèrent Magellan à venir exposer devant eux l’itinéraire de l’expédition, et de leur apprendre les raisons qui emj)êchaient de nommer un capitaine pour le

(U Guillf.mahd, loc. cit., p. 129, n. 1.

2i>(> MAGELLAN. LA QUESTION DES MOLUQUES

d(M‘iiier navire de l’armada. A la première demande, Magellan répondit évasivemeni, s’en ra|)portanl à son conlrat avec le roi; à la seconde, il répliqua que son plan élail de passer Ini-méme de temps à antre à hord (In cinquième bâtiment, (|ui porterait en outre le farol on lanterne de guide. On lui fit remanjuer le grand nombre de Portugais inscrits aux rôles des (équipages; celte insinuation visait directement les bruits qui circulaient sur les intentions du capitaine en chef; d’après l’agent .\lvares, Magellan se serait contenté de dire qu’il agirait selon sa volonté, sans rendre compte de ses actes à personne, et qu’il attendait de la part de de Cartagena une explication et une définition exacte de ses fonctions. L(‘S oliciales menacèrent de ne payer aucun des Portugais engagés par le commandant; des deux côtés on convint finalement d’envoyer un courrier au roi pour dissiper les malentendus.

I.es adversaires de Magellan avaient donc réussi à semer la méfiance jusque chez les principaux défenseurs des projets du capitaine, chez de Haro et Fonseca. Le conseil royal s’élait-il effrayé du nombre considérable des l^oiTugais de l’armada et des bruits tendancieux des agents de Don Manuel, d’après lesquels le commandant aurait nourri le plan de trahir le roi Charles et de livrer l’escadre au Portugal ? La réponse qu’attendit l’amiral avec une si vive impatience, n’arriva (ju’après le l 7 juin. Ce fut une décej»tion : Charles F' ne donna autorisation qu’à cinq Portugais de rester à bord de l’escadre ! Magellan dut s’incliner devant cet ordre, qui entraînait un nouveau retard dans l’appareillement des navires, lout aussi net fut le ton d’une réponse royale à Uuy Faleiro, qui avait demandé si son frère pouvait l’accompagner à bord de l’arma la; Charles acquiesça à cette prière, à condition que Francisco Faleiro fût un des cinq Portugais autorisés.

Nous verrons dans la suite avec quelle peine les otîciales parvinrent à compléter les cadres, ayant dû congédier en masse les Portugais, quoiqu ils fussent les meilleurs marins pour l’expédition projetée. Le ^0 juillet, la Casa n’avait pas encore réussi à les remplacer. Ce jour-là, le roi répéta (‘xpressément (pie sa volonté était de ne pas laisser s’embarquer plus de cinq Portugais; les oficiabîs devaient avoir soin que Magellan ne trans

gressât pas cette prescription. Ainsi l’entreprise lancée si brillamment, se traînait lamentablement. La Casa, par la personne dn facteur de Recalde, osa aller jusqu’à prétendre que Magellan seul serait responsable du dommage et du « scandale » qui suivraient, s’il n’obéissait pas en tous points aux ordres royaux.

11 n’en aurait pas fallu autant pour que des gens, moins résolus que le capitaine général à tenir leur parole, abandonnassent la partie et accueillissent avec empressement les propositions que les agents portugais ne se lassèrent pas de lui présenter.

« Trouvant que le moment propice était venu pour lui parler des alîaires que Votre Altesse m’avait ordonnées, dit Sébastien Alvares dans sa lettre du 18 juillet 1519 (*), j’allai voir Magellan chez lui. Je le vis occupé à remplir des boîtes et des pots de conserves. Je voulus marcher droit au but ; prétextant qu’il me semblait, d’après le travail (lu’il faisait, que son néfaste projet s’approchait de la réalisation, je lui avouai que j’étais venu pour m’entretenir une dernière fois avec lui. Je lui rappelai combien de fois, en ami et bon Portugais, je lui avais déconseillé le mauvais pas qu’il allait faire; m’excusant d’avance des choses, désagréables peut-être, que je devrais lui dire, je citai quelques-unes des paroles sensées qu’il m’avait dites antérieurement et qui m’avaient fait espérer qu’il ne partirait pas pour une expédition si nuisible aux intérêts de Votre Altesse. La voie qu’il s’était choisie est plus hérissée d’obstacles <|ue la roue de Sainte-Catherine; pourquoi n’avait-il pas pris celle de Coïmbre et n’était-il pas rentré dans sa patri(‘, dans la grâce de Votre Altesse (jui lui prodiguerait ses faveurs ? J’énumérai tous les dangers, toutes les erreurs aux(|uelles il s’exposait à mon avis, il répliqua qu’en homme fidèle à sa parole, il ne pouvait faire autrement (|ue de continuer l’œuvre qu’il axait commencée. Je répondis qu’il ne convenait pas de baser son honneur sur des infamies, et que sa conduite

(9 Alg. dociim. da Torre du Tombu, [>. iàl. — Lohd Stancp^y of Ai.deri.ey, The first

voyage, etc. Appciidix X. — Traduction anglai.se dans (iuiLi.EMAHD, lue. cil., p. l.‘!0.

Veision espagnole dans NAVAititEiE, Colecciôn, l. tV, p. 15.‘L

mollirait qu’il igiiorail co (jue c’esi l’Iiomieur et la saiiosse ; les jions

dislinf>:ués de Séville le considéraient comme Iraitre, de bas caractère et de sang impur, puisqu’il s’étail engagé dans une alîaire si pernicieuse pour son véritable roi, entreprise (lue lui seul avait montrée, combinée et achevée.

» Magellan me dit (pi’il reconnaissait la faute qu’il allait commettre, mais qu’il espérait sauvegarder les intérêts de Votre Altesse, à qui son expédition rendrait, au contraire, un réel service. Je fis observer que tout le monde approuverait cette déclaration, mais que personne ne la comprendrait. Car comment découvrirait-il les pays auxquels il faisait allusion, sans toucber aux possessions de Votre Altesse? Dans tous les cas, il atteindrait Votre Altesse dans ses ressources, et causerait du tort à toutes les classes de la population du royaume. Ce qui trahit cependant (ju il n avait pas perdu tous sentiments élevés, ce fut une promesse, qu’il m’avait déjà faite autrelois, de retouinet au Portugal, même sans espoir de récompense, si Votre Altesse le faisait raj)peler; si Vous ne lui accordiez aucune gtcâce, il lui resterait toujours la Serra d’Ossa et la vie d’bermite. Il me semble qu’il est très sincère en tout ce qui concerne son honneur et sa conscience. Notre entretien fut si long que je ne sais pas me le rap|)eler complètement.

» Le capitaine, à un moment donne, m invita à lui confier davantage, ce (lue je lui avais communiqué, dit-il, ne venait pas de moi et il me pria de lui révéler ce (jue Votre Altesse m’avait ordonné de lui proposer, de lui dire sur quelles faveurs il pourrait compter. Je protestai, disant que je n’étais pas un homme assez important pour que Votre Altesse m’emploVcât dans une alTaire pareille et que je lui en parlais aujourd’hni comme en d’autres semblables occasions. Ici, il voulut me faire un compliment, m’avouant (pie, si la négociation (pie j’avais commencée avec lui finissait bien, sans intervention d’autrui, Votre Altesse pouvait être tranquille. .Mais Nuno Ribeiro

lui avait déjà dit certaines choses insensées; Joào Mendez également avait beaucoup promis mais sans rien garantir, et le capitaine énuméra les récompenses que Votre Altesse lui avait offertes par l’intermédiaire de ces deux envoyés. Il se plaignit du destin et m’assura (pi’il avait songé bien des fois à la situation créée; mais rien, ajouta-t-il, ne le justifierait d abandonner

un prince qui lui avait moniré une si grande bienveillance. Je ré|)ondis qu’une conduite franche et conforme à sa bonne réputation exigeait qu’il fit son devoir et qu’il ne méprisât pas les faveurs qui l’attendaient de la part de Votre Altesse. Je le priai d’examiner en toute conscience, d’une part les mobiles qui lui avaient fait quitter sa patrie, c’est-à-dire une augmentation de cent reales de moradia que Votre Altesse ne lui accorda pas, ne voulai)t pas violer ses lois ; d’autre part, les deux séries d’ordres promulgués par le roi Charles, en contradiction avec les siens, et de se décider, après avoir comparé le dernier affront au premier, à écouter la voix de l’honneur.

» Magellan fut très étonné de me voir si bien informé; il me dit alors toute la vérité, que le courrier était parti, et d’autres détails que je connaissais déjà. Il me répé>a qu’il n’entrevoyait vraiment pas la raison pour laquelle il se retirerait de l’entreprise, si toutes les stipulations des capitulations s’exécutaient normalement; puis, il voulait d’abord savoir ce que ferait Votre Altesse. Que pouvait-il désirer davantage, insistai-je, que de voir les ordres royaux? En outre, Ruy Faleiio, ne raconte-t-il pas en public qu’il ne suivra pas le farol de .Magellan et qu’il naviguera vers le sud, et que dans toute autre situation il ne partira pas? iMagellan croit partir comme le chef de l’armada, mais je sais que d’autres partiront avec lui, en opposition avec lui, ce qu’il apprendra seulement lorsqu’il sera trop tard! Il ne devait pas trop se fier aux paroles mielleuses de Fonseca. Le moment de se décider était enfin venu : il me donnerait une lettre pour Votre Altesse; j’irais défendre sa cause auprès de la Cour, par simple amitié pour lui, car je n’avais reçu aucune instruction olïicielle, et les démarches (pie j’avais commencées, je les faisais absolument à titre personnel.

» Il ne voulut rien me dire de décisif avant le retour du courrier qui devait apporter la réponse du roi, et notre conversation en resta là... J’ai parlé deux fois avec Ruy Faleiro; mais à tout ce (pie je lui exposai, il me répondit invariablement qu’il ne pouvait pas agir contre un roi qui lui avait prodigué tant de faveurs ! Il me fait l’impression d’un homme qui n’est (las sain d’esprit; son génie lamilial parait lui avoir enlevé toute la sagesse (pi’il a dû posséder antielois. Je pense (pie, si Magellan était gagné, Ruy Faleiro suivrait sans dilliculté. »

MAGEI.LAN. LA QUESTiOiN OES MOLUQUES

La l(‘llre du roi à laquelle Alvares fail allusion et que Alai>ellau alleudail si impaliemment, se rapporte sans doute aux allribulious de J. de (vartai^ena; les craintes du capitaine général ne furent heureusement pas contirmées et il put faire part aux oHciales que, par rititerinédiaire du veedor même, il avait reçu une instruction, dans laquelle il est certilié que de (lartagena n’était pas investi d’ordres contraires aux siens (‘). I^a malice du diplomate portugais se trouva donc déjouée; Magellan n’écrivit jamais de lettre à ü. Manuel pour lui demander de le rappeler officiellement; son honneur, au(|uel Sel). Alvares lui-même avait dû rendre hommage, lui interdisait cette démarche. Sans doute, si D. Manuel avait voulu reconnaitre son erreur et inviter Magellan à venir à Lishonne, il n’est pas impossible (|ue le capitaine eût obéi, même s’il n’avait pu exécuter dans ce cas son plan de rejoindre son ami Serrao (“^); nous connaissons plus d’un exemple illustre de gens qui cherchèrent à se consoler en Üieu de l’ingratitude du monde; rappelons celui de D. ,Ioâo de Castro et son ermitage de Penha Verda (-^), qui appartient sensiblement à l’époque que nous envisageons ici.

Magellan et Faleiro furent directement intéressés au procès que le fiscal des Indes, le licencié de Prado, avait Intenté à leur associé de la première heure, le facteur Juan de Aranda. Est-ce une des causes qui contribuèrent à remettre de nouveau le départ de l’armada? On se rappelle que de Aranda avait obtenu, |>ar contrat du février 1518, la huitièm.e partie des profits éventuels de l’expédition ; depuis le mois d’octobre au plus tard, le conseil des Indes avait été saisi de cette négociation, on ne sait par (|uel intermédiaire. Le facteur n’avait pas cherché d’ailleurs à cacher le contrat qu’il venait d’extor<)uer aux deux Portugais; Christ, de Haro connaissait parfaitement l’accord du 23 février, puisque de Aranda l’avait communiqué

(1) Navabrete, Colecciôn, t. IV, p. li.

(2) Guillemard, loc cil.., p. 131, n. 1, voit dans l’allusion à Serra d’Ossa une fine raillerie de la part de Magellan.

(3) Martins, Porlugal nos mares, p. 135.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE

à plusieurs de ses parents à Rur^os ('). Le marchand aurait-il incité l’astronome à dénoncer la négociation, ou la conduite de J. de Aranda aurait-elle élé signalée au conseil du roi par ses deux collègues de la Casa, notamment par J. Lopez de Recalde

Par cédule du 19 octobre lol8, signée de Saragosse, le lieutenant de l’assisianle de Séville, le D" Juan Fern. de la Gama, avait été chargé de recevoir secrètement les dépositions de Magellan et de Faleiro; l’interrogatoire de Magellan eut lieu le 19 avril à Barcelone, et mit entre autres choses au jour que le capitaine, tenu par son contrat avec de Aranda, n’avait pas pu formuler les prérogatives qu’il aurait voulu solliciter du roi, et qu’il avait dû se contenter de beaucoup moins {^). Le 6 novembre 1518, devant 1 escribano du roi et le notaire public, les deux Portugais répétèrent l’un après l’autre leurs déclarations (^). Juan de Aranda ne présenta pas moins de neuf mémoires, outre sa déposition préalable, pour prouver qu’il n’avait accepté les profils en question qu’en retour des multiples services qu’il avait rendus aux deux transfuges, s’étant aperçu des eflforts de l’ambassadeur du Portugal pour faire rentrer Magellan et Faleiro dans leur patrie. Il rappela qu’il avait acheté les navires de l’expédition et s’était donné beaucoup de peine pour trouver de bons équipages; il avait dépensé plus de 1,500 ducats pour venir en aide à ses protégés en une foule d’occasions. Ses intentions avaient été pures, jura-t-il; il ne se sentait coupable de rien, si ce n’est d’avoir accepté ce que les Portugais lui avaient accordé de leur propre gré!

Le "2 juillet suivant, le licencié prononça comme suit son jugement devant le conseil des Indes : « Aranda a réellement commis un délit; comme facteur de la Lasa de Séville, il n avait ni à demander ni à recevoir des grati-

(9 Arch. de Indias, t, 2, i/^, num. 3. Inventaire d’Asensio, n” 12' (cité par erreur n“8). — Medixa, Colecciôn, t. I, p. 28.

(9 Lorsqu’on 1323 Juan de Aranda put reprendre son poste à la Casa, il réussit très peu de temps après, à faire suspendre J. L. de Recalde dans ses fonctions de contador,

sous prétexte d incapacité dans l’équipement d’une armada contre les corsaires français

Heurera, loc. cil., dec. III, lib. IV, cap. XXL

(3) Arch. de Indias, 1, 2, V,, num. 3. Inventaire d’Asensio, n"10. — Médina, Colecciôn, t. I, p. 54.

(9 Médina, Colecciôn, t. I, p. 21.

232 MAGELLAN. LA QUESTION DES MOLUQIIES

licalioiis ou promesses, ce (jui esl contraire aux sermetiis prêtés à son entrée en fonctions et à la lidélitc envers le roi; pai' consé(pient, il perdra le dit huitième ainsi que son poste d(‘ facteur de la (iasa, en dehors des punitions ordinaires et extraordinaires, se rapportant à panulle faut(‘, selon les lois de ces royaumes (') ».

Le 20 juillet lol9, de Âranda interjeta appel de cette décision; du 23 juillet au 5 août, le procès fut plaidé à nouveau devant le conseil des Indes, présidé par révè(|ue de Hurgos, assisté de I). (Jaicia de Padilla, du licencié Zapata, du prolonotaire Pierre iVIartyr, et en présence du secrétaire royal Francisco de los Cohos. Il s’agissait de savoir si iMagellan et Faleiro n’auraient pas fait un contrat plus avantageux pour le roi, si de Aranda n’était |)as intervenu et si, dans ce cas, les intérêts de la couronne n’auraient pas été mieux sauvegardés ("^) ? Le liscal opina pour l’anirmative et sanctionna simplement la sentence de la première session. Magellan et Faleiro n’eurent qu’à se féliciter de l’issue du procès; de Aranda leur avait bien rendu quelques services, mais il leur avait imposé de lourdes et injustes obligations. L’évèque Fonseca, de son côté, n’avait plus à craindre dorénavant l’immixtion de tierces personnes dans ses rapports avec les navigateurs portugais.

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