Ruy Faleiro n’accompagne pas Magellan; dernière remise
du départ.
De toutes les difficultés qui contrarièrent l’équipement des navires à la dernière minute, aucune n’exaspéra davantage Magellan que l’ordre par lequel il fut interdit à Ruy Faleiro de partir pour motifs de santé, et qui nomma .luan de Cartagena (^) comme personne conjointe, « conjunta per-
p) Médina, Colecciôn, p. 42.
(2) Idem, ibid., p.
(3) Cédule royale du 26 juillet 1519, Barcelone. Mais Buy Faleiro est encore nommé, avec Magellan, comme « capitaine de la llottille », dans un document royal daté du 6 août 1519. — Arch. de Indias, 1, 2, 2/2, num. 5. Inventaire d’Asensio, 11® 14.
ET LA PREMIÈRE CfRCUMNAVIGATION DU GLOBE.
sona » du commandant. Charles chargea l’astronome de s’occuper des préparatifs d’une seconde expédition aux Moluques. Herrera prétend que la cause réelle du nouvel arrangement fut le désaccord entre les deux capilaines généraux, à propos de la prérogative de la garde de l’étendard royal et du farol (>). .Magellan, dans sa réponse aux oficiales, le Sancho de Matienzo et Juan L. de Recalde, déclara qu’il ne consentirait pas à ce que Faleiro restât à Séville, si son frère Francisco n’était autorisé à partir avec lui comme capitaine de navire, et si Ruy ne remettait à la Casa, ou à lui personnellement, ses méthodes d’observation des longitudes et les instructions correspondantes (^). L’amiral obtint bien, par l’intermédiaire de la Casa ('^), les précieuses indications astronomiques de son collègue, comprenant trente chapitres, dit Barros, (^) mais Francisco Faleiro resterait en (iastille.
L ambassadeur portugais da Costa avait déjà annoncé, le 28 septembre 4ol8, que l’astronome ne disposait plus de toutes ses facultés intellectuelles. Alvares, naturellement, renforça encore cette note, ajoutant que les deux commandants n’étaient même pas d’accord sur l’itinéraire du voyage. Ce manque d harmonie entre les chefs de l’expédition, exagéré sans doute par les agents portugais, dut engager Fonseca à retenir Faleiro à Séville; là, entouré des soins de son épouse, de son père et de Francisco, arrivés tous en Castille avant le 18 juillet (^), le malade, croyait-on, se rétablirait certainement. L activité de Ruy, en tant que promoteur de Texpédition, finit ici; l’astronome, en elïet, ne recouvra sa lucidité d’esprit que par périodes, celles-ci de plus en plus esj)acées. Nous pouvons achever [lar conséquent ici ce que nous savons des dernières années du principal collaborateur de Magellan.
On est assez bien renseigné à ce sujet par une série de pièces de justice
U) Loc. cil., dec. Il, lib. R, cap. IX. — Argensola, Anal, de Arag., lib. I, cap. LXXIX p. 740.
(2) Médina, Colecciôn, t. I, p. 106.
(3) Idem, ibid., p. 108.
(^) Loc. cil., dec. III, lib. V, cap. X.
(3) H. Barrisse, Discovery of Norlh America, p. 717.
MAGELLAN. LA OGKSTION DES MOLÜQUES
provenaiil du procès de son frère Francisco avec l’épouse de l’asironome, Fva Alfonso, assistée du célèbre cosmograpbe Diego Hibeiro.
Nous apprenons que Kuy Faleiro tomba sérieusement malade, peu après le départ de l’armada. Sa femme, d’après une déposition de Francisco, l’abandonna presque aussitôt, et rentra en Portugal avec leur enfant, contre le désir de son mari; elle resta dans ce pays, à Cubillan, jusqu'en 4 528, sans consentir à revoir ou à écrire même à Faleiro. Étant plus ou moins rétabli, l’astronome se rendit à son tour dans sa patrie, pour y compléter sa guérison et rejoindre son épouse; mais avant d’atteindre (Cubillan, il fut saisi par ordre du roi de Portugal et emprisonné, il resta enfermé |)endant six mois, puis fut transporté à Linarès, à quatre lieues de Cubillan, où on le retint encore quatre mois. Tout le temps que dura son emprisonnement, ni Eva x\lfonso ni son beau-père ne lui rendirent une seule visite; au contraire, ils lui enlevèrent son unique serviteur, l’esclave nègre qui le soignait, sous prétexte qu’il leur appartenait!
Francisco Faleiro s’était adressé à la Cour de Charles pour obtenir la délivrance de son frère. Ruy, de son côté, avait envoyé au roi deux suppliques : dans l’une, remise par Francisco au cardinal-gouverneur de la Castille ('), il demanda en même temps de lui payer le tiers de son traitement. Francisco reçut finalement les pièces sollicitées en faveur de son frère; au péril de sa propre vie, il alla en Portugal et y saisit la justice de l’affaire. Il rentra avec son frère à Séville, au même moment pour ainsi dire que rentra dans le port le navire N. Anloiiio, de l’armada de iVlagellan, qui avait fait défection dans le détroit sud-américain (^).
Huy s’occupa dans la suite de l’équipement des nouvelles flottilles à destination des Alüluques. Le 22 mars 1523, il supplia le roi de pouvoir toucher
(1) Lettre de la Casa au cardinal-gouverneur, du 31 juillet 1320. — Arch de Indias, 2, 3, '•/g. Inventaire d’Asensio, n“ 22.
(2) Arch. de Indias, 1, 2, 1, num. 14. — P. Pastills, loc. cit., p. 374 ; « nous avons payé Ruy Faleiro et son frère Francisco, venus à l*âques de la prison de Portugal, car ils se trouvaient sans la moindre ressource, et pour qu’ils restent ici, en vertu des ordres de Votre Majesté ». Lettre des Oliciales, du mois de mai 1321, Séville.
ses émolumenis de capitaine de l’expédition de Magellan ; il ajouta qu’on venait de lui faire de nouvelles propositions pour rentrer au Portugal, mais il avait énergiquement refusé d y donner suite. Il demanda l’autorisation d’envoyer à son propre compte un ou deux navires en Orient, et offrit de laisser au roi le tiers des bénéfices totaux (’). Dans une deuxième lettre, datée du même jour, il insista de nouveau pour qu’on lui payât sa solde, et préconisa l’envoi régulier, tous les ans, d’une armada aux Indes (^). Les années suivantes, le malheureux perdit de plus en plus ses facultés intellectuelles; il devint finalement fou furieux (^). Le 9 septembre 1526, le roi chargea Francisco de la garde de son frère, moyenttant une certaine rémunération mais le 9 novembre, Charles 1°^ revint sur sa décision, à la prière de Diego Hibeiro et d’Eva Alfonso; il ordonna de confier Ruy aux soins de son épouse et de lui payer les appointements de son mari, si elle acceptait de rester auprès de Ruy (»). Eva Alfonso continua toutefois à résiderait Portugal, ne venant à Séville que pour toucher l’argent; une cédule du 12 avril 1527 («) révoqua donc la disposition en sa faveur. En 1530, de nouveaux appels en justice d’Eva Alfonso et de Francisco Faleiro eurent lieu (’). Le procès traîna en longueur jusqu’à la mort de l’astronome, survenue on ne sait exactement à quelle date, mais certainement à une date postérieure à 1544, puisque les deux Faleiro sont encore
(C Arch. de Indias, i, 2, Vn num. 22. — Médina, Colecciôn, t. I, p. 814. Inventaire d’Asensio, n“ 33.
(2) Ibid. — Médina, Colecciôn, l. I, p. 313. Inventaire d’Asensio, n° 34 : « le roi entendrait mieux ses intérêts, ajouta-t-it, s’il voulait m’envoyer, avec mes cartes, mes instruments et mes connaissances, dans l’Inde, de préférence à tout autre capitaine, car personne ne s’y connaît comme moi ! »
(3) Arch. de Indias, 52, 6, -1/13, num. 2. Inventaire d’Asensio, 11° 131.
{^) Ibid., 139, 1, 7, libro 11, fol. 166 v°. Inventaire d’Asensio, n“ 176.
(3) Ibid., 139, 1, 7, libro 11, fol. 296. Inventaire d’Asensio, n° 177.
(6) Ibid., 139, 1, 7, libro 12, fol. 70. Inventaire d’Asensio, n® 179.
(t) Ibid., 49, 6, 9/39, num. 2. Inventaire d’Asensio, n» 132. — Ibid., 148, 2, 4, libr. 7, fol. 191. Inventaire d’Asensio, n® 206 : document du 24 septembre 1640, contenant une supplique de Francisco, adressée à la Casa de Séville, pour qu’on lui paie, par anticipation, le dernier tiers de son traitement et de celui de son frère; il y est dit que Buy est toujours malade, et vit dans l’indigence!
MAGEI.LAN. LA QUESTION DES MOLUQUES
moiilionnés ihms les listes de payement du 23 octobre 1543 et du 30 décembre 1544 (^).
Par une pétition du KJ mai 1531, le conseil des Indes appuya une demande de Francisco, tendante à voir porter sa solde* à 50,000 maravédis (au lieu de 35,000) et à être admis comme « contino » ou garde du corps du roi; il resterait cependant attaché en qualité de cosnntgraplie à la Casa de Séville, où il rendait de réels services (-). Nous le trouvons encore cité comme pilote de la (Jasa en 15(J(J; il assista, en cette année, à la junte des pilotes (pii devaient examiner si les iles Philippines appartenaient de droit au domaine de la Castille ('^).
.Magellan a dû être tristement surpris de voir (pie le roi n’accorda pas raiigmentation de solde qu’avaient sollicitée jusqu’à deux reprises les meilleurs de ses pilotes. Par une lettre du 30 juin 1519, Juan Rodr. Serrano, Andres de San-Martin, Juan Rodr. Mafra et Vasco (jallego, demandèrent en effet pour la seconde fois d’être rétribués comme Juan Carabalbo et les pilotes portugais en général qui servaient dans les expéditions de l’Inde et de l’Extrême-Orient, c’est-à-dire à raison de 3,000 maravédis par mois, pendant toute la durée du voyage Par la dernière cédule avant le départ, le roi confirma seulement ce qu’il leur avait accordé par la cédule du 5 mai précédent : exemption de payement de loyer à Séville, privilèges de chevalerie, outre une année de solde payée d’avance (^).
Le décret du 26 juillet 1519, ordonnant à Ruy Faleiro de rester à
(1) Archiv. de hidias, 148, 2, 4, libro 8, fol. 279, et libro 9, fol. 153 v“. Inventaire d’Asensio, n“ 207 et 208.
(2) Navaurete, Colecdéii, t. V, p. 33i. — Ces docuinents prouvent, entre autres, que les deux Faleiro ne peuvent pas être identifiés avec leurs homonymes Ruy et trancisco Faleiro, dont Sousa Viterbo, dans Traballios iiaulicos, t. 1, p. 96, énumère les services rendus au Portugal durant les années 1524, 1526 et 1527.
(3) Arch. de Indias, 139, 1, 11; 9 juillet 1566. — M. de la Püente y Olea, loc. cit., p. 351.
(4) Arch. de Indias, 1, 2, i/i, num. 9. Médina, Colecciôn, t. I, p. 84. Inventaire d’Asensio, n« 12.
(5) Herrera, loc. cil., dec. Il, lib. IV, cap. IX.
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE
Séville, rappela encore que le roi avait appris que dans l’armada s’étaient enrôlés dix-sept grumetes (jeunes marins) portugais. Puisque la Casa avait trouvé des grumetes, natifs de ses royaumes, il ne permit pas que les Portugais s’embarquassent, ni dans l’expédition de Magellan ni dans celle d’Andres Nino; il fallait se tenir strictement au nombre d’étrangers, fixé antérieurement ; de même les dispenseros (dépensiers) et escribanos (comptables) engagés par Magellan, ne devaient être admis qu’à condition d’être originaires de l’Espagne ('). Le capitaine général protesta qu’il n’avait que deux dépensiers portugais, dont l’un s’était marié à Séville et l’autre était son propre serviteur ; tous les deux jouissaient de sa confiance et sauraient rendre bon compte de leurs fonctions. Quant aux simples marins, le commandant déclara qu’il avait accepté ceux que les mestres lui avaient présentés; la cédule du 5 mai 1519 l’autorisait, en effet, d’enrôler ces gens « s’il les trouvait à son goût, puisque lui, Magellan, était seul compétent dans cette affaire». Il obtint en outre qu’aucun des Portugais qui auraient à remplir des postes élevés à bord des navires, ne serait éloigné, à moins de contre-ordre exprès de la part des oliciales. Il pria donc la Casa de ne plus s’opposer à l’embarquement de ses équipages, car il ne pouvait se séparer d’eux qu’en abandonnant l’entreprise tout entière ; les facteurs seuls, dans ce cas, seraient responsables de l’échec de l’expédition, les navires étant maintenant prêts à mettre à la voile, et les ordres d’appareiller étant distribués aux capitaines et aux pilotes (^).
Il est pénible de lire la longue information du 9 août 1519, c’est-à-dire (le la veille même du départ ; cette pièce constitue une véritable plaidoirie (le Magellan contre les accusations de la Casa d’avoir enrôlé trop de Portugais ('^). Parmi les personnes dont le commandant invoqua le témoignage, se trouvent les noms de G. G. de Espinosa, de Mafra, des Génois Baltbazar et Juan Bautista ; tous ces gens avaient été envoyés dans divers ports de
(i) Arch. de Indias, 1, 2, '*/(> num. 8. — Navaurete, Colecdân, t. IV, p. 156. Inventaire d’Asensio, n° 13.
Navarrete, Colecciôn, t. IV, doc. Xtll, p. 129.
(3) Arch. de Tndias, 1, 2, i/i. num. 6. — Meüina, Colecciôn, i. I, p. 91. Inventaire d’Asensio, n° *5.
ma(;i<:llan. la qukstion des moleqdes
l’Espagne pour y enrôler des natifs du pays : G. G. de Espinosa, alguacil de l’armada, à iMalaga; Daltliazar Genoves, mesire du Sanliago, avait parcouru la même ville, muni d’argent comptant pour conclure immédiatemeut les engagements ; Juan Hautista, mestre du vaisseau-amiral, s’était rendu jusqu’à deux fois à Gadix avec ime lettre du facteur Matienzo, dans laquelle étaient énumérées la solde et les faveurs spéciales accordées à tous les participants à l’expédition. Or, le manifeste n’avait pu être publié à cause de l’opposition du contador de la Gasa, J. Lopes de Recalde, le collègue de Matienzo ! En dehors de Séville, où le crieur public avait annoucé dans les rues et sur les (|uais le prochain départ de l’escadre et invité les marins castillans à s’enrôler, Alagellan avait expédié dans d’autres localités Diego Martin, personne de confiance du capitaine général. Antonio Fern. Golinenero et Seb, del Gano, ainsi que plusieurs amis et parents de Magellan qui ne pouvaient pas déposer dans l’affaire, tels que Barbosa, Serrano, de Arauda. Ges témoins déclarèrent avant toutes autres choses que le capitaine en chef ne leur avait pas ordonné de faire les dépositions qui allaient suivre. Toutes les réponses furent favorables à Magellan et tendirent à le décharger des soupçons inqualifiables de ses adversaires. Il ressort de cette enquête, que les motifs qui empêchèrent les marins espagnols de s’engager, ce furent l’insuffisance de la solde et leur aversion à servir sous un capitaine jiortugais (1).
Le roi autorisa finalement Magellan à emmener dix ou douze Portugais à désigner par le Conseil, et autant à choisir par le commandant ; en réalité, plus de trente-sept Portugais figurèrent sur les listes des é(|uipages. Dans les comptes de la Gasa, faits après le retour de la Victoria, leurs noms sont accompagnés d’une remarque qui montre bien l’état d’esprit des Espagnols, même après le succès de l’expédition : « à juger par le conseil de l’Inde, s’il y a lieu de leur accorder la solde (-) ».
(D Médina, Colecciôn, t. I, doc. XIII, p. 91.
(2) Idem, ibid., t. 1, P- G78. — Castaniieda, loc. cit., liv. VI, cap. VI, cite, parmi les trente Portugais qui servirent à bord des navires, les noms suivants ; Alvaro de Mezqiiita destremoz, et un da Silva de Coïmbre, Martin de Magalhàes, Estevâo Diaz, fils d’un abade de Beira, (îomçala Hodrignoz Ferreyro, natif de Leyria, Afonso (ionçalvez, natif de Serra da Estrela, iNuno, criado du comte de Vila-Nova, et Babeto.
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE
Parmi les participants à l’expédition, on trouve d’ailleurs représentées presque tonies les nationalités de l’Europe ; les Italiens, au nombre de vingt-sept, furent les plus nombreux ; parmi eux, les Génois et les Vénitiens jouirent de la réputation d’être les meilleurs pilotes et maîtres. On y compte cinq Flamands, principalement des bombardiers (^), métier qu’exercèrent également la plupart des Allemands de l’escadre ; dix-neuf Français (-), un Anglais, des nègres, des Arabes même, beaucoup de gens de Riscaye et des îles Açores et Madère, en tout 380 hommes au moins (").
Jusqu’au dernier moment, iVIagellan se déclara disposé à remplacer ces étrangers, en premier lieu les Portugais, par des sujets de la Castille, s’il les trouvait capables et si leurs exigences n’étaient pas excessives. Plusieurs de ses compatriotes reçurent donc au dernier moment ordre de se retirer, entre autres deux membres de la famille du commandant, qu’il réussit cependant à faire accepter comme pilotes de la Casa : Pedro de Abreo, à 25,000 maravédis de trailemenl annuel, et un Miguel de Mezquita (^) (frère (?) des Alvaro et Martin de Mezquita, « sobrino de Magallanes (^) », servant dans la flottille), (jui toucha 15,000 maravédis de solde par an pendant l’absence de Magellan (*^).
(1) Pedro de Urrea et Roldan de Argote ou Arbot(e), 21 ans, de Bruges; maeslre Pedro, de Bruxelles; Antonio Flamenco et Joan Flamenco, d’Anvers. Des Flamands se rencontrent à bord de beaucoup de navires portugais de l’époque, le plus souvent comme bombardiers. Voir Cartas de Aff. de AWuquerque, t. Il, pp. 101-104, et Prosp. Peragallo, Cenni intorno alla colonia ilaliana in Porlogallo nei secoli XIV, XV, XVI. Miscellanea di Storia Italiana. Torino, 1904, p. 68, n. 3.
(2) Treize Français, d’après P. Gaffarel, qui les cite dans sa traduction des Huit Décades de P. Martyr, d. VH, p. 488, n. 2.
(3) Arch. de Indias, 1, 2, i/i» num. 6 : liste des participants au voyage. — Navarrete, Colecciôn, t. IV, p. 12. — Médina, Colecciôn, t. 1, p. 113. — O. Kôlliker, loc. cit., Tafel 8.
{^) Arch. de Indias, 46, 4, t/yQ, fol. 77 v“. Inventaire d’Asensio, n° 169. Il reçut régulièrement, à partir de 1523, la somme de 13,000 maravédis par an, en récompense de ses services et de ceux de son oncle Magellan.
(5) Ibid., 129, 1, 6, libro 9, fol. 33 v°. Inventaire d’Asensio, n® 168.
(6) Ibid., 1, 2, 1, num. 14. Lettre de la Casa au roi, de mai 1321. — Herrera, loc. cit., dec. H, lib. IV, cap. IX : « i que Magallanes no llevase consigo à Martin de Mezquita, ni à Pedro de ALreo, por tenerlos por inquietos ».
Le lendemain de celle Immilianle itïslmclion, un mercredi, le 10 août 1S19, les navires qnitlèrenl le porl de las Mueles, en rade de Séville, el descendirent la rivière, conformémenl à une recommandation de la Casa el « pour (|ue, disail-elle, le capitaine ne nous accuse pas de retarder le départ de rex[)édilion ».
On voit clairement par ces derniers rapports que la bonne entente ne régnait plus entre Magellan el les oliciales. Un document trouvé aux archives de Séville parle en termes couverts d’un « scandale » auquel furent mêlés les précédents et le trésorier Luis de Mendoza, capitaine du navire Victoria ; à la suite des révélations, deux Portugais furent congédiés pour raison d’indiscipline. Ilerrera (^) rapporte que de Mendoza fut invité par le roi à se soumettre aux ordres de Magellan et à ne plus discuter avec lui sur certaines questions touchant l’expédition. Le marin Üiego Martin, de Huelva, fut signalé par les oliciales comme « reportador de parleria » ou délateur, et comme une des personnes qui furent la cause de la violente dispute avec le commandant; la Casa refusa même de lui payer sa solde, sous prétexte que Magellan l’avait nommé maeslre de la Victoria^ contrairement à la volonté (les oliciales, quoiqu’il fût incapable de servir même comme simjde marin ; « le capitaine général, remarquèrent-ils, l’alTectionnait à cause de sa conduite dans l’incident de Mendoza (^) » . De telles mesures avaient sans doute une cause plus ini|)orlante qu’une simple divergence de vues. Mendoza, qui se distinguera si tristement au complot de la haie de Saint- Julien, dut être condamné déjà à celte occasion par le conseil du roi; par contre, nous trouvons üiego Martin cité au nombre de ceux à qui Charles I®'’ accorda les insignes de chevalerie avant la mise à la voile de la flottille ('^).
P) Loc. cil., dec. Il, lib. IV, cap. tX.
(2) Médina, Colecciôn, t. I, p. 2Ül.
(3) La plupart des autres qui reçurent le même privilège, furent des pilotes de renom : Juan Rodr. Mafra, quatre personnages du nom de Pinzon (Juan, Vicentianes, Andrez Gonz. et un quatrième), Alv. Al. Noto, Al. Gonçalez de Palos, Diego de Lepe, Miguel Alonso, capitaine, Gomez Munoz, cliapelain royal. — Arch. de Indias, 139, 1, 6, libre 8, fol. 146. Inventaire d’Asensio, n° 160.
Un service solennel avait élé célébré avant le départ des navires, à l’église du couvenl de Santa Maria de la Victoria, à Triana, sur l’aulre rive du Guadalquivir. Sancho Martinez de Leiva, assistenle de Séville, l’autorité suprême par délégation du roi, y remit l’étendard royal à 3Iagellan, agenouillé devant l’image de la Vierge, patronne du couvent. Fait digne de remar(|ue : un étendard royal n’avait jamais été remis jusqu’ici qu’à des sujets de la Castille ; or, iMageilan n’avait pas obtenu, disait-on ('), les lettres de naturalisation comme, par exemple, Améric Vespuce et quelques autres étrangers de marque. Le commandant jura qu’il accomplirait, en fidèle serviteur du roi, tous ses engagements et mènerait l’entreprise à bonne fin; les capitaines et ofticiers lui promirent là-dessus sous serment de le suivre dans la voie indiquée, et de lui obéir en toutes choses !
Le départ de la première flottille vers les iMoluques doit avoir été un événement d’une certaine importance pour les habitants de Séville (-). L’historien Mexia (■’) l’a noté dans ses mémoires, mais sans commentaires; Pigafetta rapporte que les navires appareillèrent en déchargeant toutes leurs bouches à feu.
L’escadre jeta l’ancre à l’embouchure du fleuve, à San Lucar de Barrameda, ou plus exactement, d’après Pigafetta, au port de Bonanza, le nom de San Lucar ne s’appliquant qu’au château du duc de :Medina Sidonia; dans ce port avait été établie une dépendance de la Casa de Séville. C’est là que Magellan reçut les dernières cédules royales, datées du mois d’août, de Barcelone, à propos du remplacement des marins, grumetes, dépensiers et escribanos portugais Le 6 août 1519 (^), une nouvelle instruction
(■*) iM. DE LA PüE.NTE Y Olea, Trab. geogr. de la Casa, p. 19o.
(2) Une cinquantaine de navires par an, en moyenne, partirent pour l’Amérique. Voir le nombre de bâtiments sortant de Séville vers le Nouveau Monde dans F. de Laiglesia, Los Caudales de Indias en la /«'« mitad del siglo XVI. Madrid, 1904, in-8“, p. 19. — Estudios Historicos. Madrid, 1908, p. 31ti.
(3) Silva de varia lecion agora nuevamenle emmendada. Sevilla, édition de 1547, Coloquio del Sol, p. CH v°.
(4) Arch. de Indias, 1, 2, Vi, num. 8. — Navarrete, Colecciôn, t. IV, p. 156. — Inventaire d’Asensio, n® 13.
(3) Arch. de Indias, 1, 2, 52/2, num. 5. Inventaire d’Asensio, n° 14.
Stipula que du produit total de l’enlreprise, tant des marchandises que du butin, la vingtième parlie serait alTeclée au rachat de captifs chréti(*iis et à des œuvres pieuses; les biens des membres des é(|uipafîes, morts au cours du voyage sans testament ni héritiers légilimes jusciu’au (pialrième degré, auraient la môme destination. La présente ordonnance frapperait toutes les expéditions qui seront envoyées à la suite de celles de Magellan et de G.-(i. Davila. Un certain Francisco de Valenzuela fut désigné comme trésorier des dits vingtièmes.
C’est vers cette date également que Magellan envoya au roi le précieux mémoire dans lecpiel il fixa la situation géograpbiciue des Molu(jues et des principaux points du globe, que nous avons reproduit in (*xtenso.
L’escadrille resta plus d’un mois au port de San Lucar, non seulement à cause des vents défavorables, parait-il, mais aussi parce que la présence du capitaine en chef fut sans cesse exigée à Séville pour l’ac(|uisition des derniers articles et pour compléter les cadres des équipages. Lorsque les navires prirent finalement la mer, le personnel n’était pas encore au complet; aux Canaries, en effet, plusieurs marins durent être enrôlés à la bâte. Le départ de l’Lspagne n’eul donc probablement pas lieu sous les- meilleurs auspices; au lieu des acclamations et des vœux de réussite de toute une population, nous constatons beaucoup de méfiance de la part des Espagnols; du côté portugais, nous apprenons le pieux souhait de l’agent Alvares : « Que Dieu leur réserve un voyage plus désastreux que celui des Corte- Heal! .>