L’EXPÉDITION DE MAGELLAN
I. — La traversée de rocéan Atlantique; de Séville au Rio de La Plata.
I^(* :20 sepleinhre (^) t5l!), la Houille quilla le pori de San Lucar; la veille, dil l^igafella, les équi|»ages avaient assisté à la messe et étaient allés à confesse à l’église de Nnestra Senora de Barrameda, près de San Lucar, le commandant donnant le pieux exemple. Le lendemain, une brise favorable s’étant levée, les navires mirent le cap directement sur le sud; les Canaries furent indiquées comme premier point de relâche. Les ordres du roi à Magellan, relatifs à la communication de l’itinéraire aux pilotes, doivent être interprétés sans doute dans ce sens, que le commandant était tenu de désigner toujours l’escale suivante (^) et de demander l’avis de ses capitaines seulement pour la navigation proprement dite.
Le voyage aux Canaries se faisait babituellement en six jours; la flottille
(U PiGAFETTA ; le 21 septembre, d’après le Routier du pilote génois, et Barros, loc. cit., dec. Ut, lib. V, cap. Vtll; au mois de janvier 1520, d’après Castanhera, loc. cit., dec. Itl, lib. VI, cap. VL
(2j PiGAFETTA, Bibl. uot., I*aris, manuscrit français 5650 G : « loutesvoyes il (Magellan) ne declaira point entièrement le voyaige qu’il vonloit faire atlin que ces gentz par estonnement et peur ne voulussent l’acompaigner ». Nous reproduirons le texle français, quand celui-ci rend mieux l’idée de l’auteur que le texte ilalien, publié par A. da Mosio, Raccollu Commiss. Colomhiana, parte V, 3.
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU CLORE
toucha en effet le 20 septembre (*) à Ténériffe, le point cl’atlache obligatoire pour toutes les expéditions espagnoles au Nouveau Momie. Ayant passé deux ou trois jours à Ténériffe pour |)rendre de l’eau et du bois, on alla Jeter l’ancre à Monte Rosso, dans la même ile, pour y charger de la poix, ou, d’après Herrera, pour y attendre la caravelle qui devait leur apporter eel article. Un courrier de la Casa y rejoignit l’armada, selon les comptes de Cb. de Haro; Correa (^) ajoute que Magellan reçut par cet intermédiaire une information de Diego Barbosa pour l’avertir des intentions malveillantes de certains de ses capitaines, qui avaient ouvertement déclare (|u’ils s’insurgeraient contre lui à la première occasion. Le commandant aurait répondu qu’il ferait son possible pour ne pas leur donner de motif de mécontentement; bons ou mauvais, il tâcherait de s’entendre avec les officiers que la Casa lui avait procurés, et de travailler en commun avec eux pour le bien du roi et du pays. Barbosa montra cette lettre aux oficiales, qui auraient loué la modération de Magellan.
Le 3 octobre (^), à minuit, la lloltille reprit la route vers le sud-ouest; le lendemain à midi, on avait fait douze milles et l’on passa le parallèle de 27“ de latitude nord; les jours suivants, la course fut tantôt sud tantôt sud et ouest. Le 3 octobre, très tôt dans la matinéi', le N. Anlonio s’approcha du vaisseau amiral pour se renseigner sur la direction à suivre; le pilote répondit qu’on ferait route vers le sud et smM/4 ouest. Juan de Cartagena fit demander pourquoi l’on changeait la course, alors qu’on était convenu de garder le sud-ouest jus(|u’à 24” de latitude nord; Magellan le pria de ne pas s’occuper de la (pieslion de navigation et de suivre son pavillon en toute tranquillité (^). Le veedor répliqua qu’on aurait dû consulter préalablement les capitaines et les pilotes et qu’il ne convenait pas d’agir arbitrairement. Il prétendit que c’était
(U Le 29, d’après le pilote génois; le 2o, d’après Ton. Médina, Juan Diaz de Solis, t. 1,
p. CCL.
(2) Lendas, t. Il, p. 627. — Argënsola, Conquista de las Moluccas, t. I, p. 16.
(3) Le 2 octobre. — IIehiîf.ra, loc. cit., dec. II, lih. IV, cap. X.
(^) Herrera, Ibid.
MAGELLAN. LA QUESTION DES MOl.UQUES
(l’;iill('urs une faille de longer de si près la cèle africaine el qu’on s’(‘xposail à loucher la Ciuinéenu cap Ulanco. Le coininandani ré|)éla (pie son pavillon pendant le jour, le farol diiranl la nuil, guideraieni les anires navires; il savait bien, aurait-il dil, (pie de Carlagena lui avait (d(3 adjoint comme collègue, mais c’éiait contre son gré et il n’enlendail pas se conformer à celle mesure (’). Alarin expérimenlé, il dut se sentir oITensé par le ton des observations de Carlagena (|ui ne s’enlendail nullement à la direction d’un navire.
Durant (juinze jours, le temps resia favorable; l’armada passa entre l’arcbipel du cap Vert el le continent, sans voir trace de terre. A la bailleur de Sierra Leone, elle rencontra durant vingt jours des calmes plais, pendant lesipiels les navires n’avançaienl i|ue de trois milles; les pluies éipiatoriales les accompagnèi'enl ensuile jusqu’au delà de l’éipialeur. Un coup d’ieil sur une carie moderne, indiipiant les itinéraires pour navires à voib's, montre que Magellan n’avait pas pris la roule la plus avantageuse; les bâtimenis eurent à essuyer de grosses lempêles, pendant lesipielb's on fut plus d’une fois sur le point d’abalire les mâts. Au milieu de ces orages, raconte Pigafetta, le feu de saint Elme ('), patron des navigateurs, apparut au sommet des mâts, et vint consoler les équipages alîolés.
Les navigaleiirs de l’époque sont d’accord pour reconnaitre que le trajet du cap Vert au Brésil exige beaucoup d’babilelé et des connaissances naiiii(|ues spéciales; la période la plus favorable s’étendait du mois d avril au mois d’octobre; il convenait de passer très près de l’archipel du cap Vert, de franchir la ligne à 23°4(V ou 24°40' de longitude ouest el de se diriger ensuile vers un point situé à cent lieues environ du cap Frio (^).
(1) Navaruetë, Colecciôn, t. IV, doc. XXV, pp. 286-288 : déclarations de J. Seb. del Cano au retour du voyage.
(2) Les marins donnèrent des noms dift'érents aux curieux phénomènes d’électricité auxquels IMgalélta fait allusion : feux de Saint-Telme, de Saint-Pierre, de Saint-Pierre Gonzalv(*z, de Saint-Nicolas, de Sainte-Claire, de Castor et Pollux, etc.
(3) H. llAititissK, John and Seb. Cabot, p. 315. — Sébastien Cnbot, pilote-major de l’Espagne, considéré comme navigateur. Hkvue de Gi'îogkapuie. Paris, novembre 1897, p. 325. — C. EiuiËiu, Iai spedizione di Seb. Cabota al liio de la Plala. Arch. stor. Italiano, 1895, t. XV, 5® série, p. 16, note 2.
Sél)aslien Cabot, en 1o2o-1o26, s’y prit plus mal encore que Magellan, et sa mauvaise traversée fut la cause de l’échec de toute l’expédilion; bloqué par les vents contraires au port de Pernambouc, il perdit ainsi trois mois et y dut hiverner. Il paraît donc que Juan de Cartagena ail eu raison, lorsqu’il reprocha au commandant ses changements de roule successifs, et il semble qu’il n’ait traduit que l’opinion des pilotes de l’armada qui connaissaient bien ces parafes. Les conséquences de la pénible navigation se firent bientôt sentir: les rations durent être réduites à quatre mesures d’eau par jour, à un petit verre de vin et à une livre et demie de pain.
De nouvelles divergences de vues, plus graves que les premières, eurent lieu entre le veedor et Magellan avant l’arrivée de la flolliîle au Brésil. Il avait été convenu que chaque soir, si le lemj)S le permettait, les navires viendraient saluer l’amiral et, éventuellement, recevoir ses instructions. Un jour, le quartier-maître du .S. Antonio s’adressa à Magellan, en omettant le litre de capitaine général (‘); le commandant lit répondre qu’il désirait être salué plus correctement à l’avenir. De Cartagena répondit avec ironie, qu’il avait fait rendre les honneurs par le meilleur des hommes de son navire; dans la suite, il ordonnerait de faire rendre les saints par un de ses pages, si Magellan aimait mieux cela. Les autres soirs, le veedor ne voulut pas modifier la formule de son salut (‘^). Quatre ou cit)q jours après, les capitaines furent convoqués à bord du vaisseau amiral pour juger un délit commis par un marin de la Victorin. Lorsque le jugement eut été rendu, une discussion s’engagea au sujet de la roule à suivre; Magellan, de nouveau offus(jué par le ton irrévérencieux de C.artagena, mit tout à coup la main sur lui cl le déclara son prisonnier. Le veedor en apj)ela vainement aux autres capitaines; aucun ne bougea. De Cartagena fut confié à Luis de Mendoza, commandani la Victoria^ et la direction du S. Antonio passa au contador Antonio de Coca.
L’acte de Magellan fut considéré comme un véritable abus d’autorité par
(D « Dios vos salve, Sciior capitan y maeslrc, é buena compania. »
(2) Juan L(3pez de Recalde, dans son rapport à l’évêque Fonseca, ajoute (|ue, les trois jours suivants, de Cartagena négligea complètement de saluer le vaisseau amiral.
MAf.KlJ.AN. I.A OIIKSTION DKS M()L[If)lIKS
la plupart des autres chefs de l’armada; dès ce tuoment, on peut dire, l’accord tant préconisé |)ar le roi fut rompu, et la première idée du complot (jui éclata au port de Saint-.Iulieu dut se prés(‘uler à l’espril des ofïiciers espagnols.
La route suivie par l’escadre lléchissail de plus en plus vers l’ouest; le 29 novembre (^), on était <à la hauteur du cap Saint-Augustin, par 7“ de latitude sud et à 27 lieues au sud-ouest du caj), dit Alvo, à peu près en face de Pernamhouc. Du au 4 décet)d)i*e, on mit le cap sur le sud sud-ouest, puis sur l’ouest, pour arriver le 8 en vue de la côte, par 19®59' de latitude sud ; on ne mesura (|ue dix brasses d’eau. En descendant la côte, on aperçut par 21°3i' de latitude sud, de hautes montagnes à l’intérieur des terres. Le i3 décembre, le cap Erio fut doublé et bientôt après on jeta l’ancre dans la baie de Rio de Janeiro (‘^). Il est |)eu probable que Magellan ail songé à changer le nom de ce golfe en celui de Baia de Santa Lucia (^), d'après la fête de la sainte du jour, puisque nous trouvons déjà ce nom chez Magiollo, en 1519 (^), et dans le porlidan portugais de Paris, d’environ 1510, que nous avons altril)ué aux Reinel. D’après de Brilo, le premier atterrissage au Brésil fut au (iabo dos Baxos d’Anbar, corruption de Cabo dos Baxos d’Abre olbio, de la carte des Reinel (°), où ce cap avoisine la Baia de Santa Luzia.
Le port de Rio de Janeiro a dû être assez bien connu à l’époque de Magellan; depuis 1511, le commerçant Joào de Braga avait établi un comptoir dans une des îles de la baie et y faisait un trafic très rémunérateur avec les indigènes de la terre ferme. Joao Carvaibo, pilote de la Concejirion,
('!) A cette date commence le routier du pilote Alvo.
(2) A de latitude sud, d’après Franc. Albo et Pigafetta; le routier génois fixe le
cap Frio à 23" de latitude sud.
(3) Chez Pigafetta et Alvo. — Varnhagen, Historia (lernl do Brazil, t. I, p. 3t. — T. Médina, J. I). de Solis, t. I, p. ccliii.
(4j OitviLLE A. Deiuiv, Os mappas mais antigos do Brasil. (Extrahido da Kevista do Instituto llisroiuco de Sao I‘aulo, vol. Vil.) Sào Paulo, 1903, p. 24, note t.
(5) A 20"; ce sont les « basi dabri logio » de la carte de Maggiolo, de l’année 1519, reproduite dans l’atlas de Kunstmann, pl. V.
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVir.ATION DE GI.ORE.
y avait résidé fjiiatro ans; un tüs, né do son mariago avec nno forr.mo du pays, 1 accompagnait dans l’armada, outre un deuxième Brésilien (pTon trouve inscrit parmi les équipages de la flottille.
Les Espagnols restèrent quinze jours dans la haie ('), sans qu(‘ les sources mentionnent une seule rencontre avec les Portugais. Ils liienl amplement provision de fruits, de bois, de gibier et d’eau fraiebe; on négocia même avec les indigènes, contrairement aux stipulations royales, puisqu’on se trouvait en domaine portugais. Les naturels dont on fit la connaissance appartenaient probablement à la tribu des Tamojos, de la race Tupy ou Guarany (^). Pigafetta s’étend longuement sur ces premières relatiotjs avec les Américains du Sud et décrit leurs mœurs d’après les renseignements que lui fournit Jeao Carabalbo; pour une hache ou un grand couteau, ils auraient offert leurs propres enfants en échange, si le capitaine général n’avait pas interdit des marchés de ce genre. L’arrivée de l’escadre coïncidant avec le retour de la pluie, après une période de sécheresse de deux mois, les nouveaux arrivés furent regardés par les Indiens comme des envoyés de Dieu. Deux fois la messe fut célébrée à terre, et les indigènes y assistèrent respectueusement; un grand nombre se convertirent bientôt au christianisme.
Pendant son séjour dans la baie, Andres de San .Martin s’efforça de déterminer la longitude de l’endroit; le 17, dit II(‘rrera, il fixa la baut' ur de la la lune et de Jupiter, mais l’observation ne réussit ])as, a cause d’une erreur dans les tables de l’almanacb dont il se servit.
Avant de reprendre la navigation, .Magellan priva Antonio de (]oca du commandement du navire de J. de Cartagena, ses occupations de contador ne s’harmonisant pas avec celles de la direction d’un vaisseau ; Alvaro de Mezquita, neveu de l’amiral, fut investi de ces fonctions. Le capitaine en chef confia en outre, à partir de ce moment, la garde du v(>edor à Gas|)ar de Que.sada, capitaine de la Conrepeion; on ne comprend même pas comment Magellan avait osé charger de ce soin un personnage comme Luiz de
(•*) Quinze ou seize jours, d’après dk Riuto, lor. rit., p. 279. (2) A. DA .Mosto, loc. cil., p. o6.
MAC.l LLAN. LA QUESTION DES MOLIIQUES
Mendoza, dont les anlécédenls avaietD prouvé quels senliments il nourrissail à l’égard du capitaine général (').
Le 27, fêle de Saint-Jean (“^), la flottille quitta la haie de Kio de Janeiro et reprit la roule vers l’ouest sud-ouest, pilotée par J. Carahallio, à bord de la Cühccpcion. Le pilote ne put empêcher les naxires, à un moment donné, de s’approcher tellement de la côte, que le vaisseau-amiral s’y serait perdu sans la |)résence d’espiil d’Eslevam Cornez On passa ensuite un gronj)e de sept petites îles; le 31 décembre, les navires se trouvèrent à la hauteur de la Bahia de los Heyes, à idenlilier prohahlement avec la haie de Paranagua, à 2o°28' de latitude sud. On continua à descendre la côte, la perdant parfois de vue, mais n’eflecluani aucun atterrissage.
Les vents régionaux du nord et du nord-ouest faxorisèreni certainement la navigation; plus loin, ce furent ceux du sud et du sud-ouest qui devinrent prédominants, sans trop entraver cependant la continuation normale dn voyage. Le 7 janvier 1320, on était arrivé à 32°36' de latitude sud; le 9, par 34"3I' de latitude sud, on ne mesura que quinze brasses d’eau et la terre ferme réap[)arul. Le 11 ('*), |)ar 35" de latitude sud, on longea une côte basse et sablonneuse, et les matelots distinguèrent au loin trois collines ([u’on aurait pu pi-endre pour des îlots; une d’elles, qui rappelait singulièrement la forme d’un chapeau, fut baptisée du nom de Monte \3di (Montevideo), (’arhalho reconnut l’endroit : c’était lecaj) Sainte-Marie, d’après la descri|)tion de Joao de Lisbonne. Une tempête étant survenue, on perdit momentanément la terre de vue; on s’eflorça de regagner le nord, à la recherche d’un abri; mais la nuit tombant, on dut jeter 1 ancre. Le lendemain, on reprit la route xers l’ouest '/i nord; la prolondeur de I eau diminuant rapidement, on envoya le Saniiof/o, le plus petit bâtiment de 1 armada, en avant; l’eau qui battait ses flancs était douce. On toucha bientôt des
(') Navarretiî, Coleccmi, t. IV, p. 34.
(2) Albo et Hehrera, loc. Ht., dec. tt, lib. IV, cap. X; le 26, d’après Digafetta et le
KOTEUiO.
(3) Navarrete, Colecciôn, i. IV, doc. XXI, p. 203.
(•<) Le 10, d'apiè.s IOgafeita.
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU CLORE
fonds à cinq brasses, puis à quatre, finalemenl à trois ; Carballio se rendit coinpie qu’il était eniré dans l’embouchure du Rio de la Plala. « Jusqu’ici, écrit de Brilo en 1523, s’étaient étendues nos découvertes portugaises, »
Le récit le plus véridique de l’exploration du fleuve est celui du routier de Franc. AIbo; entre Monte Vidi et le cap Sainte-Marie, dit ce pilote, débouche le Rio de los Patos, [>ar 33°30' de latitude sud (le Rio Santa- Lucia?), où nous voulûmes atterrir; nous envoyâmes le Sunliaf/o longer la côte de plus près, pour voir s’il ne s’y présentait pas de passage; il ne vit sur son chemin que quelques ilôts et l’embouchure d’un grand fleuve, le Rio de Solis, qui se dirige vers le nord (^).
Mage II an lui aurait imposé le nom de Rio de San Cbristoval (-), appellation qui se retrouve dans le routier génois, chez le Portugais ationyme, sur la carte de Maggiolo de 1527 et sur celle de Salviati de la bibliothèque Laurcntienne. Le commandant, sachant parfaitement (]ue le fleuve avait élé exploré plusieurs fois déjà avant lui, et par l’expédition espagnole de J. de Solis en dernier lieu, il est invraisemblable qu’il l’ait rebaptisé. Pigafelta, Alvo et de Brito appliquent au Rio le nom du pilote de Solis qui, de son côté, l’aurait appelé Rio de Jordan Dans une légende qui figure sur sa carte de la Patagonie, Pigafetta rappelle la confusion entre le cap et la rivière de Sainte-Marie. « Lequel lieu on appeloit au temps passe le cap saincte marye et la pensoil que de la se passast a la merde Sur... et maintenant ce n’est plus cap mais riviere (^) » .
(U Le nom de Rio de Solis a été donné à deux fleuves, l’un plus grand que l’autre, situés tous les deux dans le gouvernement de Buenos-Ayres et débouchant dans le fleuve Argentin. Colecciôn de doc. ined. de India, vol. IV, 1865, p. 557, note 1.
(2) C. Errera, La spedizione di Seb. Cabota al Rio de la Plata, loc. cit., p. 3ü. — P. Martyr [De Orbe ambito, dec. Vil, cap. Vil) rapporte qu’on appliqua à l’embouchure du fleuve le nom de baie de Sainte-Marie.
(•”>) Carte de Turin, 1523; carte Castiglione, 1525; les mappemondes sévillanes de 1529; la carte de Maggiolo, 1527.
(4) De même chez Las Casas, liist. gen. de las Indias, vol. IV, cap. Cl, p. 377 : « el cabo de Sancla Maria, que nombramos el Rio de la Plata ». — D'après Galvào, J. D. de Solis lui aurait donné le nom de rivière Argentine, à cause de l’argent dont on lui aurait montré des échantillons; les indigènes l’auraient appelé Paranagaco ou Grande Eau; c’est le Paranaguaçu d’OviEDO, loc. cit.
MAf.KLLAN. LA QUKSTION DKS MOlJJQDKS
Le cnpilaine général ordonna, en elTel, d’examiner rernhouclinre du fleuve avec !(> plus grand soin, pour s’assurer (pi’il ne livrail pas passage au Pacifique; Ions les ailleurs soni d’accord sur ce poinl {^). L’eau y élail douce, il est vrai, mais ne ponvail-elle pas provenir des rivières descendani des deux rives ? Le Saudaf/o remonla le Ilio sur vingl-cinq lieues (^) el resla parli pendani (juinze jours. Durani ce temps, iMagellan, avec deux aulres navires, longea la cole méridionale pour en scrnierles moindres échancrures; le Antonio revin I au fioul de deux jours, ayant atteint la côte opposée, que l’on trouva fiassi' et uniforme; elle conslilue, en elTet, la terminaison des pampas de lîuenos-Aires. L’esquisse cartographique de Pigafella semble indiquer que les Hios Uruguay el l^arana furenl reconnus sur une assez grande étendue; quant à la largeur totale de l’estuaire, elle fut estimée par l’Italien à dix-sept liem s, à Ningt-sept par Alvo, à cent el huit (au lieu de dix-huit:*) par le Portugais 01101131110. Mais c’est la faible jirofondeur de ses eaux qui a dû avertir les marins (ju’ils ne iiouvaient avoir affaire à une communication entre deux océans. Les navires s’étant rassemblés, ils allèrent mouiller, non sans une lutte pénible contre les vents du nord, devant une terre qui n’est autre que la rade actuelle de Montevideo. Des sept îles (|u’on avait découvertes dans le lleuve, la plus grande ('^), assure Pigafella, renfermait des pierres précieuses.
L’escadre s’y attardait six jours à renouveler les provisions de poisson et d’eau fraîche. Jusiiu’ici on n’avait pas trouvé trace d’Kuropéens, ni de navires que le roi de l^rtugal aurait expédiés dans ces parages pour barrer le chemin aux Espagnols. L’amiial, ayant aperçu de nombreux indigènes sur le rivage
(">) PiGAFETTA : « Gia se pensava che de qui se pasasse al mare de Sur »; le routier génois ; « cuidando acliar pasage pera sua viage »; de Hkito : « ... rio de Soliz, onde Fernâo de Magalhâes cuidou acliar passagem »; Alvo, « à ver si habia pasage para pasar ».
(2) Cinquante lieues, d’après de Brito.
(■1) Appelée cap de Sainte-Marie, d’après le manuscrit italien de Pigafetta, publié par A D\ Mosto; les manuscrits français appliquent plus correctement ce nom à l’endroit où se trouvèrent les navires.
ET L,\ PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU CLORE
el se rappelant le sort de Juan de Solis ('), interdit à ses hommes de descendre à terre. Un jour cependant, les Indiens avec tout une flottille de canots, se dirigèrent sur les navires; Magellan ordonna alors d’armer trois chaloupes, devant lesquelles les indigènes prirent immédiatement la fuite, s’enfonçant ensuite dans la forêt, si vite que les Espagnols ne parvinrent pas à s’emparer d’un seul.
La nuit suivante toutefois un Indien arriva seul dans un canot et monta tranquillement à bord du vaisseau amiral; les marins l’accueillirenl d’ailleurs très bien, dans l’espoir qu’il reviendrait le lendemain avec des compagnons (^). Alagellan lui ayant montré une plaque en argent, l’indigène fit comprendre que ce métal était très répandu dans son pays; il partit très satisfait de sa visite, bien repu et chargé de présents, d’étoffes et d’une chemise, mais il ne reparut plus.