‹ Magellan; la question des Moluques et la première circumnavigation du globeChapitre 28 sur 37 · Le détroit de Magellan · texte numérisé non relu

Le détroit de Magellan

Les bancs de sable entrevus par Alvo à l’entrée du détroit, ne peuvent se rapporter qu’au cap Dungeness, le cap des Vierges étant très élevé (^); Le pilote évalua la distance à la Pointe Catherine à cinq lieues (®); « le détroit où nous entrâmes avait une lieue de large et courait est-ouest, tandis qu’à notre gauche se présentait une grande baie (Lomas Bay) avec d’immenses bas-tonds (^banc Orange) ». Les navires jetèrent bientôt l’ancre dans le golfe, sans se douter évidemment qu’ils se trouvaient à l’entrée du canal. Magellan envoya Juan Carvalho à terre pour voir, du sommet d’une mon-

(U Le lo octobre; lettre de J. de Brito.

(2) La mappemonde de Ribeiro mentionne encore, entre la B. de S. lago et le G. de XIV Virgines, un R. de S. tlifonso.

(3) Barros, loc. cit., le 20 octobre; Max. Transylvain et Oviedo, loc. cit., le 27 novembre! {^) De même Pigafetta; o2®30' latitude sud, d’après Alvo, le Portugais anonyme, l'ierre

Martyr et H errera ; S2°36^ d après Barros; 34®, lettre de .1. Seb. del Cano è l’empereur; 36®, Max. Transylvain et Oviedo.

(•*>) Voir la carte des Terres Magellaniques, dans G. Lecointe, Travaux hydrographiques . Résultats du voyage de la Belgica. Anvers, 1903, carte III.

(6) Quinze lieues; lettre de Brito.

MAGELLAN. LA QUESTION DES MOLUQllES

lagne, s’il ne dpcoiivrait pas d’ouverliin» d’iin côlé oii de l’aulre; le pilote rapporta (pi’il n’avail pas distingué une coiiliimalioii occidentale du bras de mer; or, Pigafella, à l’enconlre de l’avis des pilotes cpii croyaient (pie la baie était fermée, assure que Ma^îellan fut persuadé (pi’il avait tombé au détroit; il le savait par la fameuse carte de Martin Hebaim qu’il avait consultée à la Tré.'Orerie du roi de Portugal! Il ordonna au S. Anlonio et à la Concepeion de faire une reconnaissance détaillée de la baie par deux voies dilTérenles et leur accorda un délai de cin(| jours.

La mer étant démontée de minuit au lendemain midi, le vaisseau-amiral et la Victoria, restés en arrière, furent obligés de relever les ancr(‘s et de se laisser flotter au gré des vents. Les deux autres navires avaient commencé le tour du golfe par le nord et souffrirent également du gros temps; ils tie parvinrent d’abord pas à contourner un promontoire, situé au fond du golfe, et qui les em|)êcbait d’atteindre le lieu du rendez-vous, probablement la pointe Ânegada. Au moment où ils se crurent perdus, ils apercunuit l’ouverture d’un étroit canal, le Petit Goulet; ils s’y basardèrent et débouebèrent dans la baie de Saint- Philippe ou de Bouçault; ayant fiancbi le Secotid Goulet, il virent devant eux une surface d’eau illimitée vers le sud, très profonde et à courant puissant; les pilotes y gagnèrent la conviction qn’ils se trouvaient dans le détroit si impatiemment eberebé (^). Les navires revinrent à la baie Lomas, tout pavoisés et tirant leurs gross(*s bombardes.

Magellan lit avancer alors toute l’armada; au bout d’une lieue, il la fit arrêter de nouveau et envoya à terre dix hommes pour examiner la nature du pays. A un tiers de lieue de la côte, on trouva une construction humaine, contenant deux cents sépultures d’indiens; les habitants de ces régions avaient donc riiabitude de venir enterrer ici leurs morts au printemps, et de se retirer à l’approche de l’hiver à l’intérieur des terres. Revenant au

P) D’après Herbera, loc. cil., dcc. Il, lib. IX, cap. XIV, un de.s deux navires revint au bout de deux jours avec la nouvelle qu’il n’avait entrevu que des baies étroites et des rivages élevés; le second prétendit avoir réellement découvert le détroit car, pendant trois jours, il avait couru en direction ouest sans apercevoir la tin du bras de mer.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE

rivage, les marins découvrirenl le cadavre d’une l)aleine et des las d’ossemenls provenant de célacés, preuve que les tempêtes devaient sévir avec une violence extrême dans ces parages. Les forts courants atmosphériques et marins dans celle brèche de la Cordillère des Andes ont élé, en elTet, de tout temps, la terreur des voiliers venant de l’est; la moitié occidentale du détroit est particulièrement éprouvée sous ce rapport.

L’escadre, reprenant l’ilinéraire du S. Antoniü et de Va Concepcion^ passa les deux Coulels et jeta les ancres, le 28 octobre, au nord d’une ile située à rentrée d’une haie, dit Alvo ; Guillemard (') identifie cet endroit avec file Élisabeth, à la sortie du Second Goulet. Ilerrera rapporte que, le 27 octobre, les navires se trouvèrent à l’ouest du cap S. Séverin, par 53"30' de latitude sud; les données de cet auteur étant empruntées aux observations de San Martin, il convient de voir dans l’ile en question, file üa wson, à la latitude du P. San Antonio, où, (*n réalité, deux routes diflérenles s’olîrirenl aux navires : le Magdalen Sound et le Frovvard Rca b. Le commandant expédia la Conccpcion et le A. Antonio dans chacune de ces deux directions pour examiner quelle voie conduirait le plus directement au l’acidque. Le navire d’Alvaro de Mez(|uila prit le chemin du sud, par le Magdalen Sound (2); la Concepcion^ sous les ordres de Serrano, courut vers l’ouest et revint après avoir poussé jusqu’à la rivière des Sardines, à douze lieues dans le Froward Reach.

Magellan avait fixé un terme de quatre jours pour la reconnaissance du détroit; or, lorsijue six jours se furent écoulés sans qu’il reçût des nouvelles du S. Antonio^ il envoya la Vivtorki à sa recherche. Ce navire revint le troisième jour, ayant pénétré jusqu’à l’océan Pacifique (''^) sans avoir trouvé des traces du A’. Antonio. Ou bien ce hâlimenl avait sombré avec tout ce qu’il contenait, ou bien il avait déserté. Barros ('*) rapporte

P) Magellan, p. 202.

(2) Le Magdalen Sound se reconnaît sans peine sur l’esquisse du détroit de Magellan par Pigafetla, ainsi que les deux Goulets et le Broad Reach.

(3) Barros, loc. cil., dec. III, lib. V, cap. IX

(''••) lüKM, Ibid.; de même Oorkea, loc. cil., t. It, p G 10. et Herrera, loc. cil , dec. II, lib. IX, cap. XV.

ma(.f:llan. la qukstion des moluques

(|u’ayanl fail consulter l’horoscope par Amires de San Martin, Magellan apprit (|ue le vaisseau était retourné en Espagne et que son commandant avait été fail prisonnier. Le capitaine général ordonna alors de reprendre la roule, après avoir fait placer, conformément aux stipulations royales du 8 mai 1519, en cas de dispersion des navires, deux signaux visibles de très loin, au milieu du détroit ('), avec des informations précises pour rejoindre l’armada à la rivière des Iles, près de la baie des Sardines (-). Magellan donna donc rendez-vous, non pas à l’île Davvson, mais (|uinze milles à l’ouest du ca|) Froward, à la rivière (jue la Concepcion avait reconnue antérieuremenl.

Il y a une certaine confusion dans les sources au sujet de la désertion du S. Anfüuiü. Herrera passe cet événement pour ainsi dire sous silence; Est. Cornez, d’après lui, aurait prononcé un discours au sein du conseil des pilotes, convoqué par l’amiral, et aurait préconisé de retourner en Europe, puisque le détroit avait été découvert; on reviendrait ensuite avec une nouvelle armada pour traverser le « Crand Colle » (le Pacifique) jusqu’aux Moluques. Ce projet n’ayanl pas eu l’approbation de Magellan, Cornez se serait séparé de son chef [tour prendre le chemin de l’Espagne.

Le même auteur rapporte que le A. Antonio fut le navire qui reconnut le détroit pendant cinquante lieues, jusqu’au Pacificpie, et vint apporter cette heureuse nouvelle à Magellan, qui aurait pleuré de joie (-^)! Le récit de Pigafelta n’est pas beaucoup plus clair.

Le 21 novembre 1520, l'escadre se trouvait encore en face de la rivière des Iles, attendant toujours le A’. Antonio. Magellan y demanda ce jour l’avis de ses principaux olficiers sur la continuation du vovage. C’est le conseil des pilotes sans doute dont parle Herrera. Barros ajoute que l’amiral ne savait pas

0) L’un sur une montagne dans la baie, dit PigafeUa, l’aulre dans un îlot, outre plusieurs croix qui furent érigées dans d’autres îles.

(■i) ce El fiunie Isleo », Pigafetla. Guilleward, loc. cit., p. 206, l’identifie au fleuve San Barnabe, qui débouche au port de San Miguel, et la rivière des Sardines, avec le Port Gallant.

(3) Loc. cit., dec. II, lib. IX, cap. XIV ; sa version a été reprise par Xavarkete, Colecciôn, t. IV, pp. LVlIi-LIX.

ET LA PREMIÈRE CIRCEMNAVfGATION DU GLOBE.

se délerminer, étani trop sous le cocip de la perte du plus grand do ses navires. « Pour justifier en quelque sorte la décision qu’il allait prendre, il fit parvenir aux chefs des deux navires qui lui restaient, une note pour connaître leur opinion, sans les inviter toutefois à venir à bord de son navire, comme s’il craignait de voir un accord trop parfait entre eux et comme s’il s’attendait à quelque explosion d’indignation générale (^)». Nous reproduisons ici le texte du précieux document, un des rares écrits de la main de Magellan, adressé à Duarte Barbosa, capitaine de la Victoria, et la réponse de San Martin, que de Barros a retrouvée parmi les papiers confisqués par les Portugais à la factorerie de Ternate :

« Je me suis aperçu que mon désir de continuer l’expédition est à vos yeux une décision grave, et que vous ne croyez pas que la saison soit bien favorable pour entreprendre un tel voyage. Je n’ai jamais dédaigné l’avis ni le conseil des autres et tous mes actes sont discutés et examinés avec vous, sans que quelqu’un puisse se plaindre d’avoir été outragé par moi. Or, depuis ies événements du port de Saint-Julien, je sais que vous craignez de me communiquer vos sentiments, même pour le service de Sa IVlajesté. Je vous ordonne, par la présente, au nom du roi, et personnellement je vous prie et conjure de me faire savoir votre opinion par écrit, et de m’exposer les raisons en faveur de la continuation du voyage, ou du retour. Que rien ne vous détourne de dire la vérité! Après avoir pris connaissance de vos motifs et de votre avis, je vous dirai la décision qu’il convient de prendre ».

Ce langage reflète bien l’état d’esprit qui régnait entre le commandant et son état-major; il montre quelle douloureuse impression la révolte au port de Saint-Julien avait laissée chez tous, et combien les équipages craignaient de faire part au capitaine général de la moindre observation au sujet de l’expédition.

La réponse de San Martin est empreinte d’une grande franchise : Aussi longtemps que durerait la saison d’été, c’est-à-dire jusqu’à mi-janvier, la

P) Barhos, toc. cit., dec. lit, lit). V, cap. IX.

MAGEU.AN. \A QUESTION DES MOUUQUES

route pouvail êire continuée, bien qu’il ne pensât pas que le détroit oITrirail jamais un chemin commode vers les iMolmjues. Le mois de janvier étant passé, on ne devrait cependant plus tarder à entreprendre le voyage de retour; les jours alors décroissent rapidement et les teinpèt(*s deviennent très dangereuses, surtout s’il fallait côtoyer le littoral jusqu’à 75“ de latitude sud comme il est dit dans rinsiruction promulguée au Rio de Santa Cruz. San Martin condamna énergi(|uernent la navigation pendant la nuit, puisque les équipages ont besoin de se reposer convenablement a|)rès les fatigues de la journée. Les navires, beureusemeiit, se trouvaient encore en bon état; les câbles seuls laissaient à désirer et la Victoria n’en possédait même plus du tout. Enlin, les provisions ne sijfliraienl pas pour pousser jusqu’aux Molui|ues, si l’on tient compte de l’état affaibli des marins (').

Les paroles pondéiées du cosmogra|)be ont dû faire rédéebir l’amiral; au fond, San Martin ne s’opposa pas à la continuation de la navigation vers les iMoluques; il préconisa seulement le retour en Espagne vers la (in de janvier, c’est-à-dire dans deux bons mois. Magellan fit connaître ses ( onclusions dans un long mémoire, où il énuméra les raisons qui le firent décider de continuer le voyage. Il insista sur ce qu’on avait encore au moins pour trois mois de ()rovisions; il exprima sa ferme croyance en Dieu qui lui avait déjà permis de découvrir le détroit et qui l’aiderait à exécuter intégralement le plan de l’expédition. De Barros exagère évidemment lorsqu’il dit qu’il n’y avait rien de sincère dans l’échange de vues entre .>lagellan et son .état-major, et que le commandant fil seulement un semblant de concession à ses hommes.

Le lendemain de celte communication, l’ordre fut donné de relever les ancres; le départ de la rivière des Iles eut lieu sous une nouvelle salve de bombardes; le San Antonio fut définitivement abandonné à ses destinées.

(*) Ces paroles sont attribuées par Herrera au pilote Est. Gomez, qui avait déserté à bord du S. Antonio. Loc. cit., dec. Il, lib. IX, cap. XV. Cet auteur ajoute que Magellan aurait déclaré qu’on mangera jusqu’aux courroies des mâts avant d’abandonner le voyage; le commandant aurait également défendu, sous peine de mori, de parler encore de la question des provisions !

On est assez bien renseigné sur ce qui s’esl passé à bord du San Anlonio, dès le moment où il se sépara des autres navires de la flottille, par un rapport de ses officiers, adressé à la Casa de Séville ('). D’après ces témoignages, le bâtiment se serait trouvé le troisième jour déjà au lieu du rendez-vous, donc avant le terme convenu. Herrera ajoute que le capitaine y déposa quelques pièces pour Magellan; après avoir fait en vain plusieurs signaux au moyen de grands feux, Alvaro de Mezquila proposa d’aller à la rencontre de l’amiral (^); les autres officiers, de commun accord, s’opposèrent à cette idée et décidèrent qu’il fallait entreprendre irnmédiatetnent le voyage de retour au pays natal ('^), prétendant de nouveau qu’un voyage vers des latitudes si élevées ne pouvait être d’aucune utilité pour se rendre aux iMoluques; d’autre part, il ne convenait pas de prendre la route portugaise par l’Afrique et Madagascar. Cette opinion fut avant tout celle d’Estevam Gomez, pilote, d’abord de la Trinidad^ puis du San Antonio, et de l’escribano Ger. Guerra, que Magellan avait promu au rang de trésorier. Alvaro de Mezquita n’entendit pas s’incliner devant les exigences de ses subordonnés ; une rixe s’engagea entre lui et les mécontents, et de Mez(|uita fut blessé; les Insurgés mirent ensuite le capitaine en sûreté. Ils prétendirent plus tard que le capitaine avait le premier fait usage de ses armes et qu’il avait été le conseiller de Magellan dans les représailles au port de Saint- Julien. Oviedo rapporte (pie le Portugais avait été mis à la torture dans le but de lui extorquer le serment de ne pas dénoncer les coupables (^).

lelle fut la conduite du fameux Estevam Gomez qui reçut, le âl mai 1334, les privilèges de chevalerie, en reconnaissance des signalés services qu il avait rendus, spécialement à I armada de Magellan, « ayant découvert le détroit, en qualité de guide et de pilote-major (^) ! » * (*)

(Ù Arch. de Indias, 1, 2, Vi, num. 13.

(2) HEitiiERA, loc. cil., dec. Il, lib. IX, cap. XV.

(3) Arch. de Indias, 1, 2, ^j^, num. 14, mars 1521; P. Pastills, Labor Evanuelica, Magellan, p. 574.

(*) Ces faits se passèient le 8 octobre 1520, d’après le document de Séville, erreur manifeste, puisque l’escadre n’entra au détroit que le 21 octobre.

('^) Arch. de Indias, 139, 1, 8, bbro 10, fol. 108 v”. Inventaire d’Asensio, n“ 197.

Nous avons fail remarqutM’ ailleurs (ju’il s’ai^il dans ces dernières paroles d’une véritable usurpation : (ioinez n’apporta pas en Espagin* la nouvelle de la découverte du détroit, mais d’ui» i^olfe situé à ')0° de latitude sud : c’est la haie de San Atitonio, de la mappemonde de .luan Vespuce, des années 15:2/5-1524, carte qui fut directement inspirée par lui (^).

Le San Antonio franchit sans peine le cap des Vieri>es et loucha [)rohahlemenl au port de Saint-Julien, pour y recueillir Juan de ('artagena et son compagnon, (les deux abandonnés n’ayant pas été trouvés, le navire lit directement route vers l’Espagne (‘^); mais Gomez se vit forcé d’atterrir en Guinée, à la recherche d’eau potable et de provisions fraîches. Un des Patagons qui se trouvait à bord se laissa mourir de faim, parait-il, avant d’atteindre l’Europe. Le 6 mai 1521, un mercredi, le navire arriva à Séville, où il causa une consternation facile à comprendre. Les facteurs de la Casa, Malienzo et Kecalde commencèrent immédiatement riuslruction des événements qui s’étaient passés à bord du navire; ils reçurent les dépositions des cinquante-trois hommes de l’équipage; h; 12 mai, ils envoyèrent un rapport détaillé au roi (') et à Fonseca (^).

En attendant la réponse de Charh's-Quint, Alvaro de Mezquita avec cinq de ses compagnons, ainsi que Estevam Gomez et Ger. Guerra, furent retenus à la Casa. Le 2t3 mai déjà, l’évêque de Burgos, iutluencé par le rapport tendancieux des fuyards (^), lit savoir (ju’d était vivement affligé de la conduite de ^Magellan envers de Carlagena et de (luesada. Qu’il ait cru à la

(!) Vide supra, p. 93.

(i) Bahros, loc. vit., dec. lit, lib. V, cap. IX; Argensoi.a, loc. cil., t. I, p. 17, et d’après eux, Mkpina, Coleccii'm, l. Il, p. 432, rapportent par erreur que le veedor et le prêtre furent ramenés par le S. Antonio à Séville.

(3) Arcli. de Indias, 1, 2, t/,, num. 14; Navarrete, Colecciôn, t. IV, p. 201. Inventaire d’Asensio, n° 23.

(4) Anh. de Indias, 1, 2, i/i, num. 18; Médina, Colecciôn, t. I, p. 162. Inventaire d’Asensio, n® 24.

(8) Parmi les bruits diffamatoires répandus par les chefs du S. Antonio au sujet de Magellan, figurent les châtiments infligés à San Martin et l’accusation d’avoir extorqué au religieux de l’armada, des secrets que certains de ses subordonnés lui avaient confié à confesse.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GEODE

culpabililé du capitaine iiiénéral, c’est ce qui ressort du ton même de sa letire : les oficiales devront surveiller de près l’épouse et les enfants de Magellan, [)our qu’ils ne se rendent pas au Porlugal avant la lin du procès (*); les facteurs lui enverront de Mezquita sous bonne garde, et à ses frais, pour qu’il arrive plus sûrement, de même que Gomez, Guerra et deux ou trois autres chefs du San Antotiio, mais par des chemins différents; on débarquera les marchandises en lieu convenable et on ne payera la solde à personne; on expédiera, enfin, une caravelle au secours de Juan de Cartagena et l’on dépensera dans ce but une partie des 5,000 pesos d’or qui sont arrivés de file de San Juan (-). Nous ignorons quel fut le jugement de la Casa et de Fonseca ; les rebelles, en tous cas, furent acquittés : Est. Gomez fut autorisé, par cédule royale du i octobre 1521, de Burgos, à prendre part à l’expédition qui partirait sous les ordres de Rodrigo del Castillo et Rodrigo Vermeio, et le roi ordonna au beau-père de Magellan de restituer les biens que le pilote lui avait confiés avant le départ de l’escadre ('^) ; Alvaro de Mezquita, victime de son devoir, resta emprisonné jusqu’au retour de la Victoria à Séville, en septembre 1522.

Les trois navires restants de l’armada de Magellan ayant quitté le port de San Miguel ou la rivière des Ilots, s’engagèrent dans l’Englisb Reacb, ensuite dans la partie la plus étroite du canal, le Crooked Reacb. Le paysage ici contraste vivement avec celui des régions désolées de l’est. « Je ne crois pas, dit Pigafetta, qu’il y ait dans le monde entier de meilleur détroit. » Des deux côtés s’allongent de hautes sierras, dont les sommets sont couverts de neige éternelle; à leur pied se développe une riche végétation ; la pêche

('*) Les oficiales avaient également demandé s’ils devaient continuer à payer des appointements à Miguel de Mezquita et à Pedro de Abreo, les deux pilotes portugais que Magellan avait fait entrer à la Casa. Arch. de Indias, 1, 2, 1, num. 14. On mit la main sur les biens de Mezquita, d'après Soualcce y ZuBizAnaETE, Historia de J. S. del Caiiu, p. 112.

(2) Arch. de Indias, 139, 1, 6, libro 8, fol. 294. Inventaire d’Asensio, n® 193.

0 Ibid., 139, 1, 6, libro 8, fol. 332. Inventaire d’Asensio, n° 165. — P. Maktyr, De Orbe Ambito, se prononce sévèrement sur le retour du S. Antojiio et espère « qu’une telle désobéissance ne restera pas impunie ».

y est aboiulanle et les |)orls furent Irouvés d’un accès facile et sûr. Des noms donnés par l’amiral aux divers points de celle partie du passage, un seul nous est connu, c’est celui de Cloche de lloldan (la (^ampana de Koldan) : appelée ainsi d’après le nom d’un des participants llamands de l’expédition, pour désigner une montagne située dans l’ile (ïlarence, un peu avant la rivière des Iles (*). D’après Alvo et le Holeiro, la Houille aurait suivi la rive gauche, entre l’île Charles et l’ile Santa ines("^), celte terre étant plus élevée que l’autre versant du canal.

Nous ne savons pas si les Espagnols auraient essayé de reconnaiire, fût-ce même sommairement, l’intérieur du pays qui horde le détroit. Magellan ne voulut pas perdre un seul jour, n’ayant en vue que l’ohjet principal du voyage, la découverte des Molu(|ues. Cependant la côte n’était pas complètement inhahitée puisque, une nuit, on avait remarcpié de grands feux sur le littoral gauche de là le nom de Terre de Feu qui fut appliqué à l’ensemhle des terres au sud du cap des Vierges. A mesure (|ue l’escadrille avança, on entendait clairement, venant de la rive opposée, le haltemenl et le mugissement des flots, ce qui fil soupçonner qu’il y aurait là un groupe d’iles, séparées par plusieurs canaux. Avant d’atteindre l’océan, les navires passèrent, d’après le Routier, entre deux lies, l’une grande (la presqu’île Cordova ?), l’autre plus petite et assez rapprochée de la sortie du canal (l’île Désolation?). Riheiro, remarquons-le, signale sur sa mappemonde de 1529 un Arcipelago del C. Deseado

Le 28 novembre 1520, vers le soir, la flottille franchit le cap Désiré (cape Pillar), le caho Ferrnoso du pilote Alvo; le promontoire opposé

(^) Les mappemondes de Diego Ribeiro, de 1529, mentionnent dans le détroit de Magellan : C. de la Victoria (C. Dungeness), B. del Norte (Possession B.); dans la Tierra de los Fuegos : Sierras de los humos, lago de los eslrechos (Baie Inutile); à côté de la Campana de Roldan : Sierras nevadas, y" ncvadas.

(2) Annuario hidrograpliico de Cliile, vol. V, p. 394, note 41.

(3) Lettre de Max. Transylvain.

(4) Le 27 novembre, d’après le Portugais anonyme et Herreha, loc. cil., dec. II, lib. IX, cap. XV ; le 26 novembre, d’après le Roteiro ; quinto kalendis Decembris, Pierre Martyr, lue. cil.

J. Denucé. — Mém. de l’Acad. roy. de Belgique (I.ettres), tome IV.

s’appela le cap Victoria (^). En tout, la traversée du détroit avait duré environ trente-huit jours ('^), ce qui est très peu quand on tient compte des ouragans de l’ouest, de l’état précaire des bâtiments et de leur attirail, de l’avenlureuse navigation dans ce labyrinthe de canaux, parsemés d’innombrables îlots (5) ; rappelons, d’autre part, que les navires avaient fait route nuit et jour. La longueur du passage fut estimée par Pigafetia et Martyr à cent dix lieues ou quatre cent quarante milles; le Roteiro, del Cano et le Portugais anonyme l’évaluèrent à cent lieues (^) ; sa largeur variait entre trois lieues et quelques dizaines de mètres, ou l’espace suffisant pour livrer passage à deux navires à la fois. Plusieurs noms ont été donnés au détroit par les membres de l’expédiiion : Pigafetia l’appelle Sireto Palagonio ; San Martin, dans sa réponse à Magellan, parle du canal de Tous les Saints (carte de Turin, 15:23) ; le Portugais anonyme le baptisa du nom de détroit de la Victoria, parce que ce navire avait été le premier à le reconnaître. La dénomination officielle, détroit de Magellan, apparaît en 1527 sur les mappemondes sévillanes de Weimar. Sarmiento, en 1580, le cite par contre sous le nom de détroit de la 31ère de Dieu.

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