‹ Magellan; la question des Moluques et la première circumnavigation du globeChapitre 30 sur 37 · La découverte des îles Philippines · texte numérisé non relu

La découverte des îles Philippines

Il nVst pas bien élal)li à laquelle des deux îles le capitaine !;énéral fil allerrir. Le pic de l’île Kola a dû être visible à l’horizon avant l’autre; ayant mis le cap dans celle direction, les navires rencontrèrent, au sud, Pile de Guain ou de Guajan, plus étendue (lue Kola, el s’y arrêtèrent. C’est ainsi qu’on doit interpréler, croyons-nous, le texte d’Alvo : « lorsque nous lûmes arrivés entre les deux îles, nous nous dirigeâmes au sud-ouesi, laissant l’une d’elles au nord-est ». Pigafella assure qu’on découvrit trois îles, dont l’une, au sud, était plus grande que les deux autres. .Max. Transylvain seul a conservé leurs noms : lubagana ou luvagana (édition de Ramusio), el Acaca ou Açaea, par de latitude nord(‘) el 158“ de longitude de Cadix, ou 164°1G' ouest de Greenwich. La première peut être identifiée avec Agassa, dans (Juam; la seconde, avec Sosan, dans l’île de Kola; le même auteur déclare qu’on loucha à la petite, c’est-à-dire à Acaca, après s’élre convaincu que l’autre était inhabitée (").

Une foule de pirogues, montées par de nombreux indigènes, vinrent à la rencontre de la flottille. Celle-ci était à peine ancrée, que les insulaires coupèrent le câble (|ui rallacbail la chaloupe au vaisseau amiral et mirent l’embarcation en sûreté avec une dextérité étonnante ; grimpant ensuite à bord des navires, ils volèrent tout ce qui leur tomba sous la main, à tel point (|ue les Espagnols durent faire usage de l’artillerie pour se débarrasser des visiteurs incommodes. Magellan ordonna de relever les ancres, de peur d’être surpris pendant la nuit; le lendemain matin, il descendit à terre avec cinquante à soixante hommes (“), incendia le village el ramena la chaloupe

(1) Par 10“ latitude nord, d’après Castanheda, loc. cit. Inarayan est le nom d’un port à la côte sud-est de Guain, la plus méridionale des îles des Larrons. D’après l’amiral Kossel, les îles des Larrons de Magellan ne correspondraient pas aux Mariannes, mais bien aux Mulgraves. P. Gaffarel, loc. cit., p. 494, note 3.

(2) Appelée l’île du Bon Signe, où l’on prit d’abondantes provisions; Gomara, traduction Fumée, p. 140.

(3) Roteiro; quarante hommes, d’après Pigafella.

volée, après s’être emparé d’une quantité de provisions fraîches, le but principal de cette première reconnaissance. Les indigènes s’étaient enfuis à la première décharge des armes à feu; ayant assisté à l’incendie de leurs cabanes, ils se montrèrent plus réservés dans la suite et furent disposés à fournir certains articles, en échange de toutes sortes de menus objets; bientôt des pirogues chargées de fruits et de légumes vinrent accoster les navires et apportèrent une nourriture fraîche et abondante qui avait trop longtemps fait défaut aux équipages.

Pigafetta a noté de nouveau avec soin l’aspect et les coutumes de cette tribu pillarde ; il admira leurs canots et l’extrême habileté avec laquelle ils s’en servaient. Le pilote génois rapporte que, à cause de la forme des voiles de leurs pirogues, ces îles reçurent le nom d’îles des Voiles latines. Les marins ayant repris des forces, Magellan s’informa auprès des insulaires où l’on pourrait se procurer de plus amples provisions pour les navires; les indigènes lui. indiquèrent l’île de Selani ou Caylon, nom d’un port situé à la côte sud-ouest de Leyte, dans l’archipel des Philippines (*).

Le 9 mars (-), la navigation fut reprise dans la direction ouest, d’après la lettre de Brito; on passa donc assez près des Carolines occidentales, mais sans rencontrer une seule de ces îles. Au bout de sept jours, le 1 6 mars 1521, à trois cents lieues des Mariannes, dit Pigafetta (^), l’escadrille vint en vue d’une terre élevée: c’était la pointe méridionale de Pile Samar, à 11° de latitude nord (^), une des Philippines ou archipel de Saint-Lazare, comme Magellan les appela, d’après le saint du jour (°). Les nombreux bas-fonds obligèrent les navires à faire route vers le sud et à venir en face de l’île Suluan, qu’on avait dû remarquer d’ailleurs avant Samar, située à 12° de latitude nord, assure le pilote génois, et qui aurait été appelée en consé-

(L Max. Transylvain.

(2) Le 10 mars, Pigafetta, édition française.

(3) A trente lieues, édition française.

(“t) Même latitude donnée par le Roteiro; par 9*40' latitude nord dit Alvo, et par 116*30' longitude ouest du détroit de Magellan et du cap Fermoso; à 198“ ouest de la ligne de démarcation. Pigafetta l’appelle Zamal; Alvo et le pilote génois, Yunagan.

(3) Également appelé par le Roteiro « Vall sem perigo ».

MAGKI.I.AN. LA QÜLSTION DKS MOLUQULS

qucMice « la Première » (*). On jeta (oiilefois les ancres devant Pile voisine deMalhon, P « isola de la Gada » dn pilote Mvo, la « llumunu » de Pigafelta (par iO® de latitude nord (?) et 161° de longitude ouest), qui lui appliqua le nom d’Âguade des bons Signes, à cause de deux sources d’eau potable qu’on y découvrit. Le Uoteiro rap[)orte (ju’on l’appela ainsi parce qu’on y trouva un peu d’or. Pigafetta mentionne le même fait; il y constata en outre la présence de beaucoup de corail blanc et d’arbres très élevés qui portaient un fruit ressemblant à des amandes, quoique un peu plus petit, (^e dont Magellan et de San Martin ne s’aperçurent |>as, c’est que Pile était déjà située dans la moitié du monde réservée aux Portiigais : on sait que, jusqu’au voyage de üampier (IGSG) qui fit la traversée du Pacifique d’Acapulco à Manille, Parcbipel fut localisé vingt-cinq degrés trop à l’est dans les cartes espagnoles (^).

L’île paraissant inhabitée, Magellan y fit construire, dès le lendemain, des tentes pour les malades. Le 18 mars, un lundi, il eut la surprise de voir arriver une pirogue, amenant quebpies personnages d’importance de la petite île de Suluan, qui vinrent souhaiter la bienvenue aux étrangers. Les Européens leur ayant fait comprendre par des signes qu’ils désiraient acheter des fruits et de la nourriture fraîche, les indigènes, au bout de quatre jours, revinrent avec du poisson, du vin de palme, un coq, des noix de coco, des ligues, des bananes, (ju’ils échangèrent volontiers contre quelques bonnets, de petits miroirs, des sonnettes et d’autres bibelots. Les Espagnols furent bien plus enchantés encore lorscpie, répondant à l’invitation de leurs hôtes de visiter les embarcations indigènes, ils y remarquèrent plusieurs échantillons d’épices et de l’or. Les bagues, les bracelets et les anneaux que portait le chef, étaient d’ailleurs de ce métal. Magellan dut se dire que la patrie des épices et de l’or n’était plus très éloignée. Les insulaires lui

(1) Lettre de Brito.

(2) Guill. Dampier, Nouveau voijage autour du monde. Amsterdam, 1698, 1. 1, p. 367. Le nom des « Philippines » ne date que de l’année 1542 et fut donné en 1 honneur du fils de l’empereur Charles V; les Portugais les citèrent sous le nom d’îles de l’Est et les Espagnols sous celui d’îles de l’Ouest, parce que les marins des deux pays les avaient atteintes par deux chemins opposés.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE

apprirent en outre qu’ils avaient déjà reçu chez eux des gens qui lui ressemblaient beaucoup ; le capitaine général en conclut avec raison que des babilants des iles Lequios ou Mogores, marchands de la côte chinoise et de Formose, fréquentaient ces lieux (‘).

Au bout des huit à neuf jours que l’on passa dans l’île, les équipages reprirent petit à petit leurs occupations ordinaires; l’amiral descendit tous les jours à terre pour rendre visite aux malades et leur donna à boire du lait de coco. Le 23 mars, jour de Notre-Dame, tout le monde étant plus ou moins rétabli, on put quitter la rade de Malbou ; on garda provisoirement la course vers l’ouest. Pigafetta observe (|u’on passa entre quatre îles, Cenalo, lliunangban, Ibusson et Abarien, que Da Mosto identifie avec Dinagat, Kabugan, Gibusson et Kabalarian. Continuant la navigation vers l’ouest et le sud-ouest, la flottille ne tarda pas à distinguer la côte orientale de Leyte, ou Seylani ; « cette terre, remarque Max. Transylvain, est bien peuplée et renferme de l’or »> . On en longeait la côte avec le plus de prudence possible, lorsqu’une tempête vint chasser les navires vers l’ouest-sud-ouest, dans le canal de Surigao. Le malin du 28 mars, ils arrivèrent ainsi en vue d’une petite île, appelée aujourd’hui Limassava, mais que Pigafetta dénomma de Mazavva ou Mazaqua, située à vingt-cinq li(>ues d’Aguada, |>ar 9”40' de latitude nord et 162° de longitude ouest (2) de la ligne de démarcation; on jeta les ancres à l’entrée d’un de ses ports.

Fn canot, monté par huit indigènes, vint y saluer le vaisseau-amiral. .Magellan fut très agréablement surpris de constater que son esclave Enrico, natif de Sumatra, comprenait le langage de ces gens; c’était une preuve de plus qu’il était arrivé à l’empire insulaire dont faisaient partie les Moluques. Les hommes qui conduisirent la pirogue se méfiaient toutefois tellement des nouveaux venus, qu’on dut leur passer les présents d’usage au bout d’une planche. Deux heures après, le prince de la région s’amena dans une barque

(D Roteiro.

(2) Roteiro : à 9“ latitude nord, appelée Macangor et Maçagnoa, à 20 lieues de Hummunu; à 9*20', Mazava, d’après Alvo; Max. Transylvain écrit Masana ; Herrera (dec. III, lib. l, cap. IV) : .Muzagua; de Brito : Maçava.

MAf.KM.AN. LA QUESTION DES MOLUQUES

im()osanle et enl un long onlreti(‘n avec Enrico; il se disait souverain de trois iles, dont l’une élait Suluan, et du district Caraca, dans iVIitnlanao. Alors seulement les Espagnols réussirent à faire monter à bord des navires (|uel(jues-uns des insulaires. On leur (il naturellement im accueil très cordial; le roi refusa d’accompagt)er ses gens, mais il fit offrir au ca|)itait»e général, en retour, une barre en or massif et une mesure de gingembre. Magellan le remercia beaucoup de son attention, mais déclara ne pas pouvoir accepter ses présents.

Le lendemain, Vendredi saint, Enrico descendit à terre pour se procurer les provisions promises; en revenant au navire, il fut accompagné par le roi qui, cette fois, vint sans méfiance à bord du vaisseau-amiral et remit personnellement à Magellan des plats en porcelaine, garnis de poisson et de riz. L’amiral, de son côté, se bâta de lui faire cadeau d’une robe turque en étoffe rouge et jaune, et d’un bonnet; là-dessus eut lieu la cérémonie du casi-casi, ou fraternisation par le sang, telle qu’on la pratiquait dans toute la Malaisie. Le reste de la journée fut passé à raconter les péripéties du voyage, à parler des pays de l’Europe, enfin à montrer les innombrables objets d'échange, contenus dans la cale des vaisseaux. En réponse à cette visite, le roi voulut faire voir, à son tour, à (|ueb|ues hommes des équipages, les choses les plus remarquables de son pays; deux Européens, parmi lesquels Pigafetta, obtinrent donc l’autorisation de faire une |)romenade dans l’île, en compagnie du roi. L’Italien nous a laissé une description très colorée de sa réception au palais du rajah Colambon ('), du festin donné en l’honneur de la petite délégation; le roi surtout y fut extraordinairement joyeux; mais il prit tant de boisson dès le début du repas qu’il s’endormit bientôt ivre-mort. Pigafetta ramena avec lui à bord le frère de Colambou, le rajah Siain, souverain de Buluan et Calagan (-), régions situées également dans Pile de Mindanao, ainsi que trois hommes de sa suite. Ce prince à son tour renforça chez l’amiral la croyance qu’il pourrait toucher bientôt au pays de

(Q Gomara l’appello rajah Calawar.

(2) Calega et Bulara, d’a|)rès P. Maktyr, De Orbe ISovo, dec. V, cap. I.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLOBE. 3H

l’or, si avidement recherché par les Portugais à l’est de Malacca; dans le pays de Siain, assurait Pigafelta, il y avait déjà de puissantes mines d’or ('). Mais Pierre Martyr situa les véritables îles de l’or encore un peu plus loin : « de Mindanao, ils découvrirent une autre île, que les habitants de Calaga leur montrèrent du doigt, disant, ce qui fut confirmé par les habitants de Butara, qu’il y avait là tant d’or dans les sables de la mer, qu’il suffisait de les passer dans un crible pour récolter des pépites d’or, de la grosseur d’une noisette et d’un fruit plus petit; quant aux autres pépites, on n’y faisait pas attention... Dans ces îles, les négociants de la Sérique, de la Chine et des

autres pays de l’Inde, viennent souvent faire le commerce de l’or, des pierres précieuses, etc. (2). »

Magellan voulut que la fête de Pâques, qui tombait le 31 mars, fut célébrée avec la |)lus grande pompe possible. Les deux rois y assistèrent avec recueillement, imitant naïvement les mouvements des Européens, s’agenouillant et embrassant le crucifix; au moment de l’élévation, les navires déchargèrent leurs giosses bombardes. La messe solennelle finie, on remit aux rois une grande croix avec couronne d’épines, en les priant de l’ériger au plus haut sommet de l’ile, de façon qu’elle fût visible pour tous les indigènes qui voudraient l’adorer. Les rajahs n’y trouvèrent pas d’inconvénient et accordèrent volontiers ce que le capitaine général sollicitait d’eux avec tat)t d’insistance. Pour s’assurer leur amitié et impressionner l’esprit de la population par la force de ses armes, Magellan déclara se mettre à leur disposition pour combattre leurs ennemis. Le roi, tout en exprimant sa profonde reconnaissance, lui communiqua qu’il était en guerre avec les habitants de deux îles voisines, mais que la saison favorable pour les châtier n’était pas encore venue.

L’amiral n’insista pas; songeant ensuite à reprendre la route, il s’informa des ports qu’il aurait le plus de profit à visiter, où il pouvait renouveler ses provisions et faire le trafic des épices et drogues. Les insulaires lui

(U Ms. 5630 : « en liste de ce roy qui vint à la nef y a mynes d’or » P. Martyr, loc. cil. Traduction P. Gaffarel, p. 497.

MA(.KLLAN. I.A OHESTION DKS MOUIQIJKS

(iésignèroni les îles de Leyle (Seylani ou Ceylon), Sehu (Zuhu) el le dislricl de Caraca (Calaghan) dans Mindanao. Sebn lui paraissant la plus importante des trois places, Magellan décida do s’y rendre en premier lien. Le roi indigène proposa de conduire l(*s navires Ini-mème, si, en retour, on lui accordait deux jours pour rentrer la récolte de riz avec l’aide de qnehpies hofumes de l’é(|uipage. Mais les princes firent tellement honneur à la table ce soir-là, qu’ils eurent besoin de toute la journée du lendemain pour se remettre; les trois jours suivants, indigènes et Luro[)éens mirent tout le riz de l’île sous toit. Le 4 avril seulement, les ancres furent levées et on put reprendre la mer, piloté par le grand canot du rajab. On mit le cap au nord, côtoyatil le littoral de Leyte le plus près possible pour éviter les récifs du canal de Boliol ; on courut juscpi’en face de Baybay, port de Leyte, que les Malais disaient être très riche en or el en produits naturels. De là on prit la course vers l’ouest, passant successivemenl par Bobol, Canigban (Camigao, à l’ouest de Leyte), Galigban (Timutikan, Jimuquitau ou Apit), où l’on devança la pirogue du roi de Mazaba, (pii fut très frappé par la manœuvre des navires espagnols. Pigafetta compta vingt lieues de Mazaba à Catigban et quinze (') de Galighan à Zubu. V oguant ensuite vers le sud, on s’engagea dans le détroit qui sépare Zubu de Mactan; la côte était partout parsemée d’habitations; la région possède en effet encore de nos jours une population dense et très commerçante. Les navires s’arrêtèrent au milieu du canal, en face de la ville de Zubu, en arborant tous leurs pavois et en déchargeant toutes les bouches à feu. Les indigènes, épouvantés par le vacarme, s'enfuirent à l’intérieur de l’ile; aussitôt Magellan envoya son esclave Enrico à terre pour tranquilliser les habitants et pour les assurer des intentions paisibles des Espagnols.

Le roi du pays, rassuré, prétendit alors que tous les étrangers qui entraient dans ses ports avaient coutume de lui payer un tribut; il y avait à peine quatre jours, dit-il, qu’une jonque du Siam, chargée d’or et d’esclaves, avait quitté l’île. Or, un marchand siamois qui résidait dans la

(<) Trente lieues, d’après le Portugais anonyme.

place, au courant des conquêtes des Européens dans l’Inde, conseilla au roi d’agir avec prudence et d’accueillir les nouveaux arrivés sans les contrarier en rien. Le prince se hâta de suivre cette recommandation ; il envoya son propre neveu à bord du vaisseau-amiral pour conclure un traité de commerce, accordant aux Espagnols liberté complète de trafi(|uer dans son domaine. Le même jour, iMagellan expédia Pigafetta et un de ses officiers à terre pour aller offrir au souverain les présents traditionnels. L’impression que Pigafetta rapporta de sa mission fut très favorable. Le lendemain, 10 avril, un nouveau groupe d’Espagnols se rendit auprès du roi et lui demanda l’autorisation d’enterrer dans son ile deux marins qui avaient succombé à la suite des privations, endurées pendant la traversée du Pacilique. Le prince y consentit gracieusement; l’inbumation, par conséquent, eut lieu sur la place publi(|ue, au centre de la ville, avec un cérémonial extraordinaire. L’effet produit par le service funèbre sur les habitants fut si profond qu’au bout de quelques jours, le roi de Zubu se montra disposé à devenir chrétien.

Le 14 avril, un dimanche, au milieu d’une affluence très nombreuse, en présence de quarante Espagnols armés de pied en cap et étincelant dans leur armure d’acicr, la solennité du baptême royal eut lieu. Magellan, assis sur un grand tréteau couvert d’étoffes éclatantes, avait à scs côtés le prince indigène, nommé Humabon (‘), qui reçut le nom de Carlos, en l’honneur de l’empereur Charles-Quint; le neveu du roi fut appelé Hernando, d’après le frère du roi d’Espagne; le souverain de Limassava, Juan; et le marchand arabe ou siamois, Christophe. Pigafetta décrit ensuite en détail la cérémonie de la conversion de cinquante hommes de la suite du roi ; il ajoute que toutes les hideuses idoles qui se trouvaient dans l’ile, furent jetées au feu le jour même. L’après-midi, le chapelain procéda au baptême de la reine et de (|uarante femmes de sa compagnie. Pigafetta lui présenta une image de la Vierge avec l’enfant Jésus, sculptée en bois; cette statuette a été retrouvée à Sebu, en 15G5, par Miguel Lopez de Lagaspe qui, détail amusant, la prit

(^) Hainabar, d’après Gomara, loc. cil.

(l’;>bord pour une idole! De même, |)lusieurs croix ériii;ées par Magellan, existaient encore lorsque des missionnaires espagnols y arrivèrent plus tard, ce qui fut pour ceux-ci le motif d’appeler l’endroit, la ville de Jésus; aujourd’hui, la population de Sehu est entièrement chrétienne (').

L’épouse du roi reçut le nom de Jeanne, d’après la mère de l’empereur; la femme du rajah de Limassa\a, celui d’Isahelle; en tout, huit cents personnes environ reçurent le haptênn*. Au bout de huit jours, tous les habitants de l’île avaient suivi l’exemple de leur prince; ceux des îles voisines les imitèrent bientôt (-). Max. Transylvain et Pigafetta semblent attribuer en grande partie la ccmversion en masse des insulaires et la destruction volontaire de leurs anciennes idoles à la guérison miraculeuse, par Magellan, d’un des vieillards influents de l’île (’).

Le capitaine général ne négligea pas le côté matériel de sa mission; ayant appris que l’île de Sehu était riche en or, en gingembre et autres produits précieux, et (pi’elle était située favorablement pour y faire converger les articles de commerce des régions environnantes, il sollicita la faveur de pouvoir y construire une grande factorerie où il présenterait ses articles d’échange, sous le contrôle de quelques hommes armés. L’usage des poids et mesures était parfaitement connu par les indigènes. La vue des marchandises européennes excita au plus haut degré leur curiosité; dans leur ignorance, ils offrirent, pour des objets de valeur insignifiante, des quantités considérables de riz, des porcs, des chèvres, et ils présentèrent de l’or en échange de fer et de cuivre; quatorze livres de fer, par exemple, y valurent environ quinze ducats. Si Magellan n’avait pas sévèrement interdit d’accepter du métal précieux, les marins auraient vendu jusqu’à leurs vêtements les plus indispensables, « ce (|ui aurait détruit à tout jamais notre

(1) Lastills et Colin, Labor evangelica, lib. t, cap. XIX. Celle image est à présent vénérée dans l’église du couvent des Augustins de Zébu. — Fr. tRANCisco Villacorta, Admmistracion de los Cadres Augustinos Cabados de la provmcia del Duke nombre de Jésus de las islas Filipinas. Valladolid, 1833, p. 14.

(2) En tout 2,200 personnes, d’après Max. Transylvain.

(3) D’après Gomara, ce fut le neveu du roi.

trafic dans ces pays », remarque PigafeUa. Le commandanl aurait dû se borner à celle aciivilé commerciale el à ce genre de prosélylisme religieux; malheureuscmenl, il crut que le prestige de la Caslille exigeait des actes de valeur j)ar les armes, el (ju’il devait prouver que la religion chrélienne n’exclut pas la bravoure.

6. — Mort de Magellan et des principaux chefs de l’expédition.

Le capitaine général avait exigé de deux frères du roi et de quelques chefs de tribu qui n’étaient pas très portés à reconnaiire la suprématie du rajah de Sebu, qu’ils promissent complète soumission à Humabon, sous peine de mort et de confiscation de leurs biens. Un des chefs en question rompit bientôt la parole donnée et refusa de nouveau l’obéissance au prince de Sebu. Magellan envoya contre lui un petit corps d’Espagnols qui punit le rebelle par la destruction de son village, Bulaya : celte localité était probablement située dans le territoire de Maclan (^), sur l’îlot du même nom, en face de Sebu. Le roi de cette île, Silapulapu, ne fut rien moins que disposé à s’incliner devant Humabon après l’acte de violence, opéré chez lui par les étrangers; PigafeUa assure qu'il médita dès ce moment la vengeance.

Silapulapu aurait expédié à Magellan un de ses hommes de confiance, Zula, avec mission de s’excuser des misérables présents qu’il apportait en son nom; il devait dire qu’il n’osait pas en offrir de plus riches, de peur que Silapulapu n’exerçât des représailles contre lui; mais si le capitaine général voulait lui confier une chaloupe, avec quelques hommes armés, il s’engageait à chasser son chef et à rendre l’île à la Castille.

Le pilote génois donne une version différente de la cause occasionnelle de l'expédition contre Maclan : dix à douze jours après l’incendie du village Bulaya, Magellan aurait ordonné aux habitants de Mactan de lui payer comme tribut trois chèvres, trois porcs, trois mesures de riz et trois de

(q Matam, d’après le Roleiro; Mathan, de Brito; Mauthan, Max. Transylvain.

5 K) MAGELLAN. LA QUESTION DES MOLUQUES

miel; or, les indigènes ne eonsenlireni qu’à lui fournir deux unilés de cluu|ue article demandé, prétendant (jue, à la l'igueur, ils ne lui devaient aucune charge pul)li(|ue; là-dessus, Magellan aurait lait préparer trois barques, montées [)ar cimpiante à soixante hommes.

Le roi de Sehu n’approuva pas le plan de campagne de l’amiral; Juan Serrano fut également d’avis (pi’il ne lallait pas ex|)Oser inutilement la vie de tant d’hommes, vu les j)ertes d’équipages subies déjà jusqu’ici. Magellan ne tint pas compte de ces avertissements; une confiance excessive dans ses armes l’emporta sur toutes les autres considérations et le fit mettre son idée à exécution. I.es stipulations royales ne contenaient malheureusement pas, comme les instructions analogues des expéditions portugaises, la défense formelle pour le commandant de descendre à terre chez une population inconnue, si ce n’est en cas d’absolue nécessité ou lors(|u il ny avait pas d’apparence de danger (*). Magellan non seulement devait parfaitement connaître ces mesures de prudence, il avait en outre présent à sa mémoire l’exemple de son prédécesseur, Juan D. de Solis, qui avait été tué dans une rencontre fortuite avec les Indiens.

Le ^6 avril (^), à minuit, un détachement espagnol de soixante hommes environ quitta Sehu; il fut accompagné du rajah de Sehu, du prince et de quehpies chefs, commandant une (loltille de vingt à trente pirogues de guerre, montées par mille indigènes. Trois heures avant le lever du soleil, les forces réunies atteignirent l’endroit choisi pour le débarquement, à (piatre ou cinq lieues de l’escadre. A en croire Pigafetta, Magellan aurait essayé de persuader Silapulapu de l’inutilité de sa résistance et il se serait servi, comme intermédiaire, du marchand siamois. La réponse lut très arrogante; toutefois, le chef aurait demandé de ne pas commencer le combat avant le jour (?). L’amiral ne se serait pas aperçu de la ruse; les rebelles, en effet, profitèrent de la trêve accordée pour entourer leur village

(Q Voir, par exemple, les instructions données à Diego Lopes de Sequeira, le 13 février 1308. Carias de Aff. de AUmquerque, t. Il, p. 418.

{'i) Le 27, un samedi, rapporte Pigafetta; le 28, d’après le Roteiro.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU CLORE

d’une forte palissade et de profonds fossés. Lorsque le soleil se montra, le rajah de Sebu insista auprès de 31agellan pour (|u’on le laissât conduire l’attaque avec ses mille guerriers et quehines Espagnols seulement pour les encourager (*); le capitaine général préféra qu’il se tint dans le canal et qu’il observât la façon de combattre des chrétiens.

Des soixante Européens, quarante-neuf ('-) descendirent dans l’ile; les autres devaient garder les chaloupes et apporter des munitions. Les récifs coralliens de celte partie de la côte empêchèrent les barques de s’approcher d’assez prés et forcèrent les hommes à passer à gué une distance très considérable. Silapulapu avait groupé ses hommes en trois corps Magellan lit avancer les siens en deux divisions. Une ()luie de pierres les atteignit â mesure qu’ils s’éloignèrent du rivage ; les indigènes, protégés derrière les palissades par un épais feuillage, remar(|uant que les armes redoutables des Européens restaient sans eiïet, sortirent alors de leur retranchement et vinrent harceler l’ennemi de plus près. Un groupe d’Espagnols allaient mettre le feu à une agglomération de vingt à trente cabanes, lorsque les indigènes se tournèrent avec fureur contre eux; ils réussirent à séparer la petite colonne du gros de la troupe et â tuer deux hommes. iMagcllan s aperçut en ce moment que le combat prenait une tournure sérieuse et il ordonna la retraite; malheureusement, de tous ses gens â peine huit lui obéirent. Habitués qu’ils étaient à de faciles victoires contre les Indiens, ce premier revers leur causa une panique générale et ils se mirent à fuir vers

h) « Hamabar aurait bien voulu combattre incontinent, mais parce qu’il s’était oblige devant à Cilapulapo par un traité, de se défier l’un l’autre devant que venir aux mains si d’aventure ils venaient à avoir quelque guerre ensemble, il lui envoya dire par Christophe le More s’il voulait être ami ou ennemi. Mais Cilapulapo lui fit une réponse hardie et pleine d’injures et aussitôt fit sortir trois mille hommes. » — Gomaha, loc. cil. Traduction Fumée, p. 147. — Matan n’a guère que quatre lieues de tour et une demi-lieue de large. Elle ne renferma alors que quatre à cinq cents habitants, répartis dans quelques villages, mais les insulaires reçurent de nombreux renforts. — 1‘. Gafkakel, loc. cil., p. 496, note 1.

(2j Quarante, disent Max. Transylvain et Gomara; cinquante-cinq, d’après IIehreiia, loc. cil., dec. lit, lib. I, cap. IV.

(3) En tout 1,500 hommes, Pigafelta; le double, d’après Max. Transylvain et Oviedo; 3,000 à 4,000, d’après le Koteiro.

les chaloupes (*). Magellan avail déjà la jambe droite percée par un Irait ; entouré de huit braves, il recMila lentement vers le rivage, s’enfonçant bientôt dans l’eau jusqu’aux genoux; Pigafella, un des üdèles de la dernière minute, déclare (|u’il eût été impossible de résister au flot des ennemis. Le capitaine général perdit jus(|u’à deux reprises son casque, arraché d’un coup de pique et à coups de pierres; une lance le blessa, en outre, au bras droit. Le roi de Sebu fil débar(|uer alors quelques divisions de ses sujets pour attirer l’attention de ceux de Maclan et pour permettre à ses amis de gagner les embarcations.

Le combat continua encore pendant une heure, jusqu’à ce qu’un indigène, de sa lance de bambou, réussit à frapper Magellan à la tête ; l’amiral lui planta une lance dans le ventre; mais comme il voulait tirer .son épée, le bras droit lui refusa tout service. Les ennemis s’apercevant de cette défaillance, s’élancent sur lui; un d’eux lui administre un formidable coup à la jambe gauche qui le fait tomber la face contre terre; d’autres se jettent sur lui et le percent de leurs traits et de leurs lances (-). Pigafetta rapporte que le malheureux, au moment de succomber, se tourna une dernière fois vers ses hommes, qui remontaient dans les barques. Huit Européens (^) périrent avec leur chef, outre (juatre Indigènes convertis, et une vingtaine furent gravement blessés; l’ennemi n'eut que quinze hommes de tués Herrera cite parmi les morts un serviteur du capitaine général, Cbristobal Rabello, qui aurait été capitaine de la Victoria depuis le départ du port de Saint-Julien (^), bien que nous sachions que Duarte Barbosa avait été chargé de ces fonctions.

(1) Il y a sans doute une part d’exagération dans la description de cette retraite précipitée d’après Pigafetta, qui a probablement voulu faire ressortir sa vaillance aux derniers moments de Magellan.

(2) Le marin Nicolas de Naples qui combattit cote à côte avec Magellan, rapporte que le commandant fut tué par un trait et par un coup de lance à la gorge. Voir sa déposition dans le procès de Jaime Barbosa, 1540.

(3) Sept Européens, d’après la liste des morts officielle, mais un huitième succomba le 27 du mois, à la suite de ses blessures. — Navaiuiete, Colecciôn, t. IV, pp. 65-66; de Brito fixe le nombre des morts h six, en dehors de Magellan.

(4) Loc. cil., dec. III, lib. 1, cap. IV. — Navaiiretiî, Colecciôn, t. IV, p. 63.

Le roi de Sebu pleura comme un enfaul lorsqu’on lui raconta la fin de Magellan ; le désastre ne pouvait manquer d’ébranler la confiance qu’il avait mise dans ses nouveaux alliés. Les cbaloupes retournèrent lentement au port de Sebu ; le soir même, un messager fut envoyé à Silapulapu pour demander le cadavre de l'amiral en écbauge d’une forte quantité de marchandises; le rajab fit répondre que pour rien au monde, il ne se désisterait de la dépouille mortelle de son ennemi, (|u’il garderait comme un souvenir durable de sa victoire. Barbosa, qui fit renouveler les instances et doubler les offres, ne reçut pas meilleur accueil.

Magellan tomba ainsi victime de sa témérité, et le fait était d’autant plus inattendu que le commandant se distinguait des conquistadores de son époque par sa pondération, par une prévoyance qui semblait à l’abri de tout désir de parade. Car, en somme, même s’il était venu à bout de Silapulapu, sa campagne avec soixante hommes cuirassés, armés de pied en cap, contre quelques milliers d’indigènes, sans autres armes que leurs lances, ne constituait pas un acte de bravoure. Il périt quand il était près de toucher au but de sa mission, au seuil des Moliu|ues, après être venu à bout de toutes les épreuves que les hommes et la nature lui avaient opposées. C’est à Sebu, en effet, que les Espagnols acquirent les premières notions précises concernant la situation des îles aux épices. L’immixtion de l’amiral dans les affaires des habitants des îles est d’autant moins excusable que l’expédition de 1519 ne devait être (|u’un voyage de reconnaissance; l’exploration proprement dite de ce nouveau inonde insulaire devait être réservée pour une seconde expédition, beaucoup plus puissante que la faible flottille de Magellan.

Le jugement que l’histoire portera sur l’œuvre du capitaine général, si incomplètes que resteront nos notions sur plusieurs périodes de sa vie, différera considérablement des conclusions auxipielles sont arrivés ses contemporains (*) et plusieurs auteurs modernes. Ce qu’il y a (ie supérieur

(9 Rappelons la tirade d’Osorius, le chroniqueur ofticiel de la Cour, que les auteurs postérieurs se sont tant plu à reproduire :

« Abjura fidem quantum voles : pertidiam tuain publicis literis conteslare : insignem

MAGELLAN. LA QUESTION DES MÜLUQUES

dans le caraclèie de Magellan, c’esi la sincérilé de ses inlenlions envers le roi Charles, malgré les oITres el les einhnches des Poringais; ceux-ci, rappelons-le, firent presque exclusivement appel à ses sentiments de loyauté pour le pousser à rentrer dans sa patrie ; le commandant se montra homme de probité, tel (jue son milieu n’en présente guère. Les considérations d’ordre commercial et de lucre, sur lescpielhîs nous avons cru devoir insister, Magellan les devait à l’esprit de son temps (*).

Quant à ses cpialités de cœur, sa conduite en Inde, au hanc de Padoue et à -Malacca, témoigne de (piel dévouement pour ses proches il était capable; enfin, ses rapports avec les compagnons de son dernier voyage lurent empreints d’une correction que les i*eprésailles du |)ort de Saint- Julien, nécessitées par les circonstances, t)e pourront pas effacer. Par les comptes de l’équipement de l’armada, conservés à Séville, on a vu que Magellan avança à une foule de gens de ses équipages, simples marins et ofiiciers, des sommes qu’il dut prendre sur son propre traitement (^).

Il fut sans contredit le plus grand des navigateurs anciens el modernes; alors que Colomb toucha à l’Amérique, après une traversée de trente-six jours, Magellan ne déboucha au Pacifique (|ue plus d’un an a|)rès le départ de San Lucar, el il n’arriva aux Philippines qu’au bout d’une course de trois mois et demi, à travers un océan complètement inconnu (”).

Au siècle dernier, les Espagnols ont lâché de reconnaiire l’endroit où Magellan était tombé el ils y ont érigé une stèle commémorative. Mais le

niemoriam sceleris infandi posteritati relinque : nullis lamen testimoniis numinis offensionem et dedecoris sempilerni maculam vitare poteris. » Loc. cit., lib. XI, fol. 328.

üpposons-y le jugement de son compatriote Faria : « Telle est la figure (Magellan) dont d’illustres écrivains veulent flétrir l’honneur, en dehors de Damian de Goes qui, avec tout le respect que l’on doit aux grands hommes, dit ne pas pouvoir les suivre dans cette sentence. » Europa porluguesa, t. Il, parte 4, cap. I, § 92, p. ol3.

(Q F. Martyr prononça sur Magellan le jugement extraordinaire suivant : « C’est ainsi que ce brave Portugais assouvit sa soif d’aromates! » Loc. cit., dec. V, cap. 1.

(2) Médina, Coleccion, t. I, doc. XXIV, p. 171.

(3) Edw. G. Bourne défend aussi la thèse que l’expédition de Magellan fut une entreprise plus hardie, plus difficile et plus étonnante que le premier voyage de Colomb. Spain H America 14S0-1380, p. XVI.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLOBE. 3'ii

modeste monument a lant souffert des intempéries et de la végétation, qu’il est difficile de retrouver son emplacement

On ne possède aucun portrait authentique du grand Portugais; en général, les renseignements concernant son physique font complètement défaut. Ilerrera rapporte qu’il en imposait peu, parce qu’il était petit de stature ("^); il se serait ressenti toujours de la blessure qu’il avait reçue à Âzamor et qui fut cause qu’il boitait légèrement.

Les portraits dont nous donnons ici une liste sommaire, se ramènent à deux ou à plusieurs originaux, sur la provenance desquels on n'est même pas fixé :

i“ Le mieux connu se trouve à la galerie de Don Felipe Vallejo de Tolède; il n’est que la copie d’un tableau qui fait partie de la collection du duc de Florence et qui est attribué au Titien, il a été reproduit, une première fois, par Selma, en 1788, dans le livre de Vargas y Ponce. Relacwn del Ullimo Viaje al Estrecho de Magallanes; ensuite dans Cladera, investigaciones hisloricas sobre los principales dcscuhriniienlos de los Espanoles, Madrid, 1794; Allgemeine geographische Ephemeriden. November 1804, p. 269 ; Navarrete, Colecciôn, IV; Aug. Rürck, Magellan oder die erste Reise um die Erde, Leipzig, 1844; Lord Stanley of Alderley, Eirst (llakiuyt Society, Londres). Une copie, faite sur le

portrait de Tolède, est en possession de la Lonja à Séville, actuellement le dépôt des archives des Indes; c’est celui-ci qui a fourni le frontispice de La Primera Vueha al Mundo, de V. Llorens Asensiü;

2° Gravure, faisant partie des collections du Louvre (?), qui présente une grande analogie avec l’image de Florence; elle est décrite dans Ferdinand Denis, Portugal, Paris, 1846, page 206, note;

('*) GiiiLLEMARD, loc. cU., p. 2S5. — En 1909, l’endroit où tomba Magellan est décrit « a spot now niarked by a beautiful coral monument in a coconut grove by the sea >■>. Warren du Pré Smith, GeoyrapJiical Work in the Philippines. Geogiîaphical .Iournae. Londres, novembre 1909, p. 532. — Voir le beau monument érigé à la mémoire de Magellan, dans Th. Bon. Lawler, The Story of Columhus and Magellan. Boston, New York, Chicago, London, 190o, p. 130.

(2) Loc. cit., dec. II, lib. II, cap. XIX.

3® Porirail du XVI"'® siècle, à Madrid, au Museo-Hiblioteca de Ultramar, reproduit dans O. Kolliker, Dio Ersle fJmsef/lunf/ (1er Erde ; dans Blair el Robertson, The Philippine Islands, (îleveland, Ohio, 1903, el dans J. -A. Robertson, MageUan's Voyage around the W^or/d, Clevelaiid, 1906, vol. I;

Porirail à la galerie de Versailles, n° 3091 du calalogue Soulié; c’esi une copie laite |)ar Larivière d’après un lahleau qui se trouve au château de Beauregard, près Blois (*) ; il est reproduit dans Guillemard, The Life O f Ferdinand Magellan;

5° Deux vignettes dans De Bry; l’une représente Magellan en pied el sert d’illustration à une carte de l’Amérique qui accompagne la relation de Benzoni, vol VI;

6® L’autre, dans la mappemonde en deux hémisphères, volume XI; répétée dans le Journal de Schouten, de 1618, et dans IIülsius, Americae pars Auslralis, vol. VI et XVI;

7® Gravure dans Herrera, I/isloria, I, p. 293;

8® Gravure dans Montanus, America, Amsterdam, 1671, p. 74, reproduite dans Ogilly, America, London, 1671, p. 79 (-).

De retour à Sebu, les équipages procédèrent immédiatement au choix d’un successeur du capitaine général ; les voix désignèrent à la fois Duarle Barbosa et .luan Serrano, l’un parent de Magellan, l’autre grand pilote de l’armada. Le premier n’était pas seulement l’homme le plus compétent dans la navigation des mers de l’Inde; il fut initié, en outre, pensa-t-on, aux plans de Magellan, dès le début de l’expédition. Certains auteurs, comme de Brilo, Herrera (^) et Gomara, citent Barbosa comme l’unique successeur de Magellan, et mentionnent comme capitaine de la Victoria, en remplacement de Christ. Rabello, un Portugais du nom de Luis Affonso (^), natif de

(^) Guili.emard, loc. lit., p. 261.

C^) Ei)w. E. Hale, in J. WiNsoit, Narr. and. crit. History of America, II, p. 693.

(3) Loc. cil., dec. III, lib. 1, cap. IX. — Navarrete, Colecciôn, t. IV, p. 63.

(4) Cité aussi par de Brito.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE. 323

Ayamonte, qui se trouvait inscrit comme surnuméraire à Lord de la Trinidad, mais qui est appelé également Luis Alïonso de Goes et Luis Allonso de Lois dans la liste des morts du 1®’’ mai. Remarquons que ni la promotion de ce Portugais ni celle de Rabello ne sont mentionnées dans les listes de payement (‘). On n’ignore pas non plus que Barbosa avait été nommé capitaine de la Victoria après la mutinerie au port de Saint-Julien. Chose étrange, la liste des soldes fait allusion à une soi-disant défection de Barbosa, d’abord à la baie de Santa Lncia (Rio de Janeiro), avant sa nomination comme capitaine, où il aurait pris la fuite avec trois indigènes; une seconde fois, à l'île de Sebu, où il se serait absenté pendant trois jours, bien que Magellan l’eût fait rappeler par un de ses hommes; on expliquerait ainsi, jusqu’à un certain point, son remplacement par Rabello. Nous ne pouvons nous empêcher de douter de la véracité de ces faits et de nous demander si leur mention dans les listes de payement n’est pas uniquement due à J. S. del Cano, jaloux de l’intimité de Barbosa et de Magellan. Maximilien Transylvain et Oviedo, par contre, parlent exclusivement de Juan Serrano comme capitaine général à la mort de Magellan.

La première décision, prise par les nouveaux chefs, consista dans l’embarquement de toutes les marchandises d’échange, déposées à la factorerie de Sebu. Cette mesure de méfiance envers le roi chrétien hâta sans doute la seconde catastrophe qui attendait l’armada.

La cause du massacre des Espagnols dans cette île a également été rapportée différemment par plusieurs membres de l’expédition. Del Cano, dans sa déclaration devant l’alcalde Leguizamo, en octobre 1522, où il s’exprima si acrimonieusement à l’égard de Magellan et de Barbosa, et Pigafetta, accusent l’esclave de Magellan, Enrico, d’avoir tramé la trahison : il aurait voulu se venger des mauvais traitements dont il aurait eu à se plaindre de la part de Serrano et de Barbosa. Le pilote génois ne parle pas d’Enrico mais rapporte, au contraire, ou qu’il périt en même temps que son maître, ou (|u’il fut sauvé par le rajah de Sebu, dont il avait été le confident.

U) Médina, Colecciôn, t. I, p. 179.

On avait demandé à llumahon, dit-il, deux pilotes pour conduire les vaisseaux; mais l(‘s indigènes reçurent de façon très hostile les Espagnols qui venaient les chercher dans l’ile. La véritable cause nous est dévoilée par Pierre Martyr, à qui, en sa (pialité de religieux, les survivants de l’expédition osèrent moins bien cacher la vérité; le secrétaire du Conseil des Indes les ayant interrogés sur les cruautés du roi de Sehu, un jeune marin génois, Martin, lui confia que ce furent les violences envers les femmes indigènes qui y avaient donné lieu. Ce ne fut pas la seule fois que les habitants d’Insulinde, exaspérés par le manque de respect vis-à-vis des femmes, usèrent de terribles représailles envers les Euro|)éens. Il n’y a pas de doute cependant qu’une forte pression aurait été exercée sur llumabon par les chefs des iles voisines, et que ce prince fut obligé de se joindre à eux, ce qui assura le succès du complot (’).

Humabon invita peu après tous les équipages des navires espagnols à assister à la remise solennelle des joyaux qu’il voulait présenter aux capitaines généraux en signe de soumission à la Castille. Barbosa acquiesça à ce désir sans hésitation ; Serrano fut d’abord indécis et recommanda la prudence. Le matin du l®’’ mai, les capitaines descendirent à terre avec vingtsept hommes ("^), parmi lesquels le cosmographe San Martin, les escribanos Sancho de Heredia et Leon de Espeleta, le prêtre Pedro de Valderrama, Luis AlTonso de Goes, capitaine de la Victoria (?), le pilote Carvalho et l’alguacil Espinosa; Pigafelta, ayant été blessé à la figure à Mactan, n’ac-

(^) Barros, Da Asia, dec. tll, lib. V, cap. X. — Herrera, loc. cil., dec. tit, lib. I, cap. IX. — Faria, Asia Porliiguesa, t. 1, parte 3, cap. V, § 10, p. 209. — Le père San Roman ne reproduit non plus la légende de l’esclave de Magellan; il rapporte que les rois voisins ne voulurent conclure la paix avec Humabon, qu’à condition de se défaire des Espagnols. 11 tient probablement ces renseignements du routier du pilote Alvo, le seul des participants au voyage qui ne parle pas d’Enrico.

(2) Liste des morts; Max. Transylvain et Oviedo; Pigafetta : vingt-quatre hommes, outre deux autres qui furent sauvés; d’après le Roteiro, les deux capitaines et vingt-six hommes; de Brito : trente-cinq ou trente-six furent tués avec Barbosa et Luyz Affonso; Castanheda et Gomara : trente hommes. Deux Français, Jean Petit et Simon de la Rochelle furent au nombre des morts.

compagna pas la délégalioii. La cérémonie exigeait, parait-il, la présence des principaux chefs de l’expédition.

Humabon, entouré d’une foule nombreuse, reçut les Espagnols à leur descente au rivage et les conduisit immédiatement au lieu de la solennité. Espinosa et Carvaibo remar(|uèrent qu’à ce moment, le prêtre Valderrama était éloigné de façon suspecte du reste de la compagnie; soupçonnant une trahison, ils relournèrent immédiatement sur leurs pas et regagnèrent les navires. Il y sont à peine montés, (|u’ils entendent un grand tumulte dans l’ile ; les insulaires, qui avaient entouré les Européens de tous côtés, auraient attendu un signal convenu pour tomber sur eux. Une lutte désespérée s’engagea. Carvaibo fit lever les ancres, dirigea les navires le plus près possible de la côte et fit bombarder le village. On vit alors quelques sauvages s’avancer jusqu’au bord de l’eau, traînant avec eux Serrano, qui était sans vêtements et qui saignait par plusieurs blessures. Le capitaine annonça à ceux qui étaient à bord le massacre de ses compagnons, parmi lesquels seul fut épargné l’interprète, comme le dit Pigafetta. Le pilote pria les équipages de cesser le feu, s’ils ne voulaient pas bâter sa propre fin, car les indigènes consentaient, disait-il, à lui laisser la vie, en échange de deux canons et d’une certaine quantité de marchandises (^), qu’il fallait leur envoyer dans une chaloupe. Carvaibo, que les textes appellent le « compadre », le « boni companion » de Serrano, ordonna froidement d’appareiller, ordre qui revenait à laisser le capitaine dans l’île et à l’abandonner à son sort; peut-être redoudait-il une nouvelle trahison. D’après Pigafetta, ce fut par lâcheté qu’il refusa de venir au secours de son chef, à moins que ce ne fût dans le but d’obtenir lui-même le commandement de l’escadre. Il s’éloigna impassible devant les supplications de Serrano qui, voyant les navires mettre à la voile, sans essayer de le sauver, lança à Carvaibo de violentes imprécations, et lui prédit qu’un jour il répondrait devant Dieu de sa conduite.

Tandis que les navires reprenaient le large, on put voir encore les Malais se retirer avec Serrano vers l’intérieur du village, et s’elîorcer vaine-

(^) Lettre de Brito.

MAGELLAN. I.A QUESTION DES MOLUQUES

ment de renverser la grande croix plantée au sommet d’une des collines de Pile. Plusieurs auteurs (') rapportent que huit des Espagnols, saisis par les insulaires, furent vendus comme esclaves à des marchands chinois; nous savons que ce genre de trafic était en efïel en vigueur aux Philippines. Ce qui conlirnie Pallégalion d’Argensola, c’est que dans sa relation du voyage d’Alvaro de Saavedra aux Moluques par l’escrihano Francisco Granado, celui-ci mentionne qu’il avait rencontré dans une des îles visitées par l’escadre, un certain Sébastien de Puerla ; cet Espagnol aurait appris des naturels de Sebu qu’ils avaient vendu à la Chine tous les compagnons de Barbosa, au nombre de huit, en échange d’une certaine quantité de métal (“).

Ce fut dans ces tristes conditions, après avoir perdu tous les chefs et les personnages les plus en vue de l’armada, que la navigation fut reprise; des deux cent soixante-dix hommes au moins qui étaient partis de l’Espagne, il n’en restait plus que cent quinze (').

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