‹ Magellan; la question des Moluques et la première circumnavigation du globeChapitre 32 sur 37 · Les Wloliiques · texte numérisé non relu

Les Wloliiques

Les Espagnols abordèrent donc enlin aux iles des épices, fameuses depuis le haut Moyen âge, el dont l’existence avait été si longtemps entourée de mystère el de légendes; ils les avaient trouvées par une voie nouvelle, par des eaux exclusivement espagnoles, ce (|ui autorisa Del Cano à réclamer l’archipel pour la Castille, bien que Magellan fût persuadé que les îles étaient situées dans l’hémisphère portugais. Par contre, les survivants de l’expédition ont tous écourté systématiquement la distance des Molucjues aux possessions espagnoles du Nouveau Monde. Nous ne pouvons nous empêcher de croire cependant (|ue les longitudes de Pigafella, et plus encore celles du pilote Alvo, ont été modiliées après coup : l’un el l’autre présentent des erreurs de plusieurs dizaines de degrés, d’accord avec les évaluations d(* .L-D. de Sülis et de Colomb sur la situation de l’Inde el des Molmjues, mais en contradiction avec les déterminations inliniment plus correctes de Magellan. L’ile de Tidoi-, cpie l’amiral fixait vers 17()” de longitude ouest de la ligne de démarcation, est rapj)rocb*ée par Ib’gafella à 161° de longitude ouest !

Cet auteur (-), le Boleiro, Max. Transylvain (°) el la plupart des contem-

("i) Le pilote génois : deux ans, deux mois et vingt-huit jours, depuis le départ de Séville, le 10 août 1519.

(2j Tadore, par 0"27' de lalilude nord; Tarenate, 0'40' de latitude nord (à 1°40' de latitude nord, d’après IIeiuieha, loc. dt., dec. lit, lit). 1, cap. XI); Mutir, par Ü“; Macliian, û 0°15' de latitude sud ; Bactiian, à 1" de latitude sud.

(3) Tarante, iMutliil, iliedori. Mare, Matiliien.

J. Denücé. — Mém. de l’Acad. roy. de Belgique (Lettres), tome IV.

Pi.. VI

ET LA PUEMIÈKE CIUCUJINAVIGATION DU GLOBE.

porains ne distinguent que cinq îles Moluques, tandis que F. Alvo applique celle dénomination aux neuf îles suivantes : Terrenate, par 1° de latitude nord; Tidori, par 0°30' ou 0'’4()' nord; Mari ou Mare, par nord;

Molil, par 0“ ; Maquian, [)ar ü°lo'-20' sud; Cayoan |)ar ü®20'-0”40' sud; Laboan, par O-SS' sud; Bacliian, par 1° sud; Lalalata, par 1"20' sud (*). Le clou de girofle et la noix de muscade, conlinue-l-il, ne sont cultivés qu’à Ternate, Tidore, Mare, Molil, Maquian, lîachian et Gilolo. Il est intéressant de noter que Pigafelta entend sous le nom de Giailolo ou Giaiallo toute l’île de Halmaheira, et qu’il y signale la présence de deux rois : un rajah lussu, qui règne sur les Maures de l’ile, par opposition au rajah Papua, roi des Gentils, nom (|ui indique déjà à celte époque l’existence de Papouas à Gilolo (-). Il ajoute (|u’une pirogue met généralement quatre mois pour faire le périple de l’ile. Rien d’élonnanl que l’auteur italien donne une description détaillée et enthousiaste du célèbre archipel et de ses produits, (lu clou de girolle en particulier, de ses deux récoltes, de sa culture sur le liane des montagnes des cim| Moluques proprement dites, celui de Gilolo et de Mareh étant déjà de (jualilé inférieure. Il oltserva que le brouillard qui cnvelop|)e tous les jours le sommet des montagnes est indispensable pour faire mûrir le fruit; la récolte de la noix de muscade et du macis n excita pas moins sa curiosité, bien que le pays d’origine de ces deux épices ne soit pas aux iMoluques.

La Trinidad et la ) uloria jetèrent l’ancre devant Tidore, quoicpje l’île de Ternate ail dû se présenter en premier lien et qu’elle fût la résidence de Francisco Serrâo. De Rarros ("j nous fournit une explication de la mameuvre : la reine de Ternate et son lils, Cachil Daroez, auraient refusé nellemenl de recevoir les Européens chez eux; les Espagnols, ne voulant pas employer la force, continuèrent simplement la route jusqu’à Tidor, où

P) Orthographe et latitudes d’Alvo ; au lieu de Motil, il localise Cayoan et Boloyan à l’équateur.

(2) E. 1, Hamy, Les Alfourous de Gilolo d'apres de nouveaux renseiqnemeyils. Bull. Soc. DE Géogr. Paris, 1877, t, XXlll, p. 481, n. 'i.

(3) iJa Asia, dec. III, lib. V, cap. VU.

MAOKLI.AN. LA QULSTION DES MOI.UQLES

le roi Almançor (') les accueillit avec empressement. Ce prince espérail que la factorerie el la foi leresse royales seraieni consiruilcs dans son île, ce (pii lui aurait assur(3 l’héi^émonic sur tous l('s rois voisins. Almaii(;or souhaita donc sincèrement la hienvenue aux nouveaux arrivés el dil, faisanl allusion sans doute aux [laroh'S de Fr. Serrao, qu’il les avait attendus depuis loiii^temps. Le lendemain, le 9 novembre, il se rendit à bord du vaisseau amiral dans une cbaloupe ricbemenl décorée d’or; il portail une espèce de mitre el le costume caraclérislicpie que nous trouvons représenté sur l’écusson, dont l’empereur bonora plus lard l(!s princiiiaux survi\anls d(> l’expédition.

Arrivé à bord de la Triuidad, Almançor, (>u bon musulman, se boucha le nez en sentant la chair de porc. Il n’y avait que quarante à cincpiante ans d’ailleurs (pie les Malais mahomélans s’étaient établis aux Moluques el y avaient rapidement nfoulé les aboiigènes dans les montagnes. L(:*s Espagnols, pour être agréables au roi, tuèrent sur le champ tous les jiorcs (pi’ils avaient à bord. Ils piésentéreni ensuite à Almançor les tiois l('mmes (ju’ils avaient enlevées de la jonque du prince de Luzou et lui prodiguèrent tant de cadeaux et tant d’honneurs que le vieillard en fut confus; il remercia av(3c émotion, n’ayant rien à donner en retour, dit-il, que son île et sa perspnne, car il avait reconnu depuis des années les Castillans comme ses maîtres (-). DcICano eide Espinosa n’eurent pas de dilficulté à s’entendre avec lui : le 10 novembre déjà, l’acte ofïiciel de soumission à la Castille fut signé. Cet exemple fut bientôt suivi par les princes des îles environnantes. « J’apporte, put dire Del Cano à l’empereur à son retour, outre les carU's d(!s Moluques, les traités de paix et d’alliance, conclus avec tous les rois et seigneurs de ces îles; ils ne demandent pas mieux que de Vous obéir comme à leur roi el seigneur (’). »

(■*) Appelé Quechilmire par Gabr. Hebello.

(2) Pigafetta.

(•^) E. Gei.ci(;ii, lac. cil. t^reinière lettre de Del Gano. Un l'xtrait de ces traités, fait par J.-B. Mufioz, a été, reproduit dans Hislorin de .S. dcl Cano, por E. de Navakheie, pnl)Iicala Nie. de Soualuce y ZimiZAïutETE, n° V, pp. 2CG-2G8.

Remarquant l’empressement que mettaient les Espagnols à prendre un chargement de clous de girofle, Almançor leur tit savoir que son pays, Tidore, ne snllisait pas pour assurer une pleine cargaison; mais il s’oITrit à se rendre personnellement à Rachian et à envoyer son lils en son nom à Molil, et il s’engagea à procurer à ses amis la (|uantilé d’épices désirée.

Les chefs de l’escadre ne négligèrent pas de s’informer immédiatement du sort de Francisco Serrâo. Ils aj)prirent, ainsi s’exprime Pigafetia, (|ue « huit mois auparavant était mort le grand ami et parent de notre (idéle capitaine général, qui fut la cause de cette expédition (•) ». Le 41 novembre, le fils dn roi de Ternate, Chechilli de Roix (-), vint rendre visite aux navires. Il était accompagné de la veuve de Franc. Serrao, originaire de Java, et de deux de ses enfants. Les Espagnols craignirent un moment de froisser le roi de Tidore en recevant chez eux le fils de son ennen)i; mais Almançor les ayant priés d’agir librement, on se hâta d’accueillir (Jiechilli le plus cordialement possible. Datis sa suite se trouvait un certain Manuel, serviteur du Portugais Alfonso de Lorosa (5), qui avait résidé d’abord à Panda et s’était établi à Ternate, après la mort de Serrao (^). Manuel informa les Espagnols des bonnes dispositions des habitants de Ternate, malgré leur inimitié avec les Tidorlens('’). De Espinosa invita de Lorosa par écrit à se rendre à l’escadre

(') Pigafetta.

(2) Baiîiîos, lac. dt. : Cachil Daroez.

(3) Pigafetta rapporte qu’il résidait dans ITiide depuis seize ans, dont dix avaient été passés aux Moluques; de Brito déclare qu’il s’était enfui du navire de I). Tristan, à l’archipel de Banda.

(4j Juan de la Piosa, d’après Correa. (Stanley, Magellan, p. 234.)

(3) Les auteurs portugais ne sont pas du même avis. En dehors de Barros, dont nous avons cité le témoignage, Castanueda [loc. dt., liv. VI, cap. X) déclare que les chefs de Ternate refusèrent catégoriquement de reconnaître les Espagnols comme leurs maîtres; ils auraient même envoyé un message à Jorge d’Alhoquerque, capitaine de Malacca, pour lui communiquer ce qui se passa aux .Moluques. De Espinosa, s’apercevant de cette attitude, promit aux Tidoriens qu’il soumettrait les habitants de Ternate par les armes, à l’arrivée de la prochaine armada, qui ne comprendrait pas moins de cinquante navires! Gabr. Rehello donne à peu près la même version de la conduite des indigènes de Ternate. Le fut après avoir pris connaissance de leurs lettres, que le gouverneur de Malacca se serait décidé à construire la forteresse aux Moluques.

MAGKU.AN. LA UlHvSTION DKS MülJJQl.'KS

siins crainte, ajoulani (inc l’anlorisalion dn prince de Ternale lui (ilail assurée d’avance.

(]’esl par ce Poringais (pie l(>s écjnipages enrenl, pour la première fois depuis leur départ de Sé\illc, des nouvelles dn monde civilisé et des événements (jiii s’étaieni passés récemment anx .Molmines. Il y avait (piehines mois à peine (pie le grand navire d(‘ I). Tri''lao d(* .Menezes était parti d’ici en destination de llanda ; ce capitaine, noos l'avons vu, avait causé la mort de Serrâo pour empêcher (pie celui ci ne r('çùt à l’ernate l’armada espagnole. De Lorosa leur commnni(|ua encore (pie I). Alannel avait expédié des navires au cap de Bonne-Espérance et au i{io de la Plata pour y harrer le passage à l’escadre de 31agellan ; en(in, une tlollille desix vaisseaux avait été expédiée anx Alohupies par le vice-roi de l’Inde, Dii^go Lopcs de Setpieira, dans le cas où l’amiral aurait réussi à Iraveiser le P.H ilitpie. Seijiieira, ayant hesoiii de tous ses navires pour ses expéditions à la mer Pioiige, ne put envoyer (pi’une galère sous les ordres de Francisco Faria; mais celui-ci n’avait pas |)u accomplir le voyage ordonné; sept de scs hommes arrivèrent dans une jompK! à Bachian et y achetèrent (piatre cents hahars de clous de girolle; ils avaient ensuite été massacrés dans cette île, pour avoir maiKpié de respect anx femmes du roi; c’est là-dessns (pi’était arrivé D. Tristào de 3lenezes.

De Lorosa s’étonna beaucoup des prix élevés (|u’o(Traient les Espagnols pour les épices; les Portugais, jus(|u’ici, n’étaient pas encore venus trafK|uer anx .llolmpies proprement dites, mais de Malacca, ils expédiaient annuellement nn certain nomhre de jonques à Banda pour y embarquer, en dehors de la noix de muscade cultivée dans cet archipel, une quantité de clous de girofle, venus de Ternate. L’unité de mesure en usage entre Portugais et indigènes était le hahar, équivalant à 406 livres (‘); en échange d’un bahar de clous, les facteurs donnaient par exemple 7 mètres de drap rouge, il mètres de dra|) jaune, 15 petites haches, 35 verres, 17 catties (2) de vermillon on de mercure, 19 mètres de toile ordinaire,

(0 Raccolta Commiss. Colomhiana, parte lit, t. 2, p. 283, n. 7. Le bahar, à Calicut, pesait 208 “16, d’après Ravenstein {Vasco de Gnrnn. p. 70. n. 1), qui cite Nunes, O Livra dos Pesos, i'-i) « Catty », poids importé de la Chine, valant 1 3/^ livre anglaise.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGAT[ON DU CLORE

loO coiileaux, 50 ciseaux, 40 bonnels, 10 habits de Guzerate et 50 kilogrammes de bronze.

Les Espagnols n’eurent qu’à se féliciter de leur rencontre avec de Lorosa; ce Portugais connaissait parfaitement les ressources du pays et servit gracieusement d’intermédiaire dans toutes les transactions commerciales avec les indigènes. De Espinosa songea même un moment à lui confier le commandement d’un des navires (n. On j)référa finalement, pour des raisons que l’on devine, laisser la direction de la flottille à un sujet du roi de Castille, mais on pria de Lorosa d’accepter les fonctions de pilote. Il se mil volontiers à la disposition de Del Cano pour conduire les vaisseaux à Banda, afin d’y prendre une partie de macis, puis à Timor pour une cargaison de bois de santal; il accompagnerait ensuite les Espagnols en Europe, et offrirait à la Casa de Séville de se servir de sa longue expérience du commerce et de la navigation en Extrême-Orient.

Quelques jours après celle entrevue avec de Lorosa (le 14 novembre), on reçut à bord du vaisseau-amiral, le roi mahométan de Gilolo, appelé Luz, grand ami d’Almançor; le 16 novembre déjà, ce prince signa un contrat d alliance et de soumission à la Castille. Le 19 courant, ce fut au tour du rajab de 3Iakian; enfin, le 16 ou le 17 décembre, le roi de Bacbian (“^) et plusieurs personnages importants de Ternale reconnurent la souveraineté de l’Espagne sur leur domaine.

Avant que le roi de Tidore fût revenu de sa mission à Bacbian, des indigènes de Ternate étaient déjà arrivés dans des pirogues remplies d épices pour commencer le trafic; de Espinosa refusa sagement leurs offres. La nuit du 24 novembre, Almançor réapparut; les navires le saluèrent par une décharge de leurs grosses bombardes, au milieu d’un immense vacarme, produit par le battement des grands tambours indigènes; le rajab annonça alors que, dès le lendemain et quatre jours de suite, ses

(C Barros, loc. cit., dec. lit, lib. V, cap. X.

r-i) Pigafelia raconte que dix jours après la mort de Serrâo, le roi de Ternate, Abuleis, qui a\ait marié sa fille au roi de Bacbian, déclara la guerre à son beau-fils et le chassa de son île , la fille, s étant offerte comme médiatrice entre les deux parents, aurait empoisonné son père.

MAGEUAN. [.A QUESTION DES MOLUQUES

sujels apporleraienl aux vaisseaux des clous de girofle. Il était de coulume que le roi indigène fît, à l’occasion de remhanpiement des premières marchandises, une réception aux é(iuipages étrangers. Se rappelant le désastre de Sebu et le sort de trois Portugais de la suite de Franc. Serrào qui avaient été tués aux Moluques dans un guet-apens, les capitaiiu'S n’acceptèrent pas l’invitation. Le lendemain, le vieux roi vint à bord du vaisseau-amiral pour s’enquérir du motif de ce refus, ainsi que des préparatifs ((u’on faisait pour le départ; il jura sur le Coran que ses Intentions étaient pures et que les navires obtiendraient leur cargaison complète pour le 15 décembre 1521 ('); les Espagnols décidèrent donc de remettre leur départ de quinze jours et ils présentèrent à Almançor une bannière royale avec l’autographe de Charles-Quint.

Au jour convenu, l’échange des marchandises commença; « nous achetâmes les clous de girofle comme des insensés», remarque Pigafetta. Les prix tombèrent bientôt à un bahar pour trois à quatre mètres de drap; les marins, ayant épuisé leur quintalada et dépensé ce (ju’ils possédaient, allèrent jusqu’à vendre leurs manteaux et leurs chemises. Les rois, de leur côté, rivalisèrent pour oflrir à l’empereur les présents les plus variés ; le rajah de Bachian donna un de ses propres esclaves et deux bahars de clous de girofle; il en aurait ajouté huit autres si de Espinosa ne les avait pas refusés, de peur de surcharger les navires. Le même prince mit à la disposition des Espagnols, les quatre cents bahars qu’il avait vendus antérieurement à des sujets du roi de Portugal, (jui avaient ensuite été massacrés pour leur insolence. De Espinosa ne se montra pas très enthousiaste de ce marché (^);

(■1) Roteiro.

(2) Castanheda {loc. cit., liv. VI, cap. X) assure, au contraire, que les Espagnols acquirent cette marchandise, bien qu’elle appartînt au roi de Portugal, et donne les détads intéressants qui suivent à propos de sa provenance : ce clou de girofle avait été déposé à Bachian en lo20, par trois jonques qui n’avaient pas eu le temps d’aller à Malacca; l’une d’elles appartenait à un certain Curia (notre Franc. Faria?), « deua hum mercador em que hia a carga del Rey de Portugal, do retorno da fazenda que Gaspar Rodriguez feytor mandou quando lÎ! foy dom Tristam de Menexcs ». Beaucoup de colis portèrent des noms d’acheteurs portugais, et, de peur des navires de ce pays, les Espagnols reprirent le bahar à 10-12 dobrôes, outre 40 barretes de vermillon, tandis que les nôtres achetèrent le bahar

à 1 cruzado cl moins.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE

mais il offrit également au généreux roi une bannière de la Castille, avec une lettre signée des deux capilaines, comme preuve de leur sincère entenle. Des objels précieux et rares que les insulaires apportèrent aux navires, nul ne suscita à un plus liant degré l’admiration des marins, que le plumage de l’oiseau du paradis, originaire de laCuinée, sorte d’oiseau sacré auquel se rattachent une foule de fables indigènes.

Le 16 décembre avait été fixé comme jour du départ; la veille, on bissa les nouvelles voiles, décorées de la croix de saint Jacques de Calice et de la légende ; « Ceci est la devise de notre salut ». Quatre-vingts tonneaux d’eau potable furent embarqués en dernier lieu. Le 18 décembre seulement, on put songer à appareiller. De Lorosa se rendant à bord, échappa à grand’ peine, paraît-il, à une agression contre sa personne de la part de Chechilli de Roix, fils du roi de Ternate, qui était resté, malgré tout, très attaché à la cause du Portugal, d’après Pigafetta. Le Portugais avait pour son compte, à bord de la Trmidad, trente-cinq quintaux de clous de girofle, sur un total de deux cent trente-cinq.

Le rajah de Tidore fut inconsolable du départ de ses puissants alliés; il supplia de lui abandonner comme dernier signe de leur bonne entente, quelques vieux fusils, un certain nombre de bombardes et quatre tonneaux de poudre, afin de pouvoir défendre son île, la propriété de l’empereur, contre tout agresseur. Les princes de Gilolo et de Bacbian, ainsi que le fils du rajah de Ternate, devaient accompagner l’escadrille jusqu’à l’île de Mareh, où Almançor avait fait préparer une provision de bois par une centaine de ses hommes. La Victoria leva l’ancre la première, puis attendit la Trinidad qui éprouvait de la difficulté à rentrer ses câbles; bientôt les marins du vaisseau-amiral s’aperçurent avec terreur qu’une brèche s’était produite dans la quille et que l’eau entrait à flots. Del Cano ordonna de regagner le port, tandis que les hommes se lançèrent aux pompes. Toute la nuit on travailla avec ardeur pour chasser l’eau. Almançor mit à la dispositipn des capitaines vingt-cinq de ses meilleurs plongeurs, dont trois étaient spécialement habiles à découvrir les voies d’eau dans les quilles des jonques.

A la réunion des officiers qui fut convoquée immédiatement, il fut décidé

MAr.EU.AN. LA DES MOLUQUES

de déeharger la Trinidwl, de la lirer sur le rivag(* el de la calfater et réparer comme il fallait; la Victoria continuerait sans lard(‘r le voya;,"e vers l’Europe, prolitant de la mousson favoraMe. La Triaidad partirait à son tour, au moment de la mousson de l’ouest, el essayerait d’atteindre l’Améri(iue centrale. Eslim int (|ue la Victoria était surcliargée d(^ marchandises. Sel), del Cano fil eidever une honne quanliié de clous de girolle; il permit à ceux de ses hommes cpii n’avaient pas trop de confiance dans la solidité du navire délabré qu’élail la Victoria, de rester à ïidore; il paraît (pie ce fut surtout la crainte du mampie de vivn'.s pendant la longue traversée de l’océan Indien cpii inspirait le plus de méfiance aux marins. Almançor donna volontiers l’aulorisalion de construire un magasin jiour recevoir les marchandises el les munitions de la Trinidad ; Juan de Campo fut désigné comme facteur de ce dépôt.

Le 21 décembre, jour de Saint-Thomas, les deux pilotes indigènes présentés par le roi de Tidore pour guider les Espagnols dans la mer des Molu(|ues, déclarèrent qu’il était temps de mettre à la voile; en conséipience, le départ eut lieu vers midi. Une salve de bombardes, tirée des deux côtés, fut le signal de lâcher les amarres; les chaloupes de la Triaidad accompagnèrent la Victoria aussi loin (|ue possible, et les équipages se séparèrent en sanglotant. Un sujet d’Almançor partit avec les Espagnols jusqu’à iVIareh, pour y surveiller l’enibarcpiement du bois. La Victoria avait en tout soixantecinq hommes à bord, dont (|uaranle-sepl Européens et dix- huit indigènes; Gonz. (î. de Espinosa resta à Tidore avec cinquante-trois compagnons (').

(^) Ligafetta compte quarante- sept Européens et treize Malais dans la Victoria et dit que cinquante hommes restèrent avec de Espinosa. Eomara fixe le nombre de l’équipage de la Victoria à soixante, sans les indigènes, et date le départ du 13 avril, après avoir fait séjourner l’escadre durant cinq mois aux Moluques, c’est-à-dire depuis le 8 novembre! — L’auteur italien donne un vocabulaire très étendu du langage malais des Moluques; ce glossaire constitue le plus ancien monument connu de cette langue, remarque Robeutson {loc. cil., p. 2!21), parce que les indigènes ne possèdent pas d’inscriptions ni d’anciens manuscrits ; la liste de termes indigènes conservée ainsi par Pigafetta est remarquablement correcte.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE

Ainsi fut entrepris le voyage de retour vers le pays natal, voyage dont de Brito a dit qu’il conslitue un effort non moins prodigieux que la navigation de l’Espagne aux Moluques, « vu l’élat du navire, vieux et rongé par les vers, et la mauvaise disposition des marins vis-à-vis de leur capitaine, vu enfin les nombreux pièges qu’on tendra aux Espagnols dans l’Inde et les difficultés que moi-même je ne manquerai pas de leur susciter! ».

Sébastien del Cano, averti par de Lorosa du sort qui l’attendait s’il tombait entre les mains des Portugais, se promit en conséquence d’éviter le plus possible les mers fréquentées par les navires lusitaniens. Il se proposait de mettre le cap en premier lieu sur la pointe de Cattigara (^); puis, sans faire escale, il irait droit au capde Bonne-Espérance, traversant l’océan Indien dans toute son étendue. Le cap Cattigara constituait pour les géographes de l’époque le point le plus méridional du continent asiatique, s’avançant très loin vers le sud dans l’Océan (^); mais il est étonnant de voir que del Cano croyait encore à son existence alors que la navigation de Magellan avait prouvé l’inanité de cette conception ptoléméenne.

Après avoir doublé l’île de Mareb, on fil route vers le sud-sud-ouest, laissant à l’est les iles de 31olir et de 31akyan. On passa plusieurs petits archipels dont Pigafetta nous a conservé les noms : Caioan, aujourd’hui Kayoa ou Kiou, la Cayoan ou Quayoan d’Alvo, qui les localise entre Qo^o' — 0°40' de latitude sud ; Laigoma, aujourd’hui Laigama, une des .Moluques occidentales; Sico (Siku); Giogi (Gumorga ?); Caphi (Gati), peuplée par des pygmées; Laboan, nom qui s’applique à une partie de l’ile de Bachian, appelée Laboeha; Toliman (Twali Bezar); Tilameti (Tawalie Kelyl ?). Dans les parages de la grande île de Bachian, le même auteur distingua successivement : Latalata (Latta-Lalta), Tabobi (Tappi ?), Maga

P) Max. Transylvain.

(2) Cattigara est placé à 9° de latitude sud par Ptolémée; Max. Transylvain, au commencement de son épître, le localise à la latitude des Canaries, à 180" de longitude ouest. Coûte (Johami Schoner, A reproduction of lits Globe of 1525. London, 1888) propose de l’identifier à Kola-Radja, à la pointe nord de Sumatra. Les Arabes entendaient par Cattigara, le port de Kauci ou Ke-cô, près de Tonkin. — VV. Tomaschek, Die Einleitung zu den topographischen Kapileln des indischen Seespiegels Mohit. Mitteil. d. k. k. Geogr Ges. Wien, 1897, XL, p. 360.

MAGELLAN. F.A QUESTION DES MOLllQUES

Loemnng) el Baliiliii;.*!, probahlemenl OI)i ou Ombirah, où une région s’appelle Aijer Baloe Geg^ok. Celle île fui la dernière avant Sulacb, aujourd’hui Soela Besi; le pilote Alvo la cite plus correctement sous le nom de Lumalula ('), par de latitude sud, orthographe qui rappelle celle

de l’îlot Lisamaloela. Suhach élani redoutée pour ses bas-fonds, on mouilla pour passer la nuil à une bonne distance du rivage.

Le 27, on reprit la navigation vers le sud, jusqu’à la rencontre de l’île de Buru, par 3® de latitude sud et 19i° de longitude ouest. Passant par Tenado (-), à 2°30' sud, située entre Buru et Sula, mais à identifier probablement avec la partie méridionale de Sula, on atterrit à Buru; dans celte île on acheta des chèvres, des poules, des porcs, de la canne à sucre, des noix de cocotier, etc. ('). A l’est de Buru, continue Pigafetia, s’étend l’île d’Amboine qui confine à (ililolo. Entre Amboine et Buru, il distingue trois îles, difficilement accessibles à cause de leurs bas-fonds : Vudia (Manipa?), Cailaruri (Kelang) et Benaia (Bonoa), la dernière étant citée antérieurement par Pigafetta; à quatre lieues au sud de Buru, on vit l’île d’Ambalao, l’Amblaoe de nos jours.

La Vicloria longea la côte méridionale de Buru, ayant soin de ne pas trop s’approcher du rivage; le dernier jour de l’an 4 521, Ambon se trouva déjà à douze lieues de distance. On prit alors la direction sud-est en destination, apparemment, de l’archipel de Banda, situé par Alvo à 6“ de latitude sud et 163°30' de longitude ouest. Bien que Pigafetta donne une description des îles (*) el même un croquis cartographique, la Victoria n’y toucha pas. Le

(1) Lanialola, d’après Pigafetta, qui la localise avec Tenetum, à 10 lieues de Sulach.

(2) Appelée Tenetum par Pigafetta, qui mentionne avant celle-ci un certain nombre d’îles peuplées par des anthropophages : Silan, Noselao, Biga, Atulabaon, appartenant toutes probablement à l’archipel avoisinant Amboine, et qui comprend Honimoa, Moelana, Orna et Noesfa Laut, d’après A. da Mosta, loc. cit., p. 104, n. 14. Pigafetta cite en outre Gondia, Pailarurun, Manadan, Benaia.

(3) Ant. Galvao (édition de la Hakluyt Society, p. 147) remarque également que Del Cano se ravilailla à « Burro », par 24° de latitude sud, erreur pour 2“4' de latitude sud.

(4) La plus grande fut appelée Zoroboa (Groot Banda) ; dans six des îles on cultiva la noix de muscade et le macis : Zoroboa, Chelicel, Samianapi (Goenong Api), Pulac (Pulu Ai), Pulurun (Poêla Bhum), Rosoghin (Rozengain); les six autres sont, d’après Pigafetta : Unuveru, Pulan Baracan, Lailaca (Nailaca), Manucan, Man et Ment.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE

trajet de Banda à Malacca, dit-il, se fait généralement en quinze jours; de Banda aux Moluques, on a besoin de trois jours. Nous connaissons par Alvo, l’itinéraire exact suivi par les navires après avoir quitté Âmbon :

Au janvier 1522, par 4°45' de latitude sud;

Au 2

id.

course sud-ouesl, par 5"30' de latitude sud;

Au 3

id.

course sud-sud-ouest, par G"15' de latitude sud;

Au 4

id.

course nord-ouest, par 5°45' de latitude sud;

Au 5

id.

par 6°14' de latitude sud;

Au 6

id.

par 7"2' de latitude sud;

Au 7

id.

course sud-ouest, par 7®30' de latitude sud ;

Au 8

id.

course sud-ouest, par 8°7' (?).

Barros rapporte, au contraire, que les Espagnols atlerrirenl réellement dans l’archipel de Banda, qu’ils y restèrent dix jours pour prendre une partie de macis, mais qu’ils ne voulurent pas s’y arrêter plus longtemps (^), de Lorosa les ayant mis sur leur garde contre les Portugais et notamment contre le capitaine Pero de Farna (Francisco Faria ?), qui avait été chargé par le vice-roi de l’Inde d’y coiistruire une forteresse (-).

La Victoria, après avoir traversé la mer de Banda, vint en vue de trois îles, rapprochées l’une de l’autre, Zolot, la Solor d’aujourd’hui, Nocemamor (Adoenara) et Galian (Lomhlen). Le navire se trouva bientôt engagé dans le détroit de Lamakwera ou Boleng; il eut à y essuyer une tempête tellement violente, que les équipages tirent de nouveau vœu d’aller en pèlerinage à Notre-Dame de la Guida. Les raffales et le courant chassèrent la Victoria par la mer de Savoe vers l’île élevée de Malua, aujourd’hui Alor ou Ombaï,

P) Castanheda {loc. cit., liv. VI, cap. X) dit également qu’ils eurent connaissance des îles de Banda. Pigafetta dit expressément qu’ils n’y allèrent pas : « per esser un pocho fuora de nostro camino non fussemo ivi ».

^2) Loc. cit., dec. III, lib. V, cap. X. Le même auteur place à 180 lieues de Banda l’accident survenu à la Trinidad, et fait revenir le vaisseau à Ternate; il rapporte que ce fut également dans ces parages que, Carvalho ayant succombé, on élut le marin Gonz. Gomez de Espinosa comme capitaine du navire et Juan Bautista comme maestre !

par 8°20' de lalilude sud, d’après Alvo (^). Le bâlimenl ayant heaucouj) souffert, ré(|uipage dut se mettre immédiatement à le radouber, opération (pii ne dura pas moins de (piinze jours. Dans cel intervalle, les Espagnols eurent l’occasion d’entier (mi rapports avec les habitants antbropopbag(>s de Pile, la race la plus laide au monde, d’après Digafetta. Notre auteur se fit raconter par le vieux pilote indigène des Alolmpu'S, <pie dans les mêmes parages se trouvait l’île Arucbeto, où les habitants avaient des oreilles si énormes (pi’elles leur servaient de couverture pour la nuit; les vents contraires seuls auraient empêché le naviie d’aborder à cette ile fameuse.

Le 25 janvier 1522, on cpiitta l’île de Malua pour prendre une route sudsud-ouest. Au bout de cimj lieues, on atteignit la grande île de Timor (-), la patrie du bois de santal et de la cire la plus renommée de l’Inde; elle avait été reconnue déjà par les Portugais. On y rencontra une JoiKjue, venue de Luzon, sur le point de partir avec une cargaison de bois odorant. Alvo constata sur la côte plusieurs villages, appelés, d’après le pilote indigène, Querci, Mambay; il rapporte (ju’on jeta l’ancre au port de Batulara. L’éciuijiage ne parvint toutefois à se procurer des vivres, (|u’après avoir retenu [lendant (|uelques jours les principaux chefs du village de Balibo comme otages.

Del Cano eut soin, ici comme partout ailleurs, de s’informer des régions environnantes et de rassembler des échantillons d’épices et de drogues caractéristicjues du pays. Pigafetta apprit à Timor (|u’à une journée de route se trouve l’île d’Ende (Flores), réputée pour sa cannelle, et qu’une chaîne ininterrompue d’îles, grandes et petites, raccorde celle-ci à la presipi’île de iMalacca dans l’ordre suivant : Ende (Flores), Tanabutun (Badjak?), Crenocbile (Bindja?), Bimacore(Komodo), Aranaran(Gili Bantan?), Alain (Majo?),Zum-

(Q Ant. Gaivâo rapporte que la Victoria passa entre Vitara et Malua par 8" de latitude sud; Pigafetta, par 8°30' de latitude sud et i69"40' de longitude ouest. Del Cano l’appelle Zabba et remarque, ainsi qu’Alvo, qu’il y avait des cultures de poivre long et rond.

(2) Alvo l’a située par 9® de latitude sud et 9“24' (le 5 février), et J97°45' de longitude ouest; Pigafetta, par 10" de latitude sud et 174"30' de longitude ouest; Gaivâo, par H" de latitude sud.

bava (Soembawa), Lamboch (Lombok), Chorum, Java majeure (*); à une demi-lieue de celle dernière sont situées Java mineure (^) et l’ile Madura.

Ilerrera rapporte que le capitaine fil prendre à Timor une quantité de santal blanc et de cannelle; d’après lui, l’île produisait beaucoup de gingembre et contenait de l’or; il mentionne, en outre, la présence de nombreux malades de « bubas », c’est-à-dire, probablement, de lépreux ('^). La plu|)arl des sources (^) font allusion à une mutinerie de l’équipage qui aurait éclaté à Timor, confirmant ainsi l’apprébension de Brito que nous avons signalée plus haut : quelques Espagnols y aui*aienl été tués, et deux autres (^) se seraieni enfuis dans l’ile. La liste officielle des morts ne mentionne pas les exécutions dont parle Pigafelta; elle rapporte seulement que deux hommes désertèrent le navire et que quinze autres succombèrent à la suite de privations et par divers accidents survenus depuis le départ de Tidor jusqu’à l’arrivée du navire à l’archipel du cap Vert.

Le 8 février lo22, la Victoria quitta le port de Mambay, sur la côte occidentale de Timor. Longeant l’ile jus(|u’au 11 du même mois, il entra ce jour-là dans la grande mer, appelée par Pigafetia Lanl Cbidol, mots javanais qui signifient océan Méridional (*^), Le 13, on se trouva près de deux îles.

(L Alvo cite tes îles suivantes à partir de Malua : Liaman, Maumana, Cisi, Aliquira, Bona, La Maluco, Ponon et Bera. Le 8 janvier, dit-il, par 8°7' de latitude sud, la Victoi'ia passa entre La Maluco et Aliquira, c’est-à-dire par le détroit de Lamakwera, appellation dans laquelle on reconnaît les noms des deux îles citées par le pilote.

(2) Le nom de Java mineure est généralement appliqué à Sumatra par les anciens cartographes, tandis que celui de Java majeure a toujours été réservé à l’île actuelle de Java.

(3) Loc cit-, dec. III, lib. IV, cap. I. Pigafetta l’appelle tout autrement : « el mal de San Jop », ou « for franchi » ou encore « mal portughese », c’est-à-dire la syphilis. Un article de la Revue coloniale illustrée, sur la lèpre, constate qu’on a longtemps identifié cette maladie avec la syphilis. — Assistance médicale en Indo-Chine, par J. -G. Boseq, le 31 mai 1909, 9^ année, n" 10, p. 132.

(4) Pigafetta, Alvo, Herrera, loc. cil., dec. III, lib. IV. cap. I; Gomara, loc. cit., cap. XCVIII ; Oviedo, loc. cit., lib. XX, cap. II.

(0) D’après Alvo : le grumete Martin de Ayamonte et un homme d’armes, page du capitaine Luiz de Mendoza, nommé Bartolome de Saldana.

(6) « Lant chidol est mare grande », légende de l’esquisse cartographique de Pigafetta, représentant deux îles sans nom.

MAGELLAN. (.A QUESTION DES MOLUQULS

situées au-devant de Timor eri ligne esl-sud-esl et ouesl-nord-ouesi ; ce sont les îles Kolti et Savoe. En ce point la Victoria prit le large, directement vers le caj) de Eonne-Espérance.

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