‹ Magellan; la question des Moluques et la première circumnavigation du globeChapitre 33 sur 37 · De Timor à Séville · texte numérisé non relu

De Timor à Séville

Le log-book du pilote Alvo i)ermel de reconstituer approximativement Titinéraire de la Victoria pendant sa traversée de l’océan Indien, (le fut le premier navire européen qui fit cet énorme trajet. Les Espagnols avaient certainement appi*is par les pilotes indigènes (jue ce voyage n’offrait cependant pas d’obstacles bien sérieux, si l'on savait tirer parti de la mousson de l’est. Durant plus d’un mois, la course ne fut changée (ju’à de rares intervalles; se trouvant, le 1°' mars, par de latitude sud, la Victoria

atteignit le 9 du mois, de latitude sud; ce jour, le vent souffla ouest-

nord-ouest; le lendemain, il se remit à l’ouest et garda cette direction, bien que diminuant progressivement de force. Le 1 G, par 36“38' de latitude sud, il tourna à l’ouest * ^ sud-ouest et Alvo enregistra deux jours après, la latitude de 37°35' sud. On aperçut en ce point une terre très élevée, de six lieues de tour, l’île actuelle d’Amsterdam ou de Saint-Paul (^); mais tous les efforts pour y effectuer un atterrissage restèrent infructueux, les ancres ne trouvant pas de fond; l’île d’ailleurs parut inhabitée et n’offrait que peu de verdure. Après avoir essayé vainement d’y aborder le lendemain, on reprit la navigation vers le nord-nord-ouest, dans l’espoir de rencontrer d’autres terres. Signalons la présence d’une grande île, Cabo Godanige (’^), avec l’inscription « Sandales », sur la carte en fuseaux de J. Scboner, de lo23, au méridien du cap Comorin et à la hauteur des îles d’Amsterdam et de Saint-Paul.

Le 22 mars, le vent fut de nouveau contraire et chassa la Victoria vers

(L L’île d’Amsterdam se trouve par 37“52' de latitude, sud et Saint-Paul par 38°47' de latitude sud.

(2) La mappemonde de Juan Vespuce de 1523-1524 mentionne entre Madagascar et Malacca une grande île qu 11 appelle « Calensvan ».

le nord-ouest; le lendemain, on constata 36"39' de latitude sud et l’on mit le cap directement sur I ouest, route (|ui fut maintenue les jours suivants, avec de légères déviations vers l’ouest-sud-ouest et ouest-nord-ouest. Le 4°' avril, on se trouva par 35"30' de latitude sud; deux jours plus tard, on dut rentrer toutes les voiles et l’équipage entier fut appelé à des travaux urgents de réparation du navire; le 7 avril, on arriva à 4-0“4 8' de latitude sud, latitude qui fut gardée jusqu’au 22 de ce mois. Après le long séjour aux iMoluques et dans les tropi(|ues, les premiers effets du froid commencèrent à se faire sentir .sérieusement; on mit de nouveau le cap sur le nord de façon à enregistrer, le 30 avril, 37°27' de latitude sud.

Le long voyage, bien que prévu, ne tarda pas à influencer l’état d’esprit des hommes; la viande qu’on avait emportée n’était plus comestible à cause du manque de sel, et tout le monde fut mis au régime du riz. Par suite de l’épuisement rapide des marins, il fallait atteindre au plus tôt quelque point de la côte de l’Afrique du Sud.

Les premiers jours de mai, la route fut modifiée dans ce sens; le 7 du mois déjà, on se trouva par 33°38' de latitude sud; on s’imaginait être à. cinquante-sept lieues à l’ouest du cap de Ronne-Espérance, lorsque, le lendemain, on aperçut les hautes terres de I Afrique orientale. Cette erreur ne prouve pas en faveur des pilotes de la Vidoria et semble donner raison à Castanlieda, qui revient à plusieurs reprises sur rineompétence des chefs de l’expédition en fait de navigation, après la mort de Magellan, de Serrano et de Barbosa (^). Le navire se mit à côtoyer le littoral, s’attendant à rencontrer l’embouchure du Rio do Infante f), la rivière Keiskamma de nos jours, distante de cent-soixante lieues du point où se trouvait la Victoria. Le 9 mai, le vent sauta à l’ouest sud-ouest et permit de s’approcher davantage de la côte; on avait le plus pressant besoin d’entrer dans quelque port, non seulement pour renouveler les provisions, mais parce (pie la plupart

(9 Lee. cit., liv. VI, rap. XI : Croyant avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, ils prirent ta direction nord-ouest et arrivèrent au Rio do Infante, à quinze lieues de Mozambique; ils prouvèrent par le nombre de degrés dont ils se trompèrent, qu’ils ne savaient pas où ils allaient.

(2) The Great Fish River, d’après Lord Stanley, loc. cit., p. 234.

MAGELLAN. I.A QULSTION DES MOLUQIJES

des hommes éhiieni aeeahlés par la maladie. Ne découvrant pas de baie (pii leur promit un abri favorable, ils rebroussèreni chemin; par de lalilude sud, on ne vit encore (prune c()le désolée, sans arbres ni verdure. Quekpies marins exprimèrent alors l’idée de pousser jusipi’à Mozambi(pie, mais celle proposilion fui mal accueillie par la majorilé : on préférait la mort à toute descenle en territoire porlugais (').

Le il avril, par 32“Si' de lalilude sud, on levinl à rernhouchure du Kio do Infante; le 13, se trouvant par 33“'>8' de latitude sud, le vent soutïla successivement de l’est-nord-esl et de rouest-sud-ouesl. Conlinnanl à longer la côte, on passa au large du Itio de la Laguna; le H, gardant une course ouesl-sud-oinsl, on reconnut le cap des Aiguilles vers l’ou(»sl^/j nord-ouest, à sept lieues de distance; le lendemain, on nota 35"35' de latitude sud. Alvo observa qu’en ces parages les courants sont d’une violence extrême et forcent le navire à chercher de très hautes latitudes. Le 16 avril, par 3o"39' de latitude sud, le cap de Bonne-Espérance vint en vue, à vingt lieues du navire et en direction ouest-nord-ouest. La Vicloriu, dans la tempête qu’elle eut à essuyer ce jour-là, perdit une partie de ses agrès; le lendemain, elle put se rapprocher jusqu’à dix lieues du promontoire; le 18, elle avança encore de deux lieues dans le même sens, mais le courant la poussa fortement vers l’est-nord-est. « Pendant neuf semaines, dit Pigafetla, nous restâmes en face de ce cap, le plus périlleux du monde entier, toutes voiles ferlées à cause des vents d’ouest constants, qui amenèrent ünalernenl une effroyable tempête; nous dûmes descendre jusqu’à 4-2® de latitude sud pour doubler le cap et même de là nous fûmes chassés vers la côte jusqu’à n’avoir que cinq lieues entre elle et nous. »

Correa seul rapporte qu’on rencontra dans ces parages le vaisseau de Pero Coresma, à destination de l’Inde, et qu’on échangea avec lui des saluts (-). Ayant calfaté de nouveau la Vicloria qui faisait beaucoup d’eau,

(() IIeiirera, loc. cit., dec. lit, lib. IV, cap. 1.

(2) Hemarquons que le récit de Correa [loc. cil. ,11, p. 634), pour cette partie du voyage, est encore plus incorrect que le reste de sa relation; d’après lui, le capitaine de la Victoria aurait été de Lorosa (la Kosa) et le navire serait entré dans la baie de Saldanha! Stanley, loc. cil., p. 258.

on prit résolument une route nord-onesl. Pendant deux longs mois, on lutta avec résignation non seulement contre les éléments, mais contre une véritable misère noire. Vingt et un hommes (^), un tiers de l’équipage, succombèrent au cours de cette lamentable navigation; sur treize indigènes, quatre seulement atteignirent l’Espagne.

L’itinéraire du navire à son entrée dans l’océan Atlantique, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, n’est marqué par aucun fait saillant. Le 1 9 mal, il se trouva à vingt lieues du Cap, en direction est-nord-est; le lendemain, par 33®24' de latitude sud, la terre se dessinait nettement à quinze lieues de distance. Le 21 toutefois, des vents nord-nord-ouest et ouest-nord-ouest et un fort courant marin éloignèrent la Victoria jusqu’à cinquante lieues de la côte; le lendemain, ayant repris une course nordouest, on enregistra 31° 57' de latitude sud, à soixante-dix lieues du Cap. A partir de ce jour, on avança plus régulièrement, de façon à se trouver le dernier du mois par 12°30' de latitude sud; du 7 au 8 juin, on passa la ligne, par 3°40' de longitude ouest (?) de Cadiz. La navigation dans l’hémisphère septentrional fut moins capricieuse puisqu’on rentra ici dans des mers connues; le 15 juin, on fut a 9°45' de latitude nord, à l’ouest des basfonds du Rio Grande. Du fait que la nuit on mesura vingt-trois brasses d’eau, Alvo conclut que les cartes existantes étaient loin d’être correctes, car les bas-fonds s’étendaient considérablement vers l’ouest. Le 17, gardant une course nord-ouest et ouest-nord-ouest, on atteignit 10°47' de latitude nord; le courant poussa ensuite le navire vers l’embouchure du Rio Grande, où les sondages attestèrent des profondeurs de plus en plus faibles. Le 21, on avait abordé, d’après Alvo, au Cabo Rojo, la sonde touchant le fond en cet endroit à huit brasses et moins; les jours suivants, la profondeur de l’eau n’augmenta que fort peu. Le 27, par 12°3' de latitude nord, on vint en face du Rio de Casa Mansa (Rio Cacbéo); le vent étant modéré, la Victoria fut entraînée par le courant vers l’est. Le lendemain, on crut être à la hauteur du cap Vert, par 12°41' de latitude nord; or, le 29, bien

P) Navarrete, Colecciôn, t. IV, p. 91.

MAr.ELUN. F. A Q^KSTION DES MOUJODES

qu’ayant encore avancé de huit lieues, on ne reconnut (|ue remboucliure du lleuve Gambie, à vini^l lieues vers l’est.

Le 1®^ juillet, ayant pénétré dix lieues plus au nord-nord-est, le capitaine demanda l’avis de ses bommc^s pour savoir si l’on atterrirait à l’archipel du cap Vert ou à la terre ferme et) face, car l’élal précaire du navire et l’épuisement général de l’étiuipage ne permettaient plus de continuer le voyage; les dernières semaines, on avait (‘xclusivement vécu de riz. La plupart des Kspagt)ols se prononcèrent en faveur d’une descente à une des iles du cap Vert; après dix jours de lutte contre les vents contraires, les marins réussirent à conduire la Vicloria en rade de Santiago.

Dans ce port eut lieu le dernier événement douloureux de l’expédition. Le capitaine avait strictement défendu à ceux de ses gens qui mirent pied à terre, le 13 juillet, de parler en public du voyage; si les Portugais insistaient sur la destination du navire, on devrait dire qu’il faisait partie d’une flottille revenant d’Amérique, (pie deux autres vaisseaux avaient continué la route vers l’Espagne et (pie la perte de ses agrès avait forcé la Victoria à entrer à Santiago. Alvo rapporte que les Espagnols furent bien accueillis par les Portugais qui résidaient dans Pile; malheureusement, ne disposant plus d’argent, ils commirent l’imprudence de payer quelques nègres travaillant aux pompes, au moyen de clous de girofle, dont on avait débarqué trois quintaux (’). Le facteur ou gouverneur qui commandait la place, fut tout de suite averti du chargement suspect du navire espagnol, car le trafic des épices constituait un monopole de la Couronne. D’après une autre version, fournie par les Espagnols qui avaient été faits prisonniers à Santiago, la faute incomberait au marin Simon de Burgos; or, celui-ci riposta, au cours du procès qu’oii lui intenta à ce sujet, prétendant que deux jours avant sa visite à l’île, trois matelots, Martin Mendez, de Séville, contador du navire, Martin de Judicibus, de Gènes, alguacil de l’armada et un Indien, Manuel Indio, de Malacca, avaient quitté la Victoria; ceux-ci, dans

(^) Déclaration de Seb. del Cano à l’alcalde Leguizamo, le 18 avril 1522. Navarrete, Colecciôn, t. IV, p. 289.

ET LA PREMIÈUE CIRCLMNAVIGATION ÜÜ GLORE.

leurs conversations avec les gens du village de Ribera Grande, auraient divulgué le secret de l’expédition (*).

Le capitaine du port fit saisir les douze ou treize hommes de la chaloupe qui avaient débarqué pour se procurer des vivres et des esclaves; Seb. del Cano, ne les voyant pas revenir, avait déjà donné l’ordre de faire approcher le navire de la rade, lorsqu’il vit arriver sur lui une barque, montée par des Portugais en armes, qui le sommèrent de se rendre avec tous ses gens. Del Cano protesta énergiquement et exigea au contraire la restitution de la chaloupe et de ses gens; il réussit à renvoyer l’embarcation ennemie avec un message spécial pour le facteur royal. Entretemps, les Espagnols appareillèrent en toute hâte, craignant, avec raison, qu’on n’essayât de s’emparer de leur navire, et qu’on ne les conduisît à Lisbonne, à bord d’un vaisseau qui venait d’arriver de Calicut; ils préféraient «être engloutis par la mer que de tomber entre les mains des Portugais » (^). On reprit donc le large, n’étant plus que vingt-deux hommes en tout, dont dix-huit Européens et quatre IVlalais (’), la plupart malades, poursuivis, à en croire Del Cano, par plusieurs caravelles armées. Celte dernière étape du voyage rappelle singulièrement la tentative du gouverneur des Açores, à Sainte-Marie, pour mettre la main sur le navire de Christophe Colomb à son retour d’Amérique.

Au prix des plus grandes fatigues ('‘), la navigation fut continuée, les marins et les nègres travaillant aux pompes nuit et jour. Le IG juillet, on ne se trouva encore que par de latitude nord; le 24 seulement, par

19°34' de latitude nord; on perdit de vue l’île S. Anton, la plus septentrionale de l’archipel du cap Vert; les jours suivants, la route vers l’Europe fut suivie assez normalement, malgré les pénibles conditions dans lesquelles

(G Arch. de Indias, 144, 1, 9. Information du avril 1523, à l’instance de Simon de Burgos. Inventaire d’Asensio, n“ 172. Lettre de Max. Transylvain et dépositions d’Alvo et de Bustamente, dans Navakrete, Colecciôn, t. IV, pp. 292-294.

{^) Déposition de Seb. del Cano. Loc. cit.

(3) Max. Transylvain.

(4) E. Gelcich, Zwei Driefe, etc. Première lettre de del Cano.

se fil le voyage. Le dernier du mois, on alleignil 25°35' de latitude nord ; le pic des Açores vint en vue le i août; le lendemain et les jours suivants, on passa les îles de Fierro, de Fayal, de San Miguel et de Flores; le 14, on eut de nouveau beaucoup à souffrir d’une mer démontée. Le 20 août, on marqua 42"31' de latitude nord, mais les vents contraires et les courants repoussèrent le navire vers les Açores; le 23, par 42"7' de latitude nord, on fit successivement route vers l’est-nord-esl et l’esl-sudesl, l’île de San Miguel restant à l’horizon jusqu’au 29. Les derniers jours (lu mois, on avança enfin en direction est-sud (‘St, et le 1°^ septembre, par 37"! 4' de latitude nord, on crut se trouver à vingt et une lieues du cap Saint-Vincent; ce promontoire ne fut toutefois signalé que le 4 du mois. Restant à une bonne distance de la côte, on mit le cap sur l’est-sud-esl et le samedi 6 septembre 1 322, la Victoria jeta l’ancre à San Lucar de Barrameda.

Il y avait trois ans moins quatorze jours que l’escadre de Magellan avait quitté ce port; le chemin parcouru pendant ce temps fut évalué à quatorze cents lieues par les participants au voyage (^), dont dix-huit en tout revinrent à bord de la Victoria et purent rentrer à Séville. Le lendemain de l’arrivée à San Lucar, del Cano acquit une chaloupe à six rames, car celle de la Victoria avait été confisquée aux îles du cap Vert; mais il s’empressa avant tout d’acheter des vivres, du vin, de la viande, des fruits, du pain. Quinze hommes du pays furent engagés pour renforcer l’équipage exténué et rejoignirent le bâtiment dans les Orcadas; prise à la remorque par une barque de San Lucar, la Victoria arriva à Séville, oû elle vint s’amarrer au port de las Muelas, un lundi, le 8 septembre 1522, en déchargeant pour la dernière fois toutes ses bouches à feu. Le lendemain, ceux des dix-huit survivants qui étaient encore valides, allèrent en pèlerinage, pieds nus et des cierges à la main, à l’autel de S. Maria de la Victoria et à S. Maria de Antigua.

Ce qui frappa tout particulièrement les Espagnols à leur retour à Séville,

(G Herrera, loc. cit., dec. lit. lib. IV, cap. I.

re fui la constalation qu’ils fîrenl d’une différence d’un jour entre l’almanach et leurs journaux de bord. La question préoccupa vivement les astronomes et Ions ceux qui se croyaient compétents en matière de navigation. Pierre Martyr fournit enfin la solution du troublant problème, connue d’ailleurs déjà par le géographe arabe Abulfeda deux siècles avant Magellan (’); le savant ambassadeur vénitien, Gaspare Conlarini, q*ui était à Séville au moment de l’arrivée de la Victoria^ apprit en effet à Martyr que les Espagnols, en suivant cotitinuellement le soleil dans sa course vers l’ouest, n’avaient pas tenu compte du bissexte.

Les treize marins retenus à Santiago par les Portugais (-) quittèrent l’archipel du cap Vert à bord d’un navire de l’Inde qui les amena à Lisbonne. Mais ils ne furent pas retnis tout de suite en liberté; de leur prison ils purent toutefois écrire aux oficiales de la Casa de Séville, qui ne reçurent leurs suppliques que le 10 octobre 1522 ('^). Le chargé d’affaires de l’Espagne à Lisbonne, Chrislobal Harroso, se plaignit immédiatement auprès du roi de Portugal de l’emprisonnement des compagnons de .Magellan et exigea énergiquement leur délivrance, en même temps que la restitution des épices, confisquées à Santiago. L’empereur fil ajouter que la manière d’agir de son parent, et plus spécialement l’envoi d’une escadre |)Our intercepter les naviies de Magellan, constituaient des violations flagrantes des traités conclus antérieurement (^).

Ilerrera (-^) rapporte (pie la délégation des survivants de l’expédition qui fut reçue par l’empereur en audience particulière, à Yalladolid, comprenait un ou plusieurs des Espagnols qui avaient été enfermés à Santiago et à

('•) 0. Peschf.l, Geschichte des Zeilalters der Entdeckungen, p. 330.

(2) D. Manuel n’entondit pas satisfaire immédiatement à la demande de l’empei’eur, au sujet de la délivrance des Espagnols. Voir sa lettre du 28 septembre 1522 à l’ambassadeur Luiz (la Silveira, dans Ciir. J. de Sen.na Bamcellos, Subsidios para a historia de Cabo Verde e Guiné. Hist. e memoiuas Ac. R. das Sciencias de Lisüoa, nova sérié, 2“ classe, Sc. mor. e polit, e bellas lettras, t. VIII, parte II, 1900, p. 92.

Navarrete, Colecciôn, t. IV, p. 247.

{^) Vie. DE Santarem, Qiiadro elementar. II, pp. 33-34. — Andrao. Chroii., parte I, p. 17.

*(S) Loc. cit., dec. III, lib. IV, cap. IV.

MAGEI.LAN. LA QUESTION DES MOLUQUES

Lisbonne; le fail est en coniradiclion avec l’invilalion du 13 septembre de (Charles V à Sel), del Cano, dans laquelle il est slipnlé (pie le capitaine viendrait à la (]our avec deux de s(>s compairnons seulement, et où il est dit que l’empereur avait pris des mesures pour faire remellnî en liberU* les treize marins saisis par les l^orluü;ais ('). üel (]ano se rendit à Valladolid et présenta à Charles-Quinl (piebpies Indiens, les lettres de soumission des rois des Moluqueset des échantillons d’épices. L’empereur accorda aux survivants, ainsi qu’aux prisonniers des Portuiijais à Santiago, la quatrième partie du vingtième qui lui revenait de tous les articles apportés à bord de la Victoria. Ant. Pigafelta faisait partie de la délégation. « .le n’apportai ni de l’or ni de l’argent, dit-il en terminant sa description du voyage, mais des présents qui avaient bien plus de prix aux yeux du monarque, notamment le livre que j’avais composé jour par jour, pendant toute la durée du voyage. Sur quoi je partis pour le Portugal, où je rendis compte au roi Ji'an II de tout ce (pie j’avais vu. Repassant par l’Espagne, j’allai présenter également (|uelques objets rares, provenant de l’autre hémisphère, à la mère du roi très chrétien François. Enfin, je me dirigeai sur l’Italie, auprès de l’illustre seigneur, Philippe Villiers de l’Isle-Adam, digne grand-maître de Rhodes, et je mis à sa disposition ma personne et les services dotit je serais encore capable. >> Le 40 septembre, on avait commencé à décharger la Y’^icloria et à examiner la valeur des épices rapportées. Comme (jiialité, elles furent trouvées supérieures à toutes celles importées jusqu’ici en Europe (“). Il y avait en tout 384 sacs de clous de girolle, ayant un poids net de 524 quintaux 21 livres, ce qui équivaut, à raison de 100 livres le quintal, à 27,300 kilogrammes {^), représentant une valeur de 7,888,684 mar. ou 113,400 francs; les échantillons des autres épices lurent estimés à

(0 Historia de J. S. del Cano, por E. F. dk Navarketk, publicaia Nie. de Sohaluce y ZUBIZAURETE, p. 27Ô.

C^) Archivo Slorieo Italiano. Florence, 18i2-1857. Appendix, vol. tX ; lettre du 4 août 1,^24 de Fernando Carli.

(3) 11 faut y ajouter les 113 arrobas, 10 livres ou environ 28 quintaux de quintaladas ou de inarctiandises exemptes de droits, appartenant à l’équipage, que reçut également Diego Diaz au nom de Cbristobai de Haro. ^

15,000 francs. Déduclion faite de tous les frais d’écjuipemenl de l’expédition et le coût dos marchandises d’échange, il restait encore un excédent ou hénéfice net de 50,000 francs.

L’empereur avait ordonné, par cédule royale de Valladolid du 10 octobi e 1522, cjue la cargaison du navire devrait être confiée intégralement à Chrislohal de Haro, promoteur de l’expédition, et nommé bientôt fadeur de la Casa de Contratacion de la Especeria, ou président de la Chambre du commerce des épices. Christobal, ne pouvant s’absenter de Valladolid, désigna Diego Diaz comme son fondé de pouvoir et l’autorisa, le 17 août 1522, à prendre possession des marchandises apportées par la \ iclo) lü , les oficiales de la Casa de Séville lui remirent par conséfjuent, le 15 novembre, 520 quintaux et 23 livres de clous de girofle, outre un quintal de « escobaje », du poids de 3 arrobas et 3 livres (^). La plus grande pa’ilie de ces articles fut dirigée sur Anvers, à la consignation de Diego de Haro, frère de Christobal. Par lettre du 31 octobre 1522, Charles-Quint annonça à sa tante, l’archiduchesse Marguerite d’Autriche, régente des Pays-Bas, I airivée d’un navire chargé d’épices des contrées nouvellement découvertes (2); le 21 janvier 1523, ces marchandises furent

(R Navarrete, Colecdôn, t. IV, p. 247.

(2) Archives de Vienne. K. u. K. Haus-, Hof- und Staalsarchiv, A. 3 (2. a), 1519-1522, Correspondenz Karls V mit Margaretha von Parma; en partie dans Karl Lanz Correspondeuz des Kaisers Karls V. Leipzig, 1844, t, p. 73. - Collection de documents historiques, t. II, fol. 57-58 : « Larniee que passe trois ans javoye envoyé aux espiceries est retournée e a este au lieu ou croit ladicte espicerie, ou jamais Portugalois ny autre nation ne furent. Et ont rapporte pour approbation une navyre chargée de doux de girouffle, et monstre de toutes autres maniérés despiceries, si comme de poivre, candie, ginginbre, noix muscade et bois de san oale (sandale). Dautre part ma este apporte lobeyssance dos roys de quatre ysles ou est ladicte espicerie, dont le roy de Maluke est principal. En ces ysles se trouvent paredlement perles et mynnieres dor. Et afferment mes capitaines de ladicte armee avoir en ce voiage aile si avant, quilz ont rodoye tout le monde. Et pour ladicte comodite que me peult de ce venir et a toute la chrestiennete je me délibéré dresser nouvelle armee pour y renvoyer...

» ... Ma.lame ma bonne tante, il a pieu a dieu que de larmee que avoye despechee et envoyé pour descouvrir lespicerie quest dentre mes limites aux Indes, est retournée une navire chargée de plusieurs sortes despiceries, que se sont trouvées et descouvertes en mesdites limites. Les capitaines de laquelle naviere mont afiporte nouvelles, que apres

vendues à Anvers, é\éneinenl (jui a été soigneusemeni noté par un ehroni- (|ueiir llamand ('). La même princesse demanda dans la suite, et à plusieurs reprises, d’élahlir au pori de Bruges renirepùt général des nouvelles

eulx pstre comme perrluz par long voaigc, tel que davoir circuy a peu prez la rotondité du monde, aucunes des navieres de leur compagnie et armee se sont cspartes, et est demeuree lune en lysle de Maluco, pour y cuillir et charger espicerie dont ladite ysie est bien l'urnye : et espere (avec laydededieu) (juc ladite navicre ainsi demeuree a iMaluco sera bientost avec sa charge en mes royaumes de pardcca. Et semblablement une autre myenne armee que du couste de ponient aux espales de ma terre ferme de la mer occeane a la part de la mer du Sur que javoye envoie avec le capitaine Gil Goncalles de Avila, pour descouvrir ladite espicerie de ce quartier la, viendra aussi bientost, selon le temps quelle est partie et les nouvelles que dicelle jay eu. Et pour ce que lespicerie que la dessusdite naviere appourte jay résolu lenvoyer en mes pays de pardela, consignée a Diego de Haro, marchant résidant en ma ville Danvers.

» Je vous prie que leur donnez et a chacun deulx toute la faveur necessaire pour la bonne despeche de la dicte espicerie ainsi comme pour mon alfaire propre. Vous advertissant que pour le descouvrir desde ysles ay suppourte grosse despence pour estre chose neufve et non pratiquée, oultre le traveil et soing que mes gens y ont eu. Mais je lestime a riens puisque jay espoir que certainement mes royaumes de pardeca et au semblable mes dits pays de pardela et les subjeclz diceulx en recevront grant bien, commodité et prouftit en ladvenir comme pouvez assez penser. Et quant a la valeur de lespicerie que lesdits navieres appourteront, ce que en viendra sera employé et servira avec autres deniers que jentends furnir pour la despesche dune plus grosse armee que jay conclud de mectre sus pour renvoyer a ladite espicerie le plustost que sera possible et la faire avoir cours en mesdits pays de [)ardela... »

(I) Chronycke van Anlwerpen sederl hel jacr 1500 toi 1575. Antwerpen, 1843 : Anno 1522 den 21 january wirdt albier tôt Antwerpen in de Wagen gewegen d’eerste speceryim, nagelen, die gecomen waeren van de nieuwe eylanden die gevonden vvaeren in de jaeren 1500, 20, 21, en 22, geheeten iMaluco, Java, Malaca, Bandon ende noch meer anderen, ende die voor onsen keyser Carolus; ende daer voeren tsamen 3 schepen vuytte op baer avontuere, maer daer en quam maer een af weder ; hunlieden ontslerff soo veel volckx datse deene moesten laeten, mits sy ’t nyet gemannen en consten, ende het tweede wirdt leck dwelk sy oock achter moesten laeten want syts niet gebeteren en consten; ende sylieden en dorsten nergends aenlanden, om des Coninckx van Portugaels willen, die belast hadde aloinnie in syn eylanden dat mense vangen soude, ende beduchten hun lieden van der doot, want hadden sylieden doot geweest, men soude nimmermeer van deser reysen ofl' eylanden geweten hebben ; nochtans den noot dwanck hunlieden datse metten boot aen landt vaeren moesten, ende quamen aen een eylandt Cape-Verde met 13 mannen, dier terstont gevangen werden ende hadden tschip metten anderen oock geerne gehadt, maer Iwas te cloeck intzeylen; ende sijn in Spaengnien gecomen, naer dat sy 3 jaeren wech geweest waeren, den 6 dach in september 1522.

ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION ÜU GLOBE

denrées (*); mais Charles-Quint refusa « a cause que ceste marchandise a esté premièrement trouvée au dépens de ce royaume (l’Espagne) •> ; il fonda par conséquent l’étape des épices à la Corogne, dont le port fut considéré comme le meilleur de la Castille malgré les réclamations des marchands de Séville (-^).

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