L’essence psychique, atma
Nous ne nous préoccuperons pas, en la classification de ces principes, des divergences d’opinion, suivies de discussions plus ou moins aigres, qui se sont émues entre les plus savants occultistes. Il ne nous convient pas de nous y arrêter et, en suivant la ligne tracée par la logique simple, nous profiterons des enseignements des uns et des autres.
Avant tout, il convient de se bien pénétrer de cette pensée que les trois Mondes, dans le règne Universel, comme dans le Monde Hominal, comme dans le Monde purement matériel, s’emboîtent les uns dans les autres. Le principe supérieur d’un Monde fait toujours partie du Monde qui lui est
supérieur. C’est la pénétration des triangles par leurs angles aigus.
Supposons que, pour un moment, nous fassions abstraction du règne hominal et que nous ne nous préoccupions que du règne purement matériel.
Nous le figurerons ainsi :
En descente. & n montée*
Descente. — i 2 3
Montée. — 9 8 7
représentent le règne hominal.
— végétal.
— minéral.
— minéral.
— végétal.
— animal.
Analysons :
Sens descendant.
1, représente le principe animal, la tendance à l’animalité.
2, représente la loi animale, l’organisation de l’animalité.
3, représente le fait animal, l’animalité brutale.
C’est une chute. Le principe brutal se condense
et s’affirme. Les facultés s’atrophient. Ce que le principe conservait en soi d’hominalité se perd de plus en plus. En 3, ce n’est plus que la brute pure.
Que se perdra-t-il quand la descente ira jusqu’en 4 ? Ce sera la faculté de locomotion, l’instinct.
Plongeons dans le végétal.
Non que certains végétaux n’aient encore certains vestiges de sensibilité, de locomobilité et d’instinct. C’est pourquoi la pointe 3 plonge encore dans le monde végétal.
Mais la chute, l’alourdissement va se continuer.
Du 4, principe végétatif sur lequel influait encore le monde animal, le monde végétal glisse à 5, à la loi uniquement végétative et est précipité à 6 qui n’est plus que le fait lourd et inconscient de la végétation.
La descente s’achève.
Le végétal tombe au minéral.
Mais en certaines manifestations, sensation du chaud et du froid, sensibilité aux forces magnétiques, le minéral est encore végétatif, animal même par la cristallisation. Le principe minéral, 7, existe. Mais il subit encore l’influence des mondes supérieurs. En 8, la loi de la matière incoercible et insensibilisée le saisit et le jette en 9. L’évolution
descendante s’accomplit. C’est la minéralité, fait brutal et définitif.
Ici, temps d’arrêt pour notre intellect. Nous ne formons plus d’hypothèses, puisque même ce fait de la descente en est une. Nous ne cherchons pas à plonger plus loin dans l’abîme, car ce que la raison et l’expérience nous révèlent, ce n’est pas la descente, c’est l’ascension. L’analogie seule nous a fourni cette conception de la chute de l’homme au minéral.
Mais c’est justement parce que nous avons la perception non équivoque de la progression ascendante.
Seulement, obéissant à cette loi de l’analogie qui nous domine, nous partirons de cette sériation par 9, et nous inscrirons :
9, la matière brute, chaotique.
8, la loi organisatrice, évolutive de la matière.
7, le principe essentiel de la matière.
Se perfectionnant en :
1 6, la nature végétale, en son expression la plus inférieure.
5, la loi végétative, évolutive.
4, le principe végétal, qui touche et se rattache à la vie essentielle.
Et enfin, nous obtenons :
3, la matière animale en son expression inférieure.
2, la loi animale, évolutive.
1, le principe animal, essence de l’humanité.
Qui se résoudra à son tour en la matière hominale à son expression la plus inférieure.
Il suffit de rapprocher cette sériation de la création naturelle d’Haeckel pour en sentir toute la rigide netteté.
Nous verrons tout à l’heure l’application de ce schéma à l’évolution humaine.
Reprenons maintenant les neuf principes hominaux et soumettons-les à la même analyse, plus rigoureuse encore, car ici nous marchons sur un terrain plus ferme, puisque c’est de lui que nous sommes partis, autant pour deviner les secrets d’en haut que ceux d’en bas.
1, Rupa ; 2, Jiva ; 3, Linga sharira ; 4, Kama Rupa ; 5, Manas ; 6, Buddhi ; 7, Atma.
Le dédoublement de Manas et de Buddhi complète le novenaire.
Donc nous partons de Rupa, la partie complètement physique, animale, la chair, les muscles, les os, à l’état de pure animalité.
Nous avons vu dans le monde purement matériel — et cette pureté n’est qu’un vocable sans signification vraie, en raison de la pénétration des trois mondes — nous avons vu, disons-nous, la nature s’élever par le jeu de la loi une et triple des principes, des forces et des faits de la matière brute à l’expression la plus haute de l’animalité, au singe anthropoïde. Quelle distance énorme, immesurable ! C’est rien devenu tout. C’est le néant avivé ! Le singe prend la pierre en sa main et ne reconnaît
plus sa mère. Il n’a même pas la notion qu’il y ait entre eux des éléments communs.
Il jette la pierre avec indifférence.
Ce n’est même pas de l’ingratitude, c’est de l’ignorance.
Que l’homme de bonne foi cherche à mesurer la distance qui sépare ces deux manifestations de la substance, la pierre et l’animal. Puis que, s’interrogeant en pleine sincérité, il se demande si ceci n’est pas la résultante de l’évolution de cela. Et enfin, qu’il se regarde liy-même. Existe-t-il entre lui et le plus difforme des Pithèques la différence qui sépare ce simien de la pierre ?
Alors qu’il écoute en lui-même ce qui est la plus haute expression de sa propre individualité, ce quelque chose qui est indépendant et de l’émotion, et de la volonté, et de la conscience, et de la force, et de la compréhension, il sentira que l’esprit est si loin qu’à peine la distance du singe à la pierre peut lui donner l’idée de cet éloignement.
Du moins l’homme sent-il lui-même, en luimême, le principe de l’esprit, tandis qu’en la pierre léthargisée la conscience de l’ascension n’existe pas.
Le météorite ne se souvient plus du ciel.
Lithos, Léthé, oubli.
Mais de même que la pierre a en elle le principe de la végétalité et de l’animalité, l’homme a en lui le principe atavique de l’astralité et du psychisme.
Mais il y a plus encore :
L’étincelle obscure qui anime toutes les molé-
cules a passé aussi bien par la pierre que par le végétal et l’animal et qu’elle passera par l’homme.
C’est la continuité de l’effort qui produit le progrès, avec complication de perpétuelles semailles de victimes, tués ou traînards.
De l’inconnu que nous ne cherchons pas à connaître, parce qüe derrière lui notre raison veut un plus loin, toujours plus reculé, tombe perpétuellement une pluie d’étincelles vitales qui s’éparpillent à travers le monde. C’est ainsi qu’au printemps le pollen des arbres cotonneux s’abat en averse blanche.
Où va ce pollen ?
Où vont ces étincelles ?
Combien se dissolvent en route, combien s’éteignent ?
Qu’on se figure un globe en ignition, animé d’un mouvement rotatoire si intense qu’il soit impossible d’en suivre la giration, que de cette masse incandescente des millions, des milliards de particules enflammées, pénétrées de la chaleur première, soient lancées à travers l’espace. Tous les mondes sont là, ceux que nous connaissons et ceux, mille et mille fois plus nombreux, que nous ne connaissons pas. Où iront les étincelles ? Entre les mondes, les distances sont colossales, les mondes sont des points et les étincelles sont des millionnièmes de millionnièmes de points.
Combien, cherchant un point d’appui, n’en trouveront point et s’éteindront ! Combien, dans le nombre des mondes, tomberont sur celui-ci
plutôt que sur celui-là ? Combien enfin, la terre étant une en ce million de mondes, tomberont sur la terre ?
Combien, enfin, tombant sur la terre, s’adapteront au système terrestre ?
Des pollens vaguant à travers l’espace, en notre enceinte étroite et dont nous touchons les limites, combien remplissent leur rôle générateur ?
Un nombre infiniment petit s’agrège au stade minéral, moins encore au monde végétal.
Les semences sont une prodigalité inconsciente et fatale de la nature. La mort, la désintégration rétablissent l’équilibre.
A chaque degré de l’évolution, le nombre des éléments vainqueurs des fatalités est de plus en plus restreint, et continuant ainsi la série analogique, nous arrivons à cette quasi-certitude que, dans le monde psychique, les étincelles atmiques ayant évolué complètement, sont en nombre si restreint qu’il ne leur reste qu’un effort insignifiant à faire pour se confondre en l’unité.
Le pollen tombe sur la pierre, dans l’eau. Des milliards de germes restent stériles. De ceux même qui ont une germination, en raison du terrain qu’ils ont rencontré, d’énormes quantités avortent. D’autres commencent leur évolution, mais languissent et meurent. Combien peu l’achèvent en la triomphante efflorescence de leur vitalité !
Mais de toutes ces substances perdues s’est formé l’humus, condensé, préparé pour la germination de l’animal.
Les étincelles survivantes à l’animalité sont les substrata de l’humanité.
Celles qui se sont arrêtées en chemin s’adaptent à leur milieu et constituent les éléments des choses. La lueur qui était en elles reste à jamais obscure. Elle ne se s’éteindra tout à fait que le jour où la désintégration viendra, rejetant la matière dans le protyle universel, dans la lumière astrale et dans l’essence cosmique.
Le monde est une vaste nébuleuse dont quelques projections forment des astres — astre matière, astre force, astre esprit — et dont les autres se perdent dans l’infini tourbillonnement des atomes.
L’avenir est à la désintégration qui, en dehors de la dissolution accidentelle, va du minéral au végétal, du végétal à l’animal, de l’animal à l’homme, de l’homme au corps astral, du corps astral au corps spirituel, jusqu’à dilution complète et finale en l’atome psychique, sans forme, sans propriétés, sans couleur, sans bruit, à peine une expiration de l’infini s’éteignant dans l’infini silence.
Revenons maintenant à la constitution de l’homme.
Le corps rupa tient, nous l’avons dit, au monde animal : il a donc déjà en lui la vitalité animale et se trouve à un degré supérieur à l’animalité : il a le mouvement et déjà l’instinct.
Mais, dès son premier développement, il acquiert jiva qui est la Force vitale Hominale, Loi
de révolution humaine^ adaptation de Rupa Animal à une destinée ascendante, sorte d’aiguillage de l’organisme vers la Beauté et de l’Instinct vers l’Intelligence.
Fait-Rupa-Loi-Jiva — maintenant élévation au Principe.
Quel est ce principe ?
Il nous suffit, pour le comprendre, de nous reporter aux trois mondes.
Du monde des Faits, l’homme tend à s’élever au monde des Lois, des Forces, Monde Astral.
Donc, en cette troisième évolution du Monde inférieur de l’humanité, va poindre la loi suprême en qui est le principe psychique.
C’est le corps Astral, manifestation Principielle de l’élévation vers les régions supérieures, linga sharira, matière comme corps, Force comme Astralité, pénétration du Monde inférieur dans le Monde supérieur, principe de Phominalité tendant, à travers l’Astralité, vers le psychisme.
Nous expliquerons, dans un chapitre spécial, ce qu’est le corps astral, quel est son rôle dans la science moderne, quelle connaissance nous en pouvons avoir, et, pour nous servir d’un terme déjà employé, comment l’Homme-Magicien peut se l’asservir.
Mais qu’on n’oublie pas que cette astralisation du Fait se produit dans tous les règnes, à tous les stades. Quand du règne minéral la matière passe au végétal, c’est une astralisation, et elle a son
expression réelle, les Eléments, dont nous parlerons plus loin.
Suivons l’évolution humaine.
Ces trois degrés, Rupa , Jwa , Linga Sharira , ont épuisé le monde des Faits.
Nous sommes entrés dans le monde des Lois, des Forces.
Dans les règnes inférieurs, les divisions entre les différents stades sont absolument tranchées, les divergences, en apparence surtout, paraissent brusques, presque brutales.
Dans le règne Hominal, en raison de son approximation vers l’Unité, de sa tendance plus sensible à se fondre avec elle, les limites sont moins distinctes. Ainsi dans le spectre lumineux, les tangentes des couleurs sont imperceptibles.
Linga Sharira, par son principe inférieur, appartient au monde animal des Faits. Par sa partie supérieure il appartient au Monde des Forces, et nous avons après lui :
La Force-Fait, le Désir, kama rupa ;
La Force-Loi, la Volonté, manas inférieur ;
La Force-Principe, la Conscience, manas supérieur ;
Et enfin :
Le Principe-Fait, l’Intellect, buddhi inférieur ;
Le Principe-Loi, la Justice, buddhi supérieur ;
Le Principe-Principe, l’Esprit, atma.
Reprenons la filière :
Atma, Esprit, est la vaste contenance de l’homme. Tout de l’homme est en lui. Sa Force
première est l’équilibre, la Justice, et il a pour instrument l’Intellect qui est la notion de l’Equilibre.
L’Intellect, à son tour, donne naissance à l’appréciation, à l’assentiment, à la conscience. La conscience, attirée vers le Monde Matériel, subit la nécessité de l’Action, d’où la Volonté qui n’est influencée que par le Désir.
Le Désir, l’Attraction vers l’Hominalité, produit linga sharira, le corps astral à la fois subtil et matériel qui, saisi par Jiva, la Force Vitale Hominale, produit Rupa le Corps.
Remontons maintenant.
Rupa tend à Atma.
Rupa se dégage de l’animalité pure, grâce à Jiva qui est la force hominale propre, parvient au seuil de son principe, au premier stade de son évolution en Linga Sharira , pont jeté entre l’hominalité matérielle et l’hominalité astrale.
Le Désir qui, dans l’évolution descendante, — car chacun de ces mouvements est double, entrelacé, croisement de deux serpents autour de la baguette — a entraîné Manas en le monde Matériel. Au contraire, en l’évolution ascendante, il entraîne la partie principielle de Linga Sharira jusqu’à Manas inférieur, jusqu’à la Volonté qui n’a son expression normale que lorsque la Conscience, — Manas Supérieur, — l’a réglée.
L’Homme Moral est constitué. Les Lois de la Conscience lui sont connues dans leur organisation stricte.
Il est apte à s’élever aux Principes.
Alors se développe l’Intellect Parfait, première forme de Buddhi , connaissance des. faits et des lois, notion claire et souveraine que la Justice — {Buddhi supérieur) revêt de son armure infrangible, et l’homme qui a de longue date rejeté en Linga Sharira , en Kama Rupa , et en Manas Inférieur les derniers vestiges de l’Animalité, est Esprit, psyché, Atmà.
Le croisement des deux évolutions nous donne le schéma suivant :
Traits noirs , descendance. — i, Atma ; a, Buddhi sup. ; 3 , Buddhi inf. ; 4 > Manas sup.; 5 t Manas inf. ; 6, Kama Rupa ; 7, Linga Sharira ; 8, Jiva ; 9, Rupa.
Traits pointés , ascendance. — 9, Rupa ; 8, Jiva ; 7, Linga Sharira ; 6 , Kama Rupa ; 5 , Manas inf. ; 4 , Manas sup. ; 3 , Buddhi inf. ; 2, Buddhi sup. ; 1, Atma.
Parvenus à ce point de notre étude, nous ne reviendrons pas sur les réserves que nous avons dû formuler au sujet de la doctrine de la chute et du rachat. Nous l’avons dit, nous ne nions pas de parti pris, et il semble même qu’en effet une double évolution, descendante et ascendante, soit la loi des mondes.
Mais, en réalité, c’est là seulement une hypothèse, à laquelle, si elle était prouvée, nous nous résignerions sans aucun enthousiasme.
Continuons donc cette analyse de la Science Occulte dont une de ses plus ardentes adeptes, madame la comtesse d’Adhémar, a dit en excellents termes dans la Revue Théosophique :
« L’étude de cette science est d’un intérêt si vif que, dans les romans les plus émouvants, dans les drames les plus poignants, on ne trouverait pas des émotions pareilles à celles que l’on éprouve