‹ Magie pratiqueChapitre 12 sur 31 · LE CORPS ASTRAL · texte numérisé non relu

LE CORPS ASTRAL

à suivre l’Être, depuis sa séparation du Non-Être, dans la grandiose descente qu’il effectue à travers ses métamorphoses, ses pèlerinages, ses douleurs et ses martyres, pour remonter, par une aussi sublime évolution, à son point de départ, mais riche de la connaissance de sa propre nature et doué de l’immortalité glorieuse et de la puissance d’un dieu. »

Il est vrai que la moindre des douleurs ressenties, le moindre des martyres subis gâte pour nous cette poésie superbe. En somme le Principe essentiel de l’homme est un prisonnier, enfermé il ne sait pourquoi, et qui cherche à s’évader. S’il a été bien sage dans son cachot, il lui sera tenu compte de sa soumission : mais il lui faut une vertu bien exceptionnelle pour obtenir qu’on lui donne son exeat définitif. Sorti une première fois, on le réincarcérera — réincarnera — un nombre de fois plus ou moins grand, toujours sous les mêmes conditions.

Ce sont les phases de ces évasions d’un perpétuel Latude que nous allons suivre d’aussi près que possible d’après l’enseignement ésotérique.

Ajoutons qu’étant admis le point de départ, surtout parce que la raison ou la science n’en fournissent aucun autre, l’évolution, si regrettable qu’elle soit, ne manque pas de logique.

Nous sommes arrivés au point terminus de la vie terrestre, à la fin d’une première étape.

Ce qui meurt immédiatement, c’est Rupa , le corps, et Jiva, la vitalité.

Linga Sharira , le corps astral, duplicata éthéré du corps physique, moule qui le remplissait tout

entier pendant la vie, fohne sur laquelle il s’est édifié, subsiste pendant Un certain temps, coquille de Kama Rupa et de Marias inférieur.

Nous avons expliqué les raisons logiques qui donnent toute vraisemblance à cette continuité de l’être après la dissolution du corps terrestre.

Insistons maintenant sur le Corps astral, sur ce qu’il était pendant la vie, sur ce qu’il devient après la mort.

Le Corps astral, avons-nous dit, est formé, dans les états subtils de la matière, dans l’évolution descendante, avant le corps physique que moulera sur lui le travail de /iVa, la force vitale.

C’est le Corps astral, ce plan d’ensemble de l’être vivant, qui dirige la force vitale dans l’élaboration continuelle du changement des molécules et empêche cette force d’éparpiller la structure animale en plusieurs organismes distincts. Cette ombre du corps, qui est elle-même un corps, en est le double parfait. Ombre du corps produite antérieurement au corps matériel par la lumière du monde astral ou Akaça, de même que l’ombre extérieure est produite par la lumière solaire.

Tout ce qui est doué de vie sur la terre contient ce double éthéré, canevas de la structure plastique.

On trouve la trace de cette croyance même chez les nations les moins civilisées.

Chez les Esquimaux, chaque objet a son âme, son génie, doué de volonté et d’intelligence. Innok, l’esprit du mort, a une forme humaine, elle est pâle et nébuleuse.

Pour les Polynésiens de Tonga, elle a la ténuité du pollen des fleurs.

L’empereur Marc-Aurèle appelait son âme Blandula vagula.

Pour les Tasmaniens, les Cafres, l’âme, c’est l’ombre physique. A Madagascar, on s’efforce d’arrêter l’âme au sortir du corps, pour la transférer à un malade.

A ceux qui voudraient étudier ces questions au point de vue purement ethnologique, la Mythologie comparée de M. Girard de Rialle et surtout les Primitifs d’Elie Reclus fourniront les plus complètes indications, groupées d’ailleurs dans un esprit de scepticisme absolu.

Plus de faits que de philosophie. Consulter aussi les Principes de sociologie d’Herbert Spencer en se défiant des conclusions de parti pris.

Cette idée du Corps astral, sous des dénominations diverses, est d’ailleurs une des plus anciennes et des plus persistantes qui aient traversé toutes les philosophies.

Les Platoniciens enseignaient qu’entre la Psyché et le corps hominal, il existait un état intermédiaire, corps aérien, encore matériel, plus simple, qu’habitait l’âme en voie de purification.

Porphyre dit :

— L’âme n’est jamais nue de tout corps : un corps plus ou moins pur lui est toujours uni, adapté à sa disposition actuelle. Mais lorsqu’elle vient de quitter le corps terrestre et grossier, le corps spiritueux qui lui sert de véhicule s’en va

nécessairement souillé et épaissi par les vapeurs et les exhalaisons du premier. L’âme se purifiant progressivement, ce corps devient à la longue une pure splendeur que nul brouillard n’obscurcit et qui ne jette aucune ombre.

Un auteur chrétien, Philoponus, cité par M.

Massey, dit encore :

— La vie irrationnelle de l’âme n’a pas lieu exclusivement dans ce corps terrestre et grossier, mais persiste après le départ de l’âme. Alors elle a pour signe et sujet le corps spiritueux, composé lui-même des quatre éléments, mais qui reçoit son nom de la partie prédominante, l’air, de même que notre corps grossier est appelé terrestre d’après l’élément qui y domine.

Aussi cette idée se retrouve dans toutes les religions orientales. Linga Sharira devient pour les Zoroastriens Keherpas , pour les Persans Kaleb, dans la philosophie indienne Kvvei Shan.

Les grands chercheurs ont eu la conscience nette de son existence : Paracelse l’appelait Archaeus , Swedenborg Limbus.

On le trouve dans le panthéisme grec sous le nom de Ochéma , le substratum matériel de l’âme, de la racine Ochéô , supporter. Dans le panthéisme védique, l’affirmation est positive.

Bien que le corps grossier de l’homme soit apparemment détruit, un corps très subtil, très éthéré, invisible et pourtant matériel subsiste et c’est grâce à la cohésion des éléments matériels de ce corps que l’âme individuelle prolonge son existence.

C’est ce corps subtil qui continue à délimiter après la mort les non émancipés — c’est-à-dire ceux qui ne se sont pas encore confondus dans le grand Tout, qui conservent leur identité et qui est la base de la transmigration dans de nouveaux corps. Quelques sages disent que le corps astral est gros comme le pouce, d’aütres comme la pointe d’une aiguille. Il a toutes les sensations et les appétences de l’ancien corps dont il n’est que l’essence, mais il lui manque les organes d’activité. A la mort, il quitte le cadavre et rôde çà et là dans l’atmosphère des trois mondes, sans cesse rongé par ses appétits et se trouvant dans l’impossibilité de les satisfaire. Ces corps subtils, dit M. A. Bourquin, dans son intéressant ouvrage sur le Panthéisme dans les Vèdas (1), flottent dans les airs, ce sont les Mânes, c’est à eux qu’on offre les repas funéraires et les libations, non pas pour se les rendre propices, mais pour venir en aide à leurs plus pressants besoins provenant de la faim et de la soif. Après avoir subi leur temps d’épreuves, les Mânes rentrent dans des corps terrestres et recommencent leur course transmigratoire jusqu’à ce que, plus heureux, ils renoncent enfin à leur conscience personnelle et qu’ils puissent être réabsorbés en Brahma.

Concernant le mode d’après lequel le corps subtil se dégage du corps grossier et la manière de sa rentrée dans un nouveau corps, Y Upanishad Chan dogya du Samâ Vêda , section V, chap. 10, dit :

(i) i vol., Fishbacher.

« Ceux qui ont accomplî tes sacrifices, qui ont creusé des citernes pour le public, qui ont fait des aumônes, s’en vont à la mort dans tes mondes supérieurs des Mânes : portés sur la fumée de leur bûcher funéraire, ils vont dans la haute atmosphère éthérée, de là dans la lune. Après y avoir passé 1e temps voulu, ils retournent dans l’atmosphère, de là dans tes nuages où ils deviennent des gouttes de pluie qui tombent sur la terre et qui sont bues par tes plantes. Ainsi ils deviennent des arbres ou des graines de riz et de la graine de sésame ou de l’herbe ou des légumes. De là, ils passent par la voie de la nourriture, forment la semence virile et enfin dans l’embryon vivant. »

Cette marche transmigratoire est identique, il faut 1e reconnaître, à celte de la dissolution physique des corps et de la reconstitution de nouveaux êtres, formés et nourris de la décomposition d’organismes disparus. C’est la théorie de l’évolution naturelle.

Origène croyait que tes âmes avaient existé avant la création du monde, mais qu’ayant péché elles avaient mérité d’être enfermées dans diverses prisons, selon la diversité de leurs crimes, tes unes dans tes astres, tes autres dans des corps humains.

Selon Tertullien, il est absolument nécessaire que l’âme soit matérielle. D’ailleurs, s’écrie-t-il, si l’âme n’était point corps, quelle est la substance qui descendrait aux enfers et y resterait jusqu’au jour du jugement ?

Arnobe l’Africain veut que l’âme soit non-seu-

lement corporelle, mais mortelle : elle ne subsiste que par un miracle renouvelé du Créateur. Elle n’est ni incorporelle, ni incorruptible et les âmes des damnés seront détruites par le feu de l’enfer. C’est d’ailleurs la pensée de Lucrèce qui refuse le bénéfice de l’immortalité à l’âme corruptible.

L’opinion d’Irénée se rapproche au contraire de la théorie Pythagoricienne. L’âme est un corps, elle a des yeux, des doigts, un visage, elle est la ressemblance, Vimago d’un corps : après la mort elle va dans un lieu particulier où elle attend la résurrection : aussi Clément d’Alexandrie la fait descendre dans un lieu souterrain.

C’est surtout dans la Kabbale que nous trouvons l’idée du corps astral nettement exprimée. On sait d’ailleurs que la Kabbale n’est que la tradition ésotérique de la religion de Moïse, reflet elle-même de l’antique initiation égyptienne.

D’après la Kabbale, les trois éléments de l’homme sont :

Nephesch — Le corps — Rupa.

Ruach — Le corps astral — Linga sharira.

Neschamah — L’âme — Marias.

Ruach est un corps interne, idéal, expression virtuelle, passive de toute l’action extérieure de la matière. Le miroir de la vie corporelle. Mais les reflets dont il est le récepteur sont eux-mêmes actifs par une sorte de vivification répercutée.

Ruach , composé des forces qui sont à la base de l’être matériel, est un individu spécial, dispose de lui-même et se manifeste par une action libre

et volontaire toutes les fdis que l’action de Nepheschy du corps, n’est plus suffisante pour le retenir. Il s’évade dans le sommeil, la prostration, mais il est retenu au corps par un lien dont la rupture entraîne la mort du corps matériel.

Le corps astral qui est en l’homme est en même temps hors de l’homme : c’est-à-dire que tout en l’emplissant entièrement, en se logeant dans les moindres parcelles de son organisme, il a, en outre, une sorte d’émanation fluidique, une aura qui entoure le corps comme une sorte d’estompage.

C’est surtout à la tête et aux doigts que cette aura a plus de densité, c’est de cette awra, visible en de certaines conditions, qu’est faite l’auréole, — dont l’explication naturelle est non moins naturellement repotissée, — que les représentateurs de saints et de sages ont placée autour de leur front.

L’ignorance est la première source de la négation : l’existence de l 'aura est prouvée aujourd’hui, et même son nom est passé dans le langage scientifique : on appelle aura hystérique cette sensation de vapeur montant à la tête des hystériques ou des épileptiques au moment de l’accès et qui n’est autre qu’un déplacement du corps astral.

Van Helmont avait déjà reconnu que Vaura, le corps astral, ou plutôt son émanation, sort du cœur pour s’élever autour de la tête.

Ce qui est vraiment curieux, c’est l’explication donnée par les médecins, par exemple, de Yaura epileptica : c’est, disent-ils, la première manifesta-

tion convulsive de l’attaque. — Pardon ! s’écrie un autre, c’est une perversion de la sensibilité.

Après ? Rien. Ces définitions ne sont pas des explications.

L 'aura morbide est une déséquilibration de Yaura normale.

Ce qu’on appelle la boule hystérique n’est autre que le mouvement du corps astral, s’efforçant, sous une action pathologique, de sortir du corps, partant de l’épigastre, ou plutôt du plexus sympathique et montant vers la tête.

C’est de cette aura que s’emparent les élémentaires, dont il sera parlé plus loin, pour produire des apparitions.

Sous l’action d’une lumière diffuse, les choses et les êtres apparaissent entourés d’une auréole devenue visible par un phénomène de transparence (1).

L 'aura n’est autre que Yaour de la Kabbale.

Mais ceci nous entraînerait trop loin, du moins hors des limites que nous impose l’exiguité d’un volume. La science antique et la prescience moderne sont indissolublement liées. Il y a là tous les éléments d’une étude que nous nous réservons d’entreprendre à loisir.

Mais, pour revenir à notre sujet, c’est Yaura astrale qui produit, sans excitation excessive, la

(i) Certains sensitifs — j’en ai connu — voient l'aura qui se dégage d’un individu et change de couleur et d’intensité selon les passions qui l’agitent. Peut-être le peintre Carrière voyait-il l’aura qui entourait la tête de ses modèles.

plupart des phénomènes\que nous avons décrits dans notre première partie.

Elle seule explique ce que peut être cette force, récemment découverte par M. Thore, qui l’a seulement reconstatée, après qu’elle a été niée pendant tant de siècles.

On connaît cette expérience :

Si on dispose un pendule, formé d’un petit cylindre, creux ou plein, en ivoire, de 25 millimètres de longueur et de 5 millimètres de diamètre environ, suspendu suivant son axe par un cheveu ou un fil de soie d’un seul brin, qu’on le place bien à l’abri des moindres mouvements de l’atmosphère, et qu’on approche doucement du premier cylindre un second cylindre semblable ou quelque objet plus mince, voire même un cheveu tenu à la main, jusqu’à un millimètre environ de sa surface, on observe les faits suivants :

Le cylindre suspendu se met à tourner et sa rotation se fait de droite à gauche ou de gauche à droite, suivant que le corps tenu à la main est à sa droite ou à sa gauche. La nature de la substance des deux cylindres et leur masse sont sans effet sur la production du mouvement. La vitesse de la rotation est fonction de la longueur des cylindres, de leur rapprochement et du diamètre du premier cylindre. La vitesse de la rotation varie avec les expérimentateurs et pour une même personne, selon les jours et les heures. Si deux personnes se placent vis-à-vis l’une de l’autre, de chaque côté du pendule et qu’elles tiennent le

cylindre fixe avec les mains opposées, on observe toujours de fortes perturbations dans le mouvement et quelquefois son annihilation complète. M. Thore voit dans ces phénomènes la manifestation d’une force non encore étudiée et inhérente à l’organisme humain, sinon à la matière vivante en général.

Or, en 1862, un homme de lettres, doublé d’un chercheur, M. Lemoine-Moreau, un des auteurs du drame si connu, le Courrier de Lyon , attirait l’attention de l’Académie sur des faits identiques et qu’il a décrits dans une petite brochure à peu près introuvable : Découvertes d'un âne savant (1).

En voici un extrait :

« Pour se procurer une boussole de fluide vital, obéissant à l’aimant, au galvanisme et à notre propre électricité, il suffit de se couper une petite mèche de cheveux de cinq ou six centimètres de longueur et de la grosseur d’une forte épingle, de l’entourer d’un fil quelconque pour la maintenir en forme d’aiguille, et enfin de la suspendre par son centre à un fil de coton qui lui permette de tourner librement dans tous les sens. Après, si on l’a laissée s’orienter, on lui présente les doigts d’une main, ils repousseront le pôle qui sera attiré par les doigts de l’autre.

« Pour être dans de bonnes conditions, il faut avoir la face tournée vers l’Est et opérer autant que possible sur un meuble en bois sur lequel on

(i) Dentu , éditeur, 1862.

aura placé une feuille de papier buvard. Les heures ne sont pas non plus indifférentes. Ainsi, midi et minuit surtout sont des heures moins favorables que le lever et le coucher du soleil. »

Inutile de dire qu’à ces communications, dont nous ne citons qu’une parcelle, l’Académie répondit par le plus parfait mépris.

Revenons au corps astral.

L’homme peut, par une forte concentration de volonté, projeter hors de lui une partie de son corps astral, en une sorte de prolongement de son propre corps. C’est ainsi que le fluide astral sortira des doigts, sous l’action d’un effort raisonné, pour produire tel ou tel effet raisonné et qui paraîtra surnaturel.

Aller plus loin est difficile et dangereux.

Ainsi, comme nous le verrons, l’homme peut véritablement sortir de lui-même et apparaître en corps astral : mais il faut de longues et patientes études, impraticables à celui qui ne s’abstrait pas des contingences de la vie ordinaire, pour que l’homme puisse opérer de lui-même son dédoublement. Certes, il est facile de projeter hors de soi une parcelle de corps astral. Nous agissons ainsi à chaque instant, à notre insu, dans nos regards, dans nos volontés fugitives ; avec un peu d’attention et de persévérance, il se peut que la force psychique agisse hors de nous ; mais sortir de soimême en corps astral est un des actes réservés aux seuls initiés, c’est-à-dire à ceux qui, pendant des mois et des années, ont concentré sur ce phéno-

mène toute leur énergie physique et morale. Et encore convient-il de distinguer l’astralisation consciente et inconsciente.

Dans l’évanouissement, dans la syncope, le corps astral n’est plus uni au corps matériel que par un lien des plus faibles. Le médium, dont le corps astral se prête à une matérialisation partielle ou entière, n’a ni volonté ni initiative : c’est un mort dont un atitre prend la place.

Mais projeter sciemment hors de soi son corps astral, le parfaire en quelque sorte, lui infuser sa vie, sa raison, sa conscience, son intelligence, lui communiquer sa propre énergie, afin d’user de la force supérieure qu’il possède et, grâce à ce véhicule, aller, quoique immobile en corps matériel, jusqu’aux confins du monde astral, c’est ce qui n’est donné qu’à de très rares personnalités, vouées à l’étude des sciences occultes. Entraînement terrible, initiation effrayante dont chaque degré est une menace de mort.

On le voit souvent exsuder du corps d’un médium et apparaître auprès de lui : mais la vie du médium est pendant ce temps en très grand danger.

Il arrive aussi qu’un mourant peut apparaître en corps astral.

En nous, le corps astral veille sans cesse : jamais il ne dort.

Tout le monde connaît ce singulier phénomène de l’intuition de l’heure, cette faculté bizarre qu’ont la plupart des hommes de s’éveiller exactement à l’heure qu’ils ont fixée d’avance ; on a cherché à

l’expliquer de cent façons, notamment par un phénomène d’adaptation physiologique, qui peut être un fait, mais qui manque des caractères essentiels d’un principe.

Un de nos amis nous racontait le fait suivant :

Il avait pris l’habitude de se réveiller tous les jours à sept heures, ce qui arrivait immanquablement. Mais ce qui le frappa de surprise, c’est qu’il s’éveillait, non pas à l’heure réelle, mais à l’heure marquée par sa montre, suspendue au-dessus de sa tête, et cela, que sa montre fût en avance ou en retard.

« Il semblait, nous dit-il, que quelqu’un qui se trouvait à côté de moi, veillant tandis que je dormais, regardât le cadran de la montre et, se fiant à lui, m’éveillât à l’heure marquée ».

Ce quelqu’un, c’est le Corps astral qui, pendant le sommeil du corps matériel, vague plus oü moins autour du corps, engourdi et inapte à le retenir et à le dominer, mais auquel il reste quand même lié. C’est l’Astral qui — voit — l’heure à la montre et actionné par la volonté, naguère manifestée, rentre hardiment dans le corps et provoque le réveil.

Il arrive parfois que l’homme, absorbé par une méditation profonde, en conférence avec Marias , en quelque sorte, oublie l’heure d’un rendez-vous. Soudain il se fait en lui un sursaut. Quelqu’un veillait auprès de lui, autour de lui, qui, cédant à l’impulsion du souvenir dont il est l’enregistreur, de la volonté qui s’est imprimée en lui, tout à coup

agit dynamiquement et arrache l’homme à cette sorte d’extase.

Ainsi chez l’hypnotisé, ce n’est ni le corps, Rupa , ni la force vitale, Jiva , qui reçoit l’impression de volonté de l’hypnotiseur, mais bien le Corps astral qui emmagasine les ordres et qui les exécute à l’heure dite, entraînant Rupa et Jiva.

Quand l’hypnotisé résiste à l’ordre impérieux de Linga Sharira , c’est parce que Kama Rupa et Marias protestent.

Exemple :

L’hypnotiseur a donné ordre au sujet de prendre, à son réveil, en sa main un charbon ardent.

Le Corps astral obéira, et contraindra Rupa à exécuter l’ordre matériel, le bras s’avancera, la main s’ouvrira, mais il se peut qu’à ce moment Kama Rupa , l’âme animale, se révolte en raison de la douleur prévue.

Dans une expérience, devenue classique, l’hypnotiseur ordonne au sujet de s’emparer d’un objet, d’une montre qui ne lui appartient pas. Le Corps astral obéit, actionnant le corps matériel. L’acte indélicat va s’accomplir, lorsque Marias , la conscience, s’éveille et oblige le sujet à hésiter et à dire :

— Mais c’est un vol !

Le Corps astral n’a, par lui-même, ni sensation, ni intelligence, ni conscience.

Nous disons qu’il veille toujours. Voici un exemple cité par M. Cari du Prel :

M. Varley, membre de la société royale de Lon-

dres, physicien, électricien de la compagnie du télégraphe transatlantique, raconte ce qui suit :

— Je devais prendre le bateau qui partait le lendemain matin et je craignais de ne pas m’éveiller à temps. Il me vint à l’esprit d’employer un moyen dont plusieurs fois j’avais éprouvé l’efficacité, c’était de me coucher avec la ferme intention de m’éveiller à temps le lendemain. Le matin arriva et je me vis profondément endormi. Je cherchai à me réveiller sans y parvenir. Au bout d’un moment, un moyen se présenta qui pouvait me venir en aide : j’aperçus une cour dans laquelle se trouvait un tas de bois vers lequel deux hommes se dirigeaient. Ils montèrent sur le tas de bois et soulevèrent une grosse poutre. L’idée me vint alors d’inspirer à mon corps de rêver qu’à mes pieds tombait une lourde bombe dont la mèche allumée brûlait en sifflant, et au moment où les deux hommes jetaient la poutre en bas, je fis rêver à mon corps que la bombe éclatait en me labourant la figure. Cela me réveilla subitement, mais avec le clair souvenir des deux séries différentes de phénomènes dans l’une desquelles l’esprit intelligent avait agi sur le cerveau physique de façon à lui faire admettre par la force de sa volonté, comme réelle, une impression imaginaire. Je ne laissai pas écouler une seconde avant de sauter du lit et d’ouvrir la fenêtre, et je vis la cour, le tas de bois et les deux hommes, exactement comme mon esprit les avait vus. Je n’avais aucune connaissance antérieure de la localité : le soir précé-

dent, il faisait nuit quand j’étais entré dans la ville et je ne savais même pas qu’il y eût une cour. Il était bien évident que j’avais vu toutes ces choses, pendant que mon corps était encore endormi. Je ne pouvais pas avoir vu le tas de bois avant que la fenêtre fût ouverte...

N’est-il pas évident que le corps astral veillait, et que Kama , Rupa et Marias lui avaient inspiré toute cette comédie tendant au réveil.

C’est le Corps astral qui vit dans les rêves, qui erre sur le plan astral et y rencontre les visions qui hantent notre sommeil.

L’âme peut vivre sur le plan astral de bien des façons, dit M. Guymiot, que nous avons souvent cité, elle peut par exemple rester tranquillement spectatrice de ce qui se passe à sa portée, comme une personne assise à sa fenêtre regarde les allants et les venants dans la rue, ou bien prendre part elle-même aux événements qui se déroulent ou encore s’y promener, y voyager, entrer en relations de toutes sortes avec les êtres qu’elle y rencontre.

Les rêves ne sont pas des illusions, ou plutôt il n’y a pas d’illusions, tout est réalité. Il ne s’agit que de comprendre qu’il y a des plans différents. Pendant le sommeil, l’élément astral des hommes évolue sur le plan supérieur, sur sa limite la plus proche, il est vrai, comme s’ils regardaient pardessus le mur d’une propriété dans laquelle ils n’ont pas le droit de pénétrer.

Le monde astral, en raison de l’activité psy-

chique qui est sa caractéristique, s’agite avec une rapidité dont la plus fiévreuse activité terrestre ne saurait donner une idée : l’œil de l’âme, ouvert pendant le sommeil, voit passer des formes sans cesse renouvelées, il arrête au passage les formes qui ont une analogie avec les souvenirs dont la conscience de l’homme endormi est elle-même imprégnée.

Le Corps astral fait plus encore : il emprunte la matière astrale pour en envelopper les formes projetées par le cerveau de son double matériel et dont il a en lui l’empreinte, et c’est ainsi qu’il reconstitue pendant le sommeil les choses, les êtres et les faits de l’état de veille. C’est un entrelacement de deux vies, l’une sur le plan physique, l’autre sur le plan astral.

Il y a réaction mutuelle.

Dans un travail extrêmement intéressant : Les sept principes de Vhomme au point de vue scientifique , M. G. Encausse (Papus) a expliqué la localisation du corps astral.

Il condense d’abord les sept principes en trois : le corps, la vie, l’esprit.

Il montre ensuite le corps astral localisé dans le globule sanguin et les ganglions du grand sympathique, et conclut à cette échelle :

Page 1