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Le principe du fait

Monde astral — des Forces

1 — 4. Loi de l’Esprit.

2 — 5. Loi de la Force.

3 — 6 . Loi des Faits.

Monde physique ou des manifestations

1 — 4 — 7 . Manifestation de l’Esprit.

2 — 5 — 8 . Manifestation de la Force.

3 — 6 — 9. Manifestation des Faits.

Les chiffres disposés expliquent pour qui voudra réfléchir la pénétration mutuelle des trois mondes.

Les principes 1 — 2 — 3 — se trouvent en les deux autres mondes. De même les principes 1 — 2 — 3 — et les Forces 4 — 5 — 6 — se trouvent dans le troisième monde.

Cette échelle prouve en outre que plus on monte dans l’échelle des mondes, moins grande est la distance qui sépare les stades.

Dans le Monde spirituel les trois sphères 1 — 2 — 3 — ne sont séparées que par l’unité.

Dans le monde des Forces, les chiffres sériaires additionnés donnent 5 — 7 — 9 — dont la distance est 2 .

Dans le monde psychique, les chiffres additionnés donnent 12 — 15 — 18 dont la distance est 3.

N’insistons pas sur cette loi encore incomprise de l’Évolution.

Ici nous avons laissé Complètement de côté l’idée de l’être suprême, du Parabrahm, dont il est dit par les occultistes :

— Parabrahm ne peut être ni compris ni représenté : il est la page blanche de toute figure, l’ineffable dont la seule louange est le silence.

Cette fin de non-recevoir métaphysique — qui semble mettre la cause première hors de toute étude et de toute responsabilité, en supprimant toute possibilité d’adoration, laisse pourtant sans solution le problème des problèmes :

Pourquoi le zéro est-il devenu unité, pourquoi l’immobile s’est-il mis en mouvement, pourquoi le Un a-t-il réagi sur lui-même ?

Aucune réponse, aucune explication possible.

Parce que, nous dit-on, en l’absolu qui est tout, le mouvement est et aussi la force. Il est avant tout l’équilibre dont le niveau se déplace, ne se rompt que sous l’action d’une force. Donc étant la force, comme il est l’équilibre, il s’est déséquilibré luimême, pourquoi ?

Parabrahm, entité métaphysique, est aussi incompréhensible et injustifiable que le Dieu anthropomorphe des Catholiques.

Nous comprenons, en l’étendant aussi loin que possible par l’intuition et par l’analogie, la Loi, la filiation Physique, scientifique des Mondes, mais la loi morale, la raison d’être nous échappent.

Nous avons l’intelligence du Principe, de la Loi et du Fait, mais, en reconnaissant que les manifestations de ce Ternaire doivent avoir trois sphères

d’action différentes, jamais notre raison, notre conscience n’admettra, étant donnée la faculté raisonnante et juste qui est en nous, cette dégénérescence, cette chute de Monde psychique, en Monde astral et en Monde physique. On nous affirme et il est possible qu’au bas de cette précipitation, dans un abîme où tout est douleur et misère, la réascension recommence, du Monde matériel au Monde Astral et au Monde psychique pour l’absorption définitive dans le 0 Parabrahm.

Définitive ? Chi lo sa ?

Pourquoi ce premier cycle né de la différenciation inexplicable de Parabrahm ne se recommencerait-il pas ? Pourquoi ce premier voyage pour revenir au but qu’on aurait pu ne pas quitter ?

Pourquoi ce cercle, symbole lui aussi du zéro, de l’inutile ?

Il est singulier que l’homme ne puisse pas s’en tenir aux suggestions de sa raison sans y mêler fatalement une énorme dose de poésie. De fantaisie plutôt.

Voici que nos observations actuelles semblent nous prouver qu’il est chez l’homme des forces dont jusqu’ici nous n’avons pas tenu compte et qui, en multipliant nos moyens de vivre, indiquent en même temps que tout n’est pas fini avec ce que nous appelons la mort.

Mais, pour l’honneur de l’humanité, ne greffons pas sur des constatations, toutes matérielles en somme, une religion aussi incompréhensible

et aussi révoltante pour la conscience que toutes les autres.

Expliquons-nous :

Le Bouddhisme, l’occultisme ont pour pierre angulaire de leur système le Karma.

Le Karma est la somme des mérites ou des démérites acquis pendant l’existence.

N’allons pas plus loin, puisque nous sommes ici sur le terrain des seuls principes.

Entre le Karma et la responsabilité des catholiques, aucune différence en réalité.

Les catholiques, selon vos bonnes ou vos mauvaises actions, vous envoient au paradis ou en enfer pour l’éternité.

Avec le Karma, il existe une certaine différence. Le mauvais Karma retarde l’évolution, mais ne l’empêche pas. Il oblige à un recommencement, à une reprise de l’étape mal parcourue. Ici la désespérance éternelle n’existe pas. Mais aux bouddhistes comme aux catholiques nous demandons : Pourquoi un tel a-t-il ou se fait-il un mauvais Karma qui l’alourdit et l’enchaîne dans les sphères inférieures ? Parce que, répond l’occultisme, il s’est créé ce Karma dans des existences antérieures. C’est répondre par la question même. Il y a à tout un commencement. Dans l’existence si antérieure soit-elle où ce mauvais Karma a été acquis, comment l’être avait-il en lui — pour parler le langage de Fabre d’Olivet — la potentialité de ce mal ?

D’où vient cette chance pour les uns d’avoir en eux les moyens de parvenir rapidement à l’état

béat du Nirvanâ, pour les autres de jouer éternellement à travers les mondes le rôle de Juif-Errant ?

Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut que retrouver là le dogme monstrueux de la chute et du rachat. Pourquoi cette descente du spirituel au matériel qui est une chute ? C’est, paraît-il, le principe de mon être qui, en le monde psychique, s’est alourdi par un mauvais Karma dont il faut qu’il se débarrasse en passant par la filière humaine. En vérité, pourquoi ne pas accepter tout aussi bien le crime d’Adam et d’Eve ? Au moins nous avons la ressource de nous dire que nous aurions agi comme eux, ce qui nous permet de ne pas trop leur en vouloir.

Mais que l’étincelle principielle sortie du 0 Parabrahm ait été lancée à travers les mondes pour jouer le jeu du Karma, c’est odieux. Et nous en arriverons à cette conclusion que la création, la manifestation, la différenciation, c’est l’éjection du mauvais Karma du Parabrahm lui-même.

Nous avons écrit tout à l’heure le nom de Fabre d’Olivet : cet homme oublié, méconnu, fut certainement un des plus grands savants et des plus grands philosophes dont la France puisse s’enorgueillir et depuis cinquante ans, la science allemande, en Schopenhauer (1) et en Hartmann (2) lui doit toute l’avance qu’elle a prise sur nous dans le domaine philosophique ; il u accompli cette œuvre

(i) Le monde comme volonté et comme représentation . (a) Théorie de L'Inconscient .

unique et gigantesque de reconstituer sur des bases toutes nouvelles et en vérité inébranlables l’histoire de l’humanité. Sa reconstitution du cycle de Ram, sa division des races, sont des œuvres de voyant. Enfin l’homme qui a restitué la langue hébraïque et a pu donner la seule traduction de la Genèse où apparaît l’idée grandiose de Moïse avait du génie.

Mais qu’il nous soit permis de discuter sa théorie mystique de la destinée de l’homme en ce qu’elle se rattache à la constitution des mondes.

Selon lui, l’homme est Une des trois grandes puissances de l’univers. Les deux autres sont la Providence et le Destin. L’homme est une puissance en germe, qui, pour manifester ses propriétés, pour atteindre à la hauteur où ses destinées l’appellent, a besoin d’une action intérieure et extérieure.

Au-dessus de lui est la Providence, nature libre et naturante, au-dessous de lui le Destin, nature nécessitée et naturée. Il est, entre les deux, comme règne hominal, la Volonté médiatrice.

Le Destin est la partie inférieure et instinctive de la Nature, la Fatalité, qui régit les mondes, minéral, végétal et animal. L’homme appartient d’abord au Destin. Mais il lui résiste et cette résistance même développe en lui la force qui est la liberté, la Volonté.

La Providence est la partie supérieure et intelligente de la nature universelle : son but, c’est la perfection. L’homme est un germe vivant qu’elle

sème dans la fatalité du Destin afin de la changer et de s’en rendre maîtresse au moyen de la Volonté de cet être médian.

La Providence a un but déterminé, le bonheur universel, auquel s’oppose le Destin : L’homme, selon .qu’il est bon ou mauvais, hâte ou retarde le triomphe, d’ailleurs incoercible de la Providence, qui n’a besoin que d’un seul outil, le temps.

Il y a là une conception grandiose, d’une simplicité héroïque et admissible.

L’homme est lié à une fatalité qui pèse sur lui, nous ne le pouvons nier. Il sent en lui, comme individu et comme groupe, des tendances à se dégager de l’animalité et à se perfectionner. Il sent vaguement qu’il court à un but mal défini, mais qui lui paraît être le bien et la justice.

Son arme, c’est sa volonté guidée par sa conscience : ses mauvais instincts, dus à la fatalité, l’empêchent seuls d’aller plus vite et il détruit parfois en un jour l’œuvre de longues années.

Soit ! Mais entre constatation et admiration, nous faisons une grande différence. Ce système de médiation entre une force détestable et une force excellente est fort ingénieux et nous pouvons nous extasier devant la virtuosité de l’invention.

Mais qu’on place sous nos yeux un bijou très curieux dans lequel les pierres ont été unies au métal avec un art parfait, puis qu’on nous apprenne tout à coup que ce bijou est un instrument de torture, nous le rejetterons avec horreur.

La Trinité, Providence, Volonté, Destin, a

causé depuis des siècles d’horribles douleurs et a été l’instrument de toutes misères et de toutes injustices.

Subissons-la, puisque avant tout nous sommes soumis à la Fatalité, faisons tout pour hâter le triomphe de cette Providence, impuissante à accomplir son œuvre sans nous. Admettons que dans la nuit des temps un cataclysme incompréhensible a donné la suprême puissance au Mal et que depuis lors la Nature cherche à secouer le poids qui l’écrase et que nous sommes les créations de ses halètements...

Mais du moins ne placez pas au summun de cet Univers qui est le Mal, en gésine du Mieux, un Être qu’il nous faille adorer et admirer.

Destin, péché originel, Karma des existences antérieures, toutes ces conceptions ont pour principe une déchéance de la Nature... à moins qu’elle ne se soit manifestée au début dans l’horreur et que les temps actuels soient aux malheurs passés ce que le suprême bonheur serait aux misères actuelles.

Quoi qu’il en soit, il est au principe des Choses un Incompréhensible qu’il ne faut pas tenter encore d’expliquer, parce que nulle hypothèse ne satisfait notre conscience.

Il semble que nous nous exaspérions de trouver le ciel vide. Nous y voulons un dieu, et pour le créer de toutes pièces, nous ne reculons pas à le charger du crime le plus horrible, la volonté consciente et libre d’un bourreau.

L’imagination nous perd. Restons dans le domaine des faits et de la logique.

Tout est possible, même Dieu, a dit Renan. En l’état de nos connaissances, devons-nous ajouter, Dieu est improbable, sinon impossible.

Disons encore avec le grand philosophe :

— L’huître à perles me paraît la meilleure image de l’univers et du degré de conscience qu’il faut supposer dans l’ensemble. Au fond de l’abîme, des germes obscurs créent une conscience singulièrement mal servie par des organes, prodigieusement habile cependant pour atteindre ses fins. Ce qu’on appelle une maladie de ce petit Cosmos vivant amène une sécrétion d’une beauté idéale que les hommes s’arrachent à prix d’or. La vie générale de l’univers, est comme celle de l’huître, vague, obscure, singulièrement gênée, lente par conséquent. La souffrance crée l’esprit, le mouvement intellectuel et moral. Maladie du monde, en vérité, perle du monde, l’esprit est le but, la cause finale, le résultat dernier et certes le plus brillant du monde que nous habitons. Il est bien probable que s’il y a des résultantes ultérieures, elles sont d’un ordre infiniment plus élevé.

Tel est selon nous le vrai langage de la sagesse. Obéissant à notre instinct, — Providence si l’on veut, — continuons à lutter contre le destin. Forçons une à une les portes qui ont été fermées sur nous ; huîtres que nous sommes, secrétons la perle science, en obéissant à notre volonté d’en révéler toute la beauté.

Nous accomplissons eti cette période un progi ès décisif. Nous sommes en reconnaissance sur les frontières d’un monde qui nous était interdit. Sachons-le conquérir au prix de toutes les fatigues et de tous les sacrifices.

Mais, si nous faisons de la Magie, qu’elle soit non sentimentale, mais pratique.

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