‹ Magnétiseurs et médecinsChapitre 16 sur 20 · CH. W · texte numérisé non relu

CH. W

P. 81. Poursuivant le cours de ses investigations, M. Ladame scrute d’autres phénomènes : « J’ai fait aussi sur ce point (l’hyperesthésie) une série d'observations avec M. Strohl et j'ai pu constater dans certains cas une hyperesthésie de l'ouïie extrêmement remarquable. » M. Ladame ne découvre ou ne constate que du remarquable. Il ne devrait pas le dire ; ça se sent.

P. 83 et 84, est dévoilé le mystère de la transposition des sens et de la lecture par l'épigastre.

P. 87, M. Ladame découvre que «“ les phénomènes d'automatisme ont accrédité dans les masses un préjugé qu'il ne sera pas facile de détruire: c’est celui dela sujéfion absolue du magnélisé à la volonté du #7agnéliseur. PRIS DANS CE SENS, CETTE SUJÉTION N’EXISTE PAS». Et alors que deviennent ces belles pensées du Rapport que l’hypnotisme est « le ser-

\vage le plus absolu auquel un homme puisse être réduit par son semblable ; que l'hypnotisme libre, c'est la sanction du pire des esclavages, celui qui est accepté et consenti par la victime »? M. Ladame aurait-il fini par partager les préjugés du vulgaire, ou aurait-il sur la question deux opinions qu'il exhiberait tour à tour suivant les exigences de sa polémique?

P. 91. Gentille expérience de M. Strohl de la fleur et de l'insecte. M. Strohl donne au sujet une fleur pour en respirer le parfum. Puis il lui dit qu’il y a un affreux insecte dans la fleur. Le sujet la jette et l'écrase. Il parait que « les magnétiseurs exploitent des phénomènes de ce genre pour faire croire à la transmission de la pensée +. Bénissons M. Strohl! grâce à lui, le public ne sera plus exploité par ces gredins de magnétiseurs !

P. 97, un jeune sujet de M. Strohl réclame toujours de lui et de M. Ladame « l'extase par la musique» . Le sujet appartenait à Donato; mais jamais, avant ces deux confrères, le public n'avait eu le spectacle de l’extase par la musique.

P. 109, « M. Strohl produit le phénomène de l’Echo et limitation spéculaire sans aucun tour de main spécial (sic) ». — On ne se doute pas « combien sont délicates les expériences de ce genre», ajoute immédiatement M. Ladame, qui se charge toujours de la partie réclame, tandis que l’autre prestidigite. Ce n’est pas comme Donato, qui a besoin, lui, d’un tour de main spécial.

A la page 127, M. Ladame imagine un moyen nouveau de décontracturer les muscles : c’est « d'essayer de dégager les contractures par des attouchements sur la tête au même endroit qu’il pratiquait ces attouchements pour provoquer les contractures ». M. Ladame daigne nous initier au travail de sa pensée, car la mission qu’il s’est donnée est de tout nous dévoiler : « Puisqu'on peut, me disais-je, faire entrer les muscles d'une moitié du corps en contracture par la simple pression de la main sur un des côtés de la tête, on doit pouvoir aussi, par une certaine manœuvre, relâcher ces mêmes muscles et les paralyser. » Admirez la puissance de la déduction : « Les expériences vinrent pleinement confirmer mes suppositions. » Puis vient le boniment obligatoire : « Mais ici, je dois faire remarquer quelle délicatesse de main il faut avoir pour réussir dans ces opérations. Il a fallu à M. Strohl de nombreux essais avant d'arriver à un résultat. » Certes, quand on pousse aussi loin la délicatesse, la science et la modestie, on est bien en droit de traiter Donato de magnétiseur de tréteaux !

P. 146. Pour voir à l'œuvre Gaultier-Garguille et Turlupin, citons le morceau sur Le pouvoir de l'imagination :

Pour démontrer à tous, cette influence de l'imagination, voici les expériences que M. Strohl faisait dans nos conférences. Les sujets (c'étaient donc de vrais spectacles, M. Ladame, tout à fait les mêmes que ceux de Donato, avec, non un sujet, mais des sujets, outre cette différence que le grand magnétiseur prenait les premiers venus qu'il hypnotisait séance tenante, tandis que vous, vous vous promeniez avec votre personnel, qui n’était même pas à vous), les sujets étant assis sur le devant de la scène, l’expérimentateur prenait un verre d'eau fraiche, qu'il faisait goûter à

l'un des jeunes gens, après quoi, se retirant derrière lui, il annonçait qu'il allait « magnétiser » cette eau. Il décrivait alors à haute voix les « passes » prétendues qu'il opérait sur le verre d'eau, tout en restant les bras croisés sans faire un mouvement (le jeune homme ne pouvait le voir). Bientôt il déclarait que l'opération était terminée, s’'approchait du sujet et l’invitait à boire l’eau « magnétisée ». À peine celui-ci avait-il avalé la première gorgée, que le verre lui tombait des mains... il était endormi. — La même expérience peut se faire avec une carte que l'on substitue à une autre.

Qu'est-ce que toute cette mise en scène pour démontrer une banalité ? Et quand on pense que, quelques mois auparavant, M. Strohl croyait au fluide magnétique !

A la page 152, M. Ladame nous apprend que M. Strohl, « qui à une grande expérience des procédés d’hypnotisation, fait depuis quelques mois des essais avec un fil de platine rougi par l'électricité. Les personnes les plus réfractaires aux autres manœuvres résistent difficilement à ce puissant moyen ». Quel dentiste ! Il n’y a que lui! il n’y a que lui!

Nous avons vu plus haut que M. Strohl, en quelques mois, avait pu s'assurer que l’hypnotisme et le chloroforme avaient les mêmes effets sur les personnes atteintes de dégénérescence graisseuse du cœur. MM. Strohl et Ladame ont pu faire une découverte plus merveilleuse encore :

« Chose curieuse, lit-on dans le livre, le somnambulisme provoqué fait disparaitre le somnhambulisme naturel, de sorte qu'on peut être à peu près certain de guérir un somnambule de ses promenades nocturnes en l'hypnotisant. J'ai pu constater moi-même le fait à plus d'une reprise, et M. Strohl l'a vu confirmé TANT DE FOIS qu'il l’'admet comme une règle. »

S'il y a au monde des phénomènes rares, ce sont les somnambules naturels. Pour moi, je n'en connais pas un seul. Bien plus rares encore naturellement sont ceux qu'un hypnotiseur peut arriver à découvrir et peut arriver à hypnotiser ; enfin au bout de combien de temps est-on en droit de dire qu'un somnambule naturtl est guéri? ce n'est certainement au bout ni d’une, ni de deux, ni de dix, nide vingt semaines, ni même de vingt mois, Et néanmojns M. Ladame,

à plus d'une reprise, et M. Strohl, éant de fois, ont guéri par l'hypnotisme des somnambules naturels, de janvier en avril, que pareille guérison est pour eux une règle !

Les. deux coopérateurs s’approprient ici sans vergogne le cas du somnambule Hinder, guéri ou du moins amélioré en 1875 par Donato, qui conclut en ces termes :

Les magnétisations peuvent donc être utilement employées pour guérir ou fout au moins pour diriger le cours de cette terrible et si dangereuse affection qu'on appelle le somnambulisme spontané... Depuis 1876, j'ai perdu Hinder de vue, mais j'ai appris que ses accès étaient devenus très rares et avaient beaucoup diminué d'intensité. Toujours est-il que cette expérience et bien d'autres mont donné, pour minimum de certitude, qu'il est toujours possible de diriger les accès, d'en empêcher la manifestation inopportune en les provoquant à un moment choisi, et d'écarter ainsi le danger permanent qui, comme une épée de Damoclès sans cesse suspendue au dessus de sa tête, menace la vie du somnambule » (1).

(1) Le 28 août 1878, Donato faisait publier par l’Evénement, le Voltaire, le Siècle et l'Estafette, la lettre suivante : |

Monsieur, votre honorable journal a maintes fois relaté les accidents terribles dont les somnambules sont souvent victimes. Tout récemment encore, etc. J’affirme, j'ai prouvé et je suis prêt à prouver encore qu’on peut soustraire le malade au danger permanent qui le menace, en provoquant à volonté des crises de somnambulisme artificiel par les pratiques du magnétisme animal. Et pour qu'il ne puisse y avoir aucun doute ni sur ma certitude de l'efficacité du traitement que je préconise, ni sur les sentiments désintéressés qui sollicitent mon intervention, je propose que, s’il se trouve un contradicteur parmi les médecins, nous déposions, luiet moi, chacun une somme égale et suffisamment forte, avec cette condition expresse que si je ne guéris point le premier malade qui se présentera, mon versement sera acquis aux pauvres, et si je le guéris, au contraire, les pauvres bénéficieront de la mise de mon adversaire. Et ainsi de suite pour tous les malades qui se présenteront, et que je m'engage à soigner toujours gratuitement, trop heureux de pouvoir être utile à mon prochain. |

Personne ne donna suite à cette proposition. Je soupçonne quelque peu M. Ladame, l'érudit, d’avoir connu cette lettre,

Maintenant quand on compare le langage de Donato avec celui de ses deux rivaux, qui le pillent, je le demande en toute confiance au lecteur, de quel côté est le charlatanisme ?

Quand j'aurai rappelé que, p. 176, nous voyons M. Strohl, qui n'est pas médecin, « calmer parfois instantanément les migraines, les névralgies les plus violentes, les rages de dents, tranquilliser la chorée, suspendre souvent pendant plusieurs mois les accès hystériques et épileptiques, et améliorer par l’hypnotisme les insomnies » et même, p. 183, obtenir une amélioration sensible dans un cas invéléré de labes dorsalis, il y aura plus que jamais lieu de se demander comment cet homme, à qui le magnétisme fut révélé par Donato en novembre 1880, qui l’a suivi partout jusque fin décembre, a pu en 1881, tout en parcourant la Suisse avec M. Ladame, accumuler une telle masse d'observations et formuler des conclusions dont quelques-unes ne pourraient s'établir que par des expériences poursuivies pendant des mois et des années entières.

Il est clair, et pas un lecteur ne repoussera ma conclusion, que M. Ladame, aidé de M. Strohl, a démarqué à son profit toutes les expériences de Donato, et que jamais jugement ne fut plus justifié que celui que je portais sur lui en 1888 : M. Ladame doit tout ce qu’il sail à Donalo, el il n’a pas craint de mordre le sein qui l’a nourri.

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