LES DOCUMENTS
Après cette introduction un peu trop longue et peu instructive — je n'ai pas eu le temps de la faire plus courte et plus nourrie — je reproduis ci après : 1° le rapport de M. Ladame, Sans les trépignements qui l'ont accompagné, vu que le document officiel ne les mentionne pas; 2° l'incident à là séance du 12 août, avec la parenthèse dont, seul des orateurs, M. le secrétaire-général m'a gratifié ; 3° ma réponse insérée près coup dans les procès-verbaux du Congrès.
Dans une quatrième partie, j'insérerai : 1° La réplique de M. Ladame qu'on peut lire à la fin du volume qui contient la relation du Congrès ; 2° quelques réflexions sur cette réplique ; 3° l'examen critique du livre de M. Ladame, {a Névrose hypnolique ou le Magnélisme dévoilé.
De cette façon, le lecteur aura toutes les pièces sous les yeux, Sans qu'il ait besoin de recourir aux originaux.
Le rapport de M. Ladame.
Lorsqu'il s'agit d'enchainer la liberté, lorsqu'on parle de règlementation et surtout d'interdiction, je dois avouer que,
d'instinct et sans aucune hésitation, je me range immédiatement sous la bannière de ceux qui protestent, qui repoussent les mesures restrictives, qui ne veulent point de règlementation ni d'interdiction, qui demandent la liberté. J'en ai donné des preuves en maintes occasions.
La liberté! Ce mot magique à toujours fait vibrer profondément les sentiments les plus intimes de l’homme, et toutes les pages de l'histoire en racontent la puissance. Le centenaire de la grande révolution que célèbre la France pendant cette présente année ne nous rappellet-il pas vivement aujourd'hui que d'actions héroïques, mais aussi que de crimes ont été commis au com de la liberté?
Les défenseurs de toutes les causes, les apôtres de toutes les doctrines sont toujours, à les entendre, les apôtres et les défenseurs de la liberté. Et, dans la question qui nous occupe, on n’a pas manqué de faire intervenir cet argument dont l'effet est irrésistible. C’est à M. le professeur Delbœuf, de Liège, nôtre principal adversaire, qu’en revient l’initiative. I1 se décerne lui-même, dans sa dernière brochure, le titre d'avocat de la Liberté! (1).
Écrions-nous avec lui (2) : « Ah ! les philosophes, une fois partis, ils ne s'arrêtent pas à mi-chemin dans leur poursuite de l'utopie! »
Nous aussi, en demandant l'interdiction des séances publiques d'hypnotisme, nous nous réclamons de ce beau titre « d'avocat de la liberté »; mais notre client n'est pas le même que celui de M. Delbœuf (*). Le savant philosophe
(1) Delbœuf. Le Magnétisme animal. À propos d'une visite à l'École de Nancy. Paris, Alcan, 1889, p. 27. — Note de M. L.
(2) Loc. cit., p.29. — Note de M. L.
(*) Ou plutôt nous n'entendons pas la liberté de ia même manière. M. Ladame veut que son client ne puisse sonner qu'à certaines portes ; moi, je veux que le mien puisse sonner à toutes.
de Liège plaide pour la liberté du magnétiseur tes treteaux (*); son client est l'homme prôné par la réclâme (**}, qui a l'habitude de se faire anhoncer plus bruyammeïñt que modestement comme professeur incomparable, de proclamer pompeusement urbi el orbi sa science, son pouvoir surñaturel et ses talents merveilleux.
11 va de ville en ville, mettant tout le monde en émoi sur son passage, frappant d'étonnement les foules superstitieuses qui lui attribuent le don de faire des miracles, et jetant
(*) Les tréteaux de Donato ont de bonne heure empêché M. Ladame de dormir. Deux mois à peine après le départ du célèbre magnétiseur (fin de 1880 ), il montait dans les théâtres de Suisse, à Genève, à Lausanne, à Neuchâtel, sur ces mêmes tréteaux ; il refaisait en public, secondé par le M. pharmacien Stroh]l, l'élève de Donäto , et sur les sujetà de Donato, les mêmes expériences que Donato. Il sé hâtait ensuite de publier (le 3 mai 1881) une compilation intitulée «a Névrose hypnotique ou LE MAGNÉTISME DÉVOILÉ. Ce titre seul, imité des livres du zouave Jacob — Poisons et contre-poisons dévoilés, 1874; Charlatanisme et Médecine, son ignorance et ses dangers dévoilés, 1817 — décèle plutôt l'auteur que le contenu ne dévoile quoi que ce soit en fait de magnétisme. [1 débute par y dire que le médecin doit avoir l'âme élevée, et la première marque qu'il donne de l'élévation de son âme, c'est de s'attribuer à lui et à M. Strohl les expériences de Donato, etde mettre sur le compte de celui-ci des théories saugreuues qu'il n'a jamais professées. C'est ce que j'établirai plus loin sur des textes indéniables. Or (voir ma réponse) le: magnétisrné était ignoré en Suisse avant l'arrivée de Donato. « Ces qustions sont généralement dédaignées par les médecins », écrit M. Ladame, page 3 de son livre.
(”") Ainsi dit, c'est faux. J'ai pris la défense du magnétisme public et non d'un mâgnétiseur particulier. Naturellement quand des enhemis ont attribué à Donato des accidents inventés où dans lésquels E n'était pour rien, je me suis efforcé de mettre à nù [8 calomnie, J'ai ln faiblesse de croire qu'en faisant cela, j'ai rempli mon devoir d'honnèête homme. Puisque M. Ladame m'y a provoqué, je m'arrogerai tantôt le rôle de juge entre lui et celui dont la célébrité l'offusque,
partout avec arrogante et dédain un audacieux défi À la science et aux savants.
Du bruit, beaucoup de bruit avant son arrivée, encore du bruit, souvent du tapage pendant ses représehtations; et après soh départ, beaucoup de bruit encoré, mais surtout une population énervée, agitée, sous le coup d’une véritable épidémie psychique, rappelant de loin, comme on l'a dit, les grandes épidémies mentales du moyen-âge, avec leurs convulsionnaires, leurs sorciers et leurs superstitions (*}.
Un tel client se passe volontiers d'avocat (‘*). Mais M. Delbœuf y tient (***) au nom de la liberté. L'hypnotisme libre, telle est sa forrule. |
Notré client, avoñs-nous besoin de lé nommer, c’est le malade, le sujet, c'est l’hypnotisé, l’homme-lige obscur du brillant magnétiseur. Au nom de la liberté, nous demandons l'interdiction des spectacles publics du servage le plus absolu auquel un homme puisse être réduit par son semblable.
{”) Voilé donc ce que dit M. Ladame. Qui se douterait que c'est son aiter ego, M. Strohi, qui est mis en émoi et sert de trompette à Donato, qui est frappé d'étonnement et lui âttribue un fluide surnaturel, ét qui dans un de ses artiéles, où l'enthousiasme déborde à chaque ligne, se sert le premier de cette expression épidémie pour désigner la fièvre que Donato excite partout sur son paspage et a excitée en lui-même ? Voir au dernier chapitre deux articles signés Strohl; l'un paru dans l'Union libérale de Neuchâtel du 23 octobre 1880, l’autre dans le Vali-de-Ruz du 30 octobre. M. Strohl croit au fluide. Donato, que je sache, n’y a jamais cru (v. p. 17 l'article du Dr Tétard). Dans le Magnétisme dévoilé, M Strohl est l'autorité la plus souvent invoquée. M. Charcot compte à peine devant M. Strohl. Mais trois mois se sont passés depuis l'apparition de Donato, et M. Ladame écrit p. 105 du Magnétisme dévoilé : « La seule croyance au fluide magnétique agit comme un vrai poison sur l'esprit. » Oh! les nouveaux convertis, comme ils sont féroces à l'égard de leurs anciens coreligionnaires ! — Notons que de bons esprits croient au fluide.
(**) Tel que moi quand il en a d'aussi chauds que M. Strohl.
(‘**) A quoi est-ce que je tiens ? Je ne comprends pas,
L'hypnotisme libre, c'est la sanction du pire des esclavages, celui qui est accepté et consenti par la victime (*).
L'hypnotisé, livré en spectacle à la foule vibrante d'émotions malsaines, tourné publiquement en ridicule, fasciné brutalement, halluciné jusqu'à la folie furieuse, mis aux abois par des suggestions grotesques ou criminelles que le magnétiseur lui ordonne d'accomplir, au risque de compromettre sa santé mentale ou physique, l'hypnotisé des représentations publiques est bien une victime (*").
Toutes les fois que je me suis rendu à ces représentations, j'en suis sorti sous une impression pénible, et ma conscience de médecin s'est révoltée contre les tristes spectacles auxquels je venais d'assister ("*”). Vuilà pourquoi je proteste depuis dix
("> M. Ladame n'ira pourtant pas jusqu'à faire un crime aux amants d’adorer leurs chaïnes. La pensée n’en est pas moins aussi juste et nouvelle que profonde. C'est ainsi que les pires maux sont bien ceux que l'on ne sent pas. Mais l'auteur du Magnétisme dévoilé voudrait-il bien m'expliquer comment l'hypnotisme libre est la sanction de cet esclavage ?
(””) Beau mouvement d'éloquence. Seulement M. Ladame, en se rendant à ces spectacles, était-il avide d'émotions malsaines { Sinon, pourquoi incriminer les autres spectateurs ? Moi, j'ai assisté en tout deux ou trois fois à des représentations et chaque fois en vue de m'instruire, et je m'y suis instruit. Il est vrai que mon cas n'était pas le même, attendu que je n'avais pas, alors plus que maintenant, dévoilé le magnétisme. Je n'ai jamais été témoin de suggestions criminelles — ces sortes de suggestions ont été faites pour la première fois, que je pense, du moins d'une manière systématique, par M. Liégeois , un bien honnête homme et incapable de vouloir le mal. Aurait-il compromis, sans le vouloir, la santé mentale ou physique de ses sujets f — Suggestions grotesques ! J'en fais le pénible aveu, j'en ai donné à mes sujets et j'en ai vu donner sur la scène, Mais comment faire croire à la réalité du sommeil hypnotique si ce n'est en donnant des suggestions grotesques, comme le bon Dieu nous en donne dans nos rêves ?
(””) Nous verrons plus loin M. Ladame soutenir qu'il n’a jamais assisté aux représentations de Donato, qui ont eu lieu tout à la fin de 1880. C'est en 1881 qu'il a donné lui-même, non des représentations, mais des confé-
Ales
ans contre cesexhibitions. L'hypnotisme libre, c'est la clinique des maladies mentales transportée sur les tréteaux pour amuser et divertir le public. Les représentations des magnétiseurs sont-elles autre chose que l’étalage des symptômes de la folie et des grandes névroses dont on exploite les traits comiques et dont on entoure d’un redoutable mystère les phénomènes prôpres à frapper l'imagination et à jeter l’épouvante dans les cerveaux faibles et les âmes simples et crédules.
L'homme a toujours recherché les spectacles de la folie. Le temps n'est pas si éloigné où l'on allait en promenade le dimanche, avec sa famille, voir les fous, moyennant pourboire. Enchaïînés comme des bêtes féroces, ils vociféraient des injures et crachaient sur les curieux trop imprudents qui s'approchaient de leurs cages. Aujourd’hui, par une étrange contradiction, on tient si bien les fous sous clef, qu'il à fallu les luttes que l’on sait, pour obtenir de l'Administration l'ouverture des cliniques de l’aliénation mentale aux étudiants en médecine, auxquels les connaissances psychiatriques et l'étude pratique des aliénés sont cependant si nécessaires (*).
Par contre, les représentations publiques des magnétiseurs
rences avec expériences, et en 1889 il nous apprend qu'il proteste depuis dix ans! Il y a dix ans M. Ladame et son acolyte M. Strohl ignoraient, dédaignaient ou niaient l'hypnotisme.
(°) Belles phrases. Le fond, c'est autre chose. L'hypnotisme, grand ou petit, n'a rien de commun avec la folie, ni avec ce que l'on appelle la grande névrose; les magnétiseurs publics n’ont jamais entouré d'un redoutable mystère les phénomènes qu'ils provoquaient — ce qui ne leur aurait pas d'ailleurs réussi, si même ils l'eussent voulu —’car, en un tour de main, M. Ladame aurait vite fait de les dévoiler. De plus l’histoire entière du magnétisme animal proteste contre cette assertion toute gratuite. Tous ceux qui ont produit le magnétisme en public, n'ont cessé d'appeler la lumière, d'attirer l'attention des hommes de science, notamment ‘les médecivs ; mais les médecins, ainsi que les académies, niaient, dédaiguaient, ignoraient, jusqu'au jour où ils se mirent à dévoiler ce qui n'avait plus de voile. — Quant à « l'étrange contradiction », je ne la saisis pas.
sont une clinique de pathologie mentale, libéralement ouverte aux désæuvrés et aux blasés de toute classe, qui ont soif da plaisirs et d'émotions morbides. Pour notre temps de réalisme à outrance, la clinique ne suffit plus dans les romans, on la veut sur les planches.
Notre civilisation commettrait-elle ce crime de lése-kumanilé d'apporter des entraves à l'étude scientifique des aliénés dans les asiles, tandis qu'elle permettrait leur mise en scèna pour le plus grand divertissement des badauds en suivant la formule de l’hypnotisme libre? (*)
A. Cependant M. Delbœuf affirme qu'on lèse l'humanité et la morale, en interdisant les séances d’'hypnotisme ; et voici par quelle étrange argumentation il pense donner le change à cet égard :
#« Il faut, dit-il, que chacun sache ce qu'il en est de l'hypnotisme, quels en sont les dangers et les bienfaits ; et c'est nonseulement attenter à la liberté, à la justice, à la science, mais encore léser l'humanité et la morale, que de vouloir, en vue de favoriser des intérêts qu'on n'avoue pas, en réserver le monopole à des gens qui, à l'abri d’un diplôme, pourraient faire de la psychologie dans l'ombre. » (1) (**).
(1) Loc. Cit., p. 103. (C'est nous qui soulignons.) — Note de M. L.
(”) À ce rapprochement si dramatiqueil ne manque qu'une seule chose, la vérité. « L'hypnotisme n'est pas une névrose, pas plus qu’il n'est une maladie. Pour le dire, il faut ne rien comprendre ni à la peychologie, ni à la pathologie mentale. » Ainsi parle M. le professeur Morselli, directeur de la clinique psychiatrique de Turin. « Les hallucinations provoquées ne laissent pas plus de traces que les rêves, puisque ce ne sont que des rêves provoqués », paroles de M. Bernheim. — (Voir mes Lettres p. 70 et 90.)
(**) En effet, si c'était là mon argumentation, elle serait étrange, et elle donnerait une bien triste idée de mon talent d'avocat. Je me demande même pourquoi on prendrait la peine de la réfuter. Ou bien serait-ce que M. Ladame me l'attribue, pour se donner beau jeu et placer des’ phrases toutes faites sur la noblesse de la profession médicale ? Ou bien peut-être encore pour faire dévier le débat, ou, comme il le dit, pour donner le change ?
B. L'accusation est formelle. On ne craint pas de dire que les médecins demandent le monopole de l'hypnotisme, en vue d'intérêts honteux et inavouables (*).
Nous sommes donc mis en demeure de répondre, avant toute autre chose, à cette grave accusation, qu'on est fort surpris de voir lancée si légèrement par un maitre de la philosophie. Est-ce que le rôle d'avocat de la liberté entrainerait à des sauts périlleux que toute la philosophie serait impuissante à prévenir (**)9
M. Delbœuf va plus loin. A l'entendre ce sont les médecins qui ont créé les dangers de l’hypnotisme, parce qu'ils n'y connaissent absolument rien et expérimentent de travers. « ]] n’y a pas plus de rapport, s'écrie-t-il avec plus de passion que de raison, entre la médecine et le magnétisme qu'entre la géométrie et la religion, qu'entre la physique et la musique » (ac. cit. p. 103) (*"*). Quel intérêt ces malheureux médecins pourraient-ils donc avoir à obtenir le monopole d’un art qui leur est si complètement étranger ?
(‘) Première liberté que M. Ladame se permet à l'égard des textes. (Voir ma réponse.)
(“*] Pour faire ma réponse, j'ai eu en main le manuscrit de M. Ladame. Ce manuscrit diffère en quelques points de l'imprimé. Il renferme des passages qui ont été ensuite soigneusement effacés. Chose à poter, dans tous ces passages, M. Ladame se trouvait d'accord avec moi, et tombait quelque peu sur ses confrères. Out-ils été lus à la séance, je n’en sais rien. Je les rétablis à titre de curiosités, Voici le premier paragraphe éliminé : « Relevons d’abord une contradiction de M. Delbœuf. D'un côté, il
accuse les médecins de réclamer le monopole de l'hypnotisme, dans un
but intéressé, et de l'autre, il reconnaït malicieusement que ces mêmes médecins n'ont aucune expérience de J'hypnotisme, qu'ils en ignorent la pratique (je n'ai pas dit cela. J. D.), ce qui n'est hélas! que trop vrai pour la généralité des praticiens (voilà justement ce que j'ai dit. J. D.) tant que l'enseignement officiel n’y aura pas pourvu.» L'aveu de M. Ladame est bon à enregistrer. Si ces lignes ont été lues, l'assemblée a-t-eile encore applaudi ?
(‘”*} Absolument faux. De plus — deuxième liberté — on fait dire à 1a citation tout autre chose que ce qu'elle dit. (Voir plus loin ma réponse.)
Je ne sache pas, du reste, qu'aucun médecin ait jamais vraiment demandé pour le corps médical le monopole de l’hypnotisme. Ce que nous avons toujours réclamé, c’est que la loi fasse rentrer l’hypnotisme en tant qu'agent thérapeutique, dans le droit commun, c'est-à-dire dans la règlementation administrative qui régit les choses de la médecine. Qu'on abolisse, si l’on veut, toute règlementation de l’art de guérir, et l'on aura, en parodiant un mot célèbre : « l’hypnotisme libre, dans la médecine libre ! + Mais, tant que l’Etat jugera à propos d’entourer la pratique de la médecine de certaines mesures restrictives, et d'exiger des garanties de savoir et de moralité de ceux qui l'exercent, il nous semble évident qu'il est nécessaire d'exiger aussi les mêmes garanties de ceux qui s’adonnent à soigner les malades par les pratiques de l’hypnotisme (*).
Et ces garanties, nous les demandons dans l'intérêt des malades ; il faut bien le dire, puisqu'on nous soupçonne de mauvaises intentions. |
Aux accusations de M. Delbœuf nous pourrions objecter, il est vrai, la question préalable, et rappeler l’honorabilité bien connue du corps médical. Dans un siècle où la poursuite des richesses et des jouissances matérielles qu'elles procurent, joue un si grand rôle, les médecins représentent encore , Dieu merci, dans leur immense majorité, les traditions de dévouement et d'abnégation personnelle (**). Ce n'est certes pas parmi eux qu’il faut aller chercher le culte des intérêts inavouables. On a toujours mauvaise grâce à parler
(") Ici un alinéa effacé : « N'y a-t-il pas trop d'inconvénients à les laisser opérer impunément dans l'ombre, qu'ils se cachent ou non derrière un diplôme ? » Pourquoi la suppression ? C'est à peu près ce que j'avais dit, c'est"presque ma propre phrase, celle qui est la plus incriminée.
(”) La phrase du manuscrit après les mots abnégation personnelle, continue comme suit: « Malgré les exceptions qui sont la honte de notre profession, on peut dire hardiment que ce n’est pas certes, etc.» Je renonce à rechercher pourquoi on a biffé la restriction.
avantageusement de soi, mais qui pourrait entendre qu'on l’'accuse de sacrifier à de viles passions, sans protester avec indignation contre ceux qui lui prêtent des arrière-pensées de lucre et d’ambitions inavouées ?
C. Insinuer que les médecins veulent le monopole de l’hypnotisme, pour opérer dans l'ombre à l'abri de leur diplôme, en vue d'intérêts que l’on n'avoue pas, c'est les calomnier gratuitement.
Si les médecins écoutaient leurs intérêts pécuniaires dans cette question, ils prêcheraient au contraire avec M. Delbœuf, la croisade de l'hypnotisme libre; car les représentations publiques des magnétiseurs alimentent les hôpitaux et les cabinets de consultation (*). La discussion magistrale qui a eu lieu l’année dernière à l'Académie de médecine de Belgique à mis du reste suffisamment en relief les dangers des séances publiques des magnétiseurs, pour qu'il ne soit pas nécessaire d'insister sur ce point (1) (**). L'intérêt grossier et inavouable des médecins serait donc précisément de favoriser ces séances qui leur fournissent des clients !
(1) Voir spécialement les Annales médico-physiologiques et les Archives de Neurologie. — Voir aussi l'ouvrage intéressant du docteur G. Guinon : Les agents provocateurs de l'hystérie. Paris, 1889. — Note de M. L.
(") Les Liégeois doivent donc avoir des cerveaux à part. Liège est une ville de 150.000 habitants, centre d’une agglomération de 300.000 habitants, où Donato a prodigué les séances, ainsi que Léon, depuis 1876 jusque tout récemment encore ( 15 janvier). Je fréquente les hôpitaux, et tous les médecins que je connais (et j'en connais beaucoup) interrogés par moi sur le point de savoir s'ils avaient eu à traiter des accidents surveuus à la suite d'hypnotisatiors, m'ont répondu non.
(**) Et voilà la démonstration faite par M. Ladame des langers des . représentations publiques. Ces dangers sont si patents qu’il n'insiste pas! L'Académie de Belgique a parlé, la cause est finie. Cette raison me ferme la oouche et, en même temps, j'apprends quelle est la seule bonne manière d’argumenter. |
in A0 ==
P. Il nous répugne de discuter plus longtemps sur ce terrain. Nous aimons à croire que M. Delbœuf n'a pas calculé la portée de son accusation, et nous ne pensons pas qu'il ait voulu jeter, d'un cœur léger, une telle déconsidération sur le corps médical (*). Néanmoins, comme il a des imitateurs qui le croient sur parole, nous ne pouvions laisser passer, sans la stigmatiser, une injure que les médecins n'ont point méritée, et qu'il était de notre devoir de relever publiquement dans ce congrès (1).
Après avoir incriminé les intentions secrètes des médecins, M. Delbœuf prétend pour lui-même au monopole (**) du désintéressement et de la sincérité. Voici comment i| termine sa brochure :
« … Dans le désintéressement le plus absolu et dans la sincérité la plus complète de notre esprit et de notre cœur,
(1) Le professeur Jourde (professeur de magnétisme?) écrivait le 9 avril dernier à la Tribune de Genëève : « Pour ma part, j'ai bien de la peine, je l'avoue, de croire à la sincérité de gens qui soulèvent de pareïls conflits (c'est-à-dire qui demandent l'interdiction des séances publiques d’hypnotisme), aussi bien, par contre, très peu surpris serais-je d'apprendre qu'ils ont un intéréé direct à la suppression de ces expériences. « Vous êtes orfèvre, monsieur Josse», pourrait-on dire à chacun d'eux.»—Note de M. L.
(") Nouvelle variation sur le même thème ; M. Ladame m'accable maintenant de sa générosité.
(‘*) Après m'avoir prêté des opinions, voilà que M. Ladame me prète des prétentions. On dit qu'on ne prête qu'aux riches. Il est encore plus vrai de dire qu'il n'y a que les riches qui peuvent prêter. Quant à moi, je suis pauvre et je n'accepte pas. Je n'ai jamais prétendu au monopole de quoi que ce soit. Au contraire, je fais la guerre aux monopoles. La citation est d’ailleurs tronquée (voir ma réponse), et le nous est un pluriel qui comprend M. Liégeois et moi. Or, c'est un fait que ni l'un ni l'autre p’avons d'actions dans les entreprises de Donato ou de Léon, que nous ne montons pas sur des tréteaux, et que, si même nous y montions, on ne pourrait pas dire que c’est pour nous tailler une réclame comme praticiens. C'est une si grande force que d’avoir les mains et la conscience nettes.