CINQUIÈME EXTATIQUE
34. Je donnais depuis quelque temps mes soins à une jeune personne attaquée de la poitrine : un jour, madame Rivière, sa tante, qui était toujours présente à mes séances, me pria d’essayer de l’endormir; j’y réussis; après vingt minutes de magnétisation, elle était dans 1 état somnambulique; elle me pria de ne la questionner sur rien, et la laisser dans 1 heureuse position où elle se trouvait. A peine quelques instants s’étaient écoulés qu’il me fut facile de reconnaître qu’elle était en extase; je la tirai de cet état, quand je le crus nécessaire, sachant qu’il est souvent dangereux de le prolonger ; elle me fit d’amers reproches sur mon peu de patience , en me disant qu’elle n’avait jamais goûté pareil bonheur. — Où étiez-vous donc, et qu’avez- vous vu, lui demandai-je? — J’étais dans une magnifique campagne éclairée par un jour superbe, la végétation y était d’une j richesse admirable ! Je sentais que j avais abandonné mon corps, et marchais vers un lieu où je voyais de très-beaux moutons paître, et jugez de mon étonnement, quand j’aperçus mon bon
père cpii les veillait. Lorsque je vous ai prié de me laisser tranquille un moment, j’avais désiré voir mon père, vous ayant entendu dire que, dans cet état, on pouvait voir et parler aux morts; j ai eu lieu d’être étonnée de l’apercevoir gardant un troupeau : ce n’est pas un rêve; si vous ne m’aviez pas interrompue, je lui aurais parlé. — Nous pourrons recommencer cette expérience quand vous voudrez, madame. Votre père a-t-il jamais gardé des troupeaux? — Oh ! non, je suis assurée de n’avoir pas rêvé, d’avoir très-bien vu et senti un bonheur qui ne m’est pas connu. Si j’étais maîtresse d’ouvrir les yeux, je croirais qu’ils ne sont pas fermés, tellement je suis dans mon état normal; je vous prie de me les ouvrir, sdl vous plaît, car il est assez drôle que je ne peux le faire moi-même.
Lorsque cette dame fut réveillée, elle se ressouvint de son extase, et n’en fut pas moins surprise que dans son sommeil ; elle ne pouvait concevoir pourquoi son père lui était apparu gardeurde moutons. — Je lui dis que jusqu’à présent les extatiques que j’avais connus m’a- [ vaient assuré que, dans l’autre vie, chacun y i faisait des usages selon ses goûts. — Alors, reprit-elle, il serait commerçant, car je n’ai jamais su qu’il eût (piitté Paris et qu’il eût eu
des .^oiils clifiiii . — Celle dîinic coii Iti Sü vision le jour même à sa mère, qu elle fui Irouver exprès, pour s’informer si jamais son père avait gardé des moulons. Sa mère lui répondil qu’à sa connaissance il n’avait jamais rien fait de pareil; mais qu’elle se souvenait très-bien l’avoir quelquefois entendu raconter qu’étant trèsjeune, il avait un oncle à la campagne, chez lequel il allait souvent passer quelque temps, où il prenait plaisir à faire le petit berger; qu’il lui avait même dit qu’il n'avait jamais été si heureux qu’en ce temps, au milieu de ses petits agneaux. La surprise fut grande de part et d’autre, on doit le penser; mais pour moi cette révélation était utile, en ce qu’elle me prouvait que ce que disait Swedenborg (que j’avais étudié depuis que j’avais acquis par moi-même des preuves de l’existence spirituelle) était exact en ce sens. Bruno m’avait souvent dit : On veut que vous croyiez à ces mystères! Vous y croirez parce qu on emploiera à votre égard des moyens qui ne laisseront aucune prise au doute, \ousen aurez de ces preuves !!! Il ne se trompait pas , il m’a fallu quelques années d éludes, et voilà aujourd’hui dix ans que je lecueille de ces genres de faits. Des circonsances de depait m ont éloigné de cette dame ‘loin je n’ai obtenu que cette séance î