SIXIÈME EXTATIQUE
35. Nous voilà arrivés à notre meilleure et plus forte extatique ! celle qui a été la lumière qui nous a dessillé les yeux; celle qui ne refuse aucune expérience spirituelle. Théologie, métaphysique, psychologie, elle répond à tout dans un sens qui n’est empreint ni d’orgueil, ni d’égarement : si le matérialiste n’en obtient pas les preuves qu’il désirera, il ne pourra l’accuser d’embrouiller la question ni de mauvaise foi. Depuis quelques années, dans ses sommeils magnétiques, elle vit avec les gens de l’autre monde; elle voit et converse avec eux selon son désir, qu’on lui donne seulement le nom de baptême et le nom propre de la personne décédée, n’importe à quelle époque qu’on désire qu’elle perçoive ou consulte, sans que le consultant lie aucun rapport avec elle; elle n’a jamais jusqu’à présent manqué une expérience : on sera étonné de sa lucidité et des détails exacts qu’elle donne des personnes mortes.
Adèle Maginot, que je connais depuis longtemps, à laquelle je dois les soins les plus généreux et un attachement tout dévoué, est
somnambule de naissance. Dans son enfance, elle fut trés-tourmentée par ses accès somnambuliques, qui l’obligeaient à se lever la nuit pour terminer ou continuer ses travaux de la journée; je lui conseillai de se laisser magnétiser, * pour guérir ou déplacer au moins ses accès de somnambulisme; elle y consentit, et depuis ce temps son sommeil est très-calme, elle s’en trouve très-heureuse. Dès la première séance, elle fut somnambule, et sa spécialité première est pour les maladies; elle possède à cet égard une lucidité qui vaut celle qu'elle a pour les vues spirituelles et pour les(juelles elle avait plus de goût, par son amour de la charité. Aucune vue d’intérêt ne l’a jamais guidée; elle donne et ne reçoit pas. Quoique simple ouvrière comme moi, je tenais un journal, consacré à tout ce qu’elle pourrait me dire, ou faire pendant ses sommeils, et cela depuis quelques années, comme je l’ai fait à Bruno. Je vais réunir tout ce qui se rapporte au spiritualisme. Je reclame encore l’indulgence sur ce travail qui est au-dessus de mon savoir et de mes forces : qu on ne voie, comme je l’ai dit en commençant, d autre orgueil en moi que celui d’ouvrir ou fortifier, chez celui qui me u-a, des croyances qui font tout mon boulieur, c’est une dette que je dois à l’huma-
rillé et que je voudrais pouvoir acquitter de mon mieux.
3G. Adèle possède toutes les qualités désirables dans le somnambulisme, elle est entièrement isolée, totalement indépendante du magnétiseur, dort le temps désiré, et n’a nulle souvenance au réveil.
— Qu’est-ce que le magnétisme? — C’est une influence des nerfs qui porte le plus grand bien là où elle s’adresse, surtout si l’on est animé de l’amour de Dieu et du bien. — Et spirituellement? — C’est la quintessence du plus pur de ce qui existe chez l’homme, c’est une influence divine, c’est le plus pur de Dieu.
37. Qui te cause cette surprise ? — C’est ma petite-nièce. — Quelle est cette nièce? — La petite de ma sœur qui est morte voilà deux ans.
— Quel âge avait-elle alors? — Douze ans. — Donne-moi une description de sa personne ?
— Elle est plus grande qu’elle ne l’était sur terre ; elle a une peau d’une blancheur éblouissante, elle est habillée en blanc. — Demandelui où vit-elle? — Au ciel. — Y est-elle heureuse? — Oui. — Q»i’y fait-elle? — Elle y joue, se promène, elle est entourée de ma nombreuse famille qui parle souvent de moi ;
ma mère, mon père, mes frères voudraient bien que j’aille bientôt les rejoindre. — Les morts se ressouviennent donc de leur existence terrestre ? — D’abord, il n’y a pas de morts au ciel, il n’y a que des vivants, plus vivants que nous ne le sommes, ensuite ils se souviennent des parents qu’ils ont laissés sur terre, et prient Dieu pour eux. — Se souvient-on des détails de sa vie passée ou seulement de ses parents? — On ne se ressouvient pas des détails qui concernent le mal, ni des passions terrestres qui sont de son domaine; tout est oublié à cet égard. — Tout le monde est-il heureux au ciel? — Je le crois bien, on ignore ce bonheur-là, sur terre! on y vit dans une atmosphère si douce, ni trop chaude ni trop froide. Comment peut-on craindre de quitter cette terre ! Ma petite-nièce me recommande de prier, si je veux aller au ciel avec elle ; c’est pour cela qu’elle est venue cette nuit dans un instant où j étais dans l’état dans lequel je suis présentement, me conseiller d’aller prendre un petit chapelet qu’elle portait à son cou, avant de mourir, et de prier Dieu avec; ce que j’ai fait, quoiqu il fut hien caché dans ma commode ; elle prétend que c est cette prière qui ma valu d’eniiei dans cetétatplus tôt, et de jouir du bonheur de nous revoir. Mon étonnement a été grand
ce malin lorsque j’ai retrouvé ce chapelet dans mon lit : je désirerais me souvenir de cette particularité pour me tirer de l’inquiétude où elle m’a mise. — Tu l’as donc bien su trouver malgré l’obscurité? — Dans l’état où j’étais il n’y avait plus d’obscurité pour moi. — Il faut donc entrer dans cet état pour voir et parler aux esprits ? — Oui, sans cela il est impossible de les voir. — Des personnes cependant bien éveillées en ont souvent vu ? — Elles paraissaient éveillées; mais elles étaient, quoique en rapport avec les deux mondes, dans un état qui n’est pas normal. — Est-ce bien sa main que tu semblés serrer dans la tienne? — Oh! je crois bien, je la sens mieux que la tienne, puis elle la serre affectueusement. — Demande à ta nièce, s’il est vrai que nous ayons tous deux anges prés de nous ? — Non, nous n’en avons qu’un ; l’antre n’est pas un ange, c’est un mauvais esprit. — Peux-tu voir ton ange? — Non, elle me dit qu’il est près de mon épaule droite, et je ne vois rien.
38. Penses-tu voir bientôt ta mère ? — Je ne sais ; mais voilà ma petite-nièce, elle me dit qn’il faut prier; à l’entendre, on ne ferait que prier, on ne peut cependant pas le faire continuellement! — Peut-être ne le fais -tu pas
assez ? — Je prie comme tout le monde soir et matin. — Quand elle te parle, a-t-elle l’air enfant ou raisonnable? — Elle a l’air d’étre aussi folle qu’elle l’était sur terre, elle veut toujours s’en aller, et rit beaucoup de mes questions et de mon ignorance I Tu ne l’entends donc pas rire? — Tu sais que je ne suis pas dans ton état! — C’est vrai : qu’elle parte puisqu’elle ne veut pas répondre à mes questions. — Tu semblés brusquer cette jeune fille qui paraît si heureuse de te voir, toi qui l’aimais tant, ce n’est pas très-bien !