Un jour me trouvant chez le colonel
R , j’y vis une dame qui avait été magnétisée
pendant six mois pour une maladie par ce monsieur, et depuis par plusieurs somnambules en sommeil; elle n’avait jamais dormi, malgré leur assurance qu’elle dormirait un jour. Elle me pria d’essayer de l’endormir, d’après ce qui lui fut dit sur mon compte; au bout de cinq minutes elle dormait et était somnambule. — Pourquoi n’avez-vous pas dormi jusqu’à ce jour? — Vous seul pouviez m’endormir le premier, parce que votre fluide est beaucoup plus en rapport avec le mien que ceux des personnes qui m’ont magnétisée jusqu’à ce moment. Cette dame, femme d’un des premiers artistes de la capitale, avait reçu une bonne éducation, et quoiqu’elle eût été guérie par le magnétisme, elle ne pouvait croire entièrement aux effets merveilleux du somnambulisme, aussi désirait-elle en juger; ce qu’elle fut à même d’apprécier mieux que personne, par des expériences physi([ues réitérées que je fis sur elle; sa spécialité était pour les maladies
et la communication des pensées. Je la magnétisai quelque temps, elle m’olTnt dans une séance une scène d’extase que je vais rapporter.
33. Madame, lui dis-je, jusqu’à ce jour nous ne nous sommes pas occupés de choses sérieuses dans vos sommeils ; vous avez reçu une bonne éducation qui a développé chez vous des pensées très-sceptiques, vous avez l’esprit fort et ne vous laisserez pas subjuguer par des rêveries ; voulez-vous essayer d’entrer en communication avec les gens de l’autre vie ? Je ne crois pas à cette existence; mais si vous pouvez me les fciire voir, j en serai très-aise. | — En ce cas, désirez de tout cœur voir votre ange, je vais le prier de vous apparaître. — Le voici. — Déjà ? — Oui. — Donnez-moi son signalement? — Sa figure me paraît trèsnoble, gracieuse, mais un peu sévère. — Les anges, dit-on, ne sont pas ordinairement sévères ; sans doute que ce n’est qu’un mauvais esprit qui, comme d’habitude, se présente tou- 1 jours le premier ; s’il n’est pas un ange de lu- • mière, priez Dieu qu’il disparaisse. — Il est I parti. — Voyons, madame, pas d’erreur de la i part de votre imagination, vous êtes dans un i état à entrer en rapport avec les gens de l’autre vie; veuillez voir avet défiance pour être mieux
convaincue des résultats que nous obtiendrons. — J’ai parfaitement bien vu cette personne, dont la physionomie sombre et sévère m’a assez frappée pour ne pas désirer recommencer l’épreuve; mais j’en préférerais une autre, j’aimerais mieux voir mon père qui est mort depuis très-longtemps pour m’assurer s’il est ou non vivant; laissons là ces anges. — Puisque vous préférez M. votre père, appelons-le. — Oh ! en voilà un autre, un petit ange, oh! oh !
F... entre alors dans un état difîicile à décrire, elle pleure, crie : réveillez-moi, elle se renverse en arriére la tête contre le mur, la poitrine gonflée par des sanglots, elle semble étouffer sous le poids de la douleur; ce n’est qu’aprés quelques minutes que je peux obtenir une réponse à cette question : Que voyezvous donc ? — Mon fds ! mon pauvre petit Ernest, réveillez-moi? — Vous réveiller parce que vous voyez votre fds, qu’il y a-t-il d’effrayant à voir son fds? comment le voyezvous, vivant ou mort? — Vivant, quoiqu’il soit mort depuis quatorze ans. — Piaison de plus pour vous trouver heureuse de revoir cet enfant; à quel âge est-il mort? — A six mois.
■ — Quel âge vous paraît-il avoir maintenant ? — Trois ans environ. — Puisqu’il aurait quatorze ans pourquoi vous paraît-il n’en avoir que
trois, il devrait vous apparaître plutôt âgé de six mois? — Dieu le veut ainsi, les enfants morts avant l’âge de trois ans ne semblent pas dépasser cet âge. — Comment est-il habillé ?
11 est tout nu, il a des petites ailes. Le
reconnaissez-vous bien pour votre fils ^ répétez la même invocation que celle que vous avez faite pour le mauvais ange — Oh ! c’est bien mon fils, il reste, je le reconnais bien sans doute; qu’il est blanc! Et elle pleurait toujours. — Voulez-vous le voir étant bien réveillée, pour satisfaire votre curiosité et vaincre votre incrédulité? — Ob I oui. — Le calme renaît un peu ; je lui demande si elle voit toujours son fils ? — Oui, il appelle (pielqu’un qui paraît ne vouloir pas avancer. — Désirezvous voir une autre personne? — Oui, une amie que j’ai perdue voilà bien longtemps ; mais je ne la peux voir. — Vous n’auriez pas dû demander cette amie avant d’obtenir le résultat de votre premier désir, qui était de voir M. votre père; vous deviez continuer à i - ^ attendre } — C’est lui que mon fils appelle, il ne veut pas venir. — C’est comme je vous le répète, parce que vous désirez plus fortement voir une autre personne que lui. Elle attend quelques instants encore'* et son père n appaiait pas. Elle demande que je la ré-
veille j ce (|ue je fais. Lorsque je la crois bien telle, je lui adresse plusieurs questions qui me prouvent, comme par le passé, qu’elle n’a aucune souvenance de ce qu’elle a vu ou dit; elle fixe les yeux vers un point, à sa droite, et me crie : Réveillez-moi donc. Je la dégaqe le mieux qu il m est possible, ses yeux restent toujours fixés vers le même endroit. Je lui demande ce qu elle voit a cette place? — Je ne sais pas ; c est un point obscur qui attire mon regard de ce côté sans qu’il me soit possible de l’en détourner. — Regardez-moi! ce qu’elle fait, et s’écrie : Qu’est-ce que tout cela veut dire, monsieur ? — Je le sais moins que vous, madame; mais vous allez me l’expliquer à 1 instant. Je lui pose la main sur la région du cœur et elle s’écrie alors qu’elle voit son fils .au milieu du nuage qui attirait ses regards; et me dit : C’est mon premier enfant qui est imort, auquel je pense bien peu, ayant reporté 11 amitié que j avais pour lui sur ses frères et sœur. Il est bien étonnant que cet enfant, qui n avait alors que six mois et qui aurait maintenant quatorze ans, m’apparaisse dans votre chambre : je voudrais savoir ce que cela signifie? — Cela signifie ce que vous cherchiez a savoir, madame, que les morts existent aussi ^ bien que nous; vous avez désiré^ dans votre som-
„.eil, voir M. votre père, il a préféré sans doute vous envoyer cet enfant, auquel vous d. tes ne plus penser, pour que vous ne puissiez croire ,|ucn désirant voir M. votre père, et 1 ayant VU, que ce soit im effet de l’imagination ou une liallucination. Vous avez désiré voir cet enfant étant éveillée pour lever tous vos doutes à cet égard, vous devez être satisfaite. L’aveZ'Vous bien vu? — Oui, monsieur.
L’avez-vous bien reconnu ? — Oui ; mais vous, ne l’avez-vous pas vu ^ — Non, madame, je n’étais pas dans votre état. — Que tout cela est surprenant! c’est à bouleverser la raison la plus forte. Certes que fai bien vu;]e n’ose ’ penser à cela, c’est miraculeux; un enfant auquel je ne pense plus depuis tant d années !
Il pense toujours à vous, lui, madame; les gens du ciel ne sont pas si oublieux que nous. L’effet qu’éprouva cette dame ne fut pas le même que dans son sommeil, elle regarda son fils sans émotion, la matière avait repris le dessus. Elle me quitta, criant à la magie, à la physique ; je ne m’attachai pas à cette somnambule, parce qu’il y avait trop à faire pour en obtenir des résultats satisfaisants. Cette séance n’est pas sans intérêt et prouve encore que le désir n’est pas toujours le seul moteur des visions spirituelles ; cette dame désire voir
son père et elle voit un petit être auquel elle était loin de penser en ce moment ; une scène se passe alors, elle n’a pu l’enfanter, le père paraît ne pas obéir aux prières de la mère et du fils, ce dernier apparaît avec de petites ailes; comme l’enfant de Françoise, il n’est âgé que d’environ trois ans ; comme l’autre, il est nu. Conformité d’apparition. Est-elle due à ce que, apparaissant dans un âge plus avancée, ils seraient moins reconnaissables, ou restentils dans cet état d’innocence comme on le verra plus tard dans une révélation du même genre.
• Cette dame n’a pas eu l’imagination créatrice, je le pense, puisqu’elle croyait ne rien voir et qu’elle a vu ce qu’elle ne demandait pas, sans pouvoir obtenir ce qu’elle désirait ; cette appairition est très-singulière et laisse tous doutes de côté.