‹ Magnétisme. Arcanes de la vie future dévoilés. Ou, L'existence, la forme, les occupations de l'ame après sa séparation du corpsChapitre 12 sur 33 · Louise, la nièce d’Adèle, vient avec em · texte numérisé non relu

Louise, la nièce d’Adèle, vient avec em

pressement lui dire que son frère va lui apparaître. Ob ! le voilà I — Quel est ce frère? — C’est Alphonse, mort en Afrique. — Quand ? — Voilà quatre ans. — Quel jour ? — Je ne le sais pas. — Demande-le-lui ? — Le 1 1 août. — Comment est-il habillé ^ — En dragon. — Est-ce la son habillement au ciel ? — Non, c’est celui du corps dans lequel il servait avant de mourir, et c est dans ce dernier costume que je l’ai vu sur terre. — Pourquoi est-il habillé ainsi ^ • H faut bien que les esprits apparaissent dans le costume et les conditions qu’on leui a connus sur terre, sans cela on ne les

reconnaîtrait

pas. Qui bii a dit de venir

le voir, puisque lu ne l’as pas demandé ? — C’esl ma pelite-niéce. — Est-elle près de lui en ce moment? — Oui; mais qu’elle est belle ! Ses beaux cheveux noirs retombent bouclés sur ses épaules, comme le jour de sa première communion. — Et Alphonse, te paraît-il beau? — Oh! je crois bien! Son front qui était pourtant bien brun me paraît blanc comme de la neige; il me dit que je ne tarderai pas à voir ma mère, mon père et mon beau-frère, que je ne veux pourtant pas voir du tout ; il a été trop méchant sur terre. — Si au ciel il n’y a pas de' méchanceté, il ne faut plus penser au passé! — Je ne veux pas le voir. — Adèle allonge le bras pour retenir sa petite-nièce qui vient de la quitter malgré ses elforts ; il est surprenant de voir cette mimique, cette entente, ces contrariétés; on ne peut douter de la réalité des scènes dans lesquelles l’imagination n’est pas toujours la plus forte, comme on pourrait le croire, car rien ne paraît répondre aux caprices du lucide.

40. Louise, fidèle à la promesse qu’elle a faite à Adèle dans la dernière séance, lui annonce son second frère. — Quel est ce frère? — C’est Jean-Marie , mort aussi en Afrique, il y a trois ans. Adèle contemple avec plaisir ces trois membres de sa famille, ce dernier est

aussi mis en dragon; elle parle comme dans les séances précédentes très-longtemps avec eux, et ne m’instruit pas du sujet de leur conversation. — Que font tes frères, au ciel ? — Ils s’amusent, se promènent. — On ne peut s’amuser ni se promener une éternité sans un but? — Oli! ils font de la musique, étudient les sciences; ils s’occupent mieux et avec plus de plaisir que nous.

41 . Les voici. — Paraissent-ils contents de te voir ? — Je le crois bien. — Ta nièce est-elle avec eux ? — Non. — Sont-ils contents d’ètre morts? — Qui ne le serait pas ! ils sont si heureux. Je vais voir ma mère, me disent-ils. — Adèle attend un moment, puis tout à coup elle étend ses bras, semble embrasser sa mère ; son cœur bat avec force, sa physionomie est expressive, elle est toute joyeuse et verse des pleurs.

Ta mère paraît- elle aussi contente de te voir, que tu l’es toi-même? — Oh! oui. — Que fait-elle dans le ciel ? — Elle est avec mon père, mes frères, ma sœur, enfin toute la famille; elle s’inquiète beaucoup de moi, elle est trèsheureuse; elle lit, prend jilaisir à entendre mes frères faire de la musique. — Il y a donc des livi es au ciel ? Je te prie de le croire^ et ce ne sont pas des romans comme sur terre. —

De quoi parlent-ils ? — Des mystères de Dieu, de sciences; mais ils ne sont pas écrits comme sur terre, me dit ma mère. Que je voudrais être avec eux ; laisse-moi partir, je ne tarderai pas à être au ciel î — Tu as une pensée tout à fait généreuse, et que ferais-je de ton corps ? — Tu le feras enterrer, ou tout ce que tu voudras. — Et à la justice, que lui dirais-je? — Que je suis partie. — Adèle fait quelques efforts pour monter au dernier degré de l’extase : je la réveille.

42. Tu n’as pas été très-raisonnable dans ton dernier sommeil, c’est un suicide que tu voulais opérer, et tu sais qu’il n’est pas bien de se suicider! — C’est très-mal, il est vrai; mais une fois fait, il faut bien entrer comme les autres. — Quelle est la peine que Dieu réserve au suicide ? — Celle qu’il inflige à tous ceux qui font mal, qui est une réprimande publique; après cela. Dieu les met dans l’impossibilité de faire mal, en les plaçant dans un lieu à l’écart. — Quel est ce lieu? est-ce l’enfer duquel on nous parle? — Il n’y a pas d’enfer tel qu’on nous le dépeint; il y a des lieux de purification, qu’on nomme lieux de punition, parce qu’on y est privé de la vue de Dieu et de sa divine lumière; mais ceux qui y sont s’y

trouvent heureux. — Et tous ces grands criminels, où sont-ils? — Dans de semblables lieux, assemblés en société ; mais comme Dieu est si bon, il pourvoit à tout, empêche le mal et rétablit le bien dans le cœur de tous. — On est donc par sociétés au ciel ? — Oui, on se recherche, on s’assemble selon ses goûts. — Y a-t-il du trouble quelquefois dans ces sociétés?— Non, parce qu’on y voit la pensée de chacun à découvert, ce qui fait qu’on ne peut s’y trouver trompé. Le criminel, l’homme passionné, l’homme vertueux et bon ne peuvent pas plus l’un que l’autre paraître ce qu’ils ne sont pas, ni déguiser leur pensée, comme sur terre; c est comme une espèce de gravure qui est empreinte en nous, et qui ne peut s’effacer. — Alors on doit se ressouvenir de tout ce qu on a fait sur terre ? — Non, parce qu’on n’y attache aucun prix, et tout cela est oublié; on ne s y occupe plus de ces choses, on étudie les pensées, les affections présentes et nécessaires au bonheur commun, voilà tout; on plaint ceux qui sont encore sur terre, on prie Dieu poui eux, et ion est très-content quand ils viennent vous rejoindre; pour eux, c’est un temps d épreuves qu il faut subir chacun son tour. — S’y retrouve-t-on entre amis? — •1, mais si les aOections sont différentes, on

se sépare pour jouir chacun à l’écart de ce qui lui est agréable. — L’on doit y recevoir de l’instruction comme sur terre, car tout le monde n’est pas savant en entrant au ciel, l’enfant ainsi que le vieillard ? — L’instruction n’y est pas la même que sur terre, parce qu’en arrivant, votre esprit comprend à l’instant ce qu’il veut ; on n’y parle qu’une langue qui est la pensée; tout le monde, depuis l’enfant jusqu’au vieillard, sait la parler et la comprendre dès en entrant; on y sait lire également. Il n’y a que pour les hautes sciences, la connaissance des lois du spirituel et des mystères de Dieu, qu’il y a des instituteurs qui sont plutôt des amis que des maîtres, et l’on sait en peu de temps ce qu’on désire savoir. — Qui te répond ces choses? — C’est ma mère qui me fait observer que j’en veux beaucoup savoir pour un jour. — Demande à ta mère si l’on voit Dieu, au ciel ? — Oui. — Sous quelle forme ? — Celle d’un soleil si éblouissant qu’on ne peut le fixer; on ne peut se faire une idée de cette clarté.

Les réponses de cette séance sont d’autant plus étonnantes, qu’Adèle, dans son état de veille, ne sait pas ma manière de penser sur les choses spirituelles, et qui n’est pas exactement en rapport avec ce qu’elle me dit en sommeil ; je ne peux donc* pas l’influencer à cet

égard; elle n’a pas la spécialité de la communication des pensées, ce qui détourne de l’idée qu’on pourrait concevoir qu’elle lit dans la mienne ; je l’ai assez étudiée à cet effet dans des circonstances où elle avait un intérêt puissant de le faire, et jamais je n’ai pu réussir à lui faire comprendre une seule pensée. J’ai également la plus grande réserve de ne jamais raconter ce que mes somnambules me disent dans leurs sommeils ; comment se trouve-t-elle si d’accord avec ce que m’a dit Bruno, et les autres qui l’ont devancée, et surtout par la suite, dans toutes les questions réitérées que j’adresserai à différents personnages décédés, questions qui sont hors de l’intelligence ordinaire d Adèle. Qu’on nous suive avec soin.

Au. Voila ma mère (même émotion que d habitude), elle m’annonce l’arrivée de son père..... le voilà! Adèle ouvre les bras comme elle avait fait à la première visite de sa mère; son agitation et sa joie ne sont pas moindres; e e joint les mains et baisse humblement la tète pour recevoir la bénédiction de son père, puis cause affaires de famille; ses frères sont présents. Ce qui me surprend le plus, c’est quelle n a pu voir tous ses parents qu’à des mervalles de letiips plus ou moins longs; si

chez elle ce n’était que le fruit de l’imagination, elle aurait pu les voir dans la même séance, ou la suivante, tout au plus ; mais leur arrivée était anrroncée par sa nièce ou ses frères pour des époques fixes.

44. Ta mère peut- elle me répondre à quelques questions? — Oui, selon leur nature. — Peut-elle me dire quelles sont les sensations que l’on éprouve en mourant? — On éprouve une sensation pénible, car le corps interne ne quitte pas l’externe sans souffrance; mais à peine est-il dégagé qu’il n’y pense plus et se trouve d’une légèreté incroyable; il monte de suite au ciel, où il se trouve réuni à sa famille, tout cela dans si peu de temps qu’il ne sait comment cela s’est fait. — Sous quelle forme l’âme quitte-t-elle le corps? — Sous celle du corps. — Est-elle composée comme lui de tousses organes extérieurs et intérieurs, tels que bras, jambes , cœur, poumons et tous les autres viscères? • — L’âme est en tout semblable au corps; on ne peut en être plus assuré, puisqu’on voit tous ces organes intérieurs comme des rouages de montre qui seraient sous verre. — Mais comment fait un tel corps pour pénétrer la matière sans obstacles et sans être aperçu? — Comme font mes parents qui sont

au nombre de quatre ici présents, sans avoir été vus de toi; il n’y a pas d’obstacle pour l’esprit. Est- ce bien ta mère qui te répond toujours?— Oui; mes frères et mon père y applaudissent. — Puisque je viens de te demander quelques détails sur notre sortie de ce monde, je voudrais en obtenir d’autres sur notre entrée? — Adèle paraît embarrassée, la pudeur semble lui commander d’éluder mes questions ; mais je la rassure sur mon intention; je veux m’instruire et n’employer à cet elîèt que des termes convenables. — C’est Dieu qui crée , c’est l’homme qui sème et la femme fait l’ofllce d’une poule, elle couve. Dieu fait le reste.— Le germe a-t-il une forme quelconque? — Oui, la forme humaine. — La femme n’entre donc pour rien dans cette création? — La femme couve , fournit les sucs nécessaires au corps matériel, voilà tout. Ma mère va partir.

45. Tous tes parents sont-ils prés de toi? — Ils sont quatre. — En attends-tu d’autres? —

J attends ma sœur qui est morte aussi et que je i n ai pas encore vue. Oh! la voilà; qu’elle est i belle! mon Dieu, qu’on est donc beau après la i mort! — Comment est-elle mise? — Dans ses ; habits de fiancée; elle est morte la veille du joui fixé pour son mariage; elle est en blanc, i

ses cheveux relevés; elle est aussi nu-pieds comme ma petite-nièce; que c’est drôle! — Demande-leur pourquoi ils n’ont pas de chaussures ? — Ma mère me répond que là où ils sont il n’y a pas de cailloux. — Sur quoi sontils posés maintenant? — Sur un beau gazon vert. — Qu’ont-ils autour d’eux? — Un vaste et bel horizon bleu. — Quelle espèce de lumière éclaire cet horizon? — Une lumière très-pure que je compare à celle de la fin d’une belle journée d’été. — Tu m’as dit l’autre jour qu’il fallait que nous entrions dans un état nécessaire à la vision des corps esprits. En est-il de même pour eux, ou voient-ils nos corps matériels? — Les esprits ne voient que nos corps spirituels ; mais sitôt qu’on désire voir un parent mort, il est de suite prés de nous. Si nous pouvons entrer dans cet état, nous le voyons; hors cela, ce n’est pas lui qui nous fait faute, c’est nous qui ne pouvons le voir. — Le visage de ton père te paraît-il, comme sur terre, plus âgé que celui de tes frères? — Oui, et tu dois comprendre cela ; il est de toute nécessité que les morts nous apparaissent sous la figure qu’ils avaient sur terre, pour être bien reconnus; mais ce n’est plus leur vraie figure du ciel. Là ils y paraissent tous du même âge, à part ceux qui meurent enfants; alors ils grandissent, se forment

et deviennent comme les autres pour Tuniformité de l âge imprimée sur leur physionomie. Quoiqu’ils paraissent tous du même âge, chacun conserve son individualité de physique, à part la beauté qui leur est générale à tous et qui surpasse tout ce qu’on peut imaginer sur terre. — Quel âge semblent-ils avoir en général? — Trente à quarante ans; mais cet âge serait pris chez nous pour une vingtaine d’années. — Les

nègres doivent y être d’un beau noir? — L’âme des nègres est aussi blanche (|ue la nôtre, ce n’est que par la peau qu’ils diffèrent de nous; mais au ciel tout le monde est blanc. — Puis- (ju’on s’y retrouve en famille, l’époux doit y retrouver sa femme? — Oui; mais ils ne vivent pas, comme sur terre, de notre sale amour, ils vivent comme fi ère et sœur. — Quoi ! il n’y aurait pas d amour au ciel ? — Il v a un amour inconnu sur terre et qui n’y pourrait être compris : on doit le comparer à une chaste et pure amitié. Tous les êtres y sont-ils assemblés parcoupîe? — Oui. — «Mais il y a des êtres qui aiment 1 isolement et qui n’ont jamais connu l’aniour sur terre, ils n’ont aimé personne? — Il n y a pas d être qui n ait aimé quelqu’un sur teire, ou n ait senti le besoin d’aimer; on a toujours besoin de le faire, et il n’est peut-être pas d êtres qui n aient dit en eux : j’aiu’ais bien

aimé cette femme, ou cet homme. Cette union de deux êtres est la hase de tout honheiir. — Je sais cela; mais je trouve qu’il existe une difficulté, beaucoup d’êtres n’ont pas aimé parce qu’ils ne pouvaient aimer à deux la même personne, et de là naissent les rivalités qui causent tant de troubles. — Il n’en est pas de même au ciel; si tu fais abstraction de l’amour terrestre, qui est une passion de possession, c’est pour posséder la même femme à un seul que la rivalité naît; au ciel, c’est le contraire, on aime, non pour le bonheur de posséder, mais pour celui d’aimer. — Tu m’as cependant dit qu’au ciel on y est par couple, ce qui prouve qu’on y possède, comme sur terre, l’objet de ses alFections. Alors une femme qui a eu deux ou trois maris, comment cela se passe-t-il? je crois que tu seras embarrassée de me répondre ? — Je ne le suis nullement ; chaque être est créé double, il doit tôt ou tard être uni à sa moitié; mais dans le monde des esprits, duquel nous parlons maintenant, c’est un monde où on ne connaît pas l’amour terrestre ni le besoin dlêtre réuni à l’être de son affection, ce qui fait qu’on n’y rêve pas , comme sur terre, à la possession de cet être qui vous reste souvent pour longtemps inconnu, et alors on aime ceux qui vous entourent comme frères ou sœurs. — Tu m’as

dit (jiic ton frcrc y cttiitiini u S3 fi3nccc ? Oiii^ ])arce que c’est elle qui est sa moitié; mais tout le monde ne la retrouve pas toujours aussi tôt, et cette union-la n’a rien de semblable à notre amour terrestre. Une femme pourrait être aimée par vingt hommes, puisqu’aucun ne désirerait la posséder en propre; tu vois donc que tu ne peux comprendre de tels mystères. — Je comprends très-bien que l’idée de possession, en amour comme en toute autre chose, est la base de tous les troubles terrestres; mais si cette aft'ection est parfois mal placée, elle n’en procure pas moins à l’homme et à la femme un bonheur que je ne vois pas facile à remplacer par autre chose? — Il n’est pas parlé qu’il est remplacé , puisqu’au contraire je t’ai déjà dit qu’au ciel tous les êtres sans distinction y étaient complétés; mais je répondais à ta question d’une femme qui a eu plusieurs époux. Au ciel, elle peut les aimer tous à la fois, comme une mère aime tous ses enfants et peut être aimée d’eux tous ; comme cette mère est aimée par tous ses enfants , aucun ne veut posséder sa mère. On serait cent à l’aimer qu’on ne serait pas trop; si tous les cent veulent toujours la voir et jouir du plaisir de sa conversation, ils peuvent tous le faire sans jalousie, puisqu’on i possède tout ce qu on peut désirer posséder. ,

Voilà pour le ciel des esprits. Mais dans le ciel supérieur, où la réunion, la jonction des corps est définitivement faite, on est pénétré d’un saint amour pour sa compagne, que personne ne peut vous envier ni vous disputer, chacun ayant la sienne, de laquelle il ne pourrait détourner la moindre affection.

4G. Tu m’as dit la dernière séance que les esprits pouvaient passer sans obstacles à travers tous les corps, ce qui ferait croire que leur substance n’est qu’un composé d’air j ces esprits peuvent-ils prendre d’autre forme que celle humaine?— Oui, celle qu’ils désirent; surtout les mauvais esprits, qui se plaisent à ces sortes de déguisements. — Gela me ferait croire aux esprits lutins qui causent ces apparitions qu’on cite tant dans les campagnes. — G est une réalité ; ils ne se plaisent que dans ces sortes de troubles. — Grois-tu que ces esprits aient la force de bouleverser des meubles et mille autres choses, comme on le dit? Je ne peux accorder ce pouvoir à de l’air, un fluide léger ne peut en déranger un pesant. — Tu ne crois pas cela; c’est pourtant ce fluide léger, comme tu dis, qui fait mouvoir ton corps, et qui peut encore, en le transportant d’un lieu à un autre, le charger d’un pesant fardeau, sans

(|iic tu saches que c’est l’esprit qui seul possède la force de mouvoir cette matière , tout entravé (ju’il est par ses liens; pourquoi lui refuseraistu une force double et triple lorsqu’il en est délivré? Sache que l’esprit peut porter les plus lourds fardeaux, tout fluide léger comme tu le crois, et qu’il peut faire des choses que tu ne concevras jamais. — Je lui accordais cette force chez nous , parce que nous lui offrons des organes et des fluides pour l’opérer, mais je ne pense pas que hors la matière il ait du pouvoir sur elle. — C’est ce que je viens de te dire; tu ne peux concevoir qu’il a les mêmes organes, que c’est lui qui est la vie, la force, l’action, le moteur de la matière ; et qui l’a mue une minute peut encore la mouvoir une éternité. — Ces esprits peuvent-ils se rendre à vos ordres pour vous obéir, comme on l’assure ? — Ils ne demandent que cela ; ils vous obéissent quelques instants pour vous entrainer dans leur société et être leurs esclaves plus tard. — Qu’entends-tu par là ; ils ont donc un chef? — Non, ils sont tous libres et indépendants; mais vous devenez leurs esclaves, comme un joueur est l’esclave des lieux qu’il fréquente, des passions dont il subit les résultats; ils vous ont j aidés à faire le mal , vous leur aidez , après I votre mort, à faire ce que vous avez pris plaisir i

à leur voir faire pour vous. — Bien des personnes doutent de ce que tu dis, parce qu’elles ont demandé a entrer en communication avec eux , elles n’ont pu réussir ? — 11 y a là deux causes, 1° leur bon ange les en a détoulrnées , ensuite si vous demandez un esprit dans la masse, comme vous demanderiez un soldat dans une armée, aucun ne vous répondra que par son nom; il faut donc savoir à qui l’on s’adresse et le faire dans les formes, ne pas faire cette demande en redoutant son exécution. Cessons de parler de ces choses, elles ne me conviennent pas. — Peux-tu me dire le nom de mon ange ? — Gabriel. — Et le nom du tien ? — Raphaël. — Il y a donc beaucoup d’anges Gabriel? — Il n’en manque pas, c’est une société. — Un ange peut-il faire des apports tels que l’ont dit quelques religieux et quelques magnétiseurs ? — Oui ; mais cela est si rare que l’on ne le voit pas souvent, ce n’est que par une protection toute spéciale de Dieu. — Maman me dit que je veux en savoir beaucoup. — Képonds-lui que c’est pour t’instruire et éviter que tes frères rient de ton ignorance. — Ta mère peut-elle se tromper.^ — Non. — Et ta nièce? — Elle le peut, parce qu’elle est trop folle et encore trop jeune ; sans doute qu’on lui a défendu de me parler, car

elle est beaucoup plus calme maintenant.

47. Pendant plusieurs séances , la mère d’Adèle n’était pas venue, elle vient à celle-ci; elle se plaint à sa fille de mon peu de croyance dans sa présence et lui dit que j’avais poussé le doute la dernière fois jusqu’à chercher à la saisir avec ma main ; que si je recommençais jamais ces expériences, qu’elle ne viendrait plus la visiter; que je devais avoir autant de confiance en elle qu’elle en avait en moi; que d’ailleurs je ne pourrais jamais sentir ni toucher un esprit. Adèle est très-étonnée de cette confldence. Je veux l’assurer du contraire , mais elle croit sa mère beaucoup mieux que moi. Il est très- vrai que machinalement je

passai mon bras vers l’endroit où je supposais être la mère d’Adèle, sans réQéchir un instant que je ne pourrais sentir un corps spirituel ;

mais cette sotte expérience de ma part m’a offert une solution a laquelle j’étais loin de m’attendre, en me confirmant qu’aucun autre être que la mère d Adèle ne pouvait connaître ma pensée présentement. Cette dernière, comme je l ai fait oberver, n ayant pas cette spécialité, et l’eût-elle possédée, qu’elle m’eût fait apercevoir de suite que je faisais une sotte action; ‘die n’a pas non plus la spécialité de voir les

corps ou objets présents; elle ne voit que l’intérieur des malades ; elle ne pouvait savoir cet incident, et l’eût-elle deviné, elle est incapable de feindre à ce point envers moi. On verra plus tard qu’elle mérite toute confiance, un seul fait de cette nature prouvé peut en faire admettre cent. Cette séance devait être féconde en bons résultats. La mère d’Adèle lui prédit qu’une de ses filles, sœur d’Adèle, se mariera dans quelque temps, qu’elle ne lui fera pas part de ce cbangement de position la première, que ce sera son frère, qui est au pays, qui le lui apprendra (1). Son père lui dit en même temps qu’elle doit bientôt apprendre qu’une autre de ses sœurs était accouchée d’une petite fille. La prédiction s’est réalisée point pour point après deux années de date, et la communication était très-vraie. Voilà donc trois faits qui ressortent de vraies communications et non de toute autre combinaison.

48. Adèle s’écrie : Oh ! voilà un joli petit ange. Qu’il est blanc ! Est-il beau ! — Quel est cet ange ? — C’est mon petit filleul, qui est mort entre mes bras à l’àge de quinze jours. Voilà trois ans de ça ; — j’avais endormi Bruno , ce

(I) Elle lui dit le nom du futur de sa sœur, inconnu alors de celte dernière et d’Adèle.

jour-là, avec Adèle, il voit aussi ce petit ange. 11 dit qu’il porte des petites ailes. Adèle dit le contraire. Après un instant de contemplation, elle paraît avoir peur. — Qui te fait peur ? C’est mon beau-frère qui vient me voir; il veut me prendre la main , je me passerais bien de sa visite; j’avais dit a mes parents que je ne voulais pas le voir, pourquoi vient-il , je ne veux pas qu’il me touche; qu’il parte. Adèle s’éloigne avec humeur de cet homme, qui lui apparaît à sa gauche , quand au contraire tous les bons espritsapparaissentordinairement adroite. Je lui fais observer que c’est très-mal et injuste de sa part, qu’elle ne doit pas avoir de rancune dans l’état où elle est, contre personne. Je veux qu’elle donne la main à son beau-frère. Elle s’y refuse avec opiniâtreté, disant qu’il est dans un lieu convenable à sa méchanceté, qu’il avait rendu sa sœur trop malheureuse , qu’il faisait encore ce qu’il pouvait pour lui inspirer des pensées désagréables , et que lorsqu’il serait passé du bon coté qu’alors elle lui pardonnerait. Je suis obligé de renvoyer cet homme par commandement. On ne peut prendre cette apparition comme un effet de l’imagination , elle ne 1 a nullement désirée, en a été horriblement surprise et contrariée; jamais je ne l’avais vue si dure et si volontaire qu’envers cet homme.

49. Deuxième apparition du petit filleul d’Adèle. Elle parut prendre le plus grand intérêt à ce petit être, et lorsqu’elle le vit partir il lui semblait qu’il allait tomber; elle le suivit et entra dans le complément de l’extase, de laquelle il ne me fut pas facile de la retirer; elle m’en marqua son mécontentement en me disant comme la dernière fois : Pourquoi me forcer à revenir sur ce globe de boue et de misères. J’étais si heureuse en suivant ce petit être qui a bien de jolies petites ailes blanches, comme M. Bruno l’avait vu ; c’est moi qui avais tort à ce sujet. — Jusqu’où es-tu allée ? — J’ai monté bien haut, puis j’ai traversé une grande voûte au bout de laquelle il y avait de trés-heaux jardins, dont tout ce qu’ils contiennent est remarquable de fraîcheur et d’élégance. Il y avait beaucoup de personnes qui se promenaient dans leurs allées; les unes lisaient, les autres faisaient de la musique, toutes paraissaient très-heureuses. L’accord entre elles semblait si parfait, qu’on ne peut désirer que d’être avec elles. J’y ai vu mon père, ma mère, toute ma famille qui est des plus nombreuses. Je voulais rester; mais ma mère et ta volonté m’ont forcée de redescendre. — Comment tout ce monde était -il habillé ? — Ilsavaient tous des especes de robes de gaze de toutes les couleurs,

leur physionomie était toute autre; mais j’ai bien reconnu mes parents , quoique s’ils nous apparaissaient liabillés ainsi, on ne les reconnaîtrait pas si bien. Dieu a bien fait d’en agir autrement. — Comment peut-on distinguer les I hommes des femmes ?— Aux formes, car leur j léger habillement n’en est pas un. Si les pas- ■ sions existaient au ciel, comme sur terre, on i aurait honte de se voir ainsi; mais on n’y fait aucune attention. — Bruno m’a déjà dit la même chose, cette mise cependant est très-indécente.— Oui, pour ici-bas, où l’amour existe avec son sale empire; mais là on ne pense guère à cela.

50.Voilà lacompagnedemon frère Alphonse, Rosine, une de mes anciennes amies , qui, 1 comme je te l’ai dit, lui était liancéeavant qu’il i ne parte peur l’Afrique; elle mourut quatre mois après lui. — Demande-lui si elle veut! bien te répondre à quelques questions que je voudraislui adresser.— Oui. — Puisquetu m’asdit quelle est réunie à son fiancé, au ciel, J voudrait-elle te dire comment celte réunion,! (juiest maintenant une véritable union , se fit Y eut-il quelques cérémonies à ce sujet ? — I jMom dieu, non; Alphonse attendait Rosine, j

l)arce qu’il savait sa lin prochaine. Sitôt (pi elle f

fut entrée , ils furent réunis sans aucune cérémonie, sans aucune approbation ni consentement (le tiers, ils se réunirent comme amis et non pas comme amoureux, vu qu’elle me dit aussi qu’il n’y a pas d’amour au ciel, ils sont comme frère et sœur, trés-d’accord puisqu’il n’en peut être autrement. — Couchent-ils ensemble ? — On ne se couche pas au ciel ; il n’y a pas de nuit comme sur terre, on se repose seulement quand on le désire , car ce n’est pas la fatigue qui nous y force. — Rosine se reposet-elle prés de son ami ? — Certainement. — Sur quoi ? — Sur un divan, sur des coussins , sur ce qui leur plait. — Sont-ils toujours ensemble ? — Non , elle vient le voir , et lui fait de même. — Ont-ils une chambre pour deux?

— Non, ils vivent en familles et en sociétés. — Il n’y a donc pas de chambres dans lesquelles on puisse méditer à l’écart ? — Ce ne sont pas des maisons positivement comme sur terre, ce sont des séparations qui en tiennent lieu , que chacun peut habiter selon son goût, mais qui n’ont rien de comparable par leur beauté et richesse. — On peut alors méditer ou faire les usages qui vous conviennent des temps infinis?

— Oui, on peut lire un livre , une page , une phrase, un temps sans fin, vu qu’il n’y a pas de temps au ciel, et il y en a encore moins pour

une choseclui convient; on retrouve sans cesse le même ])laisir , la même jouissance dans l’idée qui vous plaît. — Mon beau-frère est contrarié de ma rancune à son égard ; aussi il s en est dédommagé cette nuit, en me suggérant de mauvais rêves. Je coupais le cou à sa fille ma petite-nièce, qui est au ciel, et qui vient me voir habituellement; je la cachais assassinée ainsi dans la ruelle de mon lit. Mon dieu, que j’ai souffert ! — C’est un écart de l’imagination ; un esprit ne peut ainsi nous influencer, nous i serions des esclaves , dont la position serait cent fois pire que celle des animaux. — U en , est pourtant ainsi, non pas dans tous les rê- i ves, mais dans quelques-uns les esprits préfèrent ce moment, où le corps est livré au repos, sans défense aucune , et où l’àme veille moins a sur lui , en cherchant à profiter de son sommeil pour se livrer ù des recherches , des expé- j riences , des voyages. C’est là , où les mauvais esprits nous tourmentent, et on ne peut être débarrassé de leur présence qu’en invo- | quant le nom de Dieu , qui les chasse à Tins- \ tant. Ce que je te dis est une vérité de laquelle ! je rirais dans mon état de veille, mais que j ap- | précie à sa juste valeur dans ce moment. C’est ' mon beau-frère qui m’a représenté ces horribles images. — Mais ce bon ange, (pii est près i

de nous, ne peut-il donc pas nous protéger en cette circonstance ? — Pas toujours , notre ame a besoin de ses conseils pour une multitude d autres actions, dont elle n a pas souvenance f car 1 esprit ne dort pas, et notre ange ne peut toujours empêcher, pas plus que dans le jour , la puissance des mauvais esprits.

Nous voilà arrivés sans le vouloir aux croyances de M. Berbiguer, avec ses farfadets. J’ai dû donner cette séance en son entier , on en croira ce que l’on voudra. Comme le but de cet ouvrage est aussi d’engager tous les magnétiseurs a faire de semblables recherches sur les lois spirituelles, je ne doute pas qu’il s’en I trouvera beaucoup qui obtiendront les mêmes 1 résultats. Dans tout ce qui m’a été dit jusqu’à I présent, on ne peut pas y voir que des organisations malades, ou rêveuses, il y a trop de [«rapport entre elles pour au moins ne pas ad- I mettre une maladie mentale, dont les symptô- ’mes seraient exactement les mêmes chez tous les individus ; mais comment admettre une I telle connexité dans les idées, sans en conclure que c’est le magnétiseur qui les insinue luimême. Alors je répondrai : Faites comme moi et vous verrez ce que vous devez en penser. Continuez jusqu’au bout la lecture de cet ouvrage, vous verrez qu’un magnétiseur n’est

lias un dieu , que ses propriétés doivent être limitées à ses croyances et à son savoir; mais qu’il ne peut influencer ce qu’il ne sait pas, ce qu’il ne croit pas , et si vous ne trouvez pas la solution que vous cherchez, ne dites pas non plus que mes extatiques étaient des fous ennuyeux.

51 . Ma nièce me dit que mon frère est malade , qu’il a été soigné à temps ; mais que ce mal lui reprendra et qu’il mourra jeune (nous sûmes plus tard que ce fait était vrai). Voilà maman , qui ne paraît pas contente. — C’est sans doute qu’elle n’est pas satisfaite de tes propensions à l’extase en dépit de ses conseils ; demande-le-lui ? — C’est vrai , elle me dit que cet état est dangereux pour moi. — Combien de temps dois-tu y rester ? — Cinq minutes. — Pourquoi ce petit fdleul qui vient te voir, t’apparaît-il en ange ? — Parce qu’il l’est effectivement. — Pourquoi l’est-il plus que ta . nièce? — C’est qu’il n’avait pas atteint l’âge de i trois ans, avant de mourir. — Pourquoi plutôt;; cet âge qu’un autre ? — Ma mère me dit que i tous les enfants qui meurent avant cet âge , ne grandissent plus. Dieu, qui les aime beau-, coup par rapport à l’état de pureté dans lequel ils sont morts (vu qu’ils n’ont encore commis

aucun mal), il aime à en être entouré, ils sont beaucoup plus prés de lui que tous les autres.

52. Lorsque tu t élèves par l’extase vers le ciel, la sensation que tu éprouves doit être la même que celle qu’éprouve un mourant ? — Non, jem élève en bonne santé, je n’éprouve aucun obstacle , au lieu qu’à la mort , l’âme est beaucoup plus gênée pour quitter ce corps décomposé par la maladie, il y a alors souffrance quand je n’en sens aucune dans l’état où je suis. — Quel effet cela te fait-il quand tu vois la terre sous tes pieds, qui doit te paraître bien obscure près de la brillante lumière du ciel ^ — On ne fait aucune réflexion, on ne pense ni à la terre, ni à personne, on s’élève dans une sensation de bonheur, de joie impossible à décrire , on se trouve bien, on voudrait y rester. — Ne serait-ce pas une erreur de tes sens que eette soi-disant élévation vers le ciel,

I ou plutôt un épanouissementnerveux intérieur,

• éclairé par des rayons lumineux électriques, entourant l’âme qui serait dans son intérieur corporel et jouirait du bonheur de ce spectacle

1 qu’elle croit goûter au dehors ? — Comment admettre une pareille erreur , quand on sent î ce que je sens , que l’on voit ce que je vois,

I qu’on traverse des nuages , des espaces , et

qu’on arrive au milieu de parents, d’amis , qui tous vous tendent les bras, vous couvrent de caresses, et cherchent par tous les moyens possibles à vous prouver le plaisir qu’ils ressentent à vous voir, qu’ils désirent d’un commun accord que vous veniez bientôt les rejoindre. Si l’on prend tout cela pour de l’erreur, je ne sais alors comment on reconnaîtrait la vérité. — 11 existe des narcotiques qui produisent des hallucinations plus ou moins agréables et qui déroulent des tableaux , des scènes , à peu prés semblables à l’extase , et ce sont pourtant des erreurs. — Te voilà revenu sur la discussion et le doute. L’homme a pour habitude de traiter d’erreur tout ce qu’il ne comprend pas ; c’est plus tôt fait. Les narcotiques portent le troubledans le système nerveux, troublentl’âme dans ses fonctions vitales , la jettent dans' le monde des causes , quand elle fait des efforts inouïs pour rester dans le monde des effets. Elle confond le domaine de la mémoire , les tableaux des actions ineffaçables que tous les hommes ont dans eux , avec les tableaux du monde des causes dans lequel elle erre un moment ; elle peut voir dans cet état les scènes les plus burlesques accolées avec des scènes raisonnables , parce qu’elle ne sait pas les séparer, ne sait pas où elle est , ne sait pas ce

Ilo —

qu elles sont; le réservoir de son imagination déborde et l’entraîne dans l’absurde. Mais en est-il de même dans l’extase^ tout ce que je te dis est-il sous l’empire de la folie ? Ce qui m’est prédit et qui s’accomplit est-il du domaine de l’erreur? Les vues à distance, les descriptions des lieux, ce qui s’y fait ou dit sont-ce des erreurs , tous les somnambules qui voient ainsi ne te prouvent-ils pas qu’ils ne sont plus dans leur corps, puisqu’ils te reproduisent des faits, des scènes , des conversations dont tu n’as jamais entendu parler , et qui ont lieu pour la première fois à l’instant où on te les communique. Que peux-tu répondre à ces faits ? Sois donc raisonnable , et crois que tous les savants du monde ne pourront réprouver ce que je viens de te citer , qui s’opère tous les jours à chaque instant'; ils seront obligés d étendre les propriétés du corps , s’ils ne veulent pas lui donner une âme, et ces propriétés seront aussi obscures à résoudre que celles de l’ârne , ou ils accepteront cette dernière, alors ils lui donneront le pouvoir de voyager hors le corps, de lire les pensées , de voir les actions passées et futures, et quand ils auront reconnu une telle âme, ils ne lui refuseront pas d’aller se reposer dans un lieu de récompense pour toutes les souffrances qu’elle a endurées sur ce globe

de douleur. — Je te remercie de ton explication spirituelle et franche , je n’ai rien ày ré-

53. Permets -moi encore une observation sur la dernière séance. Ce qui m’a fait douter que ton âme fût hors de ton corps, c’est qu’à , peine t’ai-je parlé que tu me réponds, et je ne vois faire aucun mouvement à ton corps, lorsque tu dis recevoir les caresses de tes parents. — C’est au contraire ce défaut de mouvement de mon corps, dans mes grandes extases, qui devrait te prouver que je ne suis plus dans lui ; lorsque mes parents , au contraire , viennent sur terre me voir, tu vois ma main spirituelle qui serre la leur, mon corps qui gesticule, c’est qu’ils sont bien là présents et moi aussi ; mais quand je suis au ciel, mon corps ne peut plus faire les mêmes gestes, puisqu’il n’y a plus d’âme dedans. Si je te réponds de suite, c’est que je tiens encore à mon corps par des fds sympathiques, que tu me semblés tenir comme des cordes qui me forcent à redescendre quand tu les tires par ta volonté. — Dans les vues, à distance, quoique les somnambules soient dans d’autres lieux , leur corps n’est pas privé de mouvement. — Ce n’est pas à comparer. Ils sont sur terre à de faibles distances, comparativement à celles du ciel;

ils ne sont pas dans l’état extatique nécessaire pour communiquer avec le ciel, et par là la séparation de 1 ame et du corps n’est pas la même. — Je vois qu’Adéle se propose d’entrer en extase; moi, de mon côté, je me propose une expérience décisive, je la laisse à son gré ; j’endors de suite Bruno, je le mets en rapport avec elle, et je le prie de la suivre aussi loin que possible; qu’il n’ait point peur, et qu’il m’avertisse seulement s’il voyait du danger. Je désirais m’assurer par moi-même des soi-disant dangers de l’extase. Plusieurs fois Adèle m’avait dit qu’elle avait été bien près de ne pas rentrer dans son corps, je croyais qu’elle cherchait à m’inquiéter à plaisir, je voulais donc savoir à quoi m’en tenir. Après un quartd’heure, Bruno s’écrie trés-effrayé : Je l’ai perdue de vue, réveillez-la, il n’est que temps! Je m’étais reposé sur lui, et j’avais fait peu d’attention à Adèle , dont le corps pendant ce temps avait refroidi, au point d’être presque glacé; il n’avait plus de pouls ni de respiration , sa figure était d’un jaune vert, ses lèvres bleues, le cœur ne donnait aucun signe de vie; je mis un miroir ' devant ses lèvres, qui n’en fut nullement terni ; je la magnétisai avec force pour rappeler son âme en son corps, je n’obtins rien pendant cinq minutes. Bruno, elTrayé de mon peu de succès,

ainsi que les personnes présentes à celte séance, aidaient beaucoup à me troubler; je crus un instant que l’œuvre était consommée et que j’avais la preuve indubitable que l’âme était bien sortie de son corps. Je fus obligé de prier les personnes présentes de passer dans une autre pièce pour reprendre seul un peu d’énergie. Après quelques instants j’acquis l’espoir que je n’aurais pas un tel malheur â déplorer; mais je ne pouvais physiquement plus rien. Je me jetai à genoux, redemandant à Dieu, dans ma prière, cette âme que j’avais dans mes doutes laissé partir. Il me sembla par un effet d’intuition savoir que ma prière était exaucée; après une minute encore d’angoisse, j’obtins ces paroles : Pourquoi m’as-tu rappelée? c’en était fait! mais Dieu touché de ta prière m’a renvoyée vers toi. Je ne dois plus rentrer au ciel, je suis punie. — De quelle punition veux-tu parler ? — Raphaël a défendu à ma mère, mon j)ére et tous mes parents, hors Alphonse, de revenir me voir jusqu’à nouvel ordre, et c’est à toi que je dois cette privation; je ne pourrai plus monter au ciel, quand, sans loi, maintenant j’y serais pour toujours. — On doit penser i (tue je fis peu d’attention à ses plaintes et à ses î reproches, je me trouvais trop heureux del’cnlendre me parler, cl je me promettais, comme

on doit le croire, de ne jamais recommencer de telles expériences. J’engage ceux qui voudraient m’imiter, de ne le jamais tenter, car aucun spectacle ne peut être plus effrayant, et l’issue de cette expérience serait peut-être toute autre que la mienne.

Tel elle l’avait prédit, c’en fut fini avec les extases ; il ne vint plus personne la voir. Son frère souvent l’instruisait sur ce qui pouvait lui être agréable; mais l’entière volonté d’Adèle, son peu d’égards pour les complaisances de ce frère qu’elle chérissait le chassèrent. Elle fut plus de six mois sans recouvrer ce genre de lucidité ; je n’en fus pas fâché, car j’étais décidé à ne la plus magnétiser. C’était continuellement un combat de subtilité entre nous deux; si je la perdais de vue un instant, c’était toujours la même intention, le suicide dans l’extase! Elle chercha plusieurs fois depuis à y rentrer; mais à chacune elle sentait une main qui lui repoussait la tête en avant, tantôt une musique bruyante qui la tirait de cette intention, une autre fois on lui criait dans l’oreille: Cela t’est défendu. C’était son frère Alphonse qui opérait tous ces prodiges; il ne venait jamais la voir sans lui faire entendre un air sur une flûte, quoiqu’il n’en sût pas jouer avant sa mort; il lui fit percevoir très-souvent une musique di-

ville, quelle pouvait ouïr tout éveillée par l’arcane qu’elle m’avait enseigné d’employer à cet effet. Elle voyait également tous ses parents après un quart d’heure de réveil, ce qui l’étonnait beaucoup et lui faisait croire à la magie, à la physique; elle ne pouvait comprendre, bien entendu, ces genres de visions, qui me faisaient passer à ses yeux pour un sorcier. On doit conclure de tous ces faits , qui durèrent des mois entiers et que j’agglomère dans une séance, qu’il serait plus que ridicule qu’une femme aussi ferme ne pût voir, selon sa volonté , les œuvres de son imagination s’il en était ainsi ; mais au contraire que tous ces faits n’offraient une telle variété que pour mieux me disposer à croire à leur mérite.

Nous allons passer à des expériences plus décisives, dans le même genre de lucidité, pour qu’on ne puisse dire; Ce sont ses parents, dont l’image est empreinte dans son imagination , qu’elle voit continuellement, cela n’est pas étonnant et ne prouve rien.

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