L’EXTASE
Dans quel heureux état je me trouve, mon Dieu !
Quelle blanche lumière éclaire ce saint lieu !
Quel céleste parfum, moi mortel, je respire.
Où suis-je ? c’est au ciel. Oh ! Dieu, c’est ton empire Que tu daignes montrer à mon brûlant amour,
Dans une sainte extase, en ce sublime jour.
Pourrai- je, sans mourir, contempler ta présence ?
Et chanter aux humains ta divine puissance?
Ah ! qu’il est beau ce ciel entrevu par mes yeux ;
Que de grandeurs, hélas ! on découvre en ces lieux ;
C’est un espace immense et qui n’est pas espace ;
C’est un beau jour sans nuit, et c’est un temps sans trace. Des êtres par milliards, que dis-je, et plus encor Semblent tous n’y former qu’un seul et môme corps. D’homogénéité s’y trouve indivisible ;
Le mal n’y fut jamais, assure-t-on, visible.
C’est le règne du bien ; c’est celui du bonheur.
Celui de la vertu, celui de la pudeur.
Pourquoi craindre quitter cette chétive terre.
Où tout languit, gémit, courbé sous la misère.
Surtout quand dans les cieux on voit ce que j’y vois :
On V rit de la mort et de ses fausses lois.
Pourquoi tant redouter cette heure par trop lente Qui sait remplir mon cœur d’une sublime attente,
Trembler quand on va vivre en pleine liberté Et comprendre de Dieu rinclTablc bonté.
Si tout liomme pouvait entrevoir les délices Dont, dans mon faible état, on goûte les prémices,
Il maudirait, hélas ! la terre et ses attraits,
Ses capricieux dons, ses grandeurs, ses palais. Pauvres hochets d’un jour, brisés à la veillée. Qu’êtes-vous donc enfin pour mon âme éveillée ?
54. Nouvelle lueidité spirituelle. — Adèle fut consultée, par un M. abbé, sur une spéculation. Quand il sut qu’elle avait la facilité de converser avec des esprits, il désira qu’elle vît son père, qui était mort depuis quelques mois.
— Le voici, dit -elle. — Dépeignez -moi son physique et sa mise, s’il vous plaît. — Adèle le fit, à la grande satisfaction de ce monsieur, et lui rapporta quelques particularités de la vie de son père, particularités exactes que ce monsieur seul pouvait connaître. Il n’en fallut pas davantage pour que M. l’abbé reconnût la bonne lucidité d Adèle; aussi revint-il quelques jours après me prier de lui adresser quelques questions d alchimie; je lui promis que je le ferais
avec plaisir. Adèle n’était pas à la maison ce jour-là.
55. Veux-tu prier ton frère de venir, j’ai (pielques questions à lui adresser? — Elle le demande, et éprouve un fort saisissement de suipiise. Qu as-tu donc? lui demandai-je. I
— C’est un capucin qui vient près de moi, il
est à genoux et prie Dieu. — Qu’est-ce que c’est que ce capucin? — Je ne sais pas si c’est un capucin; mais il a la tête recouverte d’un capuchon , je ne peux apercevoir sa figure. — Demande-lui ce qu’il te veut ? — Je n’ose lui parler. — Alors je vais le renvoyer. Je fais le commandement ordinaire et cet homme ne s’en va pas. Adèle rit avec moi ; elle n’éprouve pas de frayeur; elle s’obstine à ne pas vouloir lui parler. A la fin il s’en va. Elle redemande son frère qui vient aussitôt. - — Je la prie de lui demander quel est cet homme ? — C’est, réponditil en riant, le père Lauriot, je te l’ai envoyé pour que tu le questionnes pour M. l’abbé. Adèle rit de ce nom et croit que son frère se moque d’elle. — Prie ton frère de te dire positivement le nom de cet homme? — Il se nommait Achille ; c’était un prêtre, ami de M. l’ahbé. Je ne sais si ce monsieur sait qu’il s’occupait sur terre des travaux hermétiques ; mais il est au ciel dans des sociétés où l’on s’en occupe, c’est pour cela que je te l’ai adressé. — Tu savais i donc que je devais te questionner sur cette
! matière? — Oui, je l’ai vu dans ta pensée, lui
' répond son frère, et comme je ne m occupe pas
de ces choses, je ne pensais mieux faire que de te mettre en rapport avec quelqu’un qui pût ■ t’instruire. — 11 fallait, en ce cas, m’avertir.
je n’aurais pas si mal reçu cet homme. — Il reviendra. — On fait donc la pierre dans le ciel ?
— Non; mais chacunjs’y occupe selon ses goûts. Celui dont c’était toute l’affection sur terre aime, non pas à la faire après sa mort, mais à s’associer à des sociétés qui protègent et instruisent sur terre ceux qui y travaillent et ont recours à eux. — La pierre existe donc? — Oui. — J’adresse j plusieurs questions à cet égard, auxquelles il m’est répondu selon leur valeur.
56. J’avais fait part à M. l’abbé de cette apparition, qu’il prit pour une hallucination , n ayant jamais connu de prêtre de ce nom. Je lui lis part des réponses que j’avais obtenues du frère d Adèle, qui le satisfirent, et je me proposais après son départ de rendormir cette dernière pour obtenir de meilleurs renseignements sur cet homme. A peine en sommeil , Adèle le demanda. 11 vint. Je lui adressai les questions suivantes. — Votre véritable nom est-il Lauriot ? • On me nommait ainsi par
sobriquet. -- Quel est votre nom de famille ?
Pas de réponse. — Quand êtes-vous mort ?
rpi Où? — A l’hospice Sainte-
I bérèse.— Quel âge aviez-vous ? — Cinquante- ^
ans. Sous (piel nom est inscrit votre
décès? — Sous celui d’Achille. — Connaissezvous M. l’abbé? — Oui; lorsqu'il était malade à l’hospice Sainte-Thérèse, j’étais un de ceux avec lequel il causait le plus. — Il dit ne pas vous connaître, lui? — 11 se rappellera de moi. — Vous vous occupiez donc de chercher la pierre sur terre? — Je ne viens pas ici pour répondre à toutes les questions qu’il vous plaira de m’adresser, je viens par complaisance et je ne répondrai que sur ce qui me sera convenable. — Alors que pouvez -vous dire à M. l’abbé sur ses travaux ? — Ils vont bien ; il est dans la voie; qu’il chauffe un peu plus. — Savez-vous s’il y a longtemps que M. l’abbé a commencé ces travaux ? — H y a quatre ans qu’il travaille. — Cet homme se remet à genoux en recommandant d’augmenter la chaleur. — Donne -jmoi son signalement? — II m’est apparu debout; il avait un capuchon sur la tête, qu’il a ôté pour me parler. C’est un brun, figure pâle et longue, yeux noirs, ne j portant pas cinquante-six ans, plus grand que M. l’abbé, son air est peu causeur et très- I méditatif; il avait une petite calotte sur la tête.
J’ose â peine lui parler , quoiqu’il ne me ré- I ponde pas brutalement ; mais son ton est sè- I vère, surtout quand il m’a dit qu’il ne répondrait aux ordres de personne que de sa propre
volonté. — Es-tn bien assurée de la vérité de cette apparition ? — Je soutiens que cet homme est encore là à genoux devant moi ; qu’il soit bon ou mauvais esprit, je le vois bien et lui ai bien parlé; il est calme en ce moment; il a un chapelet au côté, auquel est attaehée une médaille de la grandeur d’une pièce decinq francs environ , sur laquelle il y a des caractères de formes bizarres ; ce sont comme des v et des j*; je ne peux pas bien voir. — Peux-tu voir ton frère aujourd’hui? — Ce monsieur médit qu’il ne viendra pas.
57. J avais envoyé le résumé par écrit à M. l’abbé, de tout ce que j’avais obtenu dans cette séance; alors ce monsieur s’empressa-t-il, ne pouvant trouver dans sa mémoire aucun nom pareil, d’aller à la bibliothèque de l’archevêché, où des tables nécrologiques des prêtres décédés dans le diocèse de Paris se trouvent placées tous les ans. Il vint le lendemain à la maison avec trois années de ces tables, où nous ne trouvâmes aucun nom semblable, et aucun de cet âge. Nous restâmes convaincus qu’Adèle avait été hallucinée, ce qui ne lui était jamais arrivé depuis qu’elle est lucide. J’en étais d’autant plus peiné que son frère qui ne avait jamais trompée dans aucune de ses ré-
vélations et prédictions, se trouvait être le moteur de celte supercherie, qui venait un peu tard, mais à temps pour me dire de continuer ma méfiance envers les esprits.
58. Deux jours après cette présumée mystification, toujours à l’insu de M. l’abbé, je rendormis Adèle, et la priai de demander le pere Lauriot. — Le voila. — Vous m’avez donné de faux renseignements^ dans quel but? — Celui de taire mon nom ; mais je suis venu dans la bonne intention d’obliger par mes conseils, et je l’ai fait de tout cœur. — Pourquoi taisez-vous votre nom? — Parce que si je le disais, on en aurait horreur? — Qu’avez-vous donc fait ^ — Je n’ai pas à répondre à cette I question; les hommes ne pardonnent pas; mais Dieu pardonne, lui. — Enfin, qui que vous soyez, avez-vous un nom d’emprunt, ou i autre? — On m’appelait Lauriot, qui n’était j pas mon nom ; mais je portais celui d’Achille, qui était mon nom de baptême. — Sous quel nom êtes- vous inscrit sur le livre des décès? — Je ne veux pas le dire. — Pourquoi ne m’avez-vous pas dit de suite que vous ne vouliez pas dire votre nom, sans me tromper comme vous l’avez fait? — Je n’ai pas eu l’intention de vous tromper, puisque je vous ai
dit que je me nommais Achille Lauriot, j’ai été obligé d’employer ce détour pour cacher mon vrai nom, qui me ferait maudire et ferait prendre en mauvaise part le bien que je veux faire. — Enfin, êtes-vous bien mort à Sainte- Thérèse? — Oui. — En quelle année? — En 1831 . — Est-ce là que vous avez connu monsieur l’abbé? — C’est là, où je lui parlais beaucoup de la pierre ; je connus et je connais monsieur l’abbé, qui se rappellera de moi, soyez en assuré. — Dans quelle église étiez-vous employé?— Je ne veux pas donner de renseignements. — Adèle lui adresse encore quelques questions, il lui répond : Vous avez la tête malade, et se remet à prier. — Il était vrai qu’Adéle avait un violent mal de tête, par la suite de cette discussion qui ne nous avançait en rien. — Je demandai le frère d’Adèle, qui vint de suite. — Dites-nous franchement quel est cet homme? — C’est un homme qui veut faire du bien et qui est incapable de faire du mal. — Mais pouvez-vous nous donner de meilleurs renseignements que les siens? Quel est-il? que faisait-il ? Je ne peux répondre ce qu’il ne veut pas faire lui-même. C’est un homme qui marche toujours comme il faisait sur terre, il n y avait aucun endroit fixe, il est de même au ciel. Ne pouvez-vous pas lire dans sa pen-
sée, en votre qualité d’esprit? — Quand un esprit ne veut pas qu’on le fasse, on ne peut le faire. — Il peut donc la dérober à vos recherches? — Oui; mais il ne peut me cacher s’il était un méchant homme ; c’est parce que je sais sa bonté que je vous l’ai adressé. — Adèle, impatientée de ne pas avoir de réponse plus satisfaisante, prie son frère de ne plus lui adresser cet homme.
59. J’avais fait part de cette séance comme des autres à M. l’abbé, qui vint deux jours après sa réception, dans une disposition d’esprit plus éclairée, me faire part déses réflexions à ce sujet. Je connais maintenant cet homme, me I dit-il, il est bien mort à Sainte-Thérèse, non j)as en 1831, mais il y a seulement deux ans, non pas âgé de cinquante-six ans, mais de cinquante-quatre. Lorsque je fus malade à Sainte- Thérèse, je connaissais cet homme, d’une instruction très-grande, amateur de magnétisme, de médecine, d’alchimie ; il sacrifiait sa fortune et son temps à la recherche des secrets de la nature, disant toujours : Le magnétisme cache des mystères dignes d’être approfondis ; les plantes possèdent des vertus que les hommes n’étudient pas assez; il avait fait de précieuses découvertes dans leurs sucs. Toujours par voies
et par cliemins, herborisant, courant d’un pays à l’autre, à la recherche des sciences occultes; aimant à taire son nom dans les bienfaits qu’il répandait avec profusion autour de lui, comme dans les relationsqu’il établissait avecle monde, il était Pierre pour l’un, Philippe pour l’autre; c’était une espèce de manie chez lui. Il portait ordinairement sous ses vêtements bourgeois, une soutane en crêpe de Chine; enfin, la multiplicité de ses études le fit devenir idiot; il perdit la raison et tomba dans la plus pénible position d’hébétude, il fut obligé d’être soigné à l’hospice Sainte-Thérèse, où, dans son état d enfance, il s affubla continuellement d’un
capuchon, ne quittant jamais sa petite calotte. Il avait au côté un gros chapelet avec lequel il priait continuellement; il conversait avec les esprits, se croyait Dieu, il était le jouet de tout le monde ; 1 un 1 appelait le père capucin, l’autre le Père éternel, et ainsi de suite. Ce malicurcux mourut dans la plus affreuse misère ; lui qui avait été entouré d’une nombreuse et riche famille, d’un cercle considérable d’amis, n avau pas deux êtres vivants derrière soncercue.1 ! J étais le seul pour dire une prière sur
de ses
comï. ? “
cont, e les hommes, c’est ce (,ui lui fait dire que
son nom leur ferait horreur! Cette manie de ne pas dire son nom, sur terre, l’a peut-être suivi au ciel; cette mise est bien celle qu’il portait sur terre avant de mourir; ce chapelet auquel est attachée cette médaille qui, à elle seule, me confirme dans la reconnaissance que je fais de sa personne , il l’avait achetée sur les quais, elle était couverte de caractères cabalistiques. Cette manie, que dit le frère de votre lucide, qu’il a de ne rester en place nulle part, comme il était ici-bas : enfin, il dit vrai que,
1 lorsque j étais à Sainte-Thérèse, nous parlions de la pierre; il était le seul qui me prodiguât ! de l amitié, alors ; il est facile de comprendre 1 la petite erreur dans laquelle il nous a induits. Son signalement seul devait, joint avec la particularité de Sainte-Thérèse, me le faire reconnaître; les renseignements qu’il donne sur la date de mes travaux, sont exacts. Je ne me rappelais premièrement que de deux ans trois mois; mais j’avais travaillé vingt et un mois avant sur le même œuvre, par un autre système, ce qui fait bien quatre années : je me trouve bien fixé sur cette apparition, je préparerai quelques questions que vous aurez la bonté de lui adresser plus tard.
(50. M. l’ahhé désire lui adresser lui-même
les questions suivantes : — Pouvez-vous me donner quelques preuves que je ne me suis pas trompé sur vous , et que vous êtes bien présent ici en ce moment. — Je vous dirai que je suis très-content que vous vous ressouveniez de moi; comme je l’avais annoncé, je savais que je reviendrais à votre mémoire; vous ne vous trompez pas sur mon nom, que je veux taire à tout autre qu’à vous , puisque vous le connaissez bien ; mais pour toute preuve rappelez-vous que j’étais le seul à Sainte-Thérèse avec lequel vous parliez de l’œuvre; par là, vous verrez bien que vous ne faites pas erreur. — Pouvezvous medire si mes travaux vont bien ? — Oui, très-bien ; mais ajoutez cinq degrés de chaleur en plus. — Mon feu ne se mesure pas comme le feu ordinaire. — Pour vous, non ; mais pour moi je vois que ce que vous avez fait ce matin i doit être continué , ce qui procurera les degrés en sus que je vous recommande. — Cette communication surprend M. d’abbé qui médit: Effectivement, ce matin j’ai fait quelque chose (pii doit accélérer la chaleur. Puis il continue p ainsi: — J’ai deux travaux en train, l’un beaucoup plus ancien que l’autre, lequel est le meilleur? — Le dernier, celui de droite. — Cette même réponse avait déjà été faite à M. l’abbé par plusieurs lucides, il continue à lui adresser
d’aiiüos questions inutiles à rapporter , des- (juelles il paraît fort satisfait.
Gl . Quelques jours aprèscetteséanceM. l’abbé me soumet quelques doutes qu’il a conçus sur l’état moral du père Lauriot. Pour éclaircir ses doutes à cet égard il se propose de lui adresser quelques questions en latin , ce qui les mettrait tous les deux à même de converser en secret sur les travaux hermétiques sans que moi ou ma lucide en eussions connaissance, ne sachant ni l’im ni l’autre le latin. Il posa ses i questions qu’ Adèle reproduisit de son mieux à j M. Lauriot, elle en rendit les réponses en fran- ' cais en disant : C’est ca, c’est ca. M. l’abbé me dit que ces réponses n’étaient nullement d’accord avec ses demandes , dont il me dit (je crois sans déguisement) le sens, qui était ; ainsi : Connaissez-vous cette dameici présente? i La question dans une pareille circonstanceétait j aussi absurde que la réponse, puisqu’il savait i qu’un esprit ne peut voir la matière. Adèle j fait observer à M. Lauriot, qu’il répond de ; travers aux questions qu’elle lui adresse en lai tin, alors il se meta lui parler latin avec une j volubilité qui ne lui permet pas de pouvoir transmettre son long discours à M. l’abbé, soit qu Adèleait vu que chez le père Lauriot il y avait
un peu de démence , et chez M. l’abbé un esprit de doute. En dépit de toutes preuves possibles, elle refuse ce genre d’expérience, alors je me dispose à la questionner moi-même pour rétablir notre incertitude dans de meilleures voies. — Dans l’état où vous êtes, vous ressouvenez-vous encore de la langue latine? — Oui, puisque je viens de répondre à vos questions. — Ces réponses ne sont pas celles que nous désirions. — M. l’abbé sait que nous avons fait un voyage ensemble àVersailles qui dura trois jours et que c’est dans ce voyage que je lui fis connaître la matière. — Monsieur dit qu’il a bien fait un voyage avec vous, non à Versailles , mais a Saint-Cloud , non de trois jours, mais d’un seul ; que vous avez parlé de la matière, mais que vous ne lui avez pas fait connaître. Vous voyez donc que vous commettez des erreurs qui ne devraient pas exister ; on vous voit toujours à genoux, vous ne faites donc que prier ? Je prie Dieu, pour les hommes en général, et pour mes parents. — Vous avez donc des parents sur terre ? — Oui. — Votre père est-il mort? Oui. — Avez-vous des frères? -^Non. — Des sœurs ? — Oui. — Votre mère est-elle morte ? - Non. - M. l’abbé dit le contraire; votre mère est morte avant vous, otre père est bien mort, il est vrai que vous
n’avez pas de frère et bien une sœur; mais pour votre mère vous vous trompez. — Après cette nouvelle erreur nous concluons que cet homme ne possède pas en entier sa raison; M. l’abbé me fait observer que sa mère était morte pendant qu’il était dans l’idiotisme, ce qui fait qu’il n’en a pas eu connaissance. — Nous demandons le frère d’Adèle, auquel nous disons ; Cet homme est fou sans doute? — C’est un très-brave homme, bon par excellence, très-instruit ; mais ayant parfois des idées désordonnées, courant partout, n’étant nulle part longtemps ; on le voit en tous lieux. — Cethomme sur terre était halluciné , il a donc conservé ses hallucinations? — 11 a conservé, comme je vous l’ai dit, ses goûts les plus forts, et son état mental en paraît dérangé. — Les fous qui meurent ne sont donc pas débarrassés de leur folie ? — Non, leur folie fait tout leur bonheur, ils s’assemblent ensemble, pensent l’un comme l’autre et se trouvent heureux. — Mais vient-il un temps où ces hommes recou- ' vrent toute leur raison ? — Oui, Dieu les purii fie petit à petit, et ils entrent dans un cercle plus éclairé. — Nous ne pouvons nous fier à cethomme, qui ferait partager ses erreurs dans ' des travaux où il n’en faut pas. — Je vous en enverrai un autre qui aura travaillé à cet œuvre;
après que vous aurez mis sa lucidité à l’épreuve; vous écouterez ses conseils si bon vous semble; pour moi, je vous l’ai déjà dit, je ne m’occupe pas de ces genres de travaux.
62. J’étais curieux de connaître le personnage qu’Alpbonse devait nous adresser, je le demandai; mais, à ma surprise, ce fut encore le père Lauriot qui vint; l’air obligeant qu’il porte plaît beaucoup à Adèle, et, sur mon invitation, elle ne veut pas le prier de se retirer. Je lui tins le langage suivant : — Vous nous donnez des renseignements qui sont pleins d’erreurs, ce qui nous fait présumer que votre lucidité n’est pas assez forte pour nous être utile. — M. 1 abbé n est pas raisonnable. Je suis venu pour l’obliger; il a désiré savoir une masse de choses qui n’avaient aucun rapport avec la mission que je me proposais de remplir; l’on ma accablé de questions, avec une défiance toute particulière, comme si le passage que j’ai fait sur terre était assez agréable pour moi , afin que j en conserve un exact souvenir; que pouvais-je faire de plus que d’apparaître avec le costume que je portais dans ma folie sur terre, et dire que j’avais connu M. l’abbé à rbospice, et les particularités que je lui ai citées. Il a la certitude (jue j’ai dit vrai, (pie je
suis mort dans ce lieu; que voulait-il de plus? Il ne devait pas m accabler de questions qui réclament de ma part quelques recherches qui raviraient quelques instants au bonheur dont je jouis et que je ne peux sacrifier à de telles futilités. Vous croyez parce que je suis mort fou que je le suis encore? détrompez-vous ; je peux paraître distrait, mais je désire que les hommes de la terre ne soient pas plus fous que moi et sachent ce que Ton sait dans l’état où je suis. — M. l’abhé aurait désiré que vous vissiez ses travaux? — Je ne peux les voir que dans sa pensée, parce qu’il n’est pas au pouvoir d’un esprit de voir la matière. — Je croyais le contraire, car pour qu’un esprit puisse prédire des événements matériels, il faut qu’il les voie. — C’est une erreur, il en voit les causes, les additionne et les commente selon son jugement. — La folie est-elle une influence de la matière ou de l’esprit ? — De l’un et de l’autre, quoique la matière y soit pour les trois quarts, et ce n’est qu’elle qui est malade, par les empêchements qu’elle oppose à l’esprit dans l’ascension des idées. Ces dernières étant obstruées dans leur cours portent le plus grand trouble dans l’harmonie. Fort souvent une seule idée sur laquelle l’esprit s’appesantit trop suflit pour porter tout ce trouble dans l’intelligence. —
Etes-vous heureux au ciel ? — Oui, ce bonheur ne peut être décrit. — Quelles sont vos occupations?— La lecture, la prière, Tétude, les promenades ; enfin, ce que je peux désirer faire ou obtenir, je le fais et l’obtiens.
Nous venons d’obtenir, je crois, une des plus curieuses apparitions de ce livre; si elle laisse quelques doutes sur la santé de l’esprit de M. Lauriot, il est facile de les détruire en partie, mais elle n’en laisse aucun sur son identité. Nous avons donc eu l’apparition d’un homme inconnu totalement, que nous n’avions pas demandé; il a fallu dix jours à son ami pour le reconnaître après des recherches pénibles ; il reste à savoir comment le frère d’Adèle a pu nous adresser un bomme qu’il savait de la connaissance de M. l’abbé. Ce dernier et Alphonse ne se sont jamais vus sur terre ni connus. Adèle
n avait jamais vu non plus M. l’abbé et ses amis. Expliquera ce premier point qui pourra. Passons à un deuxième. Pourquoi cet homme se rend-il obscur dans certaines confidences et si vrai dans d autres ? c’est que réellement il a conservé sa manie terrestre de cacher son nom, ou il aurait entoure ce nom de l’opprobre public. La première hypothèse est plus recevable, puisque M. 1 abbé en fait un récit des plus honorables dans la conversation en latin;
pourquoi y voit-on tant d’erreurs? C’est, ou qu’Adéle était un mauvais interprète, ou qu’il ne plaisait pas a M. JLauriot de répondre à ces questions, ou M. l’abbé m’aurait déguisé la vérité, frappé qu’il a dû être qu’il me mettait en rapport, sans l’avoir prévu, avec un homme dont l’indiscrétion un jour pourrait me faire connaître des choses qu’il ne voulait pas que je sache. Je crois M. l’abbé honnête et trèsloyal, par l’empressement qu’il a mis en cette circonstance à éclaircir le mieux qu’il a pu cette apparition. Je conclus que M. Lauriot, comprenant mal les questions, n’ayant, comme tous les esprits, qu’un souvenir très-imparfait de toutes leurs actions terrestres, il a très-bien pu faire des erreurs à ce sujet; sa justification même n’a pas besoin de commentaires. Reste sa mère qui est morte avant lui , circonstance qui ne pourrait pas s’oublier de la part d’un homme sain d’esprit ; mais étant halluciné alors,
1 il n’en eut pas connaissance; il est dans une ' disposition d’esprit présentement semblable à ' peu prés, il ne s’en est pas occupé; il y a deux I ans qu’il est mort ; ils ne sont, pour lui, qu’une seconde. Sous l’empire des souffrances morales qui viennent de le, quitter, et sous celles du bonheur dans lecjuel il vit, il peut donc ignorer une j)ai'ticularité([u’il n’avait pas pu penser. ü’a-
près cecpicnoiis commençons à connaître sur les propriétés de la vie spirituelle, nous devons être moins exigeants ; il nous reste indubitablement prouvé, par le signalement bizarre, le chapelet, la médaille, la calotte, le physique, la taille, etc., que c’est l’hommeque M. l’abbé a reconnu. Cela ne serait pas suffisant, qu’il nous reste la conversation, les particularités de l’hospice Sainte- Thérèse; la promenade à Saint-Cloud n’en est pas moins vraie, quoique mal répétée, la date précise des travaux, la recommandation de continuer ce qu’il avait fait le matin même, que lui seul connaissait, la désignation exacte du travail qu’ont supposé d’autres lucides être le meilleur, les explications non moins exactes sur les membres morts et vivants de sa famille, à part sa mère, je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’insister sur ces particularités pour faire admettre cette apparition au rang des plus concluantes. M. l’abbé l’a acceptée franebement comme telle, ainsi que moi ; mais on va voir qu elle ne remplissait pas ses vues.
63. Avant d’introduire d’autres personnages, je dois rendre compte d’une autre appa- 1 ition de M. Lauriot, dont voici les résultats : — i .levons avais dit a la dernière séance que nous UC pouvions accepter vos avis. On ne vous a
pas (leinaiidé, pourquoi venez-vous? — Adèle dit qu elle prend plaisir a voir cet homme, dont elle connaît toute la bonté, et qu’il peut venir prés d elle en tout temps, qu elle ne le chassera pas. Alors, demande-lui pourquoi il t’a dit que sa mère n’était pas morte, puisqu’elle l’était avant lui? — Il me répond qu’il ne m’a pas dit cela, que c’est moi qui ai mal rendu ses paroles, qu il savait bien que sa mère était morte, qu’il ne pouvait dire le contraire. — Et ce latin auquel il t’a répondu tout de travers? — Je ne peux entendre les paroles matérielles, et vous ne m’avez pas transmis celles qu’on m’adressait, vous m’avez dit : On vous parle latin, j’ai pensé que c’était au sujet des travaux, ce qui fait que j’ai répondu alïirmativement. — Pourquoi n’as-tu pas reproduit les paroles de monsieur l’abbé à M. Lauriot? — Parce que cela m’ennuyait; comme je sentais que j’avais à faire à un homme qui ne croit à rien, je préférais commettre une erreur que de continuer ce genre de communications. — Je fis observer à Adèle (ju’elle avait eu tort, qu’elle aurait dû plutôt dire que cette manière de parler ne lui convenait pas, et que je voyais que M. Lauriot avait très-bien pu répondre aux observations de monsieur l’abbé (qui, après l’avoir entendu, a jugé comme moi que M. Lan-
riot était encore fou). Ainsi se terminèrent les apparitions de ce dernier.
G4. Voilà ce monsieur que mon frère avait dit qu’il m’adresserait. — Quel est son nom ?
— Il répond que nous ne le connaissons pas et ne pourrions le connaître. — A-t-il vécu sur terre? — Oui, mais c’est un étranger. — Où est-il né? — En Espagne. — Où est-il mort?
— En Espagne. — Dans quelle ville? — Il n’a pas de renseignements à donner, on ne pourrait le connaître. — Donne-moi son signalement? — Il est grand, gros, pouvant avoir soixante-quinze ans; ses cheveux sont encore très-noirs, quoiqu’il y ait quelques poils blancs dans sa barbe ; il est très-frais, a l’air d’avoir été un homme riche et très-respectable. — J’adressai à ce monsieur plusieurs questions auxquelles il répondit très-juste, et qu’il serait mutile de rapporter. Ne voulant point ici faire un traité d alchimie, je réserve ces renseignements pour un ouvrage à part. Je donnai connaissance de cette nouvelle apparition à monsieur 1 abbé avec tous ses détails, il en parut satisfait; mais ne pouvant s’assurer de l’identité du personnage apparu , ce qui n’aurait lien ajouté à la confiance qu’on devait avoir | dans ses renseignements. Nous consacrâmes j
quelques séances à converser avec cet homme que nous trouvâmes obligeant et sensé; mais monsieur 1 abbé, trés-cbangeant, incrédule et inconstant, me proposa une expérience décisive que j acceptai, tant pour mon instruction personnelle que pour son plaisir; car l’homme ne peut trop entretenir chez lui cette croyance au spirituel, par des expériences que réclame le moindre de ses doutes. Nous étions trésd’accord sur ce point, monsieur l’abbé et moi, j’avais douté et je doutais encore quelquefois, car on ne fait pas d’un extra-matérialiste un pur spiritualiste dans un instant, et monsieur l’abbé avait un doute de plus que moi, il craignait de ma part du charlatanisme. Il était dans son droit, puisqu’il ne me connaissait pas, et moi je me trouvai heureux de rencontrer un tel homme, dont les doutes devaient tourner à mon profit.
05. Monsieur l’abbé me dit. Vous aurez la bonté de demandera la prochaine séance M. de Mallet (Christophe-Edouard), vous aurez l’obligeance de m’écrire s’il est apparu et dans quelles conditions. Je doutais fort de cette expérience pour laquelle nous avions si peu de renseignements ; je le demandai et il apparut, à ma grande satisfaction. — Je demande à ce
jïionsieur s’il sera assez bon de répondre à (jLielquesqueslionsque désire lui adresser monsieur l’abbé? — Oui, répondit-il. — Je lui dis ([u’à la première séance ils s’entretiendront ensemble ; en attendant, je prie Adèle de me donner le signalement de ce monsieur. — C’est nn prêtre, ou du moins il en porte le costume, une robe noire sans surplis, il est un peu plus grand que monsieur l’abbé, gros à proportion; il paraîtrait aussi gros que lui s’il était de sa taille; il a une figure noble, le nez prononcé et un peu pincé ; il a un signe sous l’œil gauche sur la joue, les cheveux gris ; il peut avoir une soixantaine d’années. — Es-tu bien sûre qu’il porte un signe sur la joue gauche, sous l’œil? — Oui, il est assez prononcé. — Quel genre de signe, est-ce de la petite vérole? — Je ne peux voir, parce qu’il est à une assez grande distance; mais je peux assurer qu’il en porte un. — Ce monsieur se retire, Adèle a peur que monsieur l’abbé élève quelques diflicultés sur celte apparition et dit (ju’elle n en veut plus demander d’autres si elle s’est trompée.
bO. J avais envoyé le résumé de cette séanci a monsieur 1 abbé, je ne le voyais ni n’ci <nten(lais parler; je crus (pi’Adèle avait fai
erreur. Trois jours après je le vis arriver avec sa bonne, qui m’apportait un portrait de M. Mallet, qu’il avait été emprunter chez un de ses amis. Que l’on pense quelle fut ma surprise, qui égala la sienne, en voyant trait pour trait l’homme si bien dépeint par Adèle, et surtout ce signe qui n’était rien moins qu’une cicatrice d’un coup de sabre que ce monsieur avait reçu à l’armée. Monsieur l’abbé me dit : Je peux alors vous faire part de l’histoire de M. le comte de Mallet. C’était un des grands dignitaires de l’empire, ayant eu un très-haut grade dans l’armée ; à la mort de sa femme, il embrassa le parti de l’église avec non moins d’honneur qu’il avait servi l’empire. Il fut supérieur des religieuses de Sainte-Marie-de- Lorette, et il mourut en la paroisse de Saintr Sulpice, le 26 août, à l’âge de soixante ans, re.^retté de tous les cœurs droits et honnêtes : il
s’occupa beaucoup de métaphysique; il a composé un ouvrage sur cette science, que je vous prêterai, qui est le fruit de raisonnements éle-
vés et non superstitieux.
Monsieur l’abbé est ravi de cette expérience, il ne peut plus douter de la vérité de ces apparitions, convaincu qu’il est que je ne connaissais pas ce 'monsieur, vu que je n’avais aucuns détails sur lui, qu’il avait évité exprès
de ne pas être présent à cette séance, pour ne pas établir de communications de pensées. Ce (pii l’avait le plus étonné, c’était ce signe, cette hnlajre que lui-méme ne savait si c’était sous l’œil droit ou le gauche qu’elle était ; il était allé pour s’en assurer emprunter le portrait qu’il me présentait pour juger de la vraie ressemblance de l’apparition ; il regarda ce fait comme concluant et se dit convaincu. Il désira que j’endormisse Adèle, pour lui adresser quelques questions, ce que je fis de suite. Adèle fut frappée de la ressemblance du portrait qu’elle avait vu avant de dormir, avec celle de M. Mallet. Ce dernier répondit aux questions de monsieur l’abbé avec une justesse qui enthousiasma ce dernier, qui lui adressa encore la suivante.
la personne qui m’a prêté votre portrait, qui était un de vos amis sur terre, m’a prié de vous demander si vous aviez quelque chose à lui dire — Oui, qu’il prenne bien soin de sa santé, il est malade. — Monsieur 1 abbé trouva cette réponse peu en rapport avec ce qu il venait de voir de cette personne, qui n était nullement malade, puis il me quitta.
Monsieur l abbé revint le lendemain me i dire qu’il avait donné à son ami le conseil de M. Mallet . ce qui 1 avait beaucoup étonné, l^arce qu’clTectivcment il était indisposé depuis
une quinzaine, ayant été forcé de quitter ses travaux, et que sa bonne lui disait, il y avait trois jours : Si M. Mallet était encore sur terre il vous conseillerait bien de vous soip'ner. Cette particularité donna beaucoup plus de prix à cette révélation que nous ne l’avions pensé d’abord.
67. Après avoir demandé à M. Mallet ce que monsieur l’abbé désirait savoir, je lui fais adresser à mon tour les questions suivantes : — Les prédictions dites Dorval, auxquelles vous ajoutiez une grande croyance quand vous étiez sur terre, que vous avez même fait réimprimer en 1840, qu’en pensez-vous maintenant? Y croyez-vous encore? — Oui. — Pouvez-vous prévoir si les événements desquels elles font mention arriveront ? — Oui, mais ces prédictions sont exagérées. — Celles concernant la destruction de Paris auront-elles lieu? — Oui, mais moins fort qu’il est prédit. — Qu^d cela arrivera-t-il ? — Je ne peux répondre à votre question. — Par quel fléau cela arrivera-t-il ? le feu ou la guerre? — Par une révolution.
— Quel gouvernement régnera alors ^ — C’est là, où il sera dit : Prenez, jeune prince^ comme
le dit la prédiction. — Savez-vous si le fils de Louis XVÏ est mort ? — Non, il n’est pas mort.
— Le connaissiez-vous? Le baron de Richemont est-il ce fils ? — Je ne sais. — Pensezvous (pie c’est le peuple seul (jui causera tous ces désordres prédits ? — Le peuple et l’étranger. — De combien est composé un nombre?
— De 20
— Pour ma sûreté personnelle, je voudrais bien savoir quand cela arrivera.^ — Les événements qui précéderont cette catastrophe vous en avertiront assez. — Le bannissement des prêtres aura-t-il lieu ? — Les prêtres se sauveront de France. — Cette fin du monde annoncée dans quatre-vingts ans aura-t-elle lieu? — Vous ne serez plus sur terre alors, pourquoi vous en occuper ? — Ainsi vous regardez comme vraies ces prophéties ? — Oui, pour le fond, mais non pour les exagérations; il y aura bien assez de mal, sans en mettre davantage. — Adèle dit que ce monsieur ne veut elFrayer personne.
C)8. M. Mallet est précédé, dit Adèle, d’une i lumière qu elle n a encore aperçue ([ue devant | sa mère, je demande à ce monsieur s’il veut me répondre à quelques questions psychologi- ques > C est selon celles que vous m’adres- -j
serez. — Avons-nous une ame? — Vous le voyez bien, puisque j en suis une. — Quelle forme a-t-elle? — Celle du corps, celle que je porte en ce moment. — Où va-t-elle après sa séparation du corps? — Dans des lieux célestes. — Que fait-elle dans ces lieux? boitelle, mange-t-elle? — Elle y satisfait ses principales alfections. — Y a-t-il des lieux bons et des lieux mauvais? — Oui. — Les mauvais sont-ils ce que les chrétiens nomment Enfer?
— Oui. — Y brûle-t-on comme ils le disent?
— Ils disent ce q»i’ils ne croient pas. — Mais vous étiez prêtre , vous-même avez enseigné ces croyances? — Je n’ai jamais cru à ces choses. — Alors que fait-on dans ces mauvais lieux, y souffre-t-on? — On y satisfait ses affections, l’on s’y trouve heureux quoique ce soient des lieux de purification dans lesquels Dieu vous place, pour vous appeler plus tard prés de lui en vous pardonnant. — Sont-ce des lieux ou des états dans lesquels l’âme se trouve? — Ce sont des lieux. — ^ Y reste-t-on éternellement ? — Dans les bons, oui, et comme je viens de vous le dire, non, dans les mauvais.
— Quelles sont les connaissances de l’àme, dans ces lieux ? ■ — Celles qu’elle désire jiosséder et qu’elle acquiert à son gré. — Adèle ne veut pas être importune; je reçois ces révéla-
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lions avec conliance, parce qu’elles paraissent en dehors de tout calcul religieux, et qu’elles ont un prix bien plus grand dans la bouche d’un prêtre qui a joui d’une réputation si honorable sur terre, que dans celle de tout autre.
69. L’âme se souvient-elle de la terre et de ce qu’elle y était? — Oui. — Peut-elle voir la matière ? — Non. — Regrette -t-elle la vie matérielle?— Non. — Peut-elle à son gré visiter ses parents, ses amis? — Oui, quand elle est demandée dans l’état nécessaire à être vue comme est votre lucide. — Peut-elle influencer en quelque chose leur existence? — Oui, dans le bien qu’elle leur conseille toujours de faire. — Peut-elle leur apprendre quelque particularité de leur destinée? — Oui, mais elle le fait toujours avec beaucoup de prudence, surtout quand elle prévoit l’eflet que cette révélation fera sur le moral ; aussi est-elle forcée de ne pas tout dire. — SoulFre-t-elle beaucoup pour quitter son corps? — Plus ou moins. — Est-elle longtemps à connaître l’état dans lequel elle entre ^ — Elle le connaît de suite. — Vous venez de me dire qu’un es[)rit ne peut voir la matière, comment pouvez-vous venir dans cette maison, près de nous, sans nous voir? — Je sens 1 esprit de mademoiselle qui m’attire, et
je me trouve près d’elle selon son désir et le mien. — Cependant il existe des preuves qu’il y a des esprits qui voient la matière, puisqu’ils culbutent des meubles, des vases, qu’ils font des apports matériels? — Ce sont des mauvais esprits qui sont dans le cercle qui entoure la terre, qui errent encore prés d’elle, et qui, par goût, font ces choses. — Cependant il ne peut y avoir que des mauvais esprits qui aient cette propriété. J’ai lu plusieurs ouvrages de saints qui ont fait ou vu de ces phénomènes : M. Billot, homme très-pieux, a reçu de ces apports de la main des anges mêmes ; la sainte ampoule est due, dit-on, à ce genre d’apport ? — 11 est très-rare que Dieu permette ces genres d’apports, ils ne peuvent avoir lieu sans que le ciel n’en soit instruit, et cela ne se voit presque jamais. — M. Possin, dernièrement, dit avoir reçu, par l’entremise de son lucide, une couronne? — 11 n’y a rien eu de semblable au ciel dernièrement (1). — Enfin, nous avons encore un curé qui, dans une j)etite paroisse de pro-
(I) Cette déclaration de M. Mallet n’est nullement placée dans cet ouvrage pour donner gain de cause aux antagonistes de M. Possin ; que Dieu me garde d’une telle partialité. Comme on le verra plus loin, le ciel n’est qu’un composé de sociétés diverses; ce qui se passe dans l’une peut être ignoré de l’autre. Ne nions rien, car nous ne pouvons rien prouver!
vitice où on manquait de blé, son grenier en a été rempli selon ses vœux; il l’a distribué à ses paroissiens, sans que le grenier ne se vide, diton. Il y a des multitudes de faits semblables dans les livres saints? — H y a beaucoup de choses écrites qui n’ont jamais existé, il y en a beaucoup d’autres qui sont, comme je vous l’ai dit, du ressort d’esprits qui s’occupent de ces sortes de choses; mais pour qu’un homme obtienne de telles faveurs du ciel, il faut que son âme soit bien pure, n’ait en vue que le bonheur de ses semblables, et d’être agréable à Dieu. Ces hommes et ces faits sont rares ; mais ils existent et ont existé. Il faut toujours se méfier de ces sortes d’apports, qui ne sont fort souvent qu’un stratagème de mauvais esprits qui veulent flatter votre orgueil et votre incrédulité pour mieux vous dominer. — Enfin, puisque vous dites que ces apports peuvent exister par l’intercession des anges, comme parcelle des mauvais esprits, il faut bien qu’ils voient l’objet qu ils apportent? — Certainement qu’ils le voient; mais ils le prennent sur la terre, car au ciel il n y a rien de matériel ; quand une telle chose arrive, comme je vous l’ai dit, c’est un aussi grand miracle pour le ciel que pour la terre. ■— Vous concluez que les esprits du eiel ne voient pas la matière ? — Je vous l’ai
— 'lo3 —
dit, lioi s les conditions cjue je viens de vous énoncer. Vous m avez dit que vous vous sentiez attiré par la volonté de ma lucide, ne pourriez-vous pas correspondre de pensée avec moi, en répondant par sa bouche aux questions que je vous transmettrais mentalement? — Je le pourrais; mais cela offre des diflicultés qui entraîneraient des erreurs après elles, et ce serait beaucoup plus long n’étant pas dans l’état spirituel vous-même. Cette communication est trop difficile. — Je trouve utile d’adresser ces demandes à M. Mallet, quoiqu’on les ait déjà vues adressées à d’autres esprits ; on ne peut recevoir trop de confirmations à cet égard, il faut questionner toutes les croyances pour en conclure plus sagement selon leur affinité.
70. M. Mallet est plus ou moins longtemps à paraître. II bénit Adèle chaque fois qu’il vient et qu’il part; il ])araît qu’il avait cette habitude sur terre, àcequenousaditM. l’abbé. Je ne mentionne nullement les questions de ce dernier, qui n’ont aucun rapport avec ce que je désire connaître du spirituel. — Que pensezvous des possessions , principalement de celles de Loudun ? — Ce ne sont que des méchancetés des mauvais esprits , parce que les bons ne font que du bien. — Que pensez-vous des
convulsionnaires de Saint-Médard , etc., etc. — Il V a parmi elles de bonnes et de très-mauvaises actions ; des choses incroyables appartenant aux bons et mauvais esprits, des faits ordonnés par Dieu , d’autres qui en sont réprouvés. On ne peut apprécier toutes ces choses que par un jugement éclairé par la lumière divine et dégagé de tout calcul orgueilleux et égoïste. Je ne peux répondre à tout ce que vous me demandez qu’en vous conseillant d’être circonspect et de prier Dieu d’éclairer votre intelligence. — Pensez-vous qu’on peut se rendre invisible pour plusieurs personnes à la fois ? — Oui , par des drogues et des pactes avec les mauvais esprits ; mais il n’est rien qui déplaît tant à Dieu que ces choses par lesquelles on peut faire tout le mal possible. — Pourriez -vous m’enseigner cet arcane , je me crois incapable d’en mal user ? — Vous en êtes incapable en ce moment parce que vous ne le possédez pas ; mais à peine le sauriez-vous que l’orgueil de posséder une telle puissance s emparerait de vous et vous entraînerait à mal faire comme les autres. Dieu ne permet pas aux bons esprits de divulguer ces choses. — La fascination ny est-elle pas pour beaucoup?
Ne m avez-vous fait venir que pour vous faiie un cours de magic ? — Non ; mais c’est
pour savoir à quoi iii’eri teriii’ sur ces mystères; on a tant écrit de choses à ce su jet que je voudrais pouvoir les juger. — Ne vous en occupez pas, il y a beaucoup de bonnes choses d’écrites, mais il y a encore plus de mensonges et de mauvaises doctrines. N’en parlons plus.
71. M. Renard de Rambouillet, mon ami , auquel je communique au fur et mesure mes journaux, me pria d’adresser les demandes suivantes à M. Mallet. Désirant connaître ce qu’un prêtre catholique peut révéler du ciel , je satisfis à ses désirs dans cette séance. — Je désire la vérité de tout mon cœur , M. Mallet voudra-t-il bien m’en instruire par ton ministère en répondant à <juelques questions qui me sont adressées par un ami ? — M. Mallet répond qu’il le fera selon la volonté de Dieu. — Comment vous trouvez-vous dans le monde où vous vivez ? — J’y suis très-bien et très-heureux. — Etes-vous bien ce que nous nommons et ce que vous nommiez une ame quand vous étiez sur terre ? — Oui.- — La forme de cette ame que vous avez est-elle bien toujours exactement la ressemblance du corps qu elle habitait? Oui. — Donnez-vous? inaiigez-vous (1) ?
(1) Celte question est souvent répétée, parce qu’clleest très
Dort et marine qui veut, ce n’est pas un besoin comme sur terre, mais bien un plaisir pour ceux qui le font. — Lof^ez-vous dans une maison eomme sur terre ? — Je suis dans une maison; il y a des maisons dans cette vie comme sur terre. — Y a-t-il aussi des villes, des villages? — Je ne sais comment on nomme les villes au ciel , il me sufiit de vous dire qu’il y a des maisons. Je ne m’occupe pas du reste. — Quelles sont vos occupations ordinaires? — Je lis, j’écris, et passe une partie de mon temps à conseiller le bien aux méchants. — Vous pouvez donc communiquer avec eux? — Oui, avec leur esprit. — Qui vous donne ces livres et ces maisons? les bâtissez-vous comme sur terre ? — Ces maisons, et tout ce qui existe au ciel, sont inaltérables, indestructibles , impérissables , ont été créées par Dieu de tous temps , et ne peuvent subir aucune altération. — Se fait-il des unions ou mariages dans le lieu où vous êtes ? — L’on s y marie comme sur terre, avec cette différence que c’est pour l’éternité; on ne peut plus se quitter , vu qu’on ne peut s’y unir
naturelle et qu elle se présente la première comme la plus nécessaire à une existence quelconque. Cet ouvrage ne doit pas
être soumis aux règles de la rhétorique, mais bien à celles de la science.
s’il n’existe pas une ressemblance exacte dans les affections , la manière de penser, et tout ce qui peut constituer un bonheur parfait. — La femme qu’on a épousée sur terre est-elle celle qui devient l’épouse du ciel? — Pas toujours; on connaît beaucoup mieux les affections et défauts l’un de l’autre , et Dieu ne souffrirait pas une union dissemblable comme sur terre.
— Quand vous le désirez êtes-vous en compagnie d’amis, de parents morts comme vous?
— Oui; mais si nos idées ne s’accordent pas, nous ne pouvons rester ensemble , nous nous séparons. — Parle-t-on plusieurs langues dans l’autre vie ? — Je n’ai jamais parlé d’autre langage que celui que je vous parle ; mais entre nous, nous nous comprenons sans parler, il est rare que nous fassions usage de la parole.
— Piestez-vous longtemps dans l’état où vous êtes ? — Notre bonheur est si grand que personne ne désire en changer ; quand on a tout ce qu’on désire on ne peut rien envier de plus.
— Les esprits peuvent-ils visiter les globes, comme la lune, les étoiles — Par la permission de Dieu ils vont où ils désirent aller.
— Adèle me dit que j’abuse de la complaisance de M. Mallet, dont l’air respectable et de bonté lui impose du respect. Je fais cette der- Tiière question. — Dieu vous est-il apparu ?
Sous ([iiellc roriiie? — Je n’ai jamais vu Dieu positivement. — iVdèle ne veut pas continuer; ce qui occasionne une discussion entre nous deux ; je lui fais observer que si je demande un esprit c’est pour m’instruire sur la vie future par ses lumières ; qu’il doit connaître mon ignorance et la pureté de mes intentions, ce qui ne doit pas le formaliser. — Ce qu’il voit avant tout c’est ton incrédulité ; quand on sait ce que je sais, on aime peu à abuser de la complaisance d’un homme respectable, qui, dans quelques heures , va passer à tes yeux pour une hallucination et ses réponses pour des erreurs de mon imagination. Les esprits ne tiennent plus aux choses de la terre , ils ne s’en occupent pas plus que nous ne nous occupons d’une rue dans laquelle nous avons passé il y a vingt ans. Peut-on penser avec plaisir à des scènes de la vie qui nous ont occasionné des peines ? Non ; ce qui existe chez nous c’est l’indilférence pour le passé, et cette indiflerencc est encore bien pins grande pour les esprits qui ne doivent jamais revoir la terre; tu as assez tourmenté mon frère dans le temps pai tes questions pleines de doute. Les esprits peuvent se tromper, ce qu’ils ne feraient pas s ils attachaient plus de prix aux choses de la telle; ce ne sont pas des criminels à la ques-
lion; el souviens-toi pour toujours, si tu ne veux pas chasser tous les esprits qui viendront te voir, et obtenir d’eux de bonnes solutions , de laisser en leur présence le doute et l’objection de côté. — Cette longue morale d’Adèle eut lieu de me surprendre ; il est vrai que je venais de lui faire plusieurs objections, et me proposais de lui demander des preuves nouvelles. Tellement, je le répète, il est difficile de convaincre un incrédule et d’établir un parallèle entre la vie future et la vie présente ; notre raisonnement épilogueur est ce qui convient le moins à un bon lucide ; on ne pourra, en face de tels traits, dire sans cesse : Le lucide est le miroir de la pensée du magnétiseur; dans ce cas Adèle serait toujours d’accord avec moi. Oui, il existe des somnambules de ce genre, mais ce n’est pas elle. Je l’ai mise en rapport avec d’autres magnétiseurs qui n’ont pas plus que moi pu influencer en rien sa volonté. Elle est isolée de ce côté, et se trouve totalement indépendante de toute influence ; son système n’est pas toujours le mien; elle n’a aucune connaissance en psychologie; et ce que M. Mallet vient de répondre prouve qu elle n’y met rien du sien ; elle est trop respectueuse envers les gens d église pour dénaturer leuis I paroles au profit de mes croyances qu elle
— IGO —
combat, pour établir à leur place celles qu’on vient de lire et qui ne sont nullement en rapport, comme on le voit, avec celles de l’église ; je n’ai vu nulle part que l’Eglise admette des maisons, des occupations, des alFections et des mariages au ciel. Je n’ai vu ces choses que dans Swedenborg, et ces révélations m’ont semblé si en dehors de ce que je croyais alors au néant, comme les matérialistes, que je ne peux les admettre que par la multiplicité de celles qui me sont faites par des gens de toutes croyances, que je ne peux, que je ne veux pas influencer et par les comparaisons que le raisonnement doit faire entre les faits matériels magnétiques que nous voyons tous les jours , et ceux spirituels qui semblent la source des causes, quand les nôtres ne sont que les effets. Comme il ne peut y avoir d’effets sans causes, et que ces dernières doivent être le type des effets ; l’esprit , étant lui-même une cause , doit retourner dans la sphère où tout est, et d’où tout est manifesté. Nous y trouverons naturellement des maisons, jardins, hommes et usages.
72. Le 8 juillet 1846, je magnétise Adèle pour la mettre en rapport avec l’ame d’une jeune femme de vingt-quatre ans, morte le 2
(lu même mois. A peine demandée, elle apparaît tenant dans ses bras un petit enfant qu’elle avait perdu à peine né; l’apparition de cet enfant nous étonna, vu que nous ne nous y attendions pas. Adèle est peu disposée à lui adresser desdemandes, médisant : Laisse-moi un instant avec elle, et donne-lui au moins le temps de se reconnaître dans le nouvel état où elle est. Adèle éprouve une pénible émotion à l’apparition de cette femme qu’on nommait Elisa, et pleure avec abondance. Ces larmes témoignaient assez de sa bonne foi; Elisa lui apparaît vêtue en blanc, une couronne sur la têle; elle se dit très-heureuse et ne comprend pas pourquoi elle avait peur de mourir. Elle voudrait avoir quitté la terre plus tôt. Elle dit à Adèle : Lorsque vous suiviez mon corps à mon enterrement, vous avez eu la pensée de mettre un souvenir sur ma tombe : vous me feriez plaisir de le faire. — Je demande à Adèle si elle a pensé quelque chose de pareil? — Oui, j’ai marchandé un petit médaillon et ne l’ai pas acheté. — Je prie Adèle de me jurer, sur les cendres de sa mère, que ce qu’elle me dit à l’instant est exact, et que c’est bien Elisa qui a deviné sa pensée. — Adèle me jure avec ferveur qu elle dit la vérité et que dans une circonstance semblable ce serait un mensonge sacrilège. — Je
ne pense pas que tu m’aies trompé; mais tu aurais pu lui demander si elle désirerait ce médaillon que tu as désiré lui acheter ? — Non, c’est elle qui me l’a dit, je ne pensais plus à cette circonstance. — Elisa attaclie-t-ellc quelque prix à son corps, pour désirer le voir orné d’un médaillon ? — Non ; mais les morts aiment toujours voir des marques de bon souvenir dans le cœur de ceux qu’ils ont quitté. — Le mari d’Elisa était présent à cette séance et ne pouvait croire à de telles apparitions; il me dit ; Adèle a assisté aux derniers moments d’Elisa, elle a été frappée d’une telle mort; l’attachement qu’elle lui portait peut réagir sur son imagination; pourriez-vous me fournir une autre preuve de la vérité de ces apparitions? — Oui, à une condition : c’est que vous réfléchirez bien à la personne dont vous voudrez l’apparition ; vous ferez en sorte que nous ne l’ayons jamais vue ni entendue parler; prenez toutes les précautions, je ne vous demanderai que son nom. Après cette preuve ne m’en demandez pas d’autres, tâchez qu’elle soit en rapport avec ce que vous désirez. — Ah! je vous préparerai cela et nous verrons demain si vous voulez. — Oui.
M. Demarest, mari d’Elisa, vint le len-
demain, comme il était convenu. Je magnétisai Adèle. 11 me dit alors : J’ai perdu une sœur dont voici le nom : veuillez la demander? — La voilà. — Donnez-moi son signalement, ditil (il n’était pas en rapport avec Adèle). Cette dernière répondit : Elle est un peu plus grande que monsieur son frère; elle a les cheveux blond foncé, figure longue, grands yeux bleus et très -doux. Sur l’observation de M. Demarest, si Adèle voit bien ses yeux, cette dernière fait approcher un peu plus près la sœur de ce monsieur, et dit que le droit lui paraît comme brouillé. — C’est une taie, dit ce monsieur, qui lui est poussée à la suite d’un événement.— La bouche est petite, reprend Adèle, la peau très-blanche, teint pâle relevé d’une légère rougeur sur les pommettes des joues comme en ont les poitrinaires; son maintien est mélancolique. Adèle sent qu’elle devait être bien aimée sur terre; elle lui donne environ dix-huit ans. Sa voix a quelque chose de doux et de traînant. Elle dit à son frère que leur père, malade à la dernière extrémité, à soixante lieues de Paris, est sauvé; qu’il se console de la perte d’Elisa; qu’elle-mème lui est apparue exprès pour lui donner la conviction qu on existait bien après la mort. Elle était accompagnée d’une jeune fille cpie son frère n a pu
reconnaître sur le signalement que lui en a donné Adèle, et que sa sœur dit être une de ses amies de pension. — M. Demarest a reconnu tous les détails du signalement exacts, à part les dix-huit ans que lui donnait approximativement Adèle, sa sœur en avait vingt et un; à part la couleur des cheveux qui, dit-il, étaient châtains, Adèle les a vus hlond foncé; puis l’œil qu’elle n’avait pas découvert de suite, vu que cette personne était de côté et loin d’Adèle; le reste est très-exact, jusqu’à la révélation du mieux dans la maladie de leur père, ce qu’on ne sut que quelques jours plus tard. Le croirait-on? ces trois faits ont suffi à M. Demarest pour douter de la réalité de l’apparition. Une somnambule qui se trompe de trois ans dans l’appréciation de l’âge, ce monsieur avoue que sa sœur ne portait pas cet âge; ensuite, sur une nuance plus ou moins foncée de cheveux et sur un léger retard à déclarer une taie sur l’œil ! cela suffit à cet homme pour douter d’une apparition aussi détaillée ; toutes les autres particularités, jusqu’au timbre de voix, sont d’une sévère exactitude; son père qu’il croyait mort et dont on lui annonçait le retour à la santé, ne suffisait pas a cet homme inciuiet et soupçonneux; U m en avait fallu moins pour croire et j’étais
aussi éloigné que lui de ces croyances. Je noterai que dans la séance il croyait, et était très-étonné; ce ne fut que plus tard que ces faits disparurent de sa mémoire pour y placer ces trois futilités (1). On ne pourra dire après une telle séance, qu’Adèle a vu ou lu dans sa pensée, sans quoi ils eussent été d’accord, elle aurait dit vingt et un ans pour dix-huit (à peu près), châtaine pour blond foncé, et surtout l’œil qui était le signe le plus distinctif de l’apparition aurait été cité le premier. Les hommes d’un sens droit qui s’arrêteront à cette apparition en concluront autrement, je le pense, surtout si je leur dis que j’avais un petit somnambule, âgé de dix ans, qu’on verra figurer à la suite d’Adèle, qui possédait la spécialité des vues à distance, qui, un jour, mis en rapport avec ce M. Demarest et visitant son logement, dit voir sur une petite table une redingote bleue; M. Demarestn’acceptapas cette vue parce qu au lieu d’une redingote c’était un paletot. Un petit sou de dix centimes, qui n’ont plus cours que poui
(1) Huit jours n’étaient pas écoulés qu’Flisa prit elle-même le soin de prouver à son mari quelle existait aussi bien et mieux que lui par des apparitions qu’il eut d’elle dans son état de veille et dans son sommeil. Il se passa à son égard des faits qui l’inquiétèrent beaucoup, et ne lui laissèrent plus douter
d’une vio future.
— IGC —
un liard, mis dans une boîte, l’enfant dit : Je vois un liard, ce monsieur s’écria : Cet enfant ne dort pas, il ne sait ce (ju’il dit.
74. M. Renard , duquel j’ai déjà parlé , homme auquel je dois le peu de connaissance que je possède sur le magnétisme, étant appelé à Paris, pour ses affaires, me pria d’endormir Adèle et de lui donner une séance d’apparition du genre de celles dont il avait connaissance par mes journaux. Je me trouvai heureux de satisfaire aux désirs d’un aussi sincère ami et d’un homme si judicieux et instruit. A peine Adèle fut en sommeil, qu’il demanda un nommé Desforges, son ancien ami, mort depuis quinze ans; ce dernier apparut. M. Renard se fit donner un signalement minutieux de son ami qui ne laissa aucun doute sur la vérité de cette apparition. Il y eut entre Adèle et lui (quoiqu’il ne fût pas en rapport avec elle) un débat sur la mise de ce monsieur; Adèle soutenait qu’il lui apparaissait avec une blouse fendue par devant, et M. Renard ne l’avait, disait-il, jamais vu en blouse ; il portait habituellement un gilet ou veste ronde. Après bien des recherches dans ses souvenirs, M. Renard se rappela qu effectivement, quelque temps avant qu’il ne quittât son ami , on commençait à porter dans
son pays ce genre de blonses, et qu’il en portait une comme la décrit Adèle. — 11 serait inutile de mentionner ces détails minutieux, poses, langages, etc., avec lesquels Adèle persuade les personnes qui la consultent à ce sujet. — Une resta rien à désirer à M. Renard. Il fut vivement ému de cette apparition; M. Desforges était sur terre un homme très-studieux, instruit en physique et sciences occultes. M. Renard veut profiter de sa présence pour lui demander quelques renseignements sur la fabrication des miroirs magiques. M. Desforges répond : Pourquoi vous occuper d’une telle futilité, qui ne servirait qu’à vous nuire dans l’esprit des sots qui vous entourent ; ne leur paraissez-vous pas assez supérieur et incompréhensible ; que seriez-vous donc alors ? vous passeriez pour sorcier, ce qui vous vaudrait leur haine et des tracasseries qui troubleraient le peu de temps qui vous reste à passer parmi eux; croyez-moi, comme un pur ami, ne vous occupez pas de ces choses, vous ne tarderez pas à me rejoindre, et là vous connaîtrez ce que vous désirerez» Sur une nouvelle observation de M. Renard, son ami lui répond: Ces genres • d’expériences offrent toujours après elles des désagréments qu’on voudrait avoir évités quand il I n’en est plus temps. Pour que ces miroirs aient
une propriété absolue et générale, il faut être en rapport avec des esprits qui vous font payer plus tard le peu de complaisance qu’ils ont eu à notre égard.
M. Renard désire appeler M. Emmanuel Swedenborg, Adèle le voit, lui donne son signalement, que M. Renard reconnaît conforme à ce qu’il peut en concevoir, le voici : Je vois un homme d’une belle corpulence, il a les cheveux bruns, la figure sévère, quoique n’ayant rien d’intimidant; d’épais sourcils. Il est babillé drôlement ! il porte un habit comme on n’en voit plus; il a des parements à ses manches , grands et retroussés, doublés d’une autre couleur que celle de l’étoffe de son habit. Ah! les grands boutons ! Il a des boucles sur ses souliers. — Quel âge porte-t-il? demande M. Renard. — Environ soixante-six ans (1 ) . M. Renard dit qu’il en avait plus de quatre-vingts quand il est mort, mais que dans son pays (le Nord, et surtout lui ) les hommes ne portent pas leur âge. Adèle ajoute qu’il a les cheveux bouclés, qu’il paraît d’une vieillesse bien fraîche.
M. Renard reçoit quelques conseils de la
(1) Il est très-difficile d’apprécier l'àge dans la vieillesse à la première vue, et Adèle est une très-mauvaise physionomiste ; je n’ai pas cru devoir taire cette fausse appréciation. Je j ne peux cl ne dois rien amplifier ni supprimer.
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part d Adèle, sur l’état de sasantë, qui prouvent à ce dernier qu indépendamment de sa lucidité spirituelle, elle ne l’est pas moins pour les maladies du corps.
75. Adèle redemanda Elisa, qui vint aussitôt avec son petit enfant qu’elle fit embrasser à Adèle, puis elle s’assit sur les genoux de cette dernière, ce qui parut ne pas trop lui convenir. Elle lui fit les questions suivantes : — Vous m’avez dit la dernière fois que vous aviez vu dans ma pensée que j’avais eu celle de mettre un médaillon sur votre tombe; votre âme suivait donc votre corps pour le mettre en terre ? — Oui, je sus aussi que ma tante, qui était avec vous, désirait y mettre un bouquet de pensées. — Cette seconde confidence est trèsvraie. — Comment vous trouvez-vous maintenant?— Très-heureuse. — Quelles sont vos occupations ? — Je me promène, tout ce que je vois me paraît si joli que je ne me lasse pas d’admirer ce qui m’entoure. — Adèle s’écrie aussitôt : Tiens, la gourmande! elle mange une belle pêche; je la reconnais bien là, la promenade et la gourmandise, voilà ses plaisirs, elle n’en sortira pas. — Elisa voudraitelle me dire ce qu elle a éprouvé au moment
de sa mort, et comment s’est faite sa résurrec-
tion ? Je me suis trouvée dans le ciel, comme
si je sortais de me réveiller; je vous croyais encore tous au bord de mon lit, je vous appelais, quand d’autres personnes qui m’entouraient me dirent que je n étais plus sur terre, que je venais de mourir; je ne pouvais croire ce qu’on me disait; mais je finis par voir que je n’étais plus parmi vous, quand j’aperçus mon père, mon enfant, qui ne me quittent pas depuis ce jour. Je vis aussi cette petite compagne qui est prés de moi, qui était morte depuis cinq ans ; je l’avais connue dans la maison où je fus élevée et où elle est morte ; on la nommait Héloïse. — Adèle me dit voir prés d’Elisa cette jeune fille, trés-jolie, qui paraît très-douce ; elle est blonde. S’il m’était nécessaire d’ajouter une preuve à celles que je possède en abondance, j’irais aux informations sur cette jeune personne. — Je demande à Elisa si son mari ne sera pas malade du chagrin que lui a occasionné sa mort ^ — Ce ne sera rien , dit-elle , lorsqu’il reviendra de la campagne il n’y pensera plus. — Elisa savait ce voyage comme elle avait su la pensée d’Adèle et de sa tante. — Je veux lui adresser d’autres questions; mais Adèle me dit : Laisse-la un peu se promener, elle ne fait que d’entrer au ciel, elle ne peut te répondre a tout. — Je lui
demande si à son entrée au ciel , elle a vu Dieu ? — Non, dit-elle, pas encore. — Avezvous vu des anges ? — Non ; mais des personnes qui vous parlent au nom de Dieu, comme venant de sa part, et je ne crois pas ces personnes des anges.
76. Je redemande M. Swedenborg, il apparaît : Voudriez-vous avoir la bonté de répondre à quelques questions sur le monde spirituel maintenant que vous l’babitez ; vos réponses m’en imposeront davantage. — M. Renard était présent à cette séance. Nous demandons à M. Swedenborg s’il n’a rien à rectifier dans les écrits qu’il a laissés sur terre et qui parlent du monde spirituel? — Il répond qu’ils renferment quelques erreurs qui ne peuvent avoir aucune influence ; il dit ne pas être satisfait de quelques disciples qui ne se conduisent pas comme ils devraient le faire ? — M. Swedenborg promet de revenir prés de nous quand nous aurons besoin de lui. — Adèle dit : Il impose les mains sur nous comme pour nous bénir et s’en va. — Nous nous consultâmes, M. Renard et moi, sur ce que nous devions penser de l’apparition de ce grand extatique. Etait-ce bien lui? nous n en doutions pas; mais nous pouvions être joués par un mauvais
esprit; alors, disions-nous, Dieu que nous appellerons à notre aide et M. Swedenborg ne souffriront pas que nous soyons ainsi trompés. D’ailleurs nous nous en apercevrons tôt ou tard , et nous saurons quel cas nous devrons faire de ses révélations ; mais je dois dire que si un mauvais esprit peut se présenter pour répondre à la place d’un bon , on peut le chasser par un commandement au nom de Dieu , ce qui m’a toujours réussi et ce que je fais à chaque apparition ; une fois la première bien reconnue valable, on demande à la personne un signe de reconnaissance qu’elle vous montre soit dans un signe particulier, dans un bijou ou autre chose que Dieu ne permet jamais d’imiter par les mauvais esprits. Il ne faudrait pas non plus , parce qu’un esprit ferait quelques erreurs dans ses révélations, surtout dans ses souvenirs terrestres, erreurs auxquelles ils sont très-sujets, croire que c’est un mauvais esprit qui vous trompe ; non , on doit s’attendre à des mécomptes. Les esprits ne peu- 'Dent répondre à tout ce quon leur demande, parce que leurs connaissances sont bornées à l’aflection qu’ils ont. Ainsi il faut chercher des esprits qui partagent les vôtres si vous voulez obtenir des solutions qui vous conviennent; mais il est rare que des parents ou des amis
soient remplacés par des esprits espiègles; nom qui leur convient, puisque tout leur bonheur consiste à vous tromper comme font les enfants.
77. J’appelle M. Swedenborg qui vient aussitôt. Je lui ordonne , au nom de Dieu , de se retirer s’il est un esprit faux; il s’avance au contraire, prend la main d’Adèle en lui disant: Ne craignez rien, je suis bien Swedenborg. — Pouvez-vous être remplacé par un mauvais esprit? — Non, tant que vous me désirerez avec l’intention pure de vous instruire, je viendrai; mais si au contraire vous agissiez avec mépris et autorité, je ne me présenterais pas , et un autre pourrait venir pour vous tromper. — Pouvez-vous communiquer de pensée avec moi et me répondre par l’organe de ma lucide? — Non; votre pensée est trop enterrée dans la matière; je pourrais le faire, mais il est mieux de nous servir de Made , pour éviter les erreurs. — Pourriez-vous m’enseigner un moyen de pouvoir entrer dans l’état nécessaire pour communiquer directement avec vous par le secours de ([uelques combinaisons narcotiques? — Le seul moyen praticable est e magnétisme; tout autre état, provoqué par
des narcotiques , irrite les nerfs, influence les
idées en les désorganisant, et ne peut par conséquent valoir l’état magnétique. — Si je vous fais cette question c’est parce que je voudrais pouvoir vous exprimer mes demandes moimême pour qu’elles ne soient pas altérées ? — En ce cas, faites-vous magnétiser fortement derrière les oreilles, c’est votre partie sensible, et peut-être réussirez-vous. — Pouvezvous répondre à cette question : « Dieu a-t-il créé l’homme mâle et femelle comme le dit la Bible ? — La Bible est un excellent livre qui renferme de très-bonnes choses à étudier. Dieu a créé un homme et une femme. — Entendez-vous par là que chaque homme que Dieu a créé a une femme également créée pour lui? — Oui, chaque être a son complément; femme et homme sont créés par couple. — Ces deux êtres naissent-ils et meurent-ils en même temps? — Le temps n’y est pour rien, ils se retrouvent au ciel quand Dieu le veut. — Ces deux êtres sont-ils en tous points ressemblants de pensées et de forme ? — Oui. — Dans leur union intime connaissent-ils l’amour dans ses actes charnels comme sur terre? — L’amour ' céleste ne peut être décrit par le langage ma- ► tériel, c’est une sensation inexplicable. — Voit-on des célibataires au ciel ? — Oui ; mais i chaque être ne peut être parfaitement heureux ^
sans être réuni à sa moitié qui est son complément de vie. — Peuvent-ils être séparés par un caprice dépendant d’eux ou hors d’eux? — Non , on ne peut être séparé de ce qui fait votre bonheur. ■ — Le bonheur des âmes tranquilles peut-il au ciel être influencé par de mauvais esprits? — Non; ils sont séparés, et un esprit inférieur ne peut en rien troubler l’esprit supérieur. — Avez-vous la conviction qu’on ne revient pas à une seconde existence matérielle? — On est au ciel pour l’éternité. — Se rend-on compte du temps qu’on passe dans cet état de bonheur et des espaces qu’on parcourt? — Le temps ne s’y compte pas, mille ans sont un jour dans l’éternité; l’espace, n’offrant aucune fatigue à être franchi , ne s’y mesure pas. Le corps est si léger qu’il se trouve transporté où il désire être sans s’apercevoir de la distance qu’il a parcourue. — En dehors des affections, y a-t-il des états par lesquels on doive passer pour arriver à ce degré supérieur de félicité ? — L’affection fait les états. Ces derniers se succèdent suivant la force de l’affection qui les engendre et les conduit a la supériorité du bonheur.
78. Un fou recouvre-t-il de suite l’usage de sa raison ? — Il recouvre sa raison , mais il lui
faut plus ou moins de temps pour liarmoniser ses idées qui eontinuent pendant quelque temps d’être plus ou moins désorganisées. — La folie provient-elle de la matière ou de l’esprit? — Elle provient de l’esprit. — On m’avait dit qu’elle provenait de l’un et de l’autre ? — Certainement que la matière entrave l’esprit; mais pour prouver que l’esprit seul reste affecté, c’est qu’il l’est encore après sa séparation d’avec la matière. — Comment pensezvous que cela s’opère? — Un homme livré à des études actives fatigue ses idées , et la trop grande contention d’esprit sur une seule désorganise les autres. — Nous avons aussi d’autres cas de folie chez des êtres non livrés aux études, qui sont fort souvent enfantés par des accidents très-matériels, des chutes, des peurs, des nouvelles affligeantes, etc. — Ces accidents ne sont que des causes secondaires qui n’auraient produit aucun effet sur des cerveaux bien organisés ; il existe quantité d’hommes dont les dehors dérobent à notre jugement des pensées très-fortes, n’importe quel but elles aient ; ce sont des pensées comprimées qui , dans une brusque commotion, débordent les autres idées et désorganisent tout l’individu.
De mauvais esprits peuvent-ils nous rendre lous sur terre — Non. — Peuvent-ils nous
halliiciiier par des apparitions , des transports de meubles, des bruits et mille autres faits de ce genre? Ils ne le peuvent que dans les conditions où vous vous trouvez pour être impressionnés, mais le plus souvent ces hallucinations sont dues a des personnes matérielles d’une très-mauvaise influence qui, par leur propriété ou celles qu’elles obtiennent par des pactes faits avec des esprits qui sont dans cette affection, se plaisent à déranger vos idées et vous tourmenter; rinfluence des poisons y est aussi pour beaucoup. — Je ne croyais pas à de tels pactes. — Ils existent ; mais rien ne déplaît plus à Dieu. — Quel est le moyen de se débarrasser d’une telle possession pour celui qui en est victime ? — Défaire ce que vous faites quand il apparaît un mauvais esprit à votre lucide, de lui commander, au nom de Dieu, de se retirer. — Dans les possessions de Loudun et autres, ces commandements n’ont pas toujours suffi. — Dans beaucoup de possessions il y a eu souvent trop d’intérêts en jeu; les prières n’étaient pas toujours aussi pures qu’elles le paraissaient, car la puissance de Dieu déborde toutes les puissances de l’univers, et il n’est aucune possession qui résisterait s’il était invoqué du fond du cœur. C’est la seule et plus belle puis-
sauce qu’il soit donné à l’homme de se servir. — Que pensez-vous des talismans ? — Il y en a de très-bons; mais il faut les mériter, c’est un don de Dieu. — Pourriez-vous me donner le dessin d’un bon? — Je ne le peux; mais il en est un qui les vaut tous, qui est de se placer sous la protection divine, avec pureté de cœur; aucun autre ne vaut celui-là.
— Que pensez-vous de la perception qu’on obtient par le secours des miroirs dits magiques, qui servent à découvrir des voleurs ou des faits cachés de ce genre, et utiles à notre sûreté ? — Ils existent. — Quels sont les esprits qui peuvent faciliter ces sortes d’opérations? — Les bons et les méchants. — Pourriez-vous m’enseigner cet arcane? — Oui; mais il faudra que je vous étudie avant, et nous verrons après. — Que pensez-vous de l’astrologie?— Adèle dit que M. Swedenborg ne répond que par un geste qui semble signifier son doute à cet égard et qu’il ne s’en occupe pas. — Adèle me trouve ennuyeux, j 'adresse encore cette question : Que pensez-vous de l’alcbimie? — Lapierre existe : c est encore un don de Dieu ; il faut être bien pur pour la posséder. — Nous avons un long entretien à ce sujet que je ne peux rapporter.
^0. Vous m avez dit dans la dernière séance
que vous étudieriez si j’étais digne de posséder 1 arcane du miroir, puis-je espérer recevoir de votre générosité cette révélation? — Oui. C’est très-difficile d’exécution, vous vous y prendrez de cette manière
J’en possédais un qui était très-bon. — Depuis votre mort, avez-vous enrichi vos connaissances qui sur terre étaient déjà si vastes ? — Non, au contraire, j’ai plus perdu que gagné en ce genre qui n’est plus mon affection; quand j’étais sur terre, je désirais instruire les hommes sur ce qu’il leur est utile de connaître ; mais maintenant ce besoin ne me poursuit plus, et toutes les connaissances nécessaires à la vie matérielle ont cessé de m’ètre expliquées lorsque je rentrai dans le ciel. — Quelle est votre affection dominante, maintenant? — Je suis dans une société de quelques amis, nous nous occupons de philosophie céleste; dans l’état où je suis, on connaît ce qu’on désire, ce qui est une continuelle source de félicité. — Avez- vous connaissance de la création primitive de l’homme? — Oui; mais je ne crois pas utile de vous l’expliquer. --- Pourriez-vous m’expliquer ses propriétés et ses rapports avec l’univers; l’on croit maintenant à un système (pie vous semhlez approuver dans vos ouvrages ,
([ui démontre riiomme comme représentant en petit Tunivers entier ? — L’homme est réellement un représentant de ce qui peut être borné à son globe, vu qu’il possède en lui toutes les essences qui le composent ; mais là se borne sa ressemblance avec l’univers. — On est allé jus([u’à dire qu’il avait en lui, indépendamment de tout ce qui existe matériellement, les lieux, les actions, les pensées universelles, en ce qu’il se trouve dans les lieux qu’il désire voir; qu’il connaît et voit les actions et pensées qui existent et n’existent plus. Comment expliquer une telle puissance ? — L’homme matériel est un composé de tout ce qui existe matériellemeîît ^ c’est-à-dire qu’il a en lui les essences de tous les régnes, mais non pas les lieux et distances. L’homme spirituel a seul le pouvoir de connaître les lieux , actions et pensées qui sont bien hors le corps matériel et non dans lui ; comme les essences terrestres, il peut franchir ces distances, qui pour lui n'existent pas; il peut connaître les actions passées, puisque pour lui il n’y a rien d’anéanti, que le présent, le passé et l’avenir ne sont qu’une condition d être que lui présente la matière. Il peut communiquer avec toutes ces choses, qui sont autant d unités hors lui, et ne font qu’un avec bu, selon la puissance de son désir. — Cou-
naissiez-vous le magnétisme avant de mourir, vous semblez 1 indiquer dans vos ouvrages ? — Je n en connaissais pas les propriétés dans tout leur développement, j’en avais une connaissance confuse. — Vous paraissez également y indiquer la phrénologie, en disant que les pensées s’agglomèrent dans la tête en espèces de sociétés, séparées et casées ? — Notre tête n’est qu’un composé de pensées confuses qui, lorsqu'elles ne sont pas dirigées et casées par l’homme spirituel avec discernement, mènent à l’amour du mal. — Pourriez-vous me donner une description claire sur la nature des pensées? — Dieu en créant l’homme Jious a tous pourvus d'un nombre égal de pensées , il Il existe pas un être qui en possède une plus quun autre. C’est à l’homme à séparer les bonnes des mauvaises, s’il veut être honnête, et éviter le mal. — Comment doit-il faire puisqu’il ne paraît pas libre d’agir selon ses vœux ? — 11 le pourrait en éloignant la première pensée qui le porte vers le mal. Si au contraire il ne la repousse pas, en demandant a Dieu la 1 force nécessaire à le faire, cette pensée en engendre d’autres qui forment en peu de temps «une masse de pensées qui entraînent l’homme vers le mal ou le bien. — Les pensées selon vous s’engendreraient donc comme des êtres
vivants? — Elles s’assemblent et engendrent les unes des autres. Je vais tâcher de vous donner un exemple matériel : Ayez deux fourmis (vu que tout est par couple dans la création), séparez-les au lieu de les réunir, en les mettant chacune dans un petit trou, elles y seront fort à Taise et n’y propageront pas ; si au contraire vous les assemblez toutes les deux dans un même trou, sous peu de temps la société qu’elles auront engendrée, ne pouvant plus contenir dans ce trou, le débordera en cherchant ailleurs un espace plus convenable. Les pensées sont de même ; maîtrisez la première en l’empêchant de s’unir à une autre, et vous n’aurez pas de trouble à redouter. — J’approuve votre comparaison ,* mais puisque Dieu est l’auteur, le créateur de toutes choses, il a donc cru utile de créer de bonnes et mauvaises pensées ? Sans cet assemblage de bon et de mauvais, moitié de Tespéce humaine distribuée en rois, juges, prêtres, soldats, commise â la garde de l’autre moitié, serait inutile? — Je vous ai dit que chaque homme possédait la mêmequantité dépensées, qu’il pouvaitet était libre de classer et gouverner à son idée. Si Dieu | a trouvé bon de créer telle ou telle pensées, , il ne vous en doit aucun compte, puisqu’il ne 'otis rend pas responsable de la direction que i
VOUS leur avez donnée, en ne vous en punissant pas. — Ces pensées qui, d’après votre comparaison, ne sont rien moins que des êtres vivants, s’accouplant et s engendrant, sous quelle forme sont-elles vues au ciel et sur terre? — Sur terre, elles représentent en tableau l’action qu’elles concourent à faire exécuter, et au ciel elles y sont représentées comme des caractères d’écriture d’or. — Adèle est surprise de n’avoir pas vu, lorsqu’elle allait au ciel voir ses parents, une telle représentation de pensées.
— M. Swedenborg lui répond, qu’elle ne pouvait les voir, vu qu’elle était encore dans un état qui ne peut apercevoir le corps diaphane.
— J’ai vu, répond-elle, dans le corps de mes parents comme dans du cristal ! — 11 lui répond, vous avez vu comparable à du cristal; mais si vous voyiez un corps diaphane dans tout son éclat, c’est bien supérieur. — Où cette
I écriture d’or paraît-elle placée? — Au cœur (et à la tète. — Les mauvaises pensées sont- ( elles également représentées de la même manière? — Oui, mais les mauvaises ne peuvent entrer dans le ciel.
80. Pensez- vous encore, comme vous paraissez l’alTirmerdans vos livres, que le ciel ait la forme d’un homme? — Le ciel n’a pas la forme d’un
homme. Je ne mesuis servi de cettecomparaison figurée, que pour mieux faire comprendre les ailinités des affections de l’ame avec les organes du corps dont je représentais le ciel comme type. — Vous m’avez dit à la dernière séance que les pensées terrestres étaient vues en tableaux qu’elles doivent accomplir : mais nos lucides vont jusqu’à nous dire ou prédire des paroles qui ne seront prononcées que dans un temps très-reculé. Comment la parole peut-elle être représentée? — Il y a pour les lucides deux manières de connaître les pensées ; 1® par la sensation ; 2° par la vue en tableaux. La parole future comme présente n’est pas plus difficile à être représentée en tableaux que les actions : la parole est la peinture ou description d’une action, et toute action peut être représentée en tableau. Je vais prendre pour exemple la médisance : vous dites d’une personne que c’est une voleuse, paresseuse ou autres la personne (J ni prononcera ces paroles est vue montrant celle de laquelle elle médit, et cette dernière faisant 1 action de laquelle la première parle : et le lucide, parla candeur dont lui paraît en- (ouiée celle de laquelle on médit, peut juger si c est une vérité ou un mensonge. La sensation peut moins se définir, il faut un rappoi t intime avec la personne et les événements.
— Les pensées sont-elles sujettes à des influences extérieures? — Oui, par les bons et mauvais esprits. — Nous voyons tous les jours se commettre des actions cpii paraissent le produit d’une pensée instantanée : les doit-on à l’influence des esprits? — Non, pas toujours, l’influence des esprits consiste dans le rehaussement ou 1 abaissement d une pensée, ou ils font en sorte d’en dénaturer l’effet dans un but quelconque; mais là se borne leur puissance. L’homme spirituel est toujours libre de l’apprécier à sa juste valeur, il n’y a rien d’instantané dans ses actions ; tout ce qui paraît à 1 extérieur est le fruit des combinaisons intérieures, quelquefois inconnues au corps matériel, ce qui fait qu’il les croit instantanées.
— Ce qui me fait croire au non libre arbitre, ce sont les prédictions des lucides qui , fort souvent, vous annoncent des choses que rien ne peut faire supposer qu’elles arriveront. — Comment cela peut-il se faire? faites-moi- le comprendre? — Comme je vous l’ai déjà dit, les pensées s’agglomèrent autour d’une pensée mère, type qu’il est facile de reconnaître. Le lucide voit cette progression d’idées et peut juger avec assurance en quel temps elles dé- 1 borderont, pour entraîner alors, par le trouble
qu’elles porteront dans l’harmonie du corps
matériel , celui-ci à exécuter l’action qu’elles préparent. Les plus petites comme les plus fortes pensées ont toutes une même source et un même but. — Votre solution est très-bonne pour la matière animée ; mais nous avons aussi des prédictions sur des peuples et des êtres en particulier, qui ne naîtront que dans quelques siècles ; comment peut-on voir ce qui n’existe pas encore? — Il n’existe pas une action qui n’ait toujours existé, ou en germe ou en vibration ; pour le lucide il n’existe pas de temps, je vous le répète , si son attention se porte sur des dates, des époques; il voit dans le monde des causes ce qui arrivera à cette époque ; il est aussi et le plus souvent instruit de ces prédictions par la puissance divine qui veut qu’elles soient connues d’avance, pour que les hommes se préparent à les recevoir ou exécuter. — Je vous sais trop de gré de vos bonnes révélations pour vouloir élever des objections sur ce | que vous me dites : mais si Dieu permet que ees choses soient connues des hommes, c’est en quelque sorte leur dire, vous ne pourrez pas ■ les empêcher, et tout cela ne prouve pas le : libre arbitre. Je ne vous ferai plus qu’une observation ; si nous n’avons pas l’intelligence de » bien diriger nos pensées , et que nous ayons près de nous un g\iide qui puisse nous influcn- I
cer à cet effet; pourquoi n’emploie- t-il pas sa puissance en ce moment à nous être utile ? — Il l emploie toujours ; mais sa puissance est soumise à la vôtre, qui la repousse parce qu’elle ne sympathise pas avec elle, avec cette affection surtout qui vous domine pour l’exécution de votre projet. — Vous concluez que l’homme est libre — Tous les hommes ayant également la même quantité de pensées en naissant (1), peuvent en disposer selon leur gré; ne serait pas libre celui qui n’aurait pas tout ce qui est nécessaire à la liberté ; mais si vous êtes devant une bibliothèque qui renferme toutes sortes d’ouvrages, vous consultez celui qui est de votre goût; vous ne pouvez rien reprocher à la bibliothèque qui contient tout ce qu’il vous est possible de désirer; ce qui fait croire que l’on n’est pas libre, c’est que l’extérieur n’a pas connaissance des affections
(1) Si les magnétiseurs spiritualistes peuvent obtenir la confirmation de cette révélation, ils auront la clef dos principaux phénomènes magnétiques, tels que vues à distance, communication de pensées, perceptions du passé, présent et futur, enfin cette multitude de propriétés qui sont inhérentes aux deux existences ; l’homme serait expliqué et se connaîtrait. Méditez sur cette révélation, hommes qui n’êtes point attachés à aucun système ; on a déjà vu que le guide de Bruno lui a dit que l’homme avait une sphère autour de lui où tout ce qui est nécessaire à son existence est renfermé.
(le l’àiiie, qui lui en prépare l’exéculion.
81 . La matière existe-t-elle bien dans toute l’acception du mot, pour l’esprit qui n’est plus soumis à ses lois comme elle existe pour celui qui gémit dans son sein? — La matière est toute aussi vraie et existante pour nous que pour vous. — Voyez-vous, dans votre état, ce ciel parsemé d’étoiles cjue vous aimiez tant sur terre? — Je le vois mieux qu’étant sur terre. — Puisque vous avez un jour continuel, comment distinguez-vous ces étoiles? — Un esprit voit ce qu’il désire sans fatigue aucune. — Ces étoiles sont-elles habitées? — Oui. — Par qui ? — Par des esprits. — Comment ! des esprits , ce ne sont donc pas des hommes comme nous? — Non, ce sont nous autres. — Ces étoiles ne sont donc pas matérielles comme on le dit.^ — Elles sont appropriées à notre substance. — Je croyais que l’esprit, après sa séparation du corps, errait dans l’atmosphère qui entoure le globe qu’il a habité, lui-même étant un composé d’air baignant dans sa substance, qu il devait s’y trouver aussi bien que sur un globe plus solide? — Vous faites erreur; I esprit, pour vous, est une substance comparable à de l’air; mais, pour nous, il est une substance qui demande un espace en dépit des
croyances des hommes qui croient qu’un esprit, parce qu il pénétre la matière sans dillicultés, ne tient pas d espace; nos corps en tiennent autant que sur terre, et comme il est mort bien plus gros qu’elle d’hommes qui 1 ont habitée, s il n y avait d’autres mondes créés par la honte de Dieu, l’espace de votre atmosphère ou de votre terre ne pourrait plus suffire, tant aux esprits qu’aux lieux qui les entourent. — Je croyais les étoiles des globes matériels, comme vous l’aviez avancé vousmême? — J’ai fait beaucoup d’erreurs : j’étais homme, ce qui les explique. — Vous avez aussi dit que le soleil était pur feu, qu’en pensezvous maintenant? — Le soleil que vous voyez est le Dieu du ciel et de la terre. — Qu’entendez-vous par là ^ — Les esprits n’en connaissent pas d autre, et Dieu n’a jamais été vu sous d’autres formes.
82. En réfléchissant à ce qui m’avait été dit dans la séance précédente, j’avais besoin déplus amples explications, car je ne pouvais douter que nous avions fait un quiproquo sur les étoiles qui, selon la révélation, ne seraient pas des globes matériels comme le pense l’astronomie; il me tardait d’obtenir des renseignements [)lus clairs.
Vous m’avez dit, l’autre jour, que les étoiles étaient habitées par des esprits ; n’y aurait-il que notre globe de matériel dans l’univers ?— 11 y en a bien d’autres que le vôtre. — Quelles sont ces étoiles dont vous m’avez parlé ? — Ce que nous nommons étoiles ce sont les globes spirituels. — Chaque globe matériel aurait-il un globe spirituel ? — Oui. — Ce globe spirituel fait-il continuité au globe matériel ? — Non, il en est trés-éloigné ; la distance vous en paraîtrait immense à vous, hommes matériels ; mais elle n’est rien pour nous. — Vat-on de préférence dans un globe plus que dans un autre? — On va dans celui qu’on désire; Dieu n’a pas mis de bornes à nos désirs. — Où sont placés ces globes? — Dans le ciel. — Ce sont donc ces globes que nous voyons au-dessus de la terre et que nous nommons étoiles? — Vous ne pouvez voir ces globes, vu qu’ils sont spirituels ; ce sont des globes matériels que vous voyez et nommez étoiles; mais il n’y a réellement des étoiles que dans le monde des esprits. — Alors, je vois que je m’expliquais mal ou que je me trompais. Selon ce que vous me dites, le monde matériel aurait son ciel rempli de globes matériels nommés étoiles, et le spirituel aurait aussi son ciel et ses étoiles?
Oui ; mais sachez que nous ne nom-
mons pas ciel, cette immensité matér ielle qui est au-dessus de vos têtes ; le nôtre est un espace infini, semé de mondes, comme le vôtre; nous ne connaissons qu’un seul ciel, qui est le ciel spirituel. — Où donc est placé ce ciel ? — Bien au delà de 1 espace immense que vos yeux peuvent découvrir. — Y a-t-il plusieurs globes lumineux matériels , semblables à celui que nous nommons soleil ? — Non, il n’y a qu’un seul soleil, qui est spirituel; qui est le Dieu du ciel et de la terre, qui éclaire tout ce qui existe. — Vous connaissiez sur terre l’astronomie, et vous savez qu’elle admet plusieurs globes lumineux, comme centre de mondes groupés autour d’eux et qu’ils éclairent ? — L’astronomie fait erreur : il n’y a qu’un seul foyer qui éclaire l’univers! — Comment se fait-il que n’étant éclairé que par un seul soleil, le monde spirituel puisse jouir d’une continuelle lumière? — Nous sommes beaucoup plus près de ce soleil que vous ne l’êtes; notre globe ne tourne pas comme le vôtre; il n’est pas opaque comme le vôtre ; ce qui fait qu’il n’olfre aucun obstacle à la lumière qui le traverse en tous sens, comme à travers un verre. Son essence est en rapport avec cette lumière et ne peut en altérer les rayons. — Les terres spirituelles sont-elles en tout point
comparables à la nôtre? — Les globes que nous habitons ne peuvent être comparés au vôtre qui n’est pas digne de cette comparaison.
83. Il m’a été dit dans le temps, par l’extatique Binet, que les esprits possédaient de suite ce qu’ils désiraient ; par exemple, deux esprits réunis dans un même lieu, désirant être, l’un dans une plaine, l’autre sur la mer, qu’ils pouvaient, sans cesser d’être prés l’un de l’autre, se trouver dans les lieux qu’ils désirent, quoique si peu compatibles ; ces lieux ne seraient-ils qu’une création imaginaire de l’esprit et n’existeraient-ils pas réellement au ciel ? — Votre question embrasse un des plus grands mystères du ciel. Tout n’est pas très-exact dans ce qu’on vous a dit; il est cependant vrai que quatre personnes entourant un arbre sur lequel chacune désirera cueillir un fruit différent, l’une pourra y cueillir une pêche, la seconde des cerises, la troisième des prunes et la quatrième des pommes, que toutes mangeront avec le plaisir le plus parfait; mais ce que vous dites que deux esprits peuvent voir au même point deux lieux différents n’est pas exact, ce qui anéantirait les lieux et les espaces qui les séparent; il en est autrement, car les lieux existent très-bien ; mais par un
mystère non moins grand , ces deux amis se transporteront dans les lieux qu’ils désirent, sans cependant se quitter, vu qu’ils ont le désir de ne pas le faire; c’est ce qui ferait croire à ceux qui ne connaissent pas ce mystère, que les lieux n’existent pas, comme vous le dites; ils ont la faculté que vous possédez sur terre, d’être dans deux lieux différents; de répondre à une personne et d’adresser des demandes à une autre qui est bien réellement trés-éloignée de vous. — On m’avait encore dit que si un esprit, au ciel, désire une bibliothèque dans son appartement et que, ce désir éteint, il veuille mettre à la place de cette bibliothèque un autre meuble, ^qu’il n’avait pas besoin de déranger le premier, qui disparaissait comme s’il n’avait pas existé? — Il disparaît comme il est venu , certainement ; ils sont d’une nature si légère, si incompréhensible qu’ils n’existent ou ne peuvent exister que pour nous, que par notre désir; voilà ce qui fait la félicité céleste, c’est de posséder tout ce que l’on peut désirer ; n’étant privé d’aucune chose, on ne peut éprouver aucune peine ; n’étant embarrassé de rien, on n’épiouve aucune gêne; les lieux existent bien, mais les objets n’existent que selon les désirs, ou du moins on n’en obtient la possession que suivant les désirs par la
bonté infinie de Dieu. — Depuis votre mort, avez-vous éprouvé de la gène, quelques fatir^ues ou contrariétés? — Je suis si heureux
tj
depuis ce jour, que je ne saurais dire si c’est d’hier que j’ai quitté la terre; le temps n’est plus rien pour nous ; l’esprit ne souffre qu’enfermé dans la matière, mais, au ciel, il n’y a plus aucune pensée qui puisse vous affliger. — Vous êtes convaincu qu’on ne reparaît plus sur terre pour s’y rematérialiser ? — On ne naît et on ne meurt qu’une fois; quand on est au ciel c’est pour l’éternité. — L’on se souvient bien de son existence terrestre? — Oui, et de son existence antérieure. — Comment antérieure? aurions-nous déjà existé sur quelque globe avant d’apparaître sur terre? — Avant d apparaître sur terre, l’homme vivait dans un monde spirituel semblable à celui dans lequel il vit en quittant la terre; chacun attend dans ce monde son tour pour apparaître sur terre, I apparition nécessaire, vie d’épreuves; il n’est personne qui puisse s’y soustraire.
Adèle me fait observer que cela lui avait déjà été dit dans le temps par son frère, qu’elle n’y ' avait ajouté aucune foi , et qu’elle était con- • tente que M. Swedenborg lui dise la même chose. Il m’a été montré une petite fille qui doit naître un jour et qui est encore dans ce i
monde spirituel , ce qu’il y a d’extraordinaire. Comme cet enfant me paraissait très-beau , je voulus le prendre entre mes bras et l’embrasser; je ne pus le faire, j’en demandai la cause à mon frère : il me répondit que n’ayant pas encore apparu sur terre, aucun esprit terrestre ne pouvait le sentir ni toucher. J’ai pris le signalement de cet enfant, je serais bien aise de le voir naître.
84. Adèle désire voir Elisa que l’on a déjà vue apparaître, elle vient. — Je lui dis : Voilà environ six mois que vous nous avez quittés ; contez-nous tout ce que vous avez fait depuis ce temps, quelles sont vos occupations actuelles ? — Je serais bien embarrassée de vous le dire; je me trouve si heureuse qu’il me semble que c’est d’hier que je vous ai quittés. — Adèle dit qu’elle la voit comme la dernière fois mangeant encore une pêche. — Je fis observer à Adèle qu’il me semblait qu’au ciel il devrait y avoir diversion dans les plaisirs , elle me répondit : Sur terre où nous végétons quelques secondes , nous nous empressons de jouir des plaisirs; mais eux, ne sais-tu pas qu’ils ont devant eux l’Eternité !
Je demandai à Adèle quelle impression elle éprouvait à l’approche d’un esprit? elle me
rcpoiulit : Je suis craintive, timide et honteuse pendant qu’il me parle, je me trouve peu digne d’approcher si près d’étres aussi purs, si beaux, si légers, qui ont l’air si bon, je me compare à une borne en leur présence , et je me trouve quelquefois à l’aise quand ils partent, pour ne plus voir un contraste aussi grossier; leur visite laisse l’esprit dans un calme doux, l’air semble plus pur ; enfin on se trouve trés-beureux !
85. M. Swedenborg, vous m’avez dit que nous avions déjà vécu sur un autre globe avant d’apparaître sur terre, pourriez-vous me donner quelques renseignements sur cette exis tence.^ — Quels sont ceux que vous désirez?
— Pouvez-vous me dire le nom de ces globes?
— Ce sont des noms inconnus sur terre. — Y existions-nous sous la forme humaine? — Oui. Que faisions nous sur ces globes? y étions-nous mariés ? y avions-nous une famille? un culte ? des usages ? — La vie anté-
iieuieque nous avons tous passée était pour ainsi dire une vie de néant, d’enfantement, de bonheur, comme celui dont nous jouissons à la sortie de la terre; mais ce bonheur n’est
pas compris parce qu il n’est pas entouré d’ac t>ons et de sensations qui puissent en démon
Irer la douce et vraie réalité, c’est pourquoi Dieu a jugé bon de nous faire passer par trois vies successives : la première sur ces globes dont je vous parle, qui ressemble assez à celle qu’on vous dépeint par Adam , vie inconnue , vie de béatitude, sans sensation; la seconde est celle dont vous jouissez , vie d’action, de sensation, d’affection, vie pénible placée entre les deux autres pour , par son contraste , démontrer la douceur de la troisième et dessiner les besoins, joies et peines, qui établissent,, comme vous le voyez , ce contraste nécessaire pour connaître le bien et le mal ; car sans le mal ou cette vie pénible, on ne saurait apprécier rheureux état qui nous est réservé. — Vous venez de me dire que la vie future est semblable à la vie antérieure? — Oui, par l’état spirituel dans lequel on se trouve, car il n’y a que sur terre où l’on est matériel. Cette première vie offre les mêmes joies que la vie future; mais je vous ai fait observer qu’on ne pouvait les apprécier que par la comparaison de la vie matérielle, qu’il fallait en avoir vécu pour sentir cet heureux état, et en dessiner les actions et les affections. — Sur ces globes y eston par famille ? — Non, on est pêle-mêle, tous amis; ce n’est que sur terre où les familles, les sociétés, les goûts, les affections, les plaisirs et
les peines se dessinent. — Ce premier monde ne serait-il pas dans le soleil matériel ({ue nous voyons ? — Non , il n’y a pas de soleil matériel, je vous réitère qu’il n’y a qu’un soleil qui est le soleil spirituel. — Ayez l’indulgence de m’écouter pour que je puisse vous comprendre : ce globe lumineux que vous apereeviez quand vous étiez sur terre, et que vous nommiez comme nous soleil , est-il une terre comme la nôtre? — Non, ce rond que vous appelez soleil n’est pas une terre, n’est pas un globe ; ce n’est qu’un bien faible rayon du soleil spirituel qui pénétre sur terre à travers l’espace, comme une chandelle qui serait derrière une porte où il y aurait une petite fente ; cette fente vous semblerait de feu , laissant passer ce rayon lumineux qui donnerait de la elarté à 1 endroit où il viendrait frapper. Cette fiction doit vous représenter ee que vous croyez un soleil, une terre ou un globe. — Ainsi je comprends que ce rond lumineux que nous nommons soleil n’est qu’un rayon du grand soleil spirituel ? — Oui ,• mais un rayon si faible qu il est à peine comparable à une petite braise dans un incendie. — Et ees autres globes qui nous semblent plus ou moins lumineux, où empruntent-ils leur lumière? — Au même layon, il n y en a pas deux pour votre sys-
téme terrestre, ce seul suffit, et selon leur position ils vous reflètent plus ou moins la lumière spirituelle qui les éclaire comme vous. — Ces globes sont-ils habités? — Oui. — Pourriez-vous me donner quelques notions sur eux? Non, parce que je ne m’en occupe pas , j’ai bien assez de m’occuper des mondes spirituels sans penser a ceux que je ne reverrai jamais. — Ces mondes que vous habitez sontils bien loin du soleil spirituel ? — Ils en sont aussi éloignés qu’ils le sont des corps terrestres, et s’ils en approchaient plus prés ils seraient consumés.
86. Tous les êtres qui habitent l’univers ontils été créés par Dieu d’un seul jet ? — Oui , ils ont été créés de sa parole. — Tous les êtres qui peuplent les différents mondes matériels portent-ils la forme d’homme? — Oui, pour ceux qui le sont, à part les types. — Sont-ils tous soumis aux mêmes lois de création et de mort que nous? — Oui. — Ont-ils des lieux où ils vont comme nous après leur mort? — Oui, et ils Y sont tout aussi heureux: car Dieu n’a en vue que le bonheur de tous. — Pour m’assurer encore que je ne me suis pas trompé sur les détails que M. Swedenborg m’a donnés sur le soleil, je lui en demande de nouveaux
qui ont le même résultat; il me dit : Mais vous ne comprenez donc rien, vous demandez dix fois la même chose. Non, votre soleil n’est pas une terre, n’est pas un globe, c’est simplement un rayondusoleil spirituel. Non, il n’y a aucun globe de feu parmi vos étoiles, elles empruntent toutes leur lumière à ces mêmes rayons. N’étant point préparé à pouvoir juger de la valeur de cette révélation, j’en laisse le soin à qui s’en trouvera capable.
87. Vous m’avez dit que notre existence terrestre était nécessaire pour dessiner nos actions, et nous faire comprendre le bonheur antérieur et futur des existences spirituelles; mais les enfants, qui meurent avant d’avoir pu apprécier 1 existence matérielle, comment peuvent-ils la juger ^ — Tous les enfants qui meurent avant l’âge de trois ans environ sont protégés de Dieu, qui les aime beaucoup; ce sont de petits anges qui restent dans cet état d’innocence, et n ont pas besoin d’avoir vécu plus longtemps matériellement pour être heureux, — Quelles sont leurs connaissances? — Ils ne sont pas aussi élevés que les anges, ni autant que ceux qui meurent dans un âge plus avancé, parce que ces derniers acquiérent des connaissances selon celles qu’ils avaient acquises sur
terre; cela ne les empêche pas de se trouver trés-heureux. Dans leur état angélique enfantin, ils savent qu’ils ont vécu sur terre et dans la vie antérieure; ils bornent là tous leurs désirs de savoir, ils préfèrent l’innocence qui les entoure à tout autre état. — Et les enfants morts-nés ou avant de naître, que deviennentils? — Comme les précédents. — Pourquoi cette différence d'existence entre le vieillard et l’enfant? — C’est par une protection de Dieu, que l’enfant ne vit pas plus longtemps sur terre, où il ne désirait pas apparaître; mais comme c’est une loi généralement applicable à tous les esprits qu’ils viennent sur terre. Dieu condamne les hommes à y passer un temps proportionné au désir qu’ils avaient de quitter leur première existence, dans laquelle ils se trouvaient malheureux, et plus ils se trouvaient tels, plus Dieu trouve utile de les laisser séjourner dans cette vie matérielle, pour qu’ils s’abreuvent de toutes ses peines, et trouvent la vie future douce el agréable. — C’est une espèce de punition en ce cas ? — C’est une imposition et non une punition, c’est une nécessité, — Alors, selon ce que vous dites, plus on a désiré venir sur terre, plus on y reste longtemps ? — Oui, mais on n’en connaît pas plus la pénible existence, que dans votre état matériel vous ne connaissez les
jouissances de la vie future. — Que disent ceux que l’on quitte ainsi pour apparaître sur terre? leur paraît-on mort, comme on nous croit quand nous quittons la terre? — Non, chacun sait qu’il doit venir sur terre, et attend son tour. — Vous avez dit dans vos arcanes célestes que l’homme avait deux mémoires, qu’il emportait dans la vie future, l’une corporelle et l’autre spirituelle ; pensez-vous toujours de même? — Oui, mais ces deux mémoires n’en font qu’une. — Je comprends ce que peut renfermer la mémoire matérielle; mais je ne vois pas ce que peut renfermer d’étranger la mémoire spirituelle; pouvez-vous me l’expliquer ? — Oui, la mémoire de l’âme ou spirituelle est le souvenir de sa vie antérieure à la vie matérielle ; l’âme, quoique dans le corps matériel, sait fort bien qu elle a vécu dans un autre monde, et qu’elle doit quitter celui-ci pour rentrer dans un futur ; mais elle ne peut pas plus communiquer ses pensées intimes à son corps qu’une tortue n’instruira sa coquille de ce qu’elle pense; comme la tortue elle traîne avec peine cette prison néeessaire et gênante, qui l’empêche de s’élever vers l’objet de ses désirs, comme elle pouvait le faire primitivement, car, pour elle, désirer et posséder était la même chose; dans sa prison c’est bien dilTé-
rent, elle est entravée en tout, elle fait des efforts inouïs pour se procurer, par la vue de son corps matériel, la jouissance de voir ou posséder des objets informes, et encore ses désirs sont-ils à chaque instant mal compris par le corps, dont les filières tortueuses ne laissent parvenir à l’extérieur que des pensées dénaturées ; elle est si contrariée de cette gêne que cela réagit sur l’harmonie de ses désirs, qui sont toujours troublés et trompés, ce qui la rend comme folle. Si elle pouvait quitter ce corps elle le ferait bientôt,* mais la puissance divine la retient enfermée le temps nécessaire à sa purification, elle ne peut faire que des vœux et subir sa triste position. — Est-il permis aux esprits dans votre état de se servir de ces deux mémoires? — Oui, puisqu’elles existent éternellement; mais celle de la vie matérielle fait tant de peine à compulser qu’on ne le fait jamais; toutes les bizarreries qu’on a faites dans cette existence répugnent tant à voir que l’esprit en a honte et n’aime pas à se les rappeler.
— L’on m’a déjà dit qu’un esprit pouvait paraître en plusieurs lieux, et répondre à plusieurs personnes à la fois, pourriez-vous m expliquer comment cela se fait ^ — Un esprit ne peut être que dans un lieu et ne répondre qii a une personne à la fois; son cor[)S matériel peut
être dans un autre lieu, il est vrai, mais l’esprit ne voit et n’est que dans un seul lieu à la fois. Ce qui porterait a penser le contraire, c’est la grande facilité avec laquelle ils’ytrouve. Cette vitesse est inestimable par les lois du temps, ce qui ferait croire, parce que dans moins d’une seconde il peut être plus vite que n’est votre pensée, dans plusieurs villes successivement, il se trouve dans plusieurs à la fois; mais il en est autrement ; seulement étant comme je le suis dégagé de la matière, j’ai une faculté de plus, c’est de répondre par la pensée à ceux qui me questionnent, bien plus vite que vous ne pouvez le faire par la parole, ce qui me donnerait le temps de répondre à une autre personne pendant que vous reproduisez mes paroles; alors on prendrait cela pour plusieurs réponses à la fois quand il en est autrement. — Sur terre, nous avons des exemples de tels dédoublements, cependant? — C’est l’esprit qui vous fait croire cela, parce qu’il peut représenter son corps dans un lieu où il n’est réellement pas; mais l’im et l’autre ne sont que dans un lieu à la fois. — Dans le magnétisme, Ion aperçoit souvent des empreintes d images de personnes ou d’objets qui ont posé dans des lieux où ils ne sont plus quand le lucide les y voit encore ? L’âme laisse tou-
jours qiiel([ue cliose d’elle où elle se pose, c’est line espèce d’image ; mais l’esprit de la personne peut encore très-bien être présent par la pensée dans ces lieux, quand son corps n’y est plus. Le lucide peut encore communiquer par le secours de eette empreinte avee l’esprit qui la laissée, et croire qu’il est bien présent dans ce lieu , vu qu’il n’y a pas d’espaee ni de temps pour lui. Il ne m’est pas possible de vous expliquer cela autrement, parce qu’un esprit ne peut être positivement que dans un lieu à la fois.
J’ai encore une question à vous adresser sur ce rayon duquel nous avons parlé précédemment et qui nous éclaire comme soleil; pouvez-vous me dire pourquoi nos astronomes a perçoiventdes taches sur son image reflétée par leurs instruments ? — Il n’y a et ne peut y avoir de taches dans ce rayon; c’est sans doute l’interposition de quelques globes matériels qui gênent son passage et qui leur apparaissent comme des taches ou des points obscurs. — Si nous sommes tous créés mâle et femelle ou par couple, comme vous me l’avez dit, et que nous soyons réunis dans le ciel à nos moitiés, comment cela se passe-t-il au sujet des enfants morts en fœtus ou dans un âge où ce besoin de se compléter n’est pas encore formé — Il en est des enfants comme des grandes per-
sonnes, ceux morts au-dessus de trois ans grandissent et se complètent, et les fœtus audessous de trois ans, s accouplent de meme a des êtres dejeur âge; leur félicité n’est pas moins grande que la nôtre. Dieu n’a-t-il pas, dans ses œuvres, agi avec la plus grande impartialité; nous sommes tous égaux en bonheur, enfants, hommes, riches et pauvres; au ciel c’est l’égalité parfaite !
Réflexions sur tout ce qu’a pu dire M. Swedenborg, dans les précédentes séances.
Je n’avais lu, en fait d’ouvrages de ce célèbre extatique, que son Traité sur le Ciel et V Enfer, ouvrage qui certes, pour un matérialiste, n’offre pas des solutions très -mathématiques; on m’a vu faire quelques observations à Bruno à ce sujet, quand son guide lui disait quelque chose qui avait rapport à ce que j’avais lu superficiellement de cet ouvrage; aussi quand mon ami, M. Renard, qui était venu exprès de Rambouillet pour voir mon extatique Adèle, sollicita l’apparition de M. Swedenborg, je me proposai, si j’avais l’honneur de converser avec lui, de lui soumettre tout ce que je ne pouvais admettre dans le peu que je savais de ses écrits ; la réflexion me prouva cependant, par tout c(‘ (pie je voyais et enten-
dais depuis dix ans, qu’il ne fallait pas repousser avec un sot orgueil des faits qui, tout inexplicables qu’ils sont pour la matière, n’en sont pas moins vrais ; j’étais poursuivi, harcelé par mes lucides pour me rendre à ces vérités, dont je combattais l’authenticité dès les premiers temps; j’y prêtai donc l’oreille. Une main sur le cœur, ou j’étais fou ou ce que j’entendais était possible; l’unité qui régnait dans tout ce que me disaient mes somnambules ne me fit plus balancer un moment, ce genre de folie me parut tout aussi raisonnable que notre raison ; je reconnus qu’il valait mieux que cette dernière fût domptée par de telles vérités, que tout ce qui pouvait en imposer aux sens. Car j’eusse vu de mes yeux et bien touché de mes mains une apparition ou mille autres faits semblables, j’aurais crié à l’hallucination et, quelques jours après, j’aurais [dit : Tous les fous voient des choses pareilles, j’ai été fou un moment; mais il en est autrement de la raison, quand elle est satisfaite sur tous les points; quand je relis tous les jours ces révélations qui, pour moi, sont des preuves bien plus palpables que des apparitions mêmes, je reste convaincu que ce genre de folie est très-raisonnable et consolant, et M. Swedenborg est pour moi le dieu des exta-
tiques; je lis maintenant ses ouvrages avec plaisir, parce que j’ai déjà obtenu des arcanes semblables sans connaître les siens; si je suis embarrassé d’en comprendre d’autres, j’ai le secours du magnétisme que je conseille à tous d’employer , car aujourd’hui il faut des croyances assises sur des preuves : ne croyons pas ce qu’on nous dit, ne croyons que notre jugement!
Si quelqu’un parvient à expliquer d’une autre manière les phénomènes spirituels du somnambulisme que par l’existence des esprits et leur influence ; si l’on peut me prouver comment des milliers de lucides, dans tous les coins du globe que nous habitons et dans toutes les conditions religieuses de la vie, peuvent être d’un si parfait accord sur le fond de la question, qui est que nous avons une âme, portant la forme humaine, à laquelle est réservée une vie heureuse et immortelle! et le souvenir de son moi, trinité philosophique de tous les lueides ! si, dis-je, on me prouve leur erreur, je brûle à l’instant cet ouvrage et me fais traiter, car je suis malade, j’aurais été halluciné bien involontairement; mais comme je sais qu il n est pas donné à l’homme d’anéantir cette vérité, je suis donc dans mou droit d admettre que cette âme, sous forme
humaine, vivant dans une vie future, ayant souvenir de son moi , ne peut exister sans usages, qu’elle ne peut être malheureuse parce qu’il lui faut une compensation pourcequ’elle a souffert sur terre; un dieu juste ne peut agir autrement !
J’ai donc recueilli avec plaisir tout ce qu’on vient de lire du grand extatique. On ne peut douter de la pureté de ses intentions ; rien dans ses enseignements ne peut faire soupçonner qu’il cherche à me tromper; ou il prêche l’erreur dans l’intérêt d’un esprit infernal, ou il prêche la vérité dans l’intérêt de l’amour de Dieu ! S’il prêche pour le mal, il s’y prend d’une hien fâcheuse manière^ en ne vantant que les bontés du Créateur, et le respect dû à sa toute-puissance. S’il prêche pour Tamourde Dieu, il doit à la vérité de rétracter quelques erreurs qu’il aurait pu faire dans ses livres; comme il ledit lui-même, J'étais homme l Nous voyons ce (ju’il dit de la création de l’homme, mâle et femelle, il n’en peut être autrement. Si deux sexes existent, c’est dans un but d’union, et pour unir il faut de l’homogénéité; 1 un doit avoir été créé pour l’autre, comme son complément, comme la partie la plus en harmonie avec son moi et ses affections. Comme il y a diversité dans la création, par les types, les pensées, les affections, on ne peut supposer qu’une allec-
lion ait été créée pour ne pas exister, elle ne peut exister que par ce qui constitue sa vie, qui est la possession de ce qu'elle désire, et elle ne peut désirer quelque chose qui blesse son harmonie, puisque de cette harmonie dépend son bonheur. 11 faut donc que le sujet de son affection soit semblable à elle, ou l’union sincère, durable, éternelle, n’est pas possible ; ce serait comme sur terre, trouble et désorganisation ! Nous avons déjà vu que le guide de Bruno est parfaitement d’accord avec M. Swedenborg, ettout le monde sentira qu’il en doit être ainsi, ce n’est qu’avec sa propre image, femelle ou mâle, qu’on doit trouver l’accord et le bonheur !
Nous passons ensuite à la révélation sur la folie, il nous dit qu’elle laisse un trouble dans l’esprit après sa séparation d’avec le corps. Nous en avons eu une preuve dans l’apparition de M. Lauriot, qui est venu fort à propos pour lever tous doutes à cet égard. Nous en avons d’autres, dans l’égarement des pensées, du jugement, que nous présentent journellement les lucides dans leurs confidences, leurs appréciations. Qui croirait n’obtenir des esprits que des renseignements précis serait dans une grande erreur. Si l’on croyait par cela qu on a eu affaire à de mauvais esprits, 1 erreur serait la même; il faut toujours se
souvenirqu ils ne peuvent répondreque suivant leur alTection, que sur ce que Dieu leur permet de dire, que d après la justesse de leur jugement, qui n’arrive pas de suite à la plénitude des connaissances universelles, que sur la bonté de leur mémoire, leur goût à la eultiver, et mille autres entraves que nous croyons devoir refuser à leur qualité d’esprit. Si ces empêchements n’existaient pas, les secrets du ciel seraient ceux de la terre, et les rôles des deux existences seraient intervertis.
Monsieur Swedenborg dit également que les
pactes et les talismans existent ; il est d’accord
en cela avec M. Mallet et le guide de Bruno.
Je serais tenté de laisser cette assertion à juger
à qui de droit. C’est le sanctuaire de la cabale :
n’y entre pas qui veut ; mais je ne peux laisser
passer cette occasion d’exprimer ma pensée à
cet égard. L’on ne peut admettre qu’il y ait des
êtres intermédiaires entre la Divinité et l’espèce
humaine , qui composent avec Dieu par des
pactes dans un but d’intérêt quelconque ; parce
que Dieu, apprécié tel qu’il doit l’être, ne peut
figurer dans aucune affaire de ce genre. Les
fatalistes, par ce jugement, n’assimileraient pas
Dieu à un être commercant ou exécutant ce
que le sot ou éclairé jugement d’un esprit réclamerait de sa bonté ou justice, en frappant
ou pardonnant un être qui aurait été plus ou moins l’ami, ou le protégé d’un esprit : je ne (îi'ois pas à cette déchéance de la bonté divine, et les fatalistes qui sont convaincus de la destinée humaine par les prédictions , sont en droit de dire que l’homme est sorti des mains de son créateur, comme une montre de celles d’un horloger, dont tous les rouages concourent à atteindre un but proposé, qui est de marquer les quantités du temps ; qu’un rouage soit dérangé par un accident, semblable aux pactes dans la vie de l’homme, le but proposé est anéanti. Plus d’harmonie, plus d’ensemble , plus de mouvement possible. Alors il dit : Les pactes et talismans anéantiraient cet ordre établi par le Créatenr, ils ne peuvent exister. Le libre arbitre n’existe pas puisqu’on nous prédit les moindres actions de notre existence , bien avant leur exécution ; les esprits ne peuvent intervenir dans cet ordre de choses établi par Dieu. Ils ont droit de parler ainsi ; mais il existe une autre manière d’envisager la question. Dieu est bien le créateur qui ne peut rien créer d’imparfait, aussi a-i-il créé l’homme le plus parfait possible. Dans cet état de perfection qui représente le bonheur le plus pur , l’homme, d’après ee que nous avons vu, n’a pas su goûter eette douce position. Dieu s est vu dans la nécessité.
pour lui prouver combien son travail était harmonisé, et combien il l’avait créé libre, de lui créer un second état, qui fût moins parfait; qui est l’état matériel , état de gêne ! de douleur î d’épreuve! d’enfantement! et le condamner à passer dans cet état un temps plus ou moins long, pour que l’homme pût être confiné et dépendant dans ce nouvel état, duquel, s’il lui était permis , il s’affranchirait bientôt. Dieu a confié cette enfance pénible à la garde d’esprits pourvus des droits et de la puissance nécessaire pour faire sentir à l’homme la comparaison de cet état avec le précédent, et que son unique but était par là de le relever de cette espèce de chute, et lui démontrer ce que c’est que la liberté qu’il possédait; près de la dépendance dans laquelle il se trouve sous legouvernement d’esprits auxquels il adonné cette tutelle, de transformer, gêner nos désirs et affections, sachant surtout qu’ils ne pouvaient pas anéantir sa créature de prédilection et ne la leur confiant que pour un temps limité, qui n’est ipie quelques secondes dans l’éternité. Dieu , par cette proposition, ne serait nullement accusable. Bien au contraire, il nous a créés tous, sans distinction aucune, avec la même portion (h; bonheur et d’intelligence, et il fait ce (ju’il ci'oit nécessaii'c pour nous en pénétrer. Dieu,
par cette proposition que m’a suggérée la connaissance d’une vie antérieure, n’est pour rien dans nos peines, puisqu’il en abandonne le gouvernement à l’homme, même devenu esprit, qui par l’appréciation qu’il a été à même d’en faire sur terre, dirige, sans que nous puissions nous en douter, toutes nos actions, nos pensées vers un but de bonheur. Par cette même proposition , la cabale serait autorisée dans ses croyances, ses mystères, ses pactes et talismans ; car il serait toujours possible aux esprits supérieurs qui nous gouvernei'aient, d’adoucir selon leur bon vouloir notre position terrestre, élever plus ou moins notre intelligence selon les dispositions qu’ils apercevraient en nous, et le bon et utile usage que nous en ferions !
Voilà comme je trouve explicable le non libre arbitre; car l’homme matériel n’est pas libre, il ne faut pas en douter. Et nous verrions aussi par là, que les chrétiens qui nous disent que le mal ne vient et n’est produit que par l’homme, ne nous trompent pas : mais ce serait l’homme spirituel qui en aurait le gouvernement, et non 1 homme matériel. Ce mal devient un bien puisqu il est nécessaire pour replacer l’homme dans cet état de bonheur duquel il est déchu. Nous devons ne nous plaindre qu’à nous, n’ac-
cuser que nous, et nous absoudre si nous le pouvons. Notre état matériel, enseveli dans l’ignorance la plus grossière, ne nous permet pas de définir le mal : ce qui est mal pour l’un, est bien pour l’autre. 11 n’est pas jusqu’au soleil, qui est la source la plus pure de la vie terrestre, qui ne porte le germe de ce que nous nommons mal, puisqu’il brûle ce qu’il nourrit, qu’il détruit ce qu’il protège! Le mal n’est que la fausse position dans laquelle nous plaçons le bien; le manque de savoir nous l’approprier. C’est la désorganisation de son harmonie, la désagrégation de ses parties.
On doit donc penser que la cabale et les sortilèges sont du ressort des esprits, et que s'il n’y a rien de bien précis et de général dans leurs résultats, c’est que la puissance de telle société invoquée se trouve dépendante, inférieure ou amie de la société sous la garde de laquelle est placé l’individu contre qui l’enchantement ou l’envoûtement reste sans effet. Sans cette proposition nous verrions tous les jours dis[)araître sous l’influence malfaisante de quelques individus des milliers de victimes I Mais il ne faudrait pas déduire de cette conclusion que la puissance de faire du mal , soit
j par le magnétisme ou le sortilège, n’existe pas ;
|l que la cabale n’a pas ses pouvoirs, scs arcanes,
SOS lois ot ses rites. Je le répète, la condition essentielle et fort souvent ignorée de l’individu malfaisant est dans la puissance de la société à laquelle il appartient sur celle de sa victime. Nous devons conclure de tout ce chaos de mal que Dieu n’y est pour rien , et qu’au contraire il est toujours notre sauveur quand nous l’invoquons de tout cœur.
Il n’y a rien d’incroyable dans ce que je viens de dire, puisque toutes les religions en général, les sectes, sociétés, gouvernements même, se placent sous l’égide de ces sociétés spirituelles, et des chefs qui ont fondé leurs sociétés matérielles , tellement le côté qui parait irraisonnahle chez l’homme dit superstitieux , est directement le côté vrai et raison-' nable ; pour développer les preuves de ce que j’avance il faudrait faire un traité exprès, ce n’est pas le l)ul de cet ouvrage, qui ne nous p(*rmet pas de nous étendre sur chaque arcane, ce qui troublerait l’ensemble, déjà trop interrompu , de nos révélations. Nous passons aux séances <9 et 80. Les notions données par notre bon Swedenborg sur l’assemblage des ])ensées, leur agrégation , doivent convenir au système pbrénologitjue, aux adeptes de celui des corpuscules , et se trouvent surtout conlinner cette exclamation de ce savant chimiste
anglais, M. Davis, à la suite d’une extase occasionnée par le gaz hilarant : « Tout l’organisme humain n’est cju’un assemblage de pensée! )) Nous voyons par les notions qui nous ont été données comment elles sont perçues au ciel et sur terre; nous restons convaincus, n’importe comment elles le sont, qu’elles sont indestructibles et qu’elles survivent aux actions qu’elles ont enfantées ; nous obtenons cette preuve par les révélations que nous font les lucides sur le passé. Rien que ce seul fait suffit pour établir l’existence de l’âme après sa séparation de la matière , et surtout l’unité de son moi ; car , à parler conséquemment, à ({uoi servirait la survivance de ces pensées, de ces actions , après l’anéantissement de l’être qui en aurait été le moteur? Pourquoi serait-il impossible à l’âme de continuer son existence puisque tout ce qui concourt â l’entourer dans sa vie matérielle existe pour l’Eternité ? Nous voyons tous lesjours nos lucides nous dépeindre (Comme présents des événements, des actions lindividuelles passées depuis nombre d’années, et dont la connaissance ne peut leur être parvenue que dans cet état, serait-ce encore 1 eflet de la communication des pensées, cela n en prouverait pas moins que la mémoire est enrichie perpétuellement de tout ce que l’homme
j)eut avoir vu, fait, su ou pensé, que rien n’est perdu ni effacé sur ces tablettes du livre de vie ! Ce que je viens de dire est le côté le plus simple de la médaille; mais l’autre est beaucoup plus positif. Car il est possible a un lucide (puisque nous le voyons tous les jours ) d’entrer en communication avec des êtres disparus de notre globe depuis des siècles, et retrouver dans leur mémoire la moindre de leurs actions terrestres qui sont aussi inconnues au lucide qu’au magnétiseur ; il n’y a plus là de communication de pensées ! Ils peuvent également prévoir l’action qui sera exécutée dans un siècle ou deux, et l’individu qui la fera, etc. Dans les actions qui semblent les plus oubliées, nous voyons que pour le lucide elles sont aussi pleines de vie que si elles venaient d’être exécutées; et nous voudrions que l’ame seule ne put profiter de cette vie immortelle, de son individualité, de son moi, après sa séparation de la matière , quand tout ce que nous venons de citer est immortel , individualisé ! Allons donc! les apparitions deviennent inutiles devant de tels phénomènes ; vouloir penser autrement c’est ne plus penser !
La 82® séance nous offre la solution d’une question que tous les hommes se sont adressée ! sans pouvoir la résoudre, la voici ; Si nous i
vivons après notre départ de ce globe, où allons-nous ? L on sait tous les systèmes que cette question a enfantes. L Inde, berceau de presque toutes nos religions et croyances européennes, place notre âme dans ce qui flatte le plus l’esprit de secte, depuis le soleil d’où tout est émané et où tout retourne, à la tendre fleur, au caressant animal, ces deux grands systèmes d’absorption et de métempsycose! La Chine, non moins éclairée que l’Inde, préfère nous placer à la garde de ses montagnes et de ses riantes vallées. Les chrétiens, vraie mosaïque de toutes ces croyances, nous placent en enfer ! sous la terre ou dans le ciel, cet espace bleuâtre qui couvre nos têtes. Personne ne peut mieux que le lucide nous servir de cicérone dans une route si (énébreuse : aussi avons-nous vu M. Swedenborg, toujours d’accord avec les lois de la création, donner des globes spirituels aux globes matériels, comme complément de ce fameux binaire, nombre deux, qui règne dans la plus simple comme dans la plus compliquée parcelle de la création. Tout homme de bonne foi qui reconnaîtra en nous deux êtres distincts, l’un matériel et l’autre d’une substance indéfinissable, doit admettre, pour que ce second être existe hors la matière, des globes en rap- Iport avec sa substance, et ces globes, chacun
sonlira qu’ils ne peuvent être compressés entre les atmosphères des nôtres, ils doivent baigner dans des atmosphères appropriées à leur nature, et cela ne peut exister qu’au delà des mondes matériels comme il le dit trés-hien.
La séance 83^ nous olTi'e une solution moins compréhensible, sur la manière dont les objets sont perçus au ciel ; comment expli- (jucr ce qui surpasse notre intuition, notre intelligence ? Seulement, voyons-nous que sa description est en rapport avec ce que nos lucides font journellement , en trouvant un trèsbon morceau de sucre dans un bout de chandelle, une ivresse complète dans un verre d’eau, une barrière 'infranchissable dans une traînée de fluide, etc. On ne peut entrevoir cette puissance incroyable, ou cette hallucination inexplicable, que de deux manières: L’homme peut, à l’image de l’Eternel, créer, par le seul acte de sa volonté, en revêtissant son désir de la forme qui lui est nécessaire, ou l’homme, dans l’état où est son lucide, peut, sans s’en douter lui-même, le placer dans le monde des causes. On pourra objecter, qu’un magnétiseur, comme l’honorable M. Dupotet, qui dernièrement traçait une raie blanche sur son parquet, désirant que ce fut un chemin plus ou moins agréable, aboutissant à
lin précipice, etc., n’a pas eu d’antre intention que celle de dessiner ou créer cette périlleuse route; je répondrai qu’il suffit que M. duPotet ait désiré placer son lucide (1) dans une route qui, tout n existant pas matériellement à nos yeux, existait avec des détails bien supérieurs dans son cerveau ! avec un ensemble auquel rien ne manquait. Alors penserait- on que M. du Potet a créé cette image? Non, il n’a pu penser qu’une chose possible, une chose existante dans un des deux mondes ; il est trop savant pour croire le contraire, car le premier acte de la pensée est d’exister de toute éternité; le second , de revêtir la forme dont elle est l’âme, en se présentant ainsi aux yeux de notre esprit, et le troisième acte attend d’être matérialisé par l’action, pour être perçu par les yeux du corps, ainsi qu’a fait M. du Potet? Il a présenté à son lucide une pensée recouverte de sa forme spirituelle! Qu’a fait le lucide? il a parfaitement vu un chemin, un précipice , qui ont existé tout aussi bien pour lui que les boulevards pour nous. Le précipice aurait causé la mort du corps comme s’il eût été
(1) J’enlends par lucide l’état inappréciable dans lerjuel entre celui sur qui l’on opère, sans croire qu’il est dans le vrai état magnétique. Son état normal e.st influencé, et tous les êtres ne peuvent pas servir pour ces get\res d’expériences.
matériel; seulement il faut, pour comprendre ces vérités, ne jamais se séparer de l’idée que notre corps matériel ne vit que pour la matière et que notre âme ne vit que pour le spirituel. Ce sont deux mondes bien distincts, dans lesquels nous vivons journellement sans nous en douter; car comment penser sans pensées? et ou prenons -nous ces dernières? Dans leur monde. Quel est-il? De leur nature. Où est-il? Dans nous et hors nous (1 ). Comment ce monde existe-t-il? Par Dieu, c’est le monde type. Qu’est-ce qu’un monde type? Un monde de forme. Alors donc une pensée non matérialisée n’en existe pas moins pour le lucide , qui est toujours dans ce monde de pensées, causes de tout ce qui existe, voit dans elles leurs formes, et le seul mot forêt doit représenter dans le monde des causes une forêt avec tous ses accidents. Si incompréhensible que soit cette proposition, nous avons la preuve qu’elle est vraie. Le mot forêt est l’enveloppe matérielle de la pensée elle-même, qui est une forêt. Qu on ne croie donc pas qu’un lucide,
(1) J entends par dans nous et hors nous, m’appuyer sur ce que le guide de Binet, l’esprit Mallet et Swedenborg m’ont révélé de cette sphère, dont tous les hommes sont entourés,
où tout ce qui nous est possible de désirer voir et connaître est renfermé.
qui se débat à vos pieds dans quel(|ues centimètres de terrain, est halluciné ; il est dans le centre de la raison, quand nous en entourons le cercle. Il sulTit que ]\J. du Potetait désiré créer fictivement un chemin, pour que sa pensée ait placé son lucide dans un état convenable à explorer le monde des causes où ce chemin existe, puisqu’il est une pensée, et qu’une pensée est une forme type de la chose elle-même. Le lucide se trouve dans ce chemin, qui lui cause spirituellement et matériellement les plus grandes fatigues, qui pourraient amener la mort du corps! Comme sans quitter votre demeure à Paris, fixant vos genoux, il voit Bordeaux, où vous avez l’assurance qu’il est par tout ce qu’il vous en décrit. Ces deux terribles problèmes, que notre raison ne peut admettre, lui feront toujours tort pour comprendre ces choses; car, qui dit qu’il n’existe plus d’espace ni de temps pour l’esprit,dit un contre-sens de notre raison et dit la plus grande vérité spirituelle (1).
Voilà comment je peux expliquer ces phénomènes; car Dieu seul crée, et Phomme admire !
(1) On peut consulter à cet égard l’ouvrage du savant philosophe allemand Fichtc « sur la destination de 1 liomme », ou l’on verra plus d’un rapprochement entre ses propositions et nos révélations sur la manière do percevoir la matière, etc.
Nous passons à la révélation d’une vie antérieure àla vie matérielle; personne, je le crois, aujourd’hui, n’admet que Dieu crée continuellement l’espèce humaine , quoiqu’un poète ait dit que Dieu ne pouvait penser sans créer son image! Nous pensons généralement que toutes choses créées existent de toute éternité, et il ne faudrait pas confondre, comme je l’ai dit dans l’article précédent, la jouissance de la vue du monde des causes, avec la création des causes elles-mêmes. Dieu peut bien, supérieurement à l’homme, jouir de l’harmonie de ses pensées, qui avec lui ne font qu’une unité parfaite , et qui avec l’homme font deux parce que l’homme procède de la pensée divine, et n’est pas Dieu; il jouit comme Dieu , quand il est spiritualisé de la vue des pensées sous leurs formes types ; mais il ne crée pas ces pensées ; ainsi il nous reste prouvé, que les pensées de l’Elernel étant de toute éternité , puisqu’elles sont de lui , ne peuvent être anéanties sans morceler la personne divine, 1 homme, qui est une de ces innombrables pensées, existe comme elles de toute éternité, il change d’état comme elles toutes, lorsqu elles se matérialisent, ce qui fait croire à une naissance spontanée, parce <pi on piend 1 eflet pour la cause, l’on s’arrête aux apparences, et non au fond de la chose.
Ainsi ràine ayant existé avant d’habiter notre corps , a existé quelque part , sous une forme quelconque, et vécu d’une vie d’activité; car il n y a pas de repos possible dans la nature î tout concourt au mouvement, hors ce dernier c est le néant, c est le morcellement du grand Etre; commeje l’ai dit, c’est impossible. On doit donc admettre que si l’âme a existé de tout temps , elle ait vécu sous forme de germe, et encore cette forme de germe serait l’homme lui -même, car tout germe a sa forme en lui et tous ses attributs; ainsi donc, une formeet tous ses attributs, sans mouvement, sans vibration, ne peut exister. Quand même on assimilerait le germehomme, au germe fleur, il n’en serait pas moins prou véque ces deuxgermes ren fermenten eux tout ce qu’ils doivent développer hors eux un jour, n’ensontpasmoinsaussicompliqués, aussi pleins de vie, resserrés dans leur enveloppe, que dans leur épanouissement ; alors nous arrivons forcément à nous admettre avant d’exister matériellement, et nous sommes également forcés de nous placer quelque part. Ce quelque part pour nous doit être un lieu, ce lieu doit être approprié à notre manière d’être. Ainsi, nous devons avoir vécu dans ce lieu, et pour vivre il faut agir, nous avons agi; pour vivre il faut sentir, nous avons senti, mais impar-
faitement, on vient de nous le prouver. Nous avions besoin d’une position nouvelle , pour nous rendre compte de la première; tous les êtres sentent cette préexistence , et je ne peux mieux faire que de rapporter , à ce sujet , ce qu’à l’instant même je lis (six mois après que cette révélation m’a été faite) dans un ouvrage de M. Loisson de Guinaumont (1), intitulé : Somjîologie magnétique, page 74 . Jamais description ne fut plus explicite et d’un meilleur effet, surtout par le rapport qu’elle a avec cet article. C’est M. P. qui parle dans son sommeil magnétique du 20 mai :
«Quand Dieu, essence d’amour, d’intelligence et de bonté, a créé notre âme, il la créa pour une fin de bonheur; mais il a voulu laisser a notre ame le libre arbitre de sa destinée : à côté des vertus, il a voulu placer les vices, et lui laisser la liberté du choix. Si nous suivons la première route , nous retournons vers Dieu; mais de quelle nature sont donc les récompenses qui nous attendent ? C’est ici que la faiblesse de 1 imagination de l’homme et la pauvreté de sa langue trouvent un obstacle insui montable. Comment se faire une idée des
(1) Un fort. vol. in-8'’, I Ecole de Médecine.
chez M. Baillière, lib., 17, rue de
joies célestes? de (juelle nature sont- elles? comment les ressentons-nous?
» Il n y a point d images; il n’y a point de paroles qui puissent en donner la plus faible idée.
>) Supposons pourtant que sous le ciel brillant de l’Italie, au milieu de la ville de marbre de Venise, un enfant appartenant à la classe la plus élevée des patriciens vient de naître, cet enfant grandira entouré de l’amour de son père et de sa mère, d’une famille nombreuse, éprouvant toutes les jouissances , en un mot, que peut donner une fortune considérable à l’amour des personnes qui l’entourent; arrivé à l’age de l’adolescence, cet enfant sera tout à coup, et sans transition, arraché des bras de ses parents et transporté par la puissance d’une volonté, à laquelle rien n’aura pu s’opposer, au fond de la Laponie. Là, au lieu de son ciel brillant, de toutes les jouissances du luxe dont il était entouré auparavant, il n’aura plus qu’un ciel neigeux, une hutte et des vêtements de peaux; en même temps qu’il aura épromé un changement dans sa condition, il aura perdu jusqu’au souvenir de ce qu’il était précédemment. Supposons encore qu’une tradition confuse lui apprenne (pi’il existe un pays où , au lieu de ce ciel brumeux.
un soleil brillant et vivificateur se fait constamment sentir; qu’au lieu de ces misérables huttes, il existe des palais de marbre, ornés de tout ce que l’imagination peut offrir de plus riche; qu’au lieu de ces misérables peaux qui le eouvrent, la soie, le velours, l’or, brillent de toutes parts sur les vêtements des habitants de ce pays, son imagination bornée ne pourra le concevoir ; mais si, par une nouvelle transition aussi rapide que la première, il était rendu à sa première condition, à la différence seulement que cette fois il conservât le souvenir de la vie misérable qu’il avait menée pendant ce qu’il appellera son exil; son âme alors, n’est-ce pas, serait inondée de déliées; la joie qu’il éprouverait en retrouvant tout ce qu’il aurait perdu, en retrouvant ses parents, surtout, remplis d’alTeetion, l’anéantirait, si je puis le dire, dans un oeéan de bonheur. Eh bien! quel que soit ce bonheur qu’il éprouverait, il n’est pas plus comparable à la joie que nous ressentirons nn jour en nous retrouvant en la présence de Dieu, que ne pourrait l’être la lumière répandue par une chandelle comparée à celle du soleil. Notre joie, notre bonheur seront augmentés par le bonheur qu’éprouve Dieu, si je puis le dire, en voyant revenir à lui une âme qui aurait pu se perdre, car la bonté de Dieu ,
sa tendresse pour nous est incommensurable.»
Je le répète , que peut-on trouver de plus explicite ? Quelle coïncidence entre celte révélation et celles qu’on a lues, qui certes n ont point été combinées entre deux magnétiseurs, qui ne se sont jamais vus, entre des lucides qui ne se sont jamais connus, et qui sont d’un si parfait accord, sans aucune communication, puisque je n’ai lu cet ouvrage que plus de six mois après ce qui m’avait été dit à ce sujet.
Par la 85*^ séance, nous voyons que Dieu, infiniment bon, sans partialité aucune, appelle à jouir de sa munificence tous les êtres de tous les globes sans distinction de sectes; tout ce qui tend au bien monte vers lui jouir de l’harmonie après laquelle il aspire; tout ce qui tend au mal fait l’évolution opposée en s’éloignant de l’imité divine.
M. Swedenborg nous fait une révélation inattendue sur la nature du globe que nous prenons pour tel et nommons soleil; elle sera loin de satisfaire toutes les exigences et toutes les croyances , cependant je ne sais s’il est possible à l’homme et à la science de prononcer en cette matière lequel de la science ou de l’esprit, dégagé des entraves matérielles, peut faire erreur ? Je crois (jue c’est la science, parce (pie les choses prouvées malliémaliquemcnt
par elle sont annulées devant les lois spirituelles, et ce qui paraît raisonnable n’est pas toujours la vérité. Il y avait une difliculté qui m’empêchait d’admettre cette révélation, ce sont ces taches que l’image solaire laisse apercevoir sur les réflecteurs; on a vu à la 86*" séance ce qu’il répondit à cette objection, et l’assurance qu’il donna de nouveau ([u’il disait la vérité, ce qui est très-probable. Ainsi toutes les religions qui adoraient et adorent le soleil, dont les chrétiens sont les plus dévoués sectaires, avaient l’intuition d’un culte raisonnable et sage, et ce qui nous paraissait trèsridicule hier peut être très-sensé aujourd’hui. Voilà comme marche celte intelligence humaine qui , si elle connaissait la pure vérité sur les mystères de la création, la fuirait comme une chose hétérogène à sa raison, tellement elle a soif d’ignorance et d’absurdité! Nous allons passer à un nouvel extatique qui, je le erois, ne sera pas supposé avoir quelque système à lui sur la psychologie; il n’est âgé que de dix ans. Dans le peu que je vais vous en offrir, il s en trouvera assez pour satisfaire les spiritualistes studieux qui m’auront lu jusque-là.