‹ Magnétisme. Arcanes de la vie future dévoilés. Ou, L'existence, la forme, les occupations de l'ame après sa séparation du corpsChapitre 14 sur 33 · SEPTIÈME EXTATIQUE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME EXTATIQUE

88. Emile Rey, âgé de 1 0 ans, d’une nature espiègle et très-curieuse, était mon petit voisin, il venait souvent passer la soirée à la maison, où je lui faisais réciter quelques pièces de vers. Lorsque j’eus fait ce miroir duquel j’ai déjà parlé, dont la composition m’avait été donnée par M. Swedenborg, je voulus tenter la première expérience sur Emile, quoique je ne crusse pas sa nature turbulente propre à ces genres de visions, pour lesquelles il faut un peu de soumission ; il n’y aperçut rien, mais, comme je viens de le dire, il était très-distrait. Un de ses petits camarades, plus calme, y vit différentes choses qu’il désirait voir, ce qui me donna l’assurance que mon miroir était bon ; je voulus essayer de nouveau sur Emile, par l’expérience delà carafe d’eau, que Cagliostro employait souvent pour convaincre ses auditeurs de son pouvoir magique : il vit très-distinctement divers lieux éloignés; reconnaissant par là qu’il avait des propensions au sommeil magnétique, je le magnétisai et en quelques minutes il dormit; sa nature curieuse le

porta à voyager ; il acquit en très-peu de temps cette spécialité et ne me laissa aucun doute sur la bonté de sa lucidité. C’est de cet enfant dont j’ai parlé plus loin, qui fit douter de son sommeil à M. Demarest, parce qu’il voyait à distance, chez ce dernier, une redingote pour un paletot et, dans une boîte fermée, un petit

sou de deux sous qu’il prenait pour un liard; je tentai de mettre cet enfant en rapport avec les esprits dégagés de la matière; je lui dis de demander à voir son ange? — Le voici. — Comment est-il habillé ? — Il est tout nu. — Je fis une prière pour éloigner cet esprit s’il n’était pas l’envoyé de. Dieu; Emile dit : Je ne vois plus rien, il est parti. — J’appelle le bon. — Le voilà; ce n’est plus le même, pourquoi donc ? celui-ci est habillé ; il a une robe bleue, une ceinture rose, de belles ailes blanches, de l)eaux cheveux blonds; il est bien plus beau que l’autre! — Je désire que ce dernier s’éloi gne comme le premier ; il reste et dit à Emile

qu’il est l’envoyé de Dieu. — A quel signe ])Ourra-t-on vous reconnaître en cas que le mauvais veuille prendre votre place? — Il montre à Emile une petite tache blanche qu’il porte au front. — Avez-vous vécu sur terre? — Oui. — Quand êtes-vous mort? — Je n’en sais rien. — Que faites-vous au ciel ?— J’y joue,

on s y anuise bien. — Avec qui jouez-vous ? — Avec des enfants de mon âge; je vais à cheval.

Je demande à Emile quel âge paraît avoir cet ange. Il me répond Mon âge â peu prés. — Aimes-tu à aller à cheval, toi ?— Beaucoup, mon ange est sur un beau blanc pommelé. — Comment, du moment? — Oui. — Qu’y a-t-il au ciel? — Un beau jardin, de beaux fruits, de belles fleurs. — Peut-on manger de ces fruits et cueillir de ces fleurs? — Non, Dieu le défend. — Ton ange voit-il la terre? — Non, il ne peut voir que le ciel. — Voit-il les hommes de la terre? — Non, il ne peut voir que moi. — Peut-il me voir aussi moi ? — Il le pourrait, puisque vous êtes en rapport avec moi. — Ton ange voudra-t-il se faire voir â toi lorsque tu seras éveillé? — Oui. — Je cesse cette séance. Emile, à son réveil, voit son ange lorsque je lui pose la main sur le cœur, comme il me l’avait recommandé ; il me donne les mêmes détails sur sa mise qu’en dormant.

89. Voilà mon ange. — Comment se nomme-t-il ? — Il s’appelle ange. — Il n’a donc pas de nom ? — Il n’en a pas besoin. — Je désirerais qu’il en prenne un lorsqu’il vient te voir ? — Il me dit de le nommer Aïs. — Le voistu encore à cheval ? — Oui. — Sur ({uoi est posé

son clieval ? — Sur rien; il a des ailes aussi et il vole. — Qu’aperçois-tu autour de lui ? — Rien. — Aïs pourrait-il te conduire au ciel pour y voir ce beau jardin ? — Il me dit que j’irai après ma mort. — Pourquoi pas de suite; dans l’état où tu es , on peut y aller? — Il ne veut pas; il dit que mon corps ne pourrait y aller, que ce ne serait que mon âme. — Eh bien ! qu’il la conduise ? — Il ne le peut pas , parce qu’il redoute le mauvais ange. — Tu as donc un bon et un mauvais ange ? — Ce n’est pas un ange, car on n’en a qu’un qu’on appelle ange, l’autre est un mauvais. — Aïs l’a dit qu’il avait habité la terre ; où a-t-il vécu ? — En France. — Quelle ville ? — Paris. — Quelle ? — Neuve-des-Petits-Champs, n" 9. — Le nom de son père? — Gustave Jules. — Que fait-il? — Tailleur. — A quel âge est-il mort ^ — A onze ans. — Combien y a-t-il de temps? — Il n’en sait rien. — Lorsqu’il mourut quel effet cela lui fil-il? — Aucun, il se trouva de suite haut, bien haut, puis il entra au paradis. — Qu’est-ce que c’est que le paiadis? C est la même chose que le ciel.

Y a-t-il un enfer? — Oui, mais bien loin, bien loin du ciel. — Que fail-ou dans cel enfer?— On y brûle. — Aïs a-t-il vu l’enfer? — Non, jamais.- U t’a dit qu’il jouait au ciel,

avec qui? — Avec des camarades et des jouets.

— Où prend-il ces jouets ? ~ H les désire , et Dieu les lui donne; mais il n’a pas toujours ce qu’il désire. — Quand il ne veut plus de ces jouets, qu en fait-il? — H les garde, parce qu’il ne peut pas les easser ni les détruire en aucune manière, comme sur terre. — Les enfants grandissent-ils dans le ciel ? — Oui.

Qui les instruit ? — Des camarades plus avancés qu’eux. — Comment Aïs sait-il que c’est Dieu qui lui donne ces jouets ? le voit-il les lui donner ? — Non, il n’a jamais vu Dieu, qui ne peut être vu par personne; c’est une âme que Dieu, qui remplit tout l’univers, qui est partout et qu’on ne peut voir; mais au ciel on le représente par un tableau où on voit un homme attaché sur une croix. — Fait-il nuit au ciel ? — Il y fait nuit et jour. — J’avais entendu dire le contraire? — Ceux qui veulent dormir y voient la nuit , et ceux qui ne veulent pas dormir voient toujours le jour.

— Comment est-on mis dans le ciel ? — Tout le monde y porte des robes. — Comment sont ces robes? — Elles sont de toutes couleurs, bleues, roses, rouges , vertes. — • Comment y reconnaît-on les hommes ? — On les reconnaît facilement, puis ils ont des ceintures avec des effilés au bas. — Vieillit-on au ciel? — On y

vieillit, maison n’y meurt plus, jamais , jamais.

Y voit-on des vieillards comme sur terre?

Oui. — J’avais entendu dire le contraire.

— Aïs nous dira ça la prochaine fois, il le demandera à ses camarades qui en savent plus long que lui; son père lui a dit de ne pas être longtemps. — Son pèreest donc mort aussi ? — Oui. — Je réveille Emile qui , comme la der- • nière fois, voit son ange près de lui un instant.

90. Ton guide ou ange ne l’as-tu pas connu sur terre? — Oui, j’allais a l’école avec lui.

— Avais-tu demandé à le voir? — Non, j’ai demandé à voir mon ange, et c’est lui qui est venu. — Tu lui vois des ailes; les anges en ojit-ils tous ? — Non , le bon Dieu n’en donne qu’à ceux qui avaient de la religion , et comme Aïs en avait beaucoup sur terre, il a des ailes.

— Il t’a dit la dernière fois qu’il s’informerait si l’on vieillissait dans le ciel , peut-il te répondre aujourd’hui ^ — Oui, il médit que dans le ciel on conserve la figure qu’on avait sur terre, et qu on n’en change pas. — Entendons-nous bien ; tu sais que sur terre les vieillards n’ont plus de dents et ont la peau toute ridée , sont-ils de même au ciel } — Non , tout le monde y a des dents, et il n y a pas de peau ridée, on y est bien plus beau (pie sur terre. — Alors on n’y

vieillit pas ? — Non; mais les enfants y vieillissent en grandissant, ils ne restent pas comme (piand ils sont morts. — Ton guide pourraitil te faire voir tes petits frères qui sont morts?

— Oui. — Je vais pour m’en assurer appeler une personne de ma connaissance qui est morte, et qui se nommait M. Isidore Verdure.

— Levoilà! — Déjà? — Oui. — Comment est-il ? — C’est un homme plus grand que vous, il a un collier de barbe noire, il a une redingote et un chapeau. — Demande-lui s’il me connaît? — Il répond qu’il est votre cousin. — Je lui fais adresser d’autres questions auxquelles il ne lui est pas répondu. C’est bien la personne que j’ai demandée , par la réponse qu’elle est mon cousin , et à n’exiger que ces détails; car cet enfant ne sait pas donner de signalement; à peine apprécie-t-il les couleurs. Il donne à cet homme environ trente-six ans, il en avait quarante. Je demande la mère de mon cousin? — La voilà, dit-il. — Comment est-elle? — Elle est toute petite, elle a les cheveux gris , les yeux noirs- — C’est bien cela ; elle ne veut répondre qu’à cette question: Combien avez-vous eu d’enfants sur terre? — Trois, dit-elle. Je savais qu’elle avait perdu des enfants eu bas âge, mais je n en connaissais pas l(‘ nombre; je le demandai à mon père,

qui est son frère; il me dit, comme l’enfant, qu’elle en avait eu trois.

91. Le guide d’Emile lui fait des reproches pour ne pas l’avoir conduit dans un endroit éloigné où je l’avais envoyé, et duquel Emile lui faisait un beau tableau ; sur mon observation qu’il n’aurait pu voir ces lieux qui sont matériels, il répondit qu’il aurait été content s’il l’avait accompagné. Je compris que le guide d’Emile croyait, parce qu’il voyait ce . dernier dégagé de son corps, voir à son gré des lieux matériels, qu’il aurait eu le même pouvoir. Ce qui prouverait que la progression d’intelligence au ciel n’est pas aussi étendue qu’on pourrait le penser, et que cet enfant, donné pour guide à un autre enfant, n’était lui-même supérieur que dans un peu de sagesse.

La mère d’Emile, ayant entendu dire que son (ils pouvait communiquer avec les esprits,, désira qu il demandât à voir un de ses petits fieies ; je 1 appelai sans mettre Emile en rappoi t avec sa mère. — Le voila. — Comment est-il — 11 est plus grand que moi, il est blond , les yeux bleus; il a des petites coueurs, il est bien plus beau que moi, il a une blouse bleue et une ceinture autour du corps.— Quand est-il mort? — U n’en sait rien. —

De qiioi^ est-il mort ? - Il ne le sait pas. — A quel âge est-il mort ^ — A neuf ans. — Madame Rey dit que tout ce signalement est exact, à part l’àgequi ne l’est pas ; elle ditqu’Emile n’a pas connu cet enfant, ce qui l’étonne beaucoup ; pour être plus assurée de ce qu’elle vient d’entendre et de ce qu’elle doit en croire, elle désire que sa grand mère qui est morte il y a vingt ans apparaisse, si cela est possible. — La voilà. — Donne-nous son signalement ? — Elle est bien vieille; elle a les cheveux tout blancs, les yeux noirs, elle a un bouton sur la joue et line cicatrice prés de l’œil gauche, un bonnet qui noue sous le menton, un mouchoir en fichu autour du cou, une robe noire ; elle n’a pas bonne mine. — Tout cela est très-exact, jusqu à la cicatrice qui a été occasionnée par une chute sur le coin d’une cheminée; tant qu’au coté gauche , madame Rey est obligée d’aller le demander à sa mère, et cela se trouve exact; pour le bouton, on croit se le rappeler : mais non pas précisément. Elle avait le teint trèsjaune , ce qui répond à la mauvaise mine qu’Emile lui voit; elle portait le deuil de son mari lorsqu’elle est morte. Enfin madame Rey est confondue d’étonnement, elle s’écrie : Emile n’a pas connu ma grand’mére, qui était morte dix ans avant sa naissance, il ne m’en a entendu

parler que très-vaguement, mais il ne pourrait toujours pas connaître ce que je ne connaissais pas moi-même qui suis obligée d’aller aux renseignements, pour être assurée de ce qu’il dit. C’est três-étonnant. Demande-lui ce qu’elle fait? — Elle est très-heureuse. — Où est-elle? — Au ciel. — Avec qui? — Tous ses petitsenfants. — Combien y en a-t-il? — Elle répond, sept. Dis donc, maman, est-ce que j’ai sept petits frères de morts ? — Oui, mon enfant, y compris tes petites sœurs. — Emile n’avait jamais été plus explicite ni plus clairvoyant. Madame Rey sourit de bonheur, en pensant à tout ce qu’elle vient d’entendre, et au doux espoir d’une vie de félicité, où elle pourra represser tous ses enfants sur son sein.

Je déménageai de cette maison et n’eus plus occasion de magnétiser Emile, qui aurait, par la suite, été un excellent lucide; je l’ai beaucoup regretté. Ces faibles renseignements obtenus d’un enfant de 1 0 ans ne sont nullement déplacés dans cet ouvrage; je pourrais les laisser commenter au lecteur qui, s’il était initié aux lois du spiritualisme, le ferait tout aussi bien que moi; mais comment ne pas ajouter réflexions sur réflexions sur des sujets' qui en ont tant besoin ? J’étais surpris de l’apparition de cet enfant qu’Emile avait connu

— ^il

sui terre, et rjue Dieu donnait à ce dernier pour guide; je ne pouvais comprendre comment un enfant, qui semblait n’en savoir pas beaucoup plus que l’autre, pouvait être son guide, quand mon digne ami Renard m’envoya les arcanes célestes du bon Swedenborg, où je lus ce qui suit de l’état des enfants dans l’autre vie, page 107, arcane 2295. a Quand les enfants sont, non dans cet état, mais dans une sphère intérieure, savoir, dans la sphère angélique, ils ne peuvent nullement être infectés par les esprits, même quoiqu’ils soient au milieu d’eux; quelquefois aussi les enfants qui sont dans l’autre vie sont envoyés, par le Seigneur, aux enfants de la terre , quoique l’enfant , sur terre , n’en sache absolument rien. Ceux-ci en éprouvent le plus grand plaisir.

» 2296. Il m’ ’a été aussi montré comment tout leur est insinué par des plaisirs et des charmes qui conviennent à leurs penchants; en effet, il m’a été donné de voir des enfants vêtus avec la plus grande élégance : ils avaient autour de la poitrine des guirlandes de Heurs qui brillaient de couleurs ravissantes et célestes et, en outre, ils en avaient autour de leurs tendres bras; il m’a aussi été donné de voir une fois des enfants, avec des vierges

chargées de leur éducation, dans un jardin paradisiaque, orné non d’arbres, mais de berceaux comme des lauriers, formant des portiques avec des allées pour conduire vers les intérieurs, etc., etc. »

Je jure que je n’avais jamais lu cet ouvrage du grand extatique, et je pense bien que mon petit lucide de dix ans ne l’avait pas lu non plus. Que l’on rapproche ce que le vénérable Suédois disait il y a un siècle et ce qu’on vient de lire de cet enfant entrant dans la vie. Si je n’avais pas eu connaissance postérieurement de ces arcanes célestes, je sens que je ne savais comment allier ce que me présentait d’étrange ce jeune guide de 11 ans; j’ai donc bien fait de conserver ce petit journal qui, par ce qu’on vient de lire, prouve que Swedenborg voyait bien, et ce dernier prouve que mon lucide était dans un bon état. L’on ne sera plus étonné de voir ce guide à cheval sur un coursier ailé, surtout si l’on continue la lecture de tout ce que Swedenborg dit à ce sujet. Les enfants jouissent, comme les grandes personnes, de la possession des objets de leur affection, et leurs connaissances spirituelles sont très-bornées comme on l’a vu par les réponses du guide d Emile. Comment, devant de telles révélations, rester enfermé dans un égoïste matéria-

lisme, surtout quand on est à même de s’en procurer de semblables à celles que j’ai obtenues , entourées de tant de prudence et de défiance? Chacun peut les obtenir par sa pratique , qui ne lui laissera rien à désirer et le dédommagera grandement de ses études. Mettez-vous à l’œuvre vous qui m’aurez lu ; ne dites pas que j’étais un balluciné; ne prononcez ce nom qu’aprés une entière conviction, appuyée sur l’expérience ; ne dites pas non plus que j’étais un miroir dans lequel mes lucides voyaient. Vous verrez, par vous-même, que cette logique est totalement fausse, au moins vous ne pourrez pas m’accuser de manquer de bonne foi et d’impartialité; mes demandes sont telles que je les ai adressées; les réponses sont telles qu’elles m’ont été transmises ; tout ce que j’ai pu recueillir, je le donne au lecteur, sans garder rien pour moi ; je veux établir une vérité qui consiste dans l’existencede l’âme et de son moi, après sa séparation d’avec le corps, et je ne veux pas établir un système. Le petit guide d’Emile reconnaît un enfer; on comprend cette croyance, il ne l’a jamais vu, et j’aurais cru mentir â la vérité si j’avais passé sous silence cette révélation qui doit prendre sa place dans cet ouvrage comme les révélations contraires y ont pris la leur. Ce même

guide dit encore qu’on ne peut voir Dieu (jui est une âme, etc., mais qu’on le représente au ciel par un tableau où l’on voit un homme attaché sur une croix. Que l’on consulte l’arcane 2299 dudit ouvrage de Swedenborg sui‘ les enfants morts dans le christianisme, et l’on verra la coïncidence de ces deux révélations. Je n’en finirais pas si je voulais arrêter les réflexions du lecteur sur tout ce qui m’a été dévoilé; l’esprit juste saura fort bien en tirer des conséquences consolantes.

Passons à quelques révélations d’un huitième extatique, appartenant au catholicisme par conviction.

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