Fannv désire de tout cœur revoir cette
belle personne de la dernière fois, je lui demande : Voyez-vous quelque chose? — Oui ; mais ce n’est pas la même ligure. — Comment est celle-ci? — C’est un jeune homme qui est à genoux et qui paraît prier Dieu, avec une grande humilité. — Sur quoi est-il à genoux? — Sur une estrade qui a deux marches. — Il ne vous paraît donc pas dans l’air comme l’autre jour? — Non. — Comment est-il habillé? donnez-moi son signalement ? — C’est un brun, sa tête est couverte d’une couronne d’or, dont la forme est bien différente de celle
que portait la dernière apparition, celle-ci est dentelée; il a un beau manteau de velours rouge, tout parsemé d’étoiles d’or, qui descend jusque sur ses talons en forme dérobé à queue; j’aperçois une robe blanche sous ce manteau, qui laisse à peine voir ses pieds ; sa peau est très-blanche. — Essayez de lui parler; diteslui de vous regarder ? — Je n’ose pas ; il a l’air si profondément livré à la prière que je serais plus qu’indiscrète de l’en détourner; il paraît trop heureux , et moi je ne le suis pas moins de le regarder. — Bruno, frère de Fanny, était présent lorsque j’endormis sa sœur, et désira dormir avec elle. Il ne tarda pas à voir la vision de sa sœur, et en faire une description détaillée, presque conforme à celle deFanny; seulement il voyait la robe blanche , quoique de profil, beaucoup plus largement, et lui voyait les mains jointes en bas quand Fanny les voyait jointes en haut près de la figure. — Quel est ce jeune homme? demandai-je à Bruno. — C’est Gabriel. — Que fait-il ? — Il prie pour nous et nous donne en même temps une leçon d’humilité. — Votre sœur, par ses mœurs religieuses, pourrait se passer de cette leçon ; mais à vous, elle est nécessaire. — Elle nous est nécessaire à tous les trois, nous ne savons aucuns prier — Pourquoi lui voyez vous les mains dans une
position autre que votre sœur ? — C’est parce qu’il ne se montre jamais exactement à deux personnes à la fois dans les mêmes positions. — Pourquoi cela? — Parce qu’on croirait à l’influence et à la fascination, et cela me prouve ce que je vous disais il y a quelque temps, sur le pouvoir qu’ils avaient de se dédoubler. Je les réveillai tous les deux.
J’essayai plusieurs fois de magnétiser Fanny et la reconduire vers ses visions , je ne pus y réussir; elle ne désira plus être endormie. J’ai cru nécessaire de mentionner ces deux extases, car on ne peut recueillir trop de preuves des apparitions spirituelles. Voici un fait qui contredit ce qu’avancent beaucoup de magnétiseurs, quand ils assurent que toutes ces visions ne sont que le fruit d’une imagination fatiguée ou en désordre, et le pouvoir qu’ont les lucides de se créer de telles images; je leur donne raison sur ce dernier point. Aussi un lucide qui se sera créé de telles visions les aura toujours à sa disposition, et les verra quand il voudra, en obtiendra des réponses sympathisant avec ses croyances et ses goûts; mais Fanny ne se trouve pas dans ce cas, elle ne voit pas ce qu’elle désire et voit ce qu’elle n’attend pas. Ce n’est | pas faute d’être dans l’état lucide, comme ou il pourrait le croire, puisque dans ces deux vi-
sioiiscile volt au meme degré et avec les mêmes facilités. D’ailleurs nous avons d’autres faits à exposer, qui détruiront facilement cette objection.