‹ Magnétisme. Arcanes de la vie future dévoilés. Ou, L'existence, la forme, les occupations de l'ame après sa séparation du corpsChapitre 8 sur 33 · TROISIÈME EXTATIQUE · texte numérisé non relu

TROISIÈME EXTATIQUE

28. Une demoiselle nommée Françoise ayant consulté ma somnambule Adèle sur sa santé, celte dernière lui conseilla de se faire magnétiser. Son état était désespéré; elle me pria de la guérir si je le pouvais, je l’entrepris, elle en éprouva le plus grand bien. Sans être guérie, par l’état de décomposition où étaient ses organes, après quelques magnétisations, elle m’offrit les phénomènes suivants :

Dans une séance, elle s’écrie qu’elle voit devant elle son père et sa mère, morts depuis longtemps, (ju’ils lui apparaissaient bien vivants. Sa mère était entourée d’un beau ciel bleu, à sa droite, n’osant approcher d’elle; elle était exactement dans le même costume (ju’elle portait avant de mourir. Son père était mis de même et cherchait à se cacher derrière un buisson, sur sa gauche. Elle les contempla longtemps sans leur parler. Ce fut le premier jour où elle fut lucide et vit sa position, de laquelle elle désespéra, en m’assurant que si je continuais à la magnétiser, que j’eusse à prendre les plus grandes précautions, car il v i

allait de ma vie, comme me l'avaient déjà dit deux lucides. Je ne tins compte de ces avertissements qu’en me précautionnant contre ses mauvaises émanations. A son réveil, elle se ressouvint d’avoir vu son père et sa mère ; mais elle ne se ressouvint aucunement de son état désespéré ni de ce qu’elle avait dit à ce sujet.

29. Après un instant de sommeil, j’entends, dit-elle, la voix de Dieu qui me dit que ma nièce, qui est en couches du moment, mourra dans trois semaines; elle n’en peut revenir! Françoise aimait beaucoup cette nièce; elle se mit à pleurer amèrement. Je voulus lui faire comprendre que c’était un écart de son imagination occasionné par la vive amitié qu’elle ressentait pour sa nièce; que ce n’était pas la voix de Dieu qu’elle avait entendue. Elle fut trèsblessée de mon doute, et me répondit : C’est bien Dieu qui m’a parlé; qui vivra verra.

30. Voilà mon père, dit-elle, je ne sais })Ourqiioi il n’ose m’approcher. — Demandczle-lui — Il me répond qu’il m’avait désirée avant sa mort, et que je n’étais pas venue recevoir son adieu. 11 paraît fâché contre moi. Api’ès ce reproche, il s’éloigne. Il lui apparaît une petite fille qu’elle avait eue, et avait perdue

à l’âge (le dix-huil mois en nourrice; elle la voyait plus grande qu’à son départ, vu qu’elle n’avait alors que six jours. — Comment vous apparaît celte enfant — Très-bien ; elle a l’air un peu soulïrant ; elle est nue, a de petites ailes et un petit bonnet rose sur la tête. — Comment cela, nue et un bonnet sur la tête ? — Oui, c’est bien comme cela que je la vois. — Demandezlui où elle est? — Au ciel. — Avec qui? — Sa grand’mère. — Qu’y fait-elle? — Elle joue avec des petites fdles qu’elle aime à agacer. — Elle vous paraît souffrante; demandez-lui si elle souffre? — Elle s’ennuie après moi; mais du reste ne souffre pas; elle dit être trèsheureuse; elle a vu souvent Dieu et va près de lui. — Comment lui apparaît-il ? — Comme un homme au milieu d’un nuage d’une blancheur éblouissante. Elle me dit (]ue je vivrai encore longtemps dans les soulTrances. — Pourquoi votre grand’mère n’est-elle pas prés de cette enfant, puisqu’elle est sous sa garde, vous la verriez au moins? — Elle me dit qu’elle ])rie Dieu du moment pour moi ; ma petite 1111e a des yeux bleus, je ne savais pas quelle couleur ils portaient. Voilà un petit garçon que je ne connais pas, qui se dit mon neveu ; il est mort à l’âge de neuf ans, à la suite de convulsions , rovenant de colères aux(|uelles il était sujet ,

qui ne l’ont pas encore quitté, (p.ioique mort; il dit avoir vu Dieu quelquefois; il a espoir de rester près de lui, plus tard, lorsqu’il sera plus doux; il annonce à Françoise que sa mère, qui est la sœur de cette première, est malade par du sang décomposé qui se fixe à la poitrine, ce qui plus tard formera un catarrhe. Françoise voit beaucoup de personnes qui se disent ses parents; elle ne les connaît pas ; elle ne se souvient même pas de les avoir jamais vues; elle désire voir à son réveil sa fille , et m’en indique le moyen , ce qui réussit très-bien; elle ne se ressouvient plus de rien, par l’état de lucidité qu’elle a acquis ; cela l’étonne beaucoup , et surtout le bonnet qu’elle voit à son réveil sur la tète de sa fille.

31 . Françoise dit entendre encore la voix de Dieu qui lui dit que la petite fille dont sa nièce est accouchée mourra peu de temps après elle. — Avez-vous des pressentiments de ces événements dans votre état de veille? — Non, aucun. Ma nièce n’est pas bien, mais elle ne m’inspire aucune crainte. — Et sa petite fille ? — Elle est en nourrice et je ne la vois que dans mon sommeil ; mais rien ne me fait pressentir qu’elle mourra bientôt. — Votre neveu vous a dit la dernière fois que sa mère, votre sœur, était

iiiaiade, le saviez-vous ? — Je le sais d’aujour* ddiiii, j’en ai eu des nouvelles et elle n’est pas ! bien; mais avant je n’en savais rien. — Pourriez-vous savoir pour(|uoi votre petite fille vous i est apparue nue et un bonnet rose seulement sur la tête? — Je vais le demander. Après un instant d’attente, elle me dit : — J’avais donné i à sa nourrice une très-bonne layette qu’elle me i renvoya après sa mort; je lui avais recommandé de lui mettre dans sa bière un de ses plus beaux bonnets, elle me dit l’avoir fait, j’eus des doutes à ce sujet et je présumai qu’elle ne l’avait pas fait, surtout à l’égard de ce bonnet avec lequel élle m’apparaît en ce moment par la permission de Dieu, qui veut que je n’accuse pas davantage cette pauvre femme de vol. Je n’aurais jamais cru qu’elle en aurait agi ainsi, surtout un bonnet de prix comme celuici, et ayant tant d’enfants auxquels il auiait été plus utile qu’à cet enfant.

Je n’eus pas d’autres révélations de Françoise; son état s’améliorant, ayant besoin de reprendre sa ])Iace, je ne la revis plus. Je ferai quelques observations sur ce qu’on vient de lire. Françoise était d’une rare lucidité pour les vues à distance, re|n'oduisail les conversations qu’on tenait dans des lieux éloignés, dont j’o!)tins des preuves sans réplique; elle était d’un caractère très-

fianc, et iiullemerit astucieuse; ellene m’a pas trompé en m’annonçant la maladie de sa sœur, dont elle n’a eu connaissance que deux jours après. Est-ce bien son petit neveu qui est mort quelle n’avait jamais vu, qui lui a fait cette confidence? ou serait-ce une vue à distance qu elle aurait faite ? On ne peut prononcer que d’après sa bonne foi et son aversion du mensonge. Je crois que cet enfant lui est apparu , parce qu elle a dit qu’il était encore irascible, vérité qui sera prouvée plus tard. L’homme ne perd pas de suite ses mœurs et ses penchants en entrant dans l’autre vie , chose ([u’elle ne pouvait savoir ni voir dans ma pensée, vuqu’alors je ne savais ni ne me doutais pas de ces choses, qu a présent meme j’ai de la difiiculté a comprendre; je crois encore à cette révélation, parce que depuis j’en ai eu de semblables qui m’ont déterminé à ne pas la rejeter. Je prie

donc le lecteur de ne pas perdre' de vue cette observation.

2» Une VOIX quelle prend pour ôlre celle (le Dieu lui annonce que sa nièce et sa ülle mourront à peu de temps l’une de l’auire. Celle prédiction s’est accomplie textuellement telle qu’elle a été faite.

3° Elle aperçoit sa petite fille morte il y a trà-longtcmps. Cette particularité du fionnet

(juc Françoise n’a pu inventer pour, ou paraître ridicule à mes yeux, ou me faire moimême passer pour tel (en admettant de telles croyances, on douterait de sa propre existence, si partout on ne voyait que de l’astuce et du mensonge), cette particularité, à elle seule, est une preuve irrécusable de 1 existence du monde spirituel, l’appuyer de commentaires , ce serait lui nuire; conservons-la dans toute sa pureté. Un bomme peut douter et crier a 1 ballucination , en voyant de ses yeux et touchant de ses mains une personne morte, parce que des images peuvent un moment paralyser nos sens ; cet homme perdra peu à peu l’impression de ce qu’il aura vu, et finira par douter lui-même de son bon sens. Il n’en est pas de même quand c’est le raisonnement qui parle et qui est nourri de faits qu’il ne peut détruire, malgré sa bonne volonté. Un homme vaincu par le raisonnement sera toujours vaincu, et un bomme vaincu par les sens se relèvera facilement de cet état, qu’il classera dans ceux de la peur, l’hallucination et l’absence du jugement.

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