APPARITION DE L'ABBÉ AUNIGNANA
21 octobre 4860»
Après avoir laissé à notre bon et vénérable ami M. l'abbé Àlmignana le temps de s'orienter et de prendre quelques notions sur l'exister spirituel, nous l'appelons à nouveau ajourd'hui pour savoir ce qu'il pense de son nouvel état ; l'ayant connu très-ardent, lorsqu'il était parmi nous sur la terre, à aborder et à chercher la solution de toutes questions de ce genre; nous pensons qu'il est à même de nous donner quelques notions nouvelles sur ce genre d'études. Lorsque Adèle dit le voir, nous lui adressons les questions suivantes :
D... Eh bien! notre vénérable ami, comment vous trouvez-vous?
R... Très-bien, très-bien, ma chère; je ne reviendrais pas sur la terre pour tous les trésors du monde.
(Je dois faire observer que M. l'abbé Àlmignana, Espagnol de naissance, avait un certain accent, que je ne chercherai pas à rendre ici ; quoiqu'il fasse le plus grand effet à l'audition de la lucide, qui le rend très-textuellement. M. Almignana avait en plus l'habitude de tutoyer toutes les personnes avec lesquelles il était lié d'amitié ;
Adèle était sa lucide préférée, aussi se trouvait- il toujours bien dans la compagnie de celle qui lui avait fait s'écrier que ses quarante années d'études en théologie étaient perdues à notre contact).
D... Continuez-vous vos études terrestres concernant l'exister spirituel ? Vous êtes aux premières loges pour juger cet exister ; croyez-vous qu'il soit bien réel? J'entends dire parce mot, qu'il n'est pas une vue, une possession des pensées, une compulsion de tableaux imaginaires?
R... Je ne sais qu'une chose, c'est que tout ce que je vois, tout ce que je touche, tout ce qui tombe sous mes sens en général me semble être aussi réel que sur la terre ! Je suis bien là devant toi comme tu m'as connu ; je me palpe, je m'écoute, je touche à tout, j'entends toutes choses et je conclus que tout cela a bien une existence aussi réelle que préférable à celle de la terre.
D... Avez -vous recherché quelques savants qui, comme vous les cherchiez sans les trouver, sur la terre, puissent mieux que ces derniers répondre à vos questions?
R... J'ai vu le père Lauriot.
A ce mot je reste confondu, et je ne comprends pas pourquoi M. Almignana a cherché à voir cet esprit, auquel j'étais loin de penser en ce moment. On sait que l'esprit portant le sobriquet dé Lauriot, nom donné à uo prêtre, cité tome I ar
des Arcanes de la vie future dévoilés, était apparu à Adèle en la présence de l'abbé Mérice de Saint- Sulpice, qui étudiait alors avec cette lucide une question en dehors des apparitions. Celle du père Lauriot dut d'autant plus nous surprendre, comme on a pu le voir dans l'ouvrage précité, qu'il fallut huit jours à l'abbé Mérice pour trouver le vrai nom de ce prêtre dans la bibliothèque affectée à ce sujet,
M. Almignana avait joujours paru être frappé de cette apparition; apparition qui, je dois IV vouer, a déterminé ma croyance à ce genre de facultés des somnambules.
M. Almignana n'a donc cru devoir trouver rien de mieux à faire que de rechercher cet esprit tant pour s'assurer de la véracité de son apparition à Adèle, que pour faire sa connaissance sans doute. M. Almignona aurait traversé la France pour aller aux informations sur un fait quelconque qui intéressait son attention ; nos lecteurs savent ce que sa conversion a nos études nous a coûté de séances et de démonstrations.
D... Eh bien, que vous a dit le père Lauriot ?
R... Pas grand'chose, ma chère; il n'est pas plus instruit que les autres; il étudie une science que je ne connais pas, et qui me semble inutile dans son état présent; il veut faire, ou trouver la pierre philosophale ! c'est un alchimiste 1 Qu'il
aille chercher sa pierre, ce n'est pas encore celui-là qui me donnera des notions sur la grande science.
D... Vous qui étant parmi nous, vous occupiez tant d'écrire à tous les savants en théologie, pour leur soumettre vos doutes sur certaines parties du dogme, avez -vous fait quelques recherches sur ce sujet; vous êtes-vous convaincu de l'existence du Christ, de la Divinité et des destinées de l'Église catholique ?
R... Oh! le Christ, le Christ, je ne l'ai pas vu, je ne peux le voir, et tous ceux auxquels je l'ai demandé m'ont dit ne pas l'avoir vu mieux que moi. J'ai bien vu des Christ, il n'en manque pas, mais, ma chère, ce ne sont pas des Christ, ce sont des hommes comme nous.
D... Croyez-vous que le Christ, fondateur delà religion chrétienne, ou, pour dire plus vrai, de la religion catholique, ait vraiment existé?
R... Oui, mais comme penseur, comme professeur religieux, comme philosophe libéral, dont les doctrines ont déplu aux hommes de son temps, comme chez vous en ces jours-ci tant de professeurs en ce genre déplaisent à ceux intéressés à les faire taire et à les faire disparaître au besoin de la scène qu'ils occupent.
D... Pensez-vous que le Christ dont nous parlons ait été crucifié?
R... Je ne le sais pas ; il aura été tourmenté comme les autres»
D... Vous tenez donc à admettre tyin prieur* Christ ont existé?
R... J'en connais et j'en ai tu qiatre d--r>*ïU qoe je suis spiritualisé; mai* ce ne sont p* d<* Chr.U dans l'acception du mot; je n\n r/>\'.\\% p«, j*> n'en ai pas vu, et aucun d-s e«priî*v.x7 .*'* je !<* ai demandés ne les connaît p! ; a q ,e rr,,,, fj ,;>',4 les croyants au Christ démoder.* k >, ?v,r an monde spirituel, ils toieat ce! ii d/; î-v.r '/,r. ',>,;*sance, celui de leur culte,
D... Qu'entendez-?ou<i dire :>*r h?
R... Qu'il ne manque [>*% de 0>:\ % \, et <\*\\\ j en a encore parmi tous dan* V>*\\ \<:\ h'#rr«rf.e% 'pi se dévouent au bonhe'iret à rin*/,frti n \\\/:t*\H religieuse de leurs fr*:r<*.
D... Vous me dites qne tous en avcs ta quatre, que sont-ils?
R... Il y en avait d*nt q r ii tiraient au iriAnw temps dans deux contrées difiérente* : ieChritt des catholiques et le Chrint des Africains,
D... Quels sont les deux autres?
R... Le Christ chinois et le christ indien.
D... Lequel de tous ces Christ est le plus ancien?
R.., Celui de l'Inde.
D... Et le deuxième ?
R... Le Chinois.
D... Les autres sont-ils de la date qu'on leur accorde?
R... Je ne sais pas; je le crois d'après ce que j'ai pu savoir des esprits; mais tiens, tout cela c'est la bouteille à l'encre; les papes, comme les évèques spiritualisés n'en savent pas plus sur cette question que les papes et les évèques maté* riels. Je te l'ai toujours dit, ne crois qu'en Dieu, qui n'a pas besoin de tout cela pour être ce qu'il
est et faire ce qu'il fait. Laisse toutes ces b *
là de côté.
D... Si ces Christ sont ce que vous les dites être, des professeurs de doctrines religieuses libérales, que doivent-ils penser des Jésuites, qui se disent être leurs enfante de prédilection ? Comment peuvent-ilssouffrir les tortures, les prisons, les guerres, les crimes plus ou moins dévoilés de ces hommes, foyers d'amour prétendu divin?... Comment ces Christ, s'ils sont de nobles puissances, ne foudroient-ils pas ces hommes, ou au moins n'entravent-ils pas leurs noires combinaisons?
R... Parce qu'ils ne le peuvent pas; puisque je te dis que ce sont des hommes comme nous ! Estce que tu crois que s'il existait un Christ vrai, un Dieu, qui se fût mêlé de nos affaires terrestres au point de souffrir dans nos prisons, de nos insultes, et mourir de notre main parce qu'il venait nous
prè:her lâchante; que, rentré aux cieux, il voudrait que sa morale fût intervertie de la sorte? Bien sa&ez d'atoir reçu nos insultes matérielles pour le bîen qu'il voulait nous faire , il ne souffrirait pas que ce bien fût dénaturé en mal. Ne t'occupe pas de tous ces contes; tu verras quand tu scms avec nous que tout cela ne mérite aucune attention su* rieuse. La terre, c'est une comédie ; c'est rien ; tout s'y passe en conséquence. On est mieux ici, dépèehe-toi de venir avec nous.
D... Àvez-vous vu les pères de l'Église ?
R... Qui veux-tu que je voie, si je no poux voir le Christ lui-même?
D... Vous auriez pu prier Pierre, fondateur do cette Église, ou Paul, son fervent disciple, do voutt introduire auprès de lui ?
R... Mais, puisque je te dis que j'en ai vu quatre des Christ, et qu'il y en a bien d'outre* ; c'est le nom qu'on donne ici aux esprits qui remplissent des missions de cet ordre sur la terre. Que veux-tu que Pierre ou Paul me dise? j'en ai vu d'autres aussi instruits qu'eux, ils n'en savent pas plusquo nous.
D... Avez-vous vu Swedenborg?
R...Oui, souvent.
D... Qu'en pensez-vous? le fréquentez- vous?
R... Je suis ici comme sur la terre. Je n'aime pas me lier à aucune société ; j'aime ma liberté
d'appréciation et de discussion ; je ne Yeux pas me lier ainsi à l'an et à l'autre, je Yeux au contraire les fréquenter tous pour les étudier et en penser ce que je voudrai..
D... Avez- vous vu Platon ?
R. ., Platon, Platon, non ; mais qu'est-ce que tu veux qu'il me dise de plus que les Arcanes de la vie future dévoilés? Je vois que là est la vérité que je cherchais. Je ne veux pas me fatiguer à chercher autre chose pour. le moment. J'ai besoin de repos; celui que je goûte me semble bon.
D... Vous occupez-vous toujours de musique ?
R... Oui, beaucoup.
D... Et des tables tournantes, qu'en pensezvous?
R... Qu'elles m'ont beaucoup fatigué et qu'il y a plus à rayer à leur égard qu'à admettre. Il y a beaucoup de tromperie, d'enthousiasme, et moins de merveilleux qu'on le pense. C'est, comme en tout ce que les hommes font, une question de plaisir plus que d'études sérieuses. Ne t'occupe pas de cela, il y a trop de rieurs qui tronquent la vérité.
D... Cependant le fait existe?
R... Oui, j'ai vu l'esprit Franklin à ce sujet; mais il y a beaucoup moins d'esprits parmi nous qui s'en occupent que vous ne croyez. Là où le se-
rieux est allié au ridicule, il n'y a rien à gagner pour la vérité.
Adèle me fait observer que l'esprit Almignana parait prendre peu de goût aux questions que je lui adresse, et qu'il lui dit (en lui parlant de moi) : il verra lui-même qu'on a besoin de repos quand on a beaucoup étudié, et qu'on ne se presse pas autant qu'il le pense de se fatiguer à acquérir de nouvelles connaissances là où le bonheur semble se passer d'elles. Que me font les tables tournantes, le Christ et le pape? Je ne suis plus parmi ces choses et ces êtres. Je me trouve bien de mon état; je n'ai pas envie de le troubler à ces futilités. Là s'est terminée cette séance que j'avais hâte de faire, et qui, toute instructive quelle est, ne répond cependant pas à mes aspirations.
Alph. Cahagnet.
ÉTUDIANTS SWEDENBORGIENS (
Séance du 28 juin A 857.
Le frère Lejeune manque seul à la séance* Sans
{\) Désirant donner loute la publicité désirable aux Ira- Vaux antérieurs, comme à ceux présents, de cette école, nous en relisons les procès-verbaux et, sans ordre de date, nous soumettons à nos lecteurs ceux qui nous paraissent devoir mieux les intéresser. [Note du gérant).
en avoir donné avis, lecture du procès-verbal de mai est acceptée sans réclamation.
Le frère Cahagnet donne connaissance à l'assemblée de la triste position de M. Àlmignana et de son départ de Paris.
Le frère Ravet propose d'être endormi si on a besoin de communications spirituelles. Le frère Cahagnet le met aussitôt en état de somnambulisme et le questionne suivant la demande des frères qui le désirent.
Le frère Maugis demande le nom de son guide.
Le guide de Ravet répond à ce derpier qu'il se nomme Quénard.
D... M'a-t-il connu sur la terre ?
R... Oui.
D... Quelle était sa profession?
R... Barbier.
D... Quelles sont ses affections présentes?
R.. . Celle du tour. Il vient te voir tourner et te conseille à cet effet.
D... Il connaissait donc le tour ?
R... Non; mais il est amateur des travaux du tour, et tu ne trouves pas mal parfois de l'avoir auprès de toi.
D... Comment m'a-t-il connu ?
R... C'est par le souvenir de t'avoir vu sur la terre.
D... Il est vrai, dit le frère Maugis, qu'étant
très-jeune, je me souviens d'avoir affectionné un barbier, chez lequel j'allais souvent, et qui me faisait sauter sur ses genoux ; mais je ne me rappelle pas son nom ni sa physionomie. Ravet donne quelques détails du signalement de cet homme qui ne peuvent le remettre plus présent à la mémoire du frère Maugis. Ce dernier demande à quelle société appartient son guide.
R... A la société des Gabriel, lui est-il répondu.
D... Voit-il m'a mère?
R... Oui, répond Ravet. Mon guide me dit :
Tiens, voilà sa mère. Et aussitôt je l'ai vue, tenant ta petite fille par la main. La petite a cherché à s'élancer dans les bras et a manqué de tomber par ta vitesse du mouvement qu'elle a fait ; mais la mère Ta soutenue par la main, ce qui Ta empêchée de tomber. Ce lucide donne le signalement de la mère de Maugis, qui se trouve conforme en tous points; il répète même plusieurs phrases particulières qu'employait communément cette sœur dans la conversation , phrases que reconnaît le frère Maugis comme très-exactes. La mère dit à Ravet : Mon fils doit se trouver plus à son aise depuis que j'ai la petite avec moi. Ce qui fait dire au lucide que cet esprit croit sans doute habiter encore Assiéras et faire une action matérielle profitable à Maugis, en le déchargeant momentanément des soins à apporter à son enfant. Le frère Maugis de-
mande s'il a quelque chose à redouter de l'avenir. — Non, lui est-il répondu; les travaux suffiront à tes besoins et à ton indépendance.
Le frère Toussaint désire à son tour connaître son guide. Ravet , après un bon moment de silence , répond ainsi : Oh ! mais toi , c'est autre chose, tu ne te doutes guère qui te guide. Ohl c'est par trop fort ! c'est un curé... oui ! un curé l mais un curé qui a mis la soutane à ses pieds en 89> qui s'est fait militaire et a été tué sur le champ de bataille.
D... M'a-t-il connu sur la terre? demande le frère Toussaint.
R... Non; il a connu seulement ta famille en passant par ton pays, étant soldat, pour se rendre en Efollande. Il s'est souvenu d'avoir passé quelques moments heureux avec ton frère spiritualisé, puis avec toi par l'entremise de ton frère. Ta manière de penser et d'étudier lui a convenu, et il s'est pris d'affection pour toi. Oh ! mais ce n'est pas un esprit ordinaire que tu as là pour t' éclairer à l'occasion, c'est un penseur profond et trèsgrave, c'est un esprit de bonne instruction, qui a beaucoup souffert dans l'état de prêtre qu'il n'aimait pas, car il me dit ces mots : Quelle racaf ..... C'est un cœur très-religieux, aimant Dieu pardessus tout ; ne pouvant penser qu'il était possible à l'homme de ne pas voir Dieu dans toute sa créa-
tion et de l'enfermer an contraire dans un temple, dans un tabernacle sous clef, dans une hostie, enfin en faire une personnalité restreinte comme la nôtre. « Oh! non, dit-il, Dieu est plus vaste, plus grand, plus étendu que la conception humaine! » Aussi a-t-il profité de la révolution de 89 pour rentrer dans cette existence de liberté, de libre penseur, qu'il rêvait et après laquelle il aspirait... Il n'a pas été longtemps soldat, car c'est à la première affaire qu'il a été tué. Je vois ce combat : c'est à la prise d'une redoute. Je crois que c'est à l'affaire de Mons. Gela chauffe ; il n'y a pas que des armes à feu en jeu. J'en vois qui jettent sur les assiégeants jusqu'à des pierres. C'est là où je le vois recevoir une balle dans la poitrine. Il tombe et se relève à la vie spirituelle... C'est un aumônier qui l'a reçu et qui, lui reprochant son apostasie, lui fait voir qu'il était spiritualisé. Il pressentait l'existence spirituelle telle qu'elle est. Sachant qu'il était soldat et ne se voyant plus tel devant cet aumônier, il comprit de suite qu'il était passé dans un autre état.
D... Est-il resté avec les catholiques?
R... Non pas, me 'dit-il, je suis des vôtres, j'appartiens à votre société , et lorsque tu auras besoin de moi, fait-il dire au frère Toussaint, tu n'as qu'à appeler ton ami Firmin.
D.„ J'aurai besoin de t'appeler plus d'une fois,
loi répond Toussaint, car je ne vois pas mon avenir bien riant.
. R...Quoi! répond cet esprit, tu t'ennuies de faire des tonneaux ? mais c'est très-beau des tonneaux , c'est une jolie partie, un noble travail. Travailler ainsi à encaisser les dons de l'Éternel, est un poste plus honorable, à mes yeux, que tant d'états si distingués en apparence et si futiles au fond. Sachez donc que tous ceux qui cultivent, qui prennent soin, qui économisent, encaissent les dons de Dieu, les produits de sa grandeur, l'existence de tous, ne sont pas placés dans l'échelle des êtres spirituels sur les plus bas échelons. Au contraire, plus les passions terrestres semblent viles aux hommes, plus elles sont nobles aux esprits. « II m'arrive souvent de maudire ma position et ce qui m'entoure, réplique Toussaint. — Ne maudis jamais, lui répond son guide ; pleure au contraire sur le sort de ceux que tu as maudits, et sache que toute douleur conduit à tout bonheur. Qu'on ne peut connaître le bonheur sans la souffrance de l'aspiration après lui ; qu'on souffre dix fois la valeur du temps du bonheur avec plus de persévérance que d'en jouir. Cinq minutes de calme effacent dix jours de trouble... Ne crois pas à la permanence du bonheur; juges-en à la permanence des sensations qu'il te procure, et demande-toi si tu pourrais n'être qu'en lui, sans autre succession,
si ta n'es pas content qu'une diversion vienne à ton secours pour te conduire à une autre aspiration, à un autre sensation , à un autre bonheur, et vois si cette diversion n'est pas une douleur d'un autre genre , puisqu'elle n'est formée que d'aspiration. Qui aspires, ne possède pas ; qui ne possède pas, accuse, souffre, crie après la chose qu'il désire. L'obtient-il, qu'il la fête à peine, ce qui te prouve que le bonheur est court par rapport aux troubles qu'il occasionne pour l'obtenir. Ce n'est pas que dans l'état terrestre, où la souffrance existe, elle existe également dans l'état spirituel, puisque la condition première et essentielle de toute existence est la succession dans les aspirations, et que les aspirations sont grosses de troubles divers.
Si vous n'admettez pas la malédiction, fait observer le frère Cahagnet, vous ne devez pas admettre davantage la colère ni le combat.
R... Ces questions sont très-compliquées. Il n'est jamais profitable de s'agiter ainsi. Le calme est préférable. Il y a deux forces dans la création, qui, si elles n'étaient pas modifiées et harmonisées par Dieu, lorsqu'elles se développent à un trop haut degré , fausseraient l'harmonie générale. L'état spirituel tend au développement de la force et du calme; l'état matériel, au contraire, tend au développement de la force du trouble. Ces deux
état» s'étendent jusqu'aux esprits supérieurs, influencent ou annulent leur puissance présente de coguition et d'action. C'est là où la puissance de Dieu devient d'un grand secours, car le trop grand trouble conduirait à l'anéantissement de toute harmonie, et le trop grand calme conduirait à la non-succession des choses. Lorsqu'il vous arrive de vouloir éviter le trouble, ne vous troublez pas vous-même : appelez à vous les influences calmantes qui, aussitôt, vous entourent de leur sphère, sphère qui vous garantit du contact extérieur d'esprits de troubles et qui fait rentrer en vous ceux que vous contenez ; mais si vous facilitez à ces derniers de s'étendre en vous, par l'agitation de vos sens et de vos pensées, vous repoussez au dehors de vous ce qui y était entré de la sphère calmante. Par conséquent, vous rompez tout rapport avec elle et vous vous trouvez livré à celle des esprits de trouble. C'est une question de volonté et de fermeté ; c'est de savoir emprisonner ces agitations, de manière à ne leur laisser aucune expansion.
Ravet se trouve dans un très-bon état de compréhension, dit-il, au contact de l'esprit Firmin, et se propose de le questionner plus tard sur des questions de cet ordre. Le frère Cahagnet le réveille, et la séance est levée à cinq heures.