‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 2)Chapitre 12 sur 42 · DE CHARLES-FRANÇOIS DUPUIS · texte numérisé non relu

DE CHARLES-FRANÇOIS DUPUIS

Auteur de l'ouvrage ayant pour titre: Origine de tous

les cultes.

Cette apparition fut sollicitée par le frère Cahagnet, séance du 28 octobre 4860, parle secours du lucide Ravet.

Le frère Cahagnet s'exprime en ces termes:

Je vous fais demander pour m'entretenir un moment avec vous, si vous voulez bien le permet* tre, sur un ouvrage que vous avez publié dans votre état terrestre, ouvrage ayant pour titre : Abrégé de V origine de tous les cultes (1).

Je dois vous prier de voir dans le domaine de mes pensées, qu'il n'est pas contraire, loin s'en faut, k celui qui fait le fond de l'ouvrage dont je vous parle. Je désire simplement, dans toutes mes études, en éloigner le trop d'enthousiasme et le trop d'incrédulité, le trop de mépris pour ce que je n'admets pas, et le trop d'amour pour ce que j'admets, car il me semble que ces deux extrêmes rompent tout équilibre, et ne permettent aucune bonne appréciation.

Je partage votre opinion sur l'origine des cultes en général, et je ne vois pas vers quel autre point

(1) Edition de 4822.

digne de leur admiration et de leur respect les hommes auraient pu mieux porter leurs regards et l'amour de leur cœur, hors le soleil, foyer centrai qui, Ton n'en peut douter, est le foyer alimentateur des locomotions vitales.

J'admets votre opinion sur votre manière d'entendre' les relations de la divinité avec sa création en général, et sa créature en particulier; par conséquent, je n'admets pour extension dévotieuse de la partie vers le tout que le besoin de lumière et de reconnaissance : lumière pour apprécier, distancer, harmoniser l'ordre de ses pensées; et reconnaissance envers le dispensateur d'un tel don.

Je suis avec vous pour ne voir la vraie, la digne et la seule désirable religion, qu'au foyer domestique, dont le père de famille est le professeur ; et non dans les temples dont les prêtres, — dans trop de circonstances, — sont la dégradation.

Toute chose désirée, demandée par le secours d'un tiers exige deux reconnaissances, dont Tune s'acquitte par un échange quelconque, ce qui en fait un commerce, et dont l'autre ne peut s'acquitter que par le merci et la reconnaissance directs.

Si je ne peux admettre l'intermédiaire d'un prêtre dans mes relations divines, c'est que je ne reconnais à aucun homme le droit de mieux sentir que moi les agitations de mon cœur, dans le bien

ou le mal que je fais ; que je recherche ou désire éviter ; et que je ne crois pas que Dieu m'ait asseï distancé de lui pour ne pouvoir m'en approcher que par un tel moyen ; ce qui serait du choix de la partialité et de l'influence contre ma liberté d'amour ; ce qui, par conséquent, exigerait des exemples bons à suivre. Je ne vois ici- bas quoi que ce soit digne du grand savoir d'un Dieu dans cet ordre de choses.

Je ne crois pas, en plus, que je puisse modifier l'organisation divine au point de me la rendre plus prospère, selon les grossiers appétits que je me crée; ce qui serait accuser la amabilité dans Timmuabilité nécessaire à l'harmonie de la création.

Mais je suis disposé à croire différentes choses que vous avez paru méconnaître dans certains pas* sages de l'ouvrage dont je vous ai parlé, passages que je vais vous soumettre à nouveau pour que vous ayez l'obligeance de les maintenir ou de les corriger selon les connaissances de votre état présent.

D... Vous dites « que la philosophie ancienne spiritualisée admet qu'il y a un soleil intellectuel, dont le soleil visible n'est qu'une image, une lumière corporelle; donc la lumière de ce soleil est incorporelle; enfin un verbe incorporel et un Yerbe revêtu d'un corps et rendu sensible à

l'homme; que ce corps est la substance corporelle da soleil au-dessus de laquelle on place la lumière incréée et intellectuelle ou logos intellectuel » (1).

Vous paraissez ne pas admettre cette proposition. Ayez l'obligeance de me dire comment nous pourrions expliquer la forme que vous représentez à nos yeux en ce moment et de quelle substance elle est formée? Comment, en plus, peut se représenter la pensée, existence de l'intelligence; car , sans la pensée , je ne saurais voir l'intelligence?

R... J'y suis, et j'admets maintenant cette proposition.

D... Vous combattez cette autre poposition des anciens : « L'homme s'est regardé comme le point central auquel aboutissaient toutes les vues de la nature, par une erreur (dites-vous) assez semblable à celle qui lui ferait croire qu'il était le centre de l'univers » (2).

Pouvez-vous m'expliquer comment vous avez pu répondre à notre appel ou comment nous pouvons lier avec vous le présent rapport qui nous fait converser ensemble ?

R... Vous avez raison. Mais je ne devais pas admettre ni dire cela. A cette époque, mon ouvrage n'eût pas produit tout l'effet qu'il a produit. Cet

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effet était désirable; mai? je ne peosais pas etars autrement que je le dirais.

D... Vous paraissez ne pas admettre c^tt^r autre proposition que vous citez ainsi : « Djï:« l'autre du dieu Soleil, Mithra, parmi les te b! eaux mystérieux de l'initiation, on avait mis en rej,!é>euiatijn la descente des âmes vers la terre et leur retour *ers le ciel, à travers les sept sphères planétaires. On y faisait aussi paraître les fantômes des puisantes invisibles qui les enchaînaient au corpt ou qui les affranchissaient de ses liens. Plusieurs millions d'hommes étaient témoins de ces dit ers spectacles, sur lesquels il n'était pas permis de s'expliquer » (1).

Comment entendez-vous l'incarnation de 1 aine humaine dans l'état matériel, et où pensez-vous qu'elle retourne en quittant cet état?

R... J'ai dû citer ces faits qui ne relevaient pas de la foi démontrée, mais d'une sotte superstition. Je n'en savais pas davantage... Ravet dit que cet esprit entre en méditation sur cette question ; et, après un moment, s'écrie : « Hélas! j'ai brisé bien des fers, et je m'en suis créé pour moi-même. J'ai. toujours parlé — continue cet esprit — avec conviction et connaissance des choses dont je traitais. Je désire, avant de vous répondre, étudier à fond cette question. »

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D... En parlant des mystères d'Orphée, vous dites : « Un des fruits de l'initiation à ces mystères, c'était d'entrer en commerce avec les dieux, même durant cette vie , et toujours après la mort » (1).

Si nous substituons au nom dieux, qui n'étaient que des esprits supérieurs, des chefs de systèmes, celui d'esprits sages et éclairés, pensez-vous que cette communication soit possible?

R... Puisque vous communiquez avec moi.

D... Écoutez bien cette phrase qui appartient à vos réflexions :

a Je n'examinerai point ici ce que c'est que l'àme : si elle est distinguée de la matière qui entre dans la composition du corps, si l'homme est double plus que tous les animaux dans lesquels on ne reconnaît que des corps simples, organisés de manière à produire tous les mouvements qu'ils exécutent, et à recevoir toutes les sensations qu'ils éprouvent, etc. » (2). Et vous finissez par ces mots (3) : « Ce serait chercher ce que devient le principe harmonieux d'un instrument musical quand l'instrument est brisé. Je n'examinerai que le motif qui a déterminé les législateurs anciens à imaginer et a accréditer cette opinion et les bases sur lesquelles ils l'ont établie. » Opinion qui est l'immortalité individualisée de l'àme humaine ;

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immortalité qu'ailleurs vous laissez volontiers passer dans tous les corps des trois règnes do la nature sans la conservera l'homme spécialement. S'il en était ainsi, vous ne seriez pas présent devant nous en ce moment pour affirmer cette consolante question. Qu'en pensez-vou9?

D... Je suis pourtant bien moi ; mois je vous le répète : je n'étais pas instruit de ces choses, et, si je les combattais, c'est que je n'y ajoutais réellement pas foi.

R... Vous citez avec incrédulité le ciel décrit par Socrate, d'après le Phédon de Platon, ouvrage destiné à établir le dogme de l'immortalité de l'âme et la nécessité de pratiquer les vertus. Cet ouvrage, parlant du lieu où se rendent les âmes après la mort, a imagine (dites-vous) une es * pèce de terre éthérée supérieure à celle que nous habitons et placée dans une région toute lumineuse. C'est ce que les chrétiens appellent le ciel, et l'auteur de l'Apocalypse, la Jérusalem céleste. Notre terre ne produit rien de comparable aux merveilles de cette habitation sublime. Les cou* leurs y ont plus de vivacité et plus d'éclat ; la végétation y est infiniment plus active. Les arbres, les fleurs, les fruits y ont un degré de perfection de beaucoup supérieure à celle qu'ils ont ici-bas. Les pierres précieuses, les jaspes, les sardoines y jettent un éclat infiniment plus brillant que les

nôtres, qui ne sont que le sédiment et la partie la plus grossière qui s'en est détachée. Ces lieux sont semés de perles d'une eau très-pure. Partout l'or et l'argent y éblouissent les yeux, et le spectacle que cette terre présente ravit l'œil de ses heureux habitants. Elle a sçs animaux beaucoup plus beaux et d'une organisation plus parfaite que les nôtres. L'élément de l'air en est la mer, et le fluide de l'éther y tient lieu d'air. Les saisons y sont si heureusement tempérées qu'il n'y règne jamais de maladies. Les temples y sont habités par les dieux mêmes ; les hommes se mêlent et conversent avec eux. Les habitants de ce délicieux séjour sont les seuls qui voient le soleil, la lune et les astres tels qu'ils sont réellement et sans que rien altère la pureté de leur lumière. On voit (ajoutez- vous) que la féerie a créé cet Elysée pour amuser les grands enfants et leur inspirer d'aller un jour l'habiter ; mais la vertu seule y donne entrée » (1).

Que pensez-vous maintenant de cette description, et comment sont les lieux que vous habitez? S'y trouve-t-il des animaux comme il est dit dans l'ouvrage que vous citez?

R... Oui, ces choses existent ; mais je ne les admettais pas. Me trouvant dans elles maintenant, je dois les admettre... J'ai à peine eu le temps

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de les apprécier et de lés voir.. . Ravet fait observer que mes questions étonnent au plus haut degré cet esprit, qui balbutie plus ses réponses que de le faire avec hardiesse. Ce lucide accuse voir venir un petit chien qui se met à sauter dans les jambes de l'esprit Dupuis. Ce dernier reconnaît ce petit animal pour lui avoir appartenu ; ce qui l'étonné beaucoup et fait préjuger à Ravet que cet esprit n'en sera que plus intéressé d'étudier sa position nouvelle.

D... Croyez-vous que Platon, Virgile, fthndrtmante ont raison lorsqu'ils disent qu'après la mort lame parait au champ de la vérité tout la conduite de son surveillant (ange gardien), pour y être jugée, ne pouvant cacher aucun de ses crimes, dont cllo pouvait ici-bas dérober la connaissance aux mortels, mais dont maintenant elle ne peut cacher l'existence aux yeux de tous ceux qui l'entourent ? (1) Comment et sous quelles formes ces actions répréhensibles sont-elles dévoilées aux yeux de tous?

R... J'étudierai cette question.

D... Comment entendez- vous maintenant la justice réparatrice et harmonique qui doit corriger les écarts de l'homme? Vous dites que Platon assurait qu'on pouvait abréger la durée des supplices préparatoires, à la rémission des fautes ou des

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crimes humains, en fléchissant par des prières ceux qu'on avgit outragés. Dans le système des chrétiens (dites-vous) « le premier outragé, c'était Dieu. Il fallait donc chercher à le fléchir, et les prêtres intermédiaires avoués par la Divinité se chargèrent de cette commission, en se faisant payer, etc. » (1).

Lequel, pensez-vous, a droit à la réparation et doit être prié à cette intention ?

R... J'aime mieux Platon que les chrétiens... Je n'ai pas étudié cette question... Personne ne m'a troublé jusqu'alors. J'étais enseveli dans la composition d'un ouvrage traitant des influences du réfléchissement de la lumière, et j'étais par conséquent très-loin de m'occuper de celle dont

vous me parlez

D... M'en voudriez- vous pour vous avoir troublé dans ces méditations , et prendriez-vous en mauvaise part cette attention fraternelle ? Une fois déjà je vous ai demandé pour vous poser les questions précitées ; mais n'étant pas en mesure d'y répondre, je les ai suspendues jusqu'à ce jour, où je me fais un devoir de vous les soumettre à nouveau, autant dans l'intérêt de votre état actuel que par reconnaissance du bien et de l'instruction que j'ai reçus de la lecture de votre ouvrage. Si vous avez été une lumière philosophique

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dans votre temps à notre égard, permettez-moi d'être à mon tour an vôtre une lumière spirituelle... Ravet accuse que cet esprit lui prend et lui serre la main en lui disant qu'il me remercie de ma fraternelle obligeance; qu'il étudiera sa nouvelle position.

Observations. — Il ressort de la séance de M. l'abbé Almignana, et de celle de Charles Dupuis, que les questions de temps et la succession vive des pensées studieuses, semblent être suspendues dans l'état spirituel. Nous ne pouvons admettre à priori cette conclusion ; car elle répugne à nos aspirations présentes, et elle semble en plus ne pas suivre la filière harmonique par laquelle passe le taraudage des pensées de l'état matériel. Plus nous paraissons contraire à l'acceptation de cette révélation, plus nos études somnambuliques semblent vouloir l'établir et le prouver par des faits répétés ; faits produits par des lucides différents, sur lesquels nos arguments et notre prétendu pouvoir magnético-volontaire n'ont aucune prise assurément ; car, nous le répétons consciencieusement, cette proposition ne répond pas au cadre logique dans lequel nous.aimonsà placer toutes les choses de nos études. L'esprit Dupuis, comme quantité d'autres qui nous sont apparus antérieurement, sait qu'il est spiritualisé, mais n'a aucune

idée d'étudier sa nouvelle position ; il continue l'élaboration de l'ordre d'idées qu'il élaborait sur la terre, et pourrait ainsi passer des siècles au milieu du globe attractif, sans doute (globe décrit par l'esprit Emmanuel Swedenborg, tome III des Arcanes de la vie future dévoilés), qui lui représente toutes les daguerréotypies de son état matériel ; espèce d'universalité imagée des choses vues dans cet état, sans plus se soucier de son état présent et de ce qui peut le constituer. C'est nous, êtres encore enfermés dans le chaos matériel, qui tirons de cette espèce de léthargie ces esprits supérieurs, nageant au sein de toutes les lumières désirables, et encore ne pouvons-nous pas les voir progresser à pas de géant dans cette précieuse étude. Non, nous les redemandons quelques années plus tard, et les retrouvons, à peu de chose près, dans la même ignorance. Cette connaissance nous donne le vertige et nous ferait volontiers craindre de quitter la terre. Nous nous demandons où est ce beau ciel rêvé, cette extension de savoir, de sagesse et de lumière tant vantés par les mêmes lucides en l'honneur de l'état spirituel ? Nous ne voulons pas nous arrêter à cette obscure question, elle doit avoir sa raison d'être ; espérons que nous la comprendrons mieux lorsque nous serons appelés dans cette classe d'études d'outre-tombe, et remercions toujours les esprits supérieurs de nous ins~

traire de ces choses. En attendant leur solution, méditons sur elles.

Alp. Cahagnbt.

Pour copie conforme:

Lecocq,

Secrétaire des étudiants swedenborgiens.

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