APPARITION DE MADAIE 8AL0UE
Angers, le 29 novembre 4*60.
Mon cher monsieur,
Dans votre dernière lettre, vous manifestez le désir d'avoir les détails de la séance que vous avez eu la complaisance de me donner dans les premiers jours du mois d'octobre dernier, et je me fais un plaisir de vous les rappeler, car j'y ai trouvé beaucoup d'intérêt.
C'est l'esprit de ma femme, que j'avais perdue le 27 septembre, que Mme Adèle a évoqué, et le signalement qu'elle m'en a donné était exact, et pour l'ètro moi-même , je vais rappeler les questions comme je les ai posées et reproduire les réponses. Toutefois, il y a peu de ces réponses qui puissent intéresser vos lecteurs, toujours intéressés, cependant, à reconnaître qu'il y a parfaite identité d'un esprit appelé. Le signalement en serait déjà une preuve. Enfin je lui ai fait demander si elle pourrait me nommer des personnes qui l'accompagnaient à sa dernière demeure : elle a dit : Marie et Joséphine , qui sont mes deux domestiques, et notamment M. Taxis, que je ne savais pas y être, et qui me l'a dit lui-même depuis. Je lui ai demandé si elle savait qui était venu me voir le lendemain de ses funérailles. Elle a dit que c'était un étranger qu'elle ne connaissait pas. En effet, un monsieur de Paris, que je n'avais jamais vu, ayant des aflaires à Angers, vint me voir de la part de notre ami, M. Piérart, rédacteur de la Revue spiritualiste.
Je fis demander à ma femme si elle savait qui l'a ensevelie : elle dit que c'était une vieille femme dont elle ne se rappelait plus le nom, mais de nos environs. En effet, ce soin a été donné par une femme âgée que ma femme a vue quelquefois à la maison.
Ma femme a nommé un de ses frères, Jules, qu'elle voit fréquemment , et je ne pensais nullement à lui, que je n'ai pas connu, car il est mort jeune en Angleterre.
En6n elle a dit qu'à sa mort, si terrible par la plus affreuse et la plus longue agonie, elle a été bien surprise de ne plus ressentir aucune souffrance. Elle a ajouté que , sachant les soins minutieux que je lui ai prodigués jusqu'à son dernier moment , elle ne me quittait pas, qu'elle était heureuse comme il y a vingt ans, l'époque à laquelle vivaient encore des dames ses amies, mortes depuis; qu'elle était bien placée et qu'elle pourrait monter plus haut, mais qu'elle attendrait pour cela le moment où j'irai la rejoindre, pour que nous montions ensemble , ajoutant qu'elle ne voulait pas quitter la sphère qui m'entoure pour être mieux avec moi ; ce qui nous rappelle que des esprits nous ont quelquefois dit que les esprits voient d'autant moins la matière qu'ils sont plus élevés.
Enfin, ma femme a dit à Mme Adèle, sans que j'eusse provoqué cette explication, qu'elle n'ai* niait pas le grand monde. Il est certain que sur terre, elle n'a jamais aimé la société qu'en petit comité.
Veuillez disposer de ces détails, s'ils peuvent
vous convenir, et me croire, mon cher Monsieur, votre dévoué serviteur.
Saldun.